îiî
dangereuse. Elle agit ayee tant d'habileté, que son mari est bien avec elle, quoiqu'il n*ait aucune passion pour elle; chacun vit comme il Tentend ; il n*y a, duis ce couple» aucune jalousie... Elle combine une foule d'intrigues avec la jeune princesse de Coaii , qui est doublement sa cousine; elle entend admirablement l'art de brouiller les gens. On assure que son mari et elle font lit à part.
2 septembre 1717.
Le jeune roi a de l'esprit, c'est sûr, mais il devrait vouloir parler davantage. 11 a invité un ordre qu'il donne aux jeunes garçons qui jouent avee lui ; e'est un ruban bleu et blanc, d'où pend un morceau Ovale de métal émaillé, sur lequel est une étoile et la figure d'un petit pavillon placé sur la terrasse isur laquelle il joue.
7 septembre 1717.
Je crois que la guenipe, qui est maltresse du duc de Lorraine , lui a donné un philtre , comme a fait la Neidschin à l'électeur de Saxe, car lorsqu'il ne la voit pas, il est trempé d'une sueur froide, et pour que le cocu de mari reste tranquille et calme, le duc fait tout ce qu'il veut.
9 septembre 1717.
La Dauphine {duchesse de Bourgogne) pouvait faire croire à son mari tout ce qu'elle voulait. 11 était tellement épris d'elle que, pourvu qu'elle lui fît bonne mine, il était comme en extase et tout hors de lui; lorsque le roi voulait la gronder, il paraissait tellement désolé qu'il fallait que le roi s'apaisât ; la vieille tante
DE MÀDAMB LA DU€HB88B D'ORLÉANS. Si5
{Ut^de Maintenon) se montrait aussi extrêmement troublée, et le roi avait assez à faire pour la tranquilliser. Afin d*ayoir du repos, le roi laissait la vieille maitresse de diriger tout cela, et ne se préoccupait plus de rien.
Nangis, qui commandait le régiment du roi, ne dé* plut pas à la Dauphine, mais il avait plus dUnclination pour la petite La Vrillière... I^ Dauphin aimait Nangis, et il croyait que ce n'était que pour lui faire plaisir que sa femme parlait à Nangis; il était pei^ suadé que son favori avait une galantme avec M^® de la Vnllière,
Paris, 9 septembre 1717.
Je vous envole un modèle pour le jeu de hocca, et je vais vous en expliquer les règles * ; nous y jouons maintenant à un bien petit jeu, à dix sous , mais du temps du feu roi , on y jouait toujours avec des louis d'or. L'archevêque de Reims % un jour, en suivant en
^ n y a ici deax pages relatiyes à la marcbe de ee Jea $ nous les supprimons, car elles ne présentent aucun intérêt.
* Charles-Maurice Le Teliier, frère de Louvois. W mena une Tie fort mondaine et il est le héros de plusieurs ayentures racontées par Mme de Séyigné ayec sa grâce habituelle. Sa course à SaintrCermain (lettre du 6 février 1674) est un récit charmant. Saint-Simon le représente comme « magnifique et avare, fort de la cour , habile en affaires , et. très-entendu pour les siennes. » Voir aussi une note de M. Walcieenaêr dans son édition de La Bruyère, p. 685. Par suite de la faveur inouïe dont il était redevable à son frère, il se trouva, à vingt- sept ans, archevêque de Reims , mais il se comportait en colonel de dragons plutôt qu'en prélat. G*est contre lui qu'est dirigé en grande partie un libelle fameux par son insolence : Le Cochon mitre ; on connaît deui éditions de cette satire, i'uns lan» date, Tautre
carrosse la chasse du sanglier et tenant la banque, y perdit deux mille louis en une demi-heure; mais il est rare que le banquier perde.
Je suis bien charmée que Heidelberg soit rebâti et qu^on travaille derechef au château ; mais ce qui me vexe, c*est que Ton construise un couvent de jésuites au lieu du commissariat. Les jésuites ne sont pas à leur place à Heidelberg, non plus que les cordeliers. On m'a dit qu^ils résident près de la porte d'en-haut; mon Dieu , combien de fois ai-je mangé des cerises sur la montagne avec un bon morceau de pain à cinq heures du matin ! J'étais alors plus gaie qu'au^ jourd'hui.
10 septembre 1717.
Bien des jeunes membres du Parlement, qui avaient reçu des lettres qui les avaient montés contre mon fils, n'avaient pas voulu laisser passer l'édit; mon fils les
avec celle de 1 689 ; Tune a vingt-huit pages, Vautre trente-deux ; elles sont toutes deux très-rares et trës-recberchées des bibliophiles ; on les a payées, dans quelques ventes, depuis soixantedix jusqu'à cent vingt-six francs. Il en a paru, en 1850, une réimpression, imitant exactement les éditions elzéviriennes et tirée à cent exemplaires {Paris, imprimerie de Panckoucke). D'après une tradition déjà ancienne, l*auteur de cet indécent pamphlet aurait été arrêté en Hollande et renfermé, jusqu*à sa mort, au Mont>Saint-Micbel dans une cage de fer ; mais la chose est fort douteuse et le nom de cet auteur lui-même est resté un problème. Voir les notes des catalogues Pixerécourt, n» 1587, et Lcber, n^ 4478, ainsi que VAnalectct-biblion de M. Du Roure (Paris, Techener, 1836), t. II, p. 413, et le Dictionnaire des anonymes de Barbier. Dès le début de cet ouvrage qui est un dialogue entre Scarron et Farctière, le premier affirme que sa femme est une coquine qui a vécu avec le noaréchal d'Âlbret.
a fait venir et leur a parlé avec tant de force que tout s'est calmé aussitôt.
11 septembre 1717.
Le roi avait meilleure opinion de mon cerveau que je ne méritais ; il a voulu à toute force me faire régente avec mon fils*. Dieu soit loué qu'il n*én ait point été ainsi! je serais bien vite devenue folle... Le roi avait coutume de dire : « Madame ne peut souffrir les mésalliances; elle s'en moque toujours. »
14 septembre 1717.
Lorsque l'abbé de Tessé eut démontré au pape que ses gens avaient jugé sans lire nos papiers, et qu'ils avaient reçu cinquante mille écus du grand-duc pour me faire perdre mon procès, le pape se mit à pleurer et dit : <ï Ne suis-je donc pas bien malheureux d'avoir à me confier à de pareilles gens? j» Cela montre bien quel homme c'est quç ce pape.
15 septembre 1717.
Mon fils connaît bien la musique ; il a composé deux ou trois opéras qui sont tous fort jolis. Son capitaine des gardes, La Fare, en a lait les paroles*.
' Il est permis de révoquer en doute cette assertion. Louis XIV connaissait certainement combien sa belle-sœur était peu au fait des affaires publiques, indiscrète et incapabie d'une appIicaUon soutenue. Elle aurait mandé à tons ses correspondants les secrets de l'État.
* Charles-Auguste, marquis de La Fare, mort en 1712; ses poésies peu nombreuses ont un caractère de douce insouciance et d'aimable gaieté. L'opéra de Penthée est un de ceux dont le duc d'Orléans fit la musique.
318 GOBAESPOMOANGB
16 wptMBbn ITtV.
Le 'petit roi a été désespéré lorsque M™* de Ventadour Ta quitté; elle lui a dit : < Sire, je m'en vais revenir ce soir, soyez bien sage en mon absence. — Non, ma chère maman, dit-il, si vous me quittez. » Il ne 6*est pas du tout occupé des autres femmes.
17 septembre 1717.
Ce qui corrigea M°^^ la Dauphine, ce fut le mariage de M.^^ de Berri. Elle vit que cette jeune personne ne se faisait pas aimer, et que tout allait de travers ; elle conçut alprs le désir de mener une autre conduite que sa cousine et de se faire estimer; elle changea donc tout à fait de conduite, se retira en elle-même, et devint aussi raisonnable que précédemment elle Tavait été peu: elle avait beaucoup de jugement; elle connaissait parfaitement ses défauts, et elle sut s'en ccntriger d'une façon étonnante.
17 septembre 1717.
H»» d^ Berri plaisante souvent dle-méme sur sa figura et sur sa taille. Elle a de l'esprit, ce n'est pas douteux, et elle n'est pas du tout difdcultueuse, Elle a la chair ferme, ses joues sont dures comme une pierre. Si elle avait été bien élevée , elle aurait bien tourné, car elle a bon cœur et de la capacité.
Paris, 19 septembre 1717.
Je n'avais jamais su que vous eussiez quelques réclamations à adresser à mon fils; pourquoi avez-vous si longtemps gardé le silence à cet égan}? U est fort
naturel que chacun réclame ce qui peut lui être dâ, mais la difficulté est de payer toutes les dettes du feu roi ; elles se mouteDt à plus de deux cents millions; il s'écoulera du temps avant que cette somme se trouve. Ne doutez pas qu'à l'occasion je ne parle de mon mieux en votre faveur, mais vous faites bien de ne pas remettre vos intérêts dans mes mains, car personne au monde n'entend les affaires moins que moi.
L'électrice palatine est maintenant en Italie. J'ai reçu hier une lettre de notre duchesse de Modène; elle m'écrit que lorsque l'électrice est arrivée à Trente, elle y a trouvé une cour entière que son père a envoyée à sa rencontre : deux cents gardes nobles et quatre dames du plus haut rang. Je savais que sa mère ne voulait pas permettre qu'elle traversât la France , et en cela elle avait bien raison ; la France n'est pas du tout le pays qui convient aux électeurs et aux électrices; ils y sont conune le poisson hors de l'eau, et ils y font une sotte figure. On dit que lorsque la princesse a vu chez ceux qui l'attendaient un air si pauvre et des costumes si singuliers, elle a beaucoup pleuré.
21 septembre 1717.
J'ai beaucoup entendu parler de M. de Bernstorf par une personne qui, précédemment, ne l'avait pas jugé défavorablement, par la duchesse de Mecklenbourg, <jui était sœur du duc de Mecklenbourg' ; elle m'en a
^ Le» recueils manuscrits contiennent diverses chansons relatives A ce personnage qui séjourna quelque temps à Paris; nous nous en tiendrons à un seul couplet ;
Veiita4i>ur et HeeUeaboufi^ Sont toujoun tout kuIs au cours;
320 COBRESPORDAXCE
fait un gnmd éloge; elle prétendait que c'était cUe qui Tavait donné au duc Georg&Cuillaume.
22 septembre 1717.
Le vice d*aimer les jeunes garçons est la plus grande passion du duc de Yillars; votre cher oncle, le joli prince d'Eisenach, voulut une fois lui faire donner des coups de bâton . parce qu*il lui avait fait une déclaration d*a* mour. Ijt maréchal^ de Viilars court beaucoup après le comte de Toulouse; mon fils est aussi fort dans ses bonnes grâces, mais il n*est pas discret. Le maréchal de Yillars vint un jour me rendre visite, et comme il prétendait se connalti^ en médailles, il me demanda à voir les miennes. Baudelot\ homme très-honnête et savant, qui en a la charge, fut obligé de les lui montrer; ce n*est pas Thomme le plus avisé, et il n'est guère au fait de ce qui se passe à la cour. 11 avait fait une dissertation sur une de mes médailles, pour prouver, contre d'autres savants, que la tète à cornes qui y est flgurée, est celle de Pan et non pas de Jupiter Ammon. Pour prouver son érudition, le bon Baudelot dit à M. de Yillars : « Ah ! monseigneur, voici uie des
Ce n*es( pas que Tamour Leur tracasse la cerTelle, Mais e*est qu*à la c -r On les fuit comme des onrg.
1 Charles-César Baudelot de Dairval^ né en 1648, mort en 1722. Il consacra sa vie à Tétude de l'antiquité, et en 1705 il fut admis à rAcadémle des Inscriptions. Son livre de VU Mité des voy âges t publié en 1686, a été plusieurs fois réimprimé. Boze -prononça son éloge, inséré dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. V. Voir aussi les Mémoires de Nicéron^ t. XVll.
DE MADAMB LA DUCHESSE D*ORLÉÂNS. 321
plus belles médailles que Madame ait; c'est le triomphe de Ccnnificius : il a toutes sortes de cornes. C'était un grand général comme vous, monseigneur. 11 a les cornes de Junon et de Faune. Comifîcius, comme vous savez, monseigneur, était un général habile. » Je rinlarrompis : « Passons, «lui dis-je; si vous vous arrè» tez à chaque médaille, vous n'aurez pas assez de temps pour les montrer toutes. » Mais, plein de son sujet, il répondit : « « Âhl madame, ce(le-ci en vaut bien une autre. Gomificius est, en vérité, une des plus rares médailles du monde. Considérez-la, madame, regardez ; voilà Junon couronnée qui couronne ee grand général. » Quelque chose que je pusse dire, je n'empêchai point Baudelot de parler de cornes au maréchal. « Bfonseigneur, reprit-il, se connaît en tout, et je voudrais bien lui faire juger si j'ai raison de dire que ces ccNmes sont plutôt celles de Faune que de Jupiter Ammon. » Toutes les personnes qui étaient dans la chambre se tenaient pour ne pas éclater de rire. Quand on l'eût fait exprès, on n'aurait pu s'y prendre plus fortement. Quand le maréchal fut parti , je xne mis à rire aussi. J'eus bien de la peine à convaincre Baudelot qu'il avait mal fait.
23 septembre 1717.
Mon fils a eu de la Desmarest une petite fille ; elle aurait bien voulu lui mettre sur le corps un autre enfant, mais il a répondu : « Non, celui-ci est trop arlequin. » Elle lui demanda ce qu'il voulait dire par là; il répondit : « Il est de trop de pièces difl'érentes. » Je ne sais pas si elle ne l'a pas donné à l'électeur de Ba-
33S CORRBlWOilDAliCB
vîëre« qui y liTail aussi travaillé de acm eMé, et auquel cela a coûté la plus belle et la pitis magnifique laba* tiôre qu'on puisse voii^; elle était garnie de gros diamants.
Mon fila atné s'est appelé le duc de Valois ; mais comme ce nom ^st malbeurew, Monsieur n'a pas voulu que mon second fils le portât» c'est pourquoi il a reçu le nom de duc de Chartres» qu'il a porté jusqu'à la mort de sou père; alofs il a pris le nom de duc d'Orléans, et son fils est devenu duc de Chartres.
%\ septembre 1717.
La mère du prince de Conti se fait bâtir un hétel fort loin de celui de son fils. Lorsqu'ils sont bien ensemble» on renvoie les ouvriers ; mais linrsqu'ils sont brouillés» en {«^esse l'ouvrée avec une vigueur toute nouvelle» de sorte que le public est toujours en mesure de voir sur quel pied la princesse et wa fils sont en-
3S septembre 1717.
Nos princes n'ont point de costume particulier* lorsqu'ils vont au parlement ; ils sont simplemeqt en manteau, ce qui, selon moi , a l'air tout à fait bourgeois, d'autant plus qu'ils portent aussi le collet sans cravate. Les membres de la maison royale n'ont point
* On pAUt coneuUer sar les détails qae donne Madame, le Céréin^Hial Annçois, par Godefroy, 1649, 2 vol. ia-folio; cet ouvrage curieux est resté inachevé ; la bibliothèque de TlusUtut possède le manuscrit du tome lU, contenant les pompes funè' bres; elle garde aussi tous les matériaux recueillis en 106 volumei pour la ttunpoftiUon de ce CérémonM.
DE HADAMK LA DtCHESSe D'ORLÉANS. MA
de plrArogftlivB m» les autres ducs qui sont aâferiis ft siéger au parletnetit, si ce n'est pour les tHéges et parce qu'ils peurent traverser le parquet , ee qtii ësl interdit à toute autre personne. Quand le présidétil leur ][)arle, il ôte son bonnet^ mais il parle dodvert ft tous les autres assistants. C'est là le sujet d'une graildd querelle que les princes du sang ont eue ateé les bft« tards {du rùi). Les présidents au parlement èhl de longues robes couleur de feu, et autour dti tbà elles sont doublées d'hermine.
11 est éertaiU que la comtesse de ISoissoiHi Attgé^ Kqne-Gutiégonde, fllle de François-Hëtifi de LtixëUl* beurgy a beaucoup de vertu et de capacité, mais, cofliflie tout le inonde, elle a aussi des défauts. On peut bien dire d'elle que c*est une pauvre princesse. Son mari, Louis^Henri, chevalier de Soissons, était fbrt laid ; il avait une longue figure, les yeujt très-près du nc2, el un nen horriblement long et fait comme un ne* d'épervier ; il était jaune comme un citron J il avait la bouche trop petite pour un homme et pleine de dents gâtées, et il sentait affreusement mauvais; il avait de grosses vilaines jambes , les genoux et les pieds en dedans ; il avait une très-nlaUvaide démarche et saluait fort mal ; nulle grâce datis ses manières ; il était plus petit que grand ; il avait dé beaut cheveux et eu grande quantité : tel était lé comte de SoissoUS^ Mais lorsqu'il était eufant il était fort bieU ; j'ai vu dé ses portraits faits ft cette époque. Si le fUs de la eotn^ tesse de Soissons lui avait ressemblé, il aurait été fort joli, car tous ses traits sont fort beaux; les yeux, la bouche et le tour du visage ne peuvent être mteun ; le
8i4 CORRRSPOIIDA^XE
nez est un peu trop gros, et la peau n*est pas fine.
Quiconque ressemble de figure au prince Eugène ne peut certes pas être beau ; il est encore plus petit que Boa frère aîné; tous ces frères, excepté le prince Eugène, n*ont pas valu grand^chose. Le prince Philippe, qui était le second frère, était aussi un singulier personnage; il est mort à Paris de la petite-vérole. Il était très-blond et très-laid ; il avait mauvaise grâce et il avait toujours l'air effaré ; il avait un grand nez d'épervier, une grande bouche avec àe grosses lèvres pendantes. Je le trouvai aussi laid que son frère aîné. Un troisième frère, qu'on appelait le chevalier de Savoie, s'est tué en tombant de cheval. Le prince Eugène était le plus jeune de tous ces princes. 11 y avait deux sœurs qui étaient toutes deux laides; l'une est morte, l'autre est encore en Savoie dans ce moment. L'aînée avait la figure d'un monstre, et de plus elle était naine ; elle a jusqu'à sa mort mené une conduite fort déréglée; elle s'est enfuie avec un abbé qui s'appelait Tabbé de Bourlie, et qui était un vaurien et un extravagant. 11 Ta épousée à Genève, et ensuite il l'a quittée sans façon. Enfin elle est morte.
Lorsque le prince Eugène était jeune, il n'était pas très-laid; il s'est enlaidi en vieillissant; il n'a jamais eu bonne mine ni l'air noble ; il n'a pas de vilains yeux, mais son nez gâte sa figure; il a deux grandes dents qui lui sortent de la bouche ; il est toujours malpropre, et il 9 des cheveux gras qu'il ne frise jamais.
l«î octobre 1717.
On ne veut p^s convenir ici que l'ambassadeur de
DE MADAME LA DUGHGSSK D'oRLÊANS. 825
Perse ait été un fouite; c'était un homme de piètre mine, voilà ce qui est sûr, mais il avait de l'esprit. Son audience a été quelque chose vraiment magnifique. 11 avait fait mettre dans une caisse une femme mariée qui était grosse de ses œuvres, après lui avoir fait abjurer le christianisme. Le mari n'était pas non plus un personnage fort recommandable, c'était un bâtard du premier aumônier de mon fils, l'abbé de Grancey, qui avait toujours eu chez lui un petit sérail. L'ambassadeur avait demandé que personne n'ouvrît la caisse percée de trous où il avait fait emballer cette femme; il disait qu'il y avait dans cette caisse des livres écrits par le prophète Mdiomet,^ et qui seraient souillés si des chrétiens s'avisaient d'y toucher; mais on n'a pas tenu compte de sa recommandation, et la dame fut découverte. Oh prétend qu'on lui a donné dix mille louis d*or, mais c'est ce que je n'ai pu croire *•
l«r octobre 1717.
Ce n'est point par jalousie pour sa sœur que ma petite-fille se fait religieuse, mais de crainte d'être tourmentée par sa mère et sa sœur qu'elle redoute fort, et en ceci elle n'a point tort. Elle n'aime point les personnes qui sont en grande faveur auprès de sa mère, et elle ne peut se résoudre à les flatter ; elle ne fait pas grand cas non plus des frères de sa mère; telle est la source de leur zizanie.
3 octobre 1717.
Il est vrai que le roi a dit à Louvois des choses dures,
^ L*authenlicité de cette ambassade de Perse est on problème historique. Voir les Mémoires de Daclos, 1808, 1. 1, p. U4.
aM C0RKe&1>0NDA!<Cl!!
mais il tf est pas nai quil ah voulu le frapper : le roi en était Incapable, tjomois était un diable, rade et impertinent, mais il a servi le roi avec habileté et fidélité et mteus quô tout autre, sans 8*oublier cependant luimême, car il a grandement fait sa main. Il s'était fait exécrer de tout le monde par sa brutalité et ses ré* penses grossières. 11 tf avait aucune politesse et fl était détestable*.
6 octobre i7l7.
M»« la Princesse, qui est née et qui a été élevée iei^ n'a pu %yak aotanl de répugnanee que moi pour k Biariage de son fila avec une bâtarde (dtf roi) j BAMS die
s'en est bien repentie depuis*.. On ne peut mener une cMdaite plna régulière que la sienne»
5 octobre ilit.
Ce qui montre qu'on ne peut échapper à sa destinée, c'est que le roi a épousé la vieille guenipe. Longtemps avant qu'il ne connût la Scarroa, il disait un jour à MM. de Créqui et de La Rochefoiicaidi : « L'astrologie est bien fausse; on afait mon horoscope en Itelie', et
* C'est ce que disait un chansonnier de Tépoque :
n 6tt toi^oort Airibond, lie «BtffèM, 1» oOKÉfèn, Il est toigoors furibond, Bt Ta par sauts et par bonds.
Quant au soin que Louvois prit de sa fortune personneUe, le témoignage d'un contemporain s^accorde avec celui de Madame: « Le marquia de Louvote a amaasé dea richettes inânkniiU plus grandes que son père (Le Tellier), quoiqu*on les fasse monter à vingt mlUioaa » ( Brienne, MénuOra, t. II, p. 275).
* Banri IV it ttfer rhorwcope de Uuis XUi par sob m^
DE MADAME LA DUCHESSE D*ORLÉANS. 3t7
on me manda qu'après avoir vécu très-longtemps, Je dois aimer une vieille p....n jusqu'au dernier jour de ma vie. Y a-t-il grande apparence à celaî » Il riait à s'en rendre malade, et cependant la chose est arrivée.
Mon fils prétend que sa flUe n'a sur lui aucune influence... Quoiqu'il parle bien des choses de seience, on voit facilement que cela ne lui cause aucun plaisir, et au contraire lui donne de Tennui. Je lui en ai souvent fait la remarque ; il convient qu'il a d* abord grande envie de tout connaître, mais sitôt qu'il connaît ce qu'il étudiait, il n'y trouve plus nulle satisfaction.
8 octobre 1717. '
L'abbé de Saint-Albin meurt de chagrin de ne pas être légitimé; mon fils lui préfère l'enfant de la Séry. Il ne veut pas le reconnaître parc« qu'il est fils de la Florence, qui a mené une conduite des plus déréglées ; il craint qu'on se moque de lui en le voyant reconnaître tant d'enfants différents. L*abbé Dubois est l'en- , nemi juré de Saint-Albin, et il a beaucoup fait pour empêcher mon fils de le reconnaître. Le chevalier d'Orléans est fort joli, mais un peu moqueur; il contrefait tout le monde; il tient cela de sa mère.
decin Larivière. On eut grand soin de tenir un astrologue cachi^ près de la chambre d'Anne d'Autriche, quand elle mit Louis XIV au monde. Un horoscope manuscrit de ce monarque se conserve à la Bibliothèque de Lyon. Il existe up livre peu commun : L'Horoscope de Louis XIV prédit par Voracle François; Paris, 16è3 (p«l M^Qpo) j Id thèioe 49 nativité du roi est sur le titre.
328 COMBflNHiDANCB
8 octobre 1717.
Quand le duc de Créqui voyait une fenune qui lui paraissait légcare, il disait : « Je ne voudrais pas avoir perdu ce que celle-là cherche M »
J*ai eu le malheur de fâch^ le margrave Jean-Fré^
1 C'est pour Créquy, tué à la baUilte de Lniara en 1702, que fkit fidt ee joli couplet :
Si j*aT<rif U TÎTadlé
Qm fait briller Couluige; SI j*aToif «oui U beaeté
Qui fit régner Fontange.
Oa li j*étois comme Conti ,
Des grAeef le modèle, Tout eela leroit pour Créqni^
DAt-il m*ètre inAdèle.
Ces Ters eurent un grand succès, et les reeneils manuscrits en présentent des imitations assez nombreuses ; nous en citerons deux couplets:
De Villeroy et de Grammont,
Si j*aToi8 la Sgnre, La naissance de Cbâtillon,
Bt Tesprit de Voimre, Si j*étols comme Marcillac»
Da roi Tami fidèle.
Tout cela seroit pour Vaillac,
Bt seroit peu pour elle
MUe de Valllnc était une des belles personnes de l'époque. Ces couplets en inspirèrent un autre dont le sel consiste dans les contre-Térltés qu*il exprime :
De GesTre et de Villeroy
Si j^SToit la naissance.
Autant d'esprit qu*en a Caroy,
De Fiesque la pnidenee, La probité du gros Broussin,
De Cessac la droiture.
Ce seroit trop pour la Certain ( adriee âê l'Opéra)^
Et peu pour la Rambure,
déric d*Ânspach. Il m'apporta ane lettre de feu mon frère et de sa femme; mon frère me recommandait d'assister Son Altesse le margrave dé mes conseils et de faire pour lui comme pour mon propre frère, car il Taimait si fort qu'il le regardait comme un autre luimême. J'en conclus que je lui rendrais service en lui d(»inant les conseils que j'aurais donnés à mon frère. 11 n'y avait pas trois mois que sa première femme était morte; il était donc encore en grand deuil. Je demandai au margrave ce qu'il venait faire en France; il me répondit qu'il y passait pour se rendre en Angleterre, et qu'il désirait, avant son départ, faire sa cour au roi. Je lui dis : < Votre Altesse a-t-elle quelque chose à traiter avec le roi? a-t-«lle des affaires dont elle a besoin d'entretenir Sa Majesté?» 11 me dit que non, qu'il n'avait rien à demander; je lui répondis : « Si j'osais, je conseillerais à Votre Altesse d'envoyer auprès du roi la principale personne de sa suite, et défaire complimenter Sa Majesté en lui faisant savoir que Votre Altesse se rend en Angleterre et qu'elle n'aurait pas manqué de (aire sa cour, mais qu'étant en grand deuil, à cause de la mort de son épouse, elle croit;, devoir, par respect, ne pas se montrer devant Sa Majesté dans un appareil aussi lugubre. » Il répondit : < Je voudrais bien aller droit au bal, car j'aime la danse ; mais, pour y aller, il faudrait que j'eusse été présenté à Sa Majesté. — Pour l'amour de Dieu, dis-je, que Votre Altesse n'aille pas au bal ; ce n'est pas l'usage ici ; Votre Altesse se rendra ridicule, d'autant plus que le maréchal de Grammont, qui Ta conduite chez le roi il y a quelques années» a dit qu'elle n'avait rien trouvé digne
aSO COMBSVaiWAlICE
d*élog« en fnam qu'un petit ehArdooneret qui étaH igm le cabinet du rrt et qui sifflait des airs. Je eonseillerai dune à Votre Altesse de ne pas aller yera.le m et de ne pas aller au bal. > Il se ficha befiucoup, disant qu'il voyait bien que je reniais les prinees aile* niands, et que je ne voulais pas les laisser présenter au foit le dis que mes intentions étaient bonnes, et que je l'eveis conseillé conune si c'eût été mon propre frère* Il s'en alla tout ^i colère et se rendit cbez le maréebal de Schomberg, et il se plaignit de moi* Le maréchal voulut savoir ce que j'avais dit, le margrave le lui répéta mot pour mot. Le maréchal eimvint que je n'avais pas mal conseillé, et il fut de mcm avis ; mais cela ne servit h rien. Le mar^ave persista à voulmr être présenté au roi; il s'y fit conduire par le maréchal» et» le lendemain, il alla au bal. Il était bien paré, portant le petit deuil, avec des dentelles blanches sur du noir, de beaui^ rubans bleus, de belles dentelles blanches et noû*es, et des rheingraveg, qui vont tràs-^ bien à quiconque a une jolie taille; c'était une trèsbelle parure, mais elle ne convenait pas à un veuf qui est dims le premier temps du deuil, et cela fit rire. Il prétendait s'asseoir dans le cercle du roi où personne ne s'asseoit que les membres de la famille royale» jua- ' qu'aux petits-enfants de France; les princes du sang même ne peuvent s'y asseoir, i plus forte raison les princes étrangers. Dès lors Son Altesse commença de se repentir de ne pas m'avoir crue, et elle partit dès le lendemain matin.
Parla, 9 octobre 17(7.
Hqus n'avons guère de nouvelles. Vous deves savoii
DE MADAME hK DOCHSafiB D'ORLÉANS. 98 1
que te pape a fait arrêter, à Bologne, lord Peierbo- F0ugh ' ; personne n'en sait la raifiO» ; il l'est prpmoné quatre jours déguisé eu femme; avee beaueoup de te«< lent, cet homme agit souveut eomme un fou. On Un a demandé s'il était vrai que le roi d'Angleterre eût dmmé des ordres pour fiure assassiner le dievalier de ^^t'George , il a répondu que non et que le roi Gaergtt était incapable de donner de pareils ordrmu mrâ 4Ut le prince de Galles en serait bien capable.
Des couvents ne vont pas du tout à notre bonne ville d*H«d«lberg; Je vois avec regret qu^on donne aui capueini la bâtiment qui est dans le faubourg aupfés du jardin. On appelle id les eapudos les laquais des jésuites, oar ils font toujours ce que t^uX'^^i veulent. Tous les jésuites sont aussi détestés à Paris que dans le Palatinat.
1 Voir Saint-Simon, t. XXX » p. 130. Otarie» ¥ordaun(, comte de Peterborougb, un des plus illustres généraux de l'^Qgleterre à Vépoque des guerres de la Succession, I) s'était rendu en Italie pour rétablir sa santé, lorsqu'il fut arrêté h Bologne, le U septembre 1717, d'après le^ ordres donnés par le papa Clément XI, de s'assurer de tous les étrangers qui se trouveraient dans le voisinage d*Urbini où résidajt alors Iç Prétendant, menacé, disait-on, par des complots. Pié avec une imAgln^tlQil exaltée et une activité infatigable, lord Peterborougb ge pqn? duisait fort peu comme le reste de^ hommes. Il prétendait Inir même qu'il avait yu plus de rois et de postillons qu'aucune autre personne en Europe. On peut juger de la liberté qu'il (nattait à exprimer ses idées, par ce qu'il disait de lui-même et du général français qui lui était opposé en Espagne : « Nous sommes de grands ânes de combattre pour deux gros benêts. » On a publié récemment les Memoirs of Ckarlet Mordawit, earl Peter* bormgh , with sélection Jrom$ his correspondenee, Londres, 1853^ 2 vol. in-S,
332 CORIIESPOIIDANiX
U octobre 1717.
Le prince Ragotzky * a de grandes obligations à sa femmey car elle lui a sauvé la vie et Ta fait évader de prison. Lorsqu'on a voulu lui dire des choses un peu fortes contre elle, il a répondu : « Elle m'a sauvé d'avoir la tète tranchée ; après cela, il ne m'est plus permis de m'informer de ses actions; c*est pourquoi on me fera plaisir de ne pas m*en parler. >
12 octobre 1717.
La reine d'Angleterre, femme de Jacques II, était trop bien avec M"* de Maintenon pour qu'on puisse croire que le feu roi ait été amoureux d'elle. J'ai vu un livre intitulé : V Ancien bâtard protecteur du nouveau' ^
1 François-Léopold Ragotzki, prince de Transylvanie; après avoir longtemps lutté contre TÂutriche i la tête des Hungrois soulevés, il Tint en France en 1713, il se retira dans la maison des Gamaldules deGrosbois et, éloigné sur la demande de l'empereur, chercha un refuge en Turquie; il y mourut en 1735, Saint-Simon en parle fort au long, t. XIX^ p. 182. Sa vie a été écrite par Lenoble, Paris, 1737, et elle vient d'être l'objet d*une publication de J. Einhorn : F. Rahoczp, Historischcs charakterbild, Lelpsig, 1 854.
* Voici le titre de ce libelle devenu rare : V Ancien bâtard protecteur du nouveau, ou la Prostitution de la Reine pour la protection du prince de Galles, traduit de l'anglais (sans indication de lieu ], 1702, in-1 2. Ce livret manque sur les catalogues de quelques-unes des collections les plus riches en écrits de ce genre. An verso du titre, on lit ces vers:
Sur cette épineuse matière, ^
N'en disons guère et qu*il soit l)on; J*aperçois Louis de Bourbon, Gagnons la porte de derrière; ' C*est un très digne souTsrain,
De plus, il est sur son lerrain,
qui raconte une galanterie entre la reine et le père La Chaise; c'était un vieillard de quatre-vingts ans qui avait Tair d'un âne, de longues oreilles ', une grande
Malbear à qui le scandalise; rai des pensera bien diflerents ; Sni est fils aîné de rÉglise, liC cardinal est de ses parents.
A la fin les sulyants :
Tout prendre sans rien ral>at(re Sur on peuple qui meurt de faim, Ce%t être fils de Mazarin, Mon petit-fils de Henri-^atre.
< Ced longues oreilles sont en effet ce qui frappe dans le portrait du père I^ Chaise, portrait qui fait partie d*un recueil de gravures publiées en Hollande en 1691, sous le titre de : Les Héros de la ligue, ou la Procession monacale conduite par Louis XIV, Ces figures ont été reproduites dans les Mémoires de M. de Haurepas publiés par Soulavie en 1792, et dans le Musée de la Caricature, 1834, livraisons 36 et suivantes. Audessous da portrait en question est placé un quatrain :
David pécha, Nathan lui dit, Mais moi j*absous et je pardonne.
Par là j*ayauce ma personne, Et à ma secte enfin je donne du crédit.
Les calomnies dont parle Madame ont été reproduites dans V Histoire secrète des amours du Père La Chaire, Cologne (Hollande), 1702. L'auteur de ce roman satirique avait donné, quelque temps avant , le récit , non moins fait i plaisir , de la conduite politique de ce personnage important; l'Histoire du Père La Chaire, publiée en 1693, obtint rapidement plusieurs éditions ; les deux ouvrages forment les deux premiers volumes d'an recueil anti-Jésuitique, publié en 1719, sous un titre bilarre : Jean danse mieux que Pierre; Pierre danse mieux que Jean; ils dansent bien tous deux; 5 vol. in-t2.
Parmi les écrits dirigés contre le Père La Chaise , on peut citer encore : Le prince assis sur une chaise dangereuse, ou le tU^ r.-C. (très-cbrétien) «^ coitfiani en un fésuUe qui U
3S4 GOBUMUONBÂMCE
bottdM, 111M groMe tMe, une longue figum ; c*éuâi bien mil imagiBé. Ce libelle était encore moiii9 digne de fin que celui qui concerne le feu roi ^
12 (Viobre 1717.
M"" la Duchesse la jeune ne vaut pas grand*chose; elle est cause, par sa fausseté, que M. le Duc n'a pas épousé une de mes petites-filles; elle se mit en avant comme si elle voulait faire ce mariage, elle empêcha W^ de Berri, qui était 3a bonne amie, 4*en parler, et elle travailla pour elle-même.
17 octobre 1717.
Le feu roi a contracté beaucoup de dettes', parce
trompe^ Cologne, 1689* C'est un recueil assez rare de pièces en vers et en prose, et rarche?éque de Paris, François de Harlay, s'y trouve tout aussi maltraité que le confesseur du roi.
Né en 1624, ce jésuite avait plus de soixante-cinq ans lorsque la reine d'Angleterre vint en France ; il est aisé de comprendre d'ailleurs que la malignité publique ne ménageait pas les confesseurs de Sa Majesté | les recueils manuscrits nous offrent divers couplets sur le Père Aanat qui exerça de 1664 à 1670 les bien délicates fonctions de directeur de Louis XIV ; nous nous bornerons à une citation fort courte r
Le père Annat est rade, Bt me dit fort soaTent (2o*im péché d^habitudê Bst m erirae fort grend; De yenff d« lui déplaitt, Je4|uitte I^YdOUèra Et pread« la Kontespaiu
< Louia XUI parait lui-inème avoir m Quolqiifli doute* sur sa paternité tardive» car lorsque )e nouveau-oé loi fut présenté, il refusa de l'embraBser seloq rasage» Cet afJTroqlt altéri U aanté d0 la reine ^u poiQt de mettra sa vie en dftogi^.
* Rien ne dpnne mieiu Tidée de Tétet de» toaiioei, à U
DE MADAIIB LA BOCSISffle D'ORLËANS. 3%
qu'il m toolait rien retrancher àù Boa huto } il â Aussi empranlé beaiilc<>Bp d'«rgeiit, si ced â été la i^use d^s ph» grandes iDslversations de ta part des gens d' Affai^* res et des partisans, cor lorsqu'un sera ataii été prêté au roi,, ils eii faisaient, d'accord avec leurs créatures, une pistole; grâce à leurs friponneries^ qu'aucun frète ne retenait, ils se sont enricbis, mais le roi et te nj&ùÊoe soni derraus fort panvres. Mon fils se dôme jMr et nuit beaucoup de peine pour tout remettre êk bon état, et personne ne lui m sait gré; ii a beaucoup d'ennemà, qui ré{Mutdent contre lui toute» sortes d'affreuses menaces et qui font tout ee qu'ils peuvent pour exciter contre lui la haine du peuple, ee qui ieitr réussit aisément, surtout parce qu'il n'est pas bigot. II est si peu intéressé qu'il n'a pas touché ce qui lui revient comme régent; il n'en a pas pris un liard, quoiqu'il ait de grands besoins, à cause de ses nomhfmt enfants. Le jeune roi a autour de lu) des geits qui sont très-mal disposés à l'égard de mon fils, un surtout % quoiqu'il soit son beau-frère, mais c'est le plue faux des I^pocrites ; il a Tair de vouloir nimiger' les images de tous les saints, mais ce n'en eslt pas moitis
mort ie Loiâs XIT, que raveu fait par ma soceetteiff (âdil du 7 déeàttbn 111&} : « a notre avènement à la eoaroniie, il B*y « ayait pu le mohidre fonde, ni dans le tréeof royal, ni eatt « les recettes, pour fiat,isfaire au dépenses les plus urgentes; « nous ayons trouvé le domaine de noifs eaaronne aliéné, les « revenus de TËtat presse anéantis, les impositions ordinaires « employées par avanée, une maltitnde de billets d'ordonnances . «c et d'assignations anticipées de tant dé nâtutes différentes, et « qui montent à des sommes si considérables, qu'à peine on « peut en faire la soppotatioa. »
1 Le duc du Maine.
336 GORRSSPONDAIfGK
le plus mécjiani homme qui soit sur la terre. Du temps du roi, lorsqu'il flattait quelqu'un et lui parlait avec bonté, c'était la preuve qu'il lui avait joué un mauvais tour. 11 a contribué à faire renvoyer sa mère de la cour, afin de faire plaisir à la vieille (MaifUenonJy et il voulait si bien empêcher qu'elle ne reparût à Versailles, qu'il fit jeta* ses meubles par la fenêtre. Vous pouvez facilement imaginer de quoi est capaUe un homme de cette humeur. Je le crains pour mon fils comme le diable, et je trouve que mon fils ne se tient pas assez sur ses gardes à cet égard. La vieille lui m veut à la mort; tout le mal qu'on dit de cette femme I diabolique est encore au-dessous de la vérité * .
* n existe contre Mme de Mainlenon des écrits assez Dombreux ; les recueils manuscrits contiennent des fragments restés Inédits ; nous leur emprunterons quelques passages.
« Notre père qui êtes à Harly, votre nom n'est plus glorieux; m votre volonté n'est faite ni sur la terre, ni sur la mer ; rendes- « nous aujourd'hui notre pain , parce que nous mourons de « faim ; pardonnez à vos ennemis qui vous ont battu, mais ne « pardonnez pas à vos généraux, et ne nous Induisez pas en « tentation de changer de maître , mais délivrez-nous de la « Maintenon. •
Dans un noêl , t. XI, p. 209 de la collection Maurepas, il se trouve sur M«e de Maintenon deux vers tellement audacieux, sans doute, qu'ils ont épouvanté le copiste, il les a laissés en blanc. Voici quelques passages que Ton peut transcrire :
David à Tamoar neeomlw,
SalomOB deTÎnt idolàtfe,
PonrOmpbale Hercule fila,
Antoine aima trop Cléopàtre ;
Mail lei midtresses de ces grandi
lf*avoient point soixante^quinxe ani. ,
Quarante ans, femme, Teuve ou fille, À la cour ainsi qu'à la ville.
DE MADAMC LA DtCflISSSE D*ORLÉANS. d37
Parii, 20 octobre 1717.
Si TOUS veniez ici, je suis sûre que vous ne vous y plairiez pas; la débauche est générale et vraiment affreuse. La princesse de Galles ne m'a pas encore annoncé la mort de la duchesse d'Eisenach, qui s'était faite piétiste; cette secte n'était pas du tout mon fait. La duchesse d'Hanovre m'écrit que Langallerie est mort de faim , il est resté vingt-un jours sans boire ni manger. En mourant il n*a point recommandé son âme
La Mainteiieii nom a fend ;
Nul à présent ne la réclame.
Et l'on ne Toit qae ton mari
Qui Teùlle eaoor Tavoir pour femme.
Le roi M retire à Harly, Et d'amant il deTÎent mari ; II fait ce qu'on doit à son âge ; C'est du vieux soldat le destin, En se retirant au villaffe,* ^ ^ « ^ D'épouser la vieille p....n.
Peut-on, sans être satirique, Bire d'un règne aussi comique?
Yoyes cette sainte p....n, Comme elle gouverne l'empire I Si nous ne mourions pas de faim, Il en fandroit crever de rire.
Du papier pour ducat, ' Un bigot pour Turenne, Une p....n pour reine, Mon Dieu, l'étrange cas !
Ne m'entendes-vous patf
On eut recours à un assez pauvre Jeu de mots pour se moquer de la favorite, qu'au début de sa puissance on avait spiritaellement désignée sous le nom de Mm^de Maintenant:
Au Dauphin irrité de voir comme tout va,
Uon fils, disoit Louis, que rien ne vous étonne, *
Nous maintiendrons notre couroone ;
Le Dauphin tt-pon-vlU : Sire, Maiiitenon l'a.
àDku; mais, m ynfjmi près de sa fin, ilaprislepor^ trait de sa femme et lui a parlé avec une telle tendresse, qttll a fatt venir des fermes â tous les assistants. CTest une mort bien triste, et l'objet d'une (elle passion en était bien peu digne, car son inûdéli(é était notoire et des plus scandaleuses.
i% wimn itil.
ttôû ffls n^est ni joli tii laid, mais il n^a pas du tout les manières propres à se faire aimer; il est incapable de ressentir une passioii oi â*aveîr kligtanps de rattachement pour la même personne. GTun autre côté ses manières ne soBi paa assez polies et assez séduisantes pour qu'il prétende à se foire aimer. 11 est fort indiscret et raconte tout ce qui lui est arrivé; je lui ai dit cent fois que je ne puis assez m^éloniier de ce que les femmes lui courent follement après; elles devraient plutôt le fuir. Il se met à rire et me dit : c Vous ne connaissez pas les femmes débauchées d'à présent. Dire qu'on couche avec elles, c'est leur faire plaisir. »
Paris, 24 octobre 1717.
J*ai connu une dame qni, par suite de sa jalousie à l'égard de son mari, avait perdu la raison, au point qu'elle assassina ses deux frères cpi'eHe aimait beaucoup; elle jouait fort bfeli de la guitare, et lorsqu'elle afsdt un de ses accès de fureur, on hil donnait une gtiitare, et dès qu'elle l'accordait et qu'elle se mettait à en jouer, elle redevenait calme. Lan^Uerie s'était brouillé ici aivec le ministre : il avait fait imprimer un livre pour montrer que le ministre de la guerre
avait tmM le rei; !l fût irës-irrité de voir c[u^on ne lui donnait pas Tavancement luiquel il prétendait, et que d'antres lui étaient préférés; il prit son congé et passa dkei fmnpereur.
En Franee et en Angleterre, les ducs et les lords ont im orgueil tellement exeessii qu'ils croient être au-^ssufi de tout; si on les laissait faire, ils se regarderaient eomme supérieurs aux princes du sang, et la plupart d^entre eux ne sont pas même véritablement nobles % J*ai pne fois joliment repris un de nos ducs. Comme il se mettait à la table du roi, devant le prince de Oeux-Ponts, je dis tout haut : < D'où vient que M. le duc de Saint-Simon presse tant le prince de Deux- Ponts? a-t-il envie de le prier de prendre un de ses ffls pour page?» Tout le monde se mit si fort à rire, qu'il fallut qu4l tfen allAt*.
^ Cette assertion ii*6st pas tout à Uài j^poorfu» d'emetitiuia, mais nqm fiian^Q ^gérait des détails qui ne peuvent trouver place dans cette note. L*idée émise par Madame a été reprise «f i0 hmfmw^ i^^mmtmmt riv^lMtlopqflre ^m m (krH de Dylsyrç ; li§tp 4e9 nom dç /amUh 6( patrQnymique§ ies ci devant ducs, marquis, comtes, etc. Cette satire, hérissée de mensonges et d^erreurs, fit beaucoup de brait et de scandale en liao, at elle reparut avec diverses nodîAeatieiui, sousdami ou trois titres différents. M. Paul Lacroix en a entrepris une réfutatiOD ifîorte de scrienee et de faits. (Voir les Oissértatimu sur guelfues points eurimuf de VMistoire d$ France, Paris, rsii,B*X.
* Ofi comprend que Saint-Simén ne se soit pas soneié de consigner dans se» volnmineux Mémoires le réeit d'une anecdote qui blessait sa Tanité. Elle était excessive, et oo a pu dire avee raison qu'en France il ne voyait que la noblesse, dans la &o« blesse qoe les dues et pairs, et parmi les ducs et pairs que lui. Ce n'est pas ici le moment d'apprécier ses éerits sans lesquels
340 COBRESPONDANCE
Lord Petert)orou^ ne veut pas sortir de prison jus* qu'à ce qu'il ait obtenu réparation de l'aSront qui lui . a été fait. Moi, si j'étais en prison, et qu'on me laissât libre d'en sortir, je m'en irais au plus vite, et je dirais ensuite ce que je voudrais dire; mais avant tout, je reprendrais la liberté. Ce lord est un extravagant trègh drôle; je crois qu'il aim^ait mieux mourir que de se priver de dire ce qui lui passe par la tète et de faire des malices aux g^is qu'il déteste.
25 octobre 1717.
Je n'ai jamais eu les manières françaises et je n'ai jamais pu les prendre ; j'ai même toujours tenu à bon* neur d'être une Allemande et de conserver les manières allemandes qui sont ici du goût de peu de gens.... Je n'ai pas à me plaindre publiquement de la conduite de la femme de mon fits, elle se conduit fort conve* nablement à mon égard.
2S octobre 1717.
Je ne mange en fait de soupe que de la soupe au lait, à la bière ou au vin ; je ne peux souffrir le bouillon, et je suis tout de suite malade s'il se trouve un peu de bouillon dans un des plats que je mange; mon corps
on eomiattrait mal le règne et la cour de Lonia XIV. RenvoyoDS à un article de M. de Sismondi, dans la Revue encyclopédique^ t. XLIII ; à deux articles dans la Revue française, vP XI, septembre 1829, et n* XV, mai 1830 ; A une notice de M. de Sainte- Beuve, Causeries du lundis t. 111. M. Feuillet de Cktnches s'occupe depuis longtemps de réunir des notes* des documents, de? matériaux pour une édition nouvelle et soignée de ces Mémoires, (Voir le Bulletin de la Société de V Histoire de France, 1845, p. iSi, et 1846, p. 288.)
DE MADAME LA DUCHESSE D'oRLÉANS. 34 i
enfle, j*ai des coKqoes, et il faut que je me fasse sai^ gner ; des boudins et des jambons me remettent l'es* tomac*.
C'est par pure affection que j'ai évité de prendre le pas sur feu rÊlectrice, mais j*ai fait une grande différence avec la duchesse de Mecklembourg ainsi qu'avec notre duchesse de Hanovre, et je n'ai pas hésité. Je n'ai pas vouhi non plus passer devant Son Altesse ma mère, et j'aurais même porté la queue de sa robe, comme j'avais coutume de le faire dans mon enfance, mais elle n'a pas voulu le souffrir.... Lc»^u'il y avait de grandes fêtes, Monsieur me faisait mettre du rouge; je le faisais à contre-cœur, car je n'ai jamais aimé la parure et je n'aime rien de ce qui me gène.
29 octobre 1717.
L'abbé Perrault a fait une fondation en l'honneur de la maison de Gondé; il a réglé que, tous les ans, l'oraison de Monsieur le Prince serait prononcée dans l'église des Jésuites où son cœur est anseveli '• Je ne dirai pas de ce prince qu'il a gagné des batailles, qu'il s'est montré très-courageux à la guerre et très-timide à la cour; c'est chose connue de la France entière.
1er novembre 1717.
J'aime Tabbé de Saint-Âlbin et il le mérite, car d'abord il m*aime sincèrement et ensuite il se conduit
* On a publié diverses oraisons fanèbres da prince de Gondë ; * celles de Bossaet et de Bourdaloue sont connues de tout l« monde ; celles que composèrent Tévéque de Chàlons et le père Martineau, Vone et Vautre composées en 1687 , rentrent dans la classe très- nombreuse des livres que personne ne lit.
343 coiRisrasBAKeB
fort Man. Il a d^ Foiprii» il a»t riifpiinabl0 0t il R*i point de aotta eagotorie, H û'art (ms m dveur auprès de mon fils autant qu^il le mériterait, maiç i) #it la «leîlleur garçon du lopnda, bien élavé, piau^ a| tottueux ; il est initniit, il sait beayeoMp ft pa t'a» Tait pcâot accroire. Il ressembla à fau Nonsiaur p)i}s qu'à noo fila, mai» l'on voit bien d'où, il provient ; mon Sis BO peut la renier ; il est bien dofnmaga qu'il m w\ pas mifant légitima de mon fllsr
L'abbé Dubois se trompe fort lorsquHl pense que je erois qu'il n'a pas contribué au mariage de mou fils. Je suis persuadée que lui seul Ta fait. 11 est yrai qu'au commencement il était pour moi , mais après que la vieille Teut maqdé trois ou quatre fois auprès d'elle, il changea bien vite. Si depuis le roi l'a pris en baine, ce n'était pas pour cet objet , mais pour un tripotage où il s'était mêlé avec le père La Chaise. Monsieur était aussi mécontent de la chose que moi, mais le roi el la vieille guenipe le firent menacer de chasser ses favoris ; cela le fit consentir à tout; il s*est repenti en*
suite, mais il était trop tard.
s nofffinbre ITtV.
Mm^ d'Orlf^ans n'aime que ses parents du côté maternel '• Elle ne peut comprendre qu'il y ait plus
* G*e3t ce que coDflrme Saint-Simoi), ? yiDtérél 4^ M, d^ Maine effaçait tout autre dans son cœur et dans son esprit, et fé qui va jusqu'à rincrey^lila, en iriâme tempi que c'est )« ploç iuetii vériti, e'a^t que la b^aljtuds nnticfpée'dQ i'SHtre iqpnde 0àt été pour elle en celui-^, si elle AvaH pu voir le 4uç du Maine élabU roi de Kranee, au pr^vdice (}ç mu imri et> ^e «op Ql^ beaucoup y^ ^ lU^ «i^ai 9» 1 m^\f\bm 9 ^ h ^U» f* 49}.
DE MADAME LA ODGHESftB D'ORLÉANS. 343
d*hoimettr peur elle à soutenir les intérêts de son fils que ceux de ses frères. Elle soutient qu'il y a dans tout cela beaucoup de malice de la part de son neveu, M, le Duc (de Boûrbûn)^ qui déteste ses oncles, (/ef frèreê de Jtf^* d^OrUmt).
^ y^i Snofembrs 1917.
C'est }fàe chose affireuse ce que la pauvre princesse (de Oe/tnU) a eu à souffirir de son mari ; il était, quoique sans aucun motif, jaloux comme le diable. Elle ne savait jamais avec certitude où elle devait passer la nuit ; quand elle s'était figurée qu^elle resterait à Versailles et qu'elle s'était arrangée en conséquence, il la menait à Paris ou à Chantilly ; lorsqu'elle croyait rester à Chantilly ou à Paris, il la conduisait à Versailles ; elle était continuellement tourmentée comme une âme en peine. Elle m'a impatientée souvent, car, au lieu de jouir du repos que lui procura enfin la mort du prince, elle pleurait sa mort et faisait des vœui pour qu'il vé» eût encore, dM^lle être tourmentée derechef.
7 novembre 1717.
Je crains fort pour mon fila auprèfi de ca§ d^me^ qu'il fréquente ; il y ^ déjà été une fois hrùlé.ot* Il n'avait que dix-sept ans lorsqu'on Ta marié ; c'était un tout petit garçon. Si on ne Tavait pas menacé de l'enfermer dans un vieux château, à. Viller^Cotteret, et si OB w lui avait pas donné l^spoir de voir M"* la Dudiesae autant qu'il voudrait » op U0 Taurait psi9 fmt consentir à ce maudit mariage.
fistat-Claad, Il naveiabrfi 1717.
le vaudrais que vous aj^ssiei à jouer aux éehecs ;
la première Dauphine avait un page âge de douze ou treize ans, fils d'un mailre d*hétel de quartier, qui était supérieur aux joueurs les plus habiles. Feu M. le Prince fit un jour une partie avec lui , et croyait gagner; mais ce fut le page qui remporta la victoire. Quand le Prince vit qu'il était échec et mat , il se mit dans un tel transport, qu'il saisit sa perruque et la jeta à la tête de ce petit garçon. Ici on joue surtout la bas* sette, le pharaon et le lansquenet, et on y joue trèsgros jeu ; si quelqu'un en paraissait contrarié, il serait mal reçu.
Je m'étonne que l'on n*ait pas imprimé la relation du mariage de l'Électeur ; on publiait à Heidelberg des relations de ces choses-là avec tous les détails. L'Opéra a sans doute été italien ; car en Allemagne, on n'aime que la musique italienne ; je ne puis la souffrir; il me semble que le bruit qu'elle fait est comme celui des chats <|ui miaulent sur les toits.
Je vous remercie de la médaille d'argent que vous m'avez envoyée ; elle vient fort à propos; j'ai ainsi le docteur Luther en or et en argent. Je suis persuadée que Luther aurait mieux fait de ne point faire d'Église séparée, mais de se borner à s'opposer aux abus de la papauté ; il en serait résulté bien plus de bien. En revenant à ce que j'avais commencé à vous dire mercredi , je vous assure que mon fils a plus d'ennemis que d'amis ; son beau-frère et sa femme travaillent avec la plus grande ardeur à soulever contre lui la haine du peuple. Mme du Maine a fait circuler des écrits contre mon fils. Tous les enfants de la Montespan sont une méchante race. Le petit roi a une jolie
figure et beaucoup de jugement; mais c'est un mé** chant enfant; il n*aime au monde que sa gouver* nante; il prend sans motif de l'aversion pour les gens, et il leur dit volontiers des choses blessantes. Je ne suis pas dans ses bonnes grâces, mais cela ne m'in* quiète guère; car lorsqu'il sera en âge de régner, je ne serai plus de ce monde et je ne dépendrai pas de ses caprices. Lorsque je recommande à mon fils de se tenir sur ses gardes contre ces méchantes gens, il se met à rire et me répond : < Vous saves bien, madame, qu'on ne peust Evitter ce que Dieu vous a de tout temps destines ; ainsi , sije le suis à périr, je ne Le pourris Evitter ; ainsi je feres que ce qui est raisonnable pour ma Conservation, mais rien dextraordinaire \ » Mon fils a beaucoup étudié; il a une bonne mémoire, et il s'exprime bien sur toutes sortes de sujets; il parle surtout fort bien en public ; mais il est homme, et il a ses défauts tout comme un autre. Us ne font tort qu*à lui, et il n'est que trop bon à l'égard de tous les autres«
16 novembre 1717.
Le feu roi tenait beaucoup à être admiré de tout le monde, surtout de ses maîtresses ^ Il avait beaucoup
* Nous reproduisons le teite original afin de donner une Idée de la façon dont la princesse écrivait le français. Son aUemand ne vaut guère mieux.
s Loais XIV exigeait de sa famille comme de ses ministres lesaentlments d^une obéissance exclusive, absolue. Les démonatrations de soumission et de respect furent poussées à un point qui dégénérait en une espèce de cuUe. On trouve dans un livre en quelque sorte olllelel, et dédié au roi, de curieux détails à cet égard. Quand les grandes dames, surtout les princesses du sang.
Si6 COmiBSPOMIARCE
à^esptk naturel , mais il était fort igaorani «I A an avait hont»; aussi fallait-il t^ir les savants pour gens ridicules... H ne pouvait souffrir qu^on purlfti p(rii« tique.
Safnt-Gloud, 16 no?embre 17 f 7.
Toutef 1^ grandes 4f mes qui contr^^ete^t des mésalliances en sont )»içn récompensées; elles sont ordinairement malheureuses dans leur m^ri^ge et maltraitées de leurs m9ris; c'est le cas de la princesse de Deux-Ponts, qui a épousé son épuyer. EU§ s'en trouve bien mal» vfim ja ne la plains nullement, elle l'a bien mérité, le ne pui^ m'^mpépher de rire quiind je pen^ comme je l'^v^is e^açtemenjl avertie h Tevg^nçe de ç§ qui arriverait* EHç était aveo moi à VOpér^ e| vpulait à toutes forces que sop écuyer vint s'asseoir d^Ticra elle. Je lui dis ; f Pour l'amour de Djeui que Votre Altesse reste tranquille et qu'ellis ne se traçasae paç ainsi de (îerstorf; ell§ no conn^iit pas encpre ce pays;
passent dans la chambre du roi, elles font une grande révérenee au Utile 6a Uri^iVM$tai de la France en 1697, 1. 1, p. 293). Saint-Simon a pu dire quUl n'avait tenu qu'à Louis XIV de se faire aderor ; à diverses reprises, il a psiat avec vlguaoff l'argi^eil de es moparqtie ; « jLes flatteries lui plaident k im Uil point que les plus grossières même étoient bien reçues, les plus basses étoient les Hdeux savourées, et ee n^étoil que par là qu'en appeschoit de lol..«.. Lasoupleaiw, la bsssesae, l'air adaidiant» craignant, dépendant, rampant, et j^ua qoa loat, de asaot, étaient les uniques moyens de lui plaire. » Divers éifila de i'époqae forment d'étranges moBuments de cette adulatien; oa pi ut signaler, entre autres singularités de ce genre, le J^hnuMum Panthéon, ou le Kapport des dmnHéu du patjafUsmM $ê de$ héros de VanUfuilé aux vertus et auje aeiism 4e Umi§ h araiiiffPaffdê Vertnmt^aris, iass,iB-S,
DB MADAME LA POCHESSR P*ORL£aNS. 347
lorsqu'on se préoccupe si fort de ses gens^ on donne lieu de éroire qu'on a de Tamour pour eux* > EUe répondit : « Est-ce qu'on ne peut pas porter de Finie' rêt à ses gens? » Je dis : c Oui, on peut les mener à l*Op^# nuôs en n'a pas hesûki de les avoir auprès de soi. » Je ne savais pas alors que j'eusse deviné aussi
}tMte.
M. Béiideflrilttéf * est m gadatlt ftotnftîe qui sait vivre eoiinné il tmai ëi qtîi it'a polfit les febutaûtés maniérée mAikMmûÉê\ if né paffe point le diateôté autrichien, ftuâê ëR boit àltemand. Lorgne j'étais ici , la foire êàitÊlr4ieemtàn emmiéfiçsl. If iHhot m géaAt qui voulait Bé tfàte voif pdtir de fàrgetit, mais ayant rencontré M. Befideilrittér, Il dit : « f oilà ({ùî est fait ; je fl*itâi pâi^ tte fxtoittref à h foife, càf en vôitâ un qui sé motiti^ pMf rien. Je ne pourrais fieli gagner pour cette fois. > Et il s'en alla. M. Bendenritter a plu ici à tMt le thottde. Le comte Zinzendorf, qui lui a succédé, ne lui ressemble pas 1 C^'est un parfait Âutrichien poui^ lés nianières, H figure et lé parler. Lorsqu'il visita, à Versailles, fa grande et là petite écurie, M. le Grand (éenyêr) fit venir vingt pages qui savaient vbKlgef et les fit exercer dans leurâ caiiiîsotes; lorsque lé eortjtte Zinzéndôrf vit cela , it eil fut si transporté, qu'il en était comme hors de lui et qu'il ne pouvait inanger, IT a aussi introduit sat tuileries la mode d'appeler les pages pât des signeâ. Lof âqiTon raconta cela à mon ftls , il ne pouvait le croire : il âlta fuimëme aux tuileries et donna lé signal : il vit alors ao-
* Ambassadeur d'Autriche à la cour de France.
courir une foule de gens en livrée, parmi lesquels était un de ses propres pages. Celui-dfut saisi d'éSfroi et il .fut de suite chassé.
SainWdoad, IS BOfremlMPe ITIT.
H*>* de Berri ne mange guère à diner, et il est impossible qu*il est boH autrement, car elle se fiait appcMter, avant de se lever, toute espèce de choses à manger; elle ne bouge pas de son lit avant midi; à deux boires, elle se met à table, elle n'en sort guère avant trois heures; elle ne fait aucun exercice; à quatre heures, on lui apporte encore des aliments de tout genre, des firuits, de la salade et du finomage; à dix heures, elle se met à souper; entre une ou deux heures , die se couche ; elle boit l'eau-de-vie la {dus forte.
Toute la jeunesse de l'un et de l'autre sexe mène en France une vie des plus répréhensibles; plus elle est déréglée, mieux cela vaut. C'est peut-être fort gentil, mais j'avoue que je ne puis le trouver tel. Ils ne suivent pas mon exemple d'avoir des heures réglées , et je suis très-décidée à ne pas prendre pour modèle leur conduite, qui me semble celle des cochons et des truies*.
La princesse de Galles ne peut souflQrir que l'on dise que l'électeur de Saxe se soit fait catholique depuis dnq ans ; mais il est positif que son grand-chambellan , le comte de Gos, en avait fait la confidence au roi. Je crois bien que l'intention du roi de Pologne
* Sauisch und wle schweine»
DB MADAMfi LA DlGHESSK D'oRLÉANS. 349
est que rien ne soit changé dans son électoral, et que les choses restent, par rapport à la religion, dans Tétat où ell^s se tmuvent; mais si une fois les prêtres y mettent le nez , il ne sera plus maître d'empêcher le gâchis.
19 novembre 1717.
On ne peut dire lequel est le pire du duc ou de la duchesse du Maine, mais ce qu*il y a de sûr, c*est qu*il n'y a pas au monde de couple plus faux,
Saint-Cloiid, 25 novembre 1717.
On a mis une poudre dans l'œil malade de mon fils, et cela avait causé des douleurs intolérables à des personnes qui souffraient comme lui ; il aurait donc dû en souffrir, mais il n'a rien ressenti ; il a ri et s'est amusé comme à son ordinaire. M. Gendron * a commencé un traitement pour son œil et il s'en est bien trouvé, mais Gendron était trop sévère pour lui : il dé* fendait les petits soupers et ce qui s'ensuit, mais cela le contrariait , ainsi que ceux qui sont de ces petits soupers et qui y trouvent leur profit ; on hii a donc proposé d'autres remèdes qui ont remis son œil dans un mauvais état.
Mon fils sait faire la cuisine; c'est une chose qu'il a apprise en Espagne. Il est bon musicien, comme tous les musiciens le reconnaissent; il a fait deux opéras qu'il a fait représenter dans sa salle et qui avaient du
* Médecin du duc d'Orléans, mort en 17&0, à TAge de quatrevingt-sept ans. H fut Tami de Boileau, et VoUaire Ta comparé A Esculape.
350 CORRSSNMnUNOS
mérite, mais il n*a pas voalu qa*an les représentât en pablic.
Saint-Cloud n*est qu*une maison d*été ; bewcoup de mes gens y ont des chambres sans cheminée ; ils ne peuvent donc y passer l'hiver, car je serais cause de leur nort^ et]6 ne èhH pas assez du^e pour cela ; ceux qai souffrent m^inslpireiit toujours de la pitié. Si la chose ne dépendait que de inoi , jë f estel'ais bien ici rhiver plutôt que de retourner au Palais-Royal , où je suis logée fort à Tétroit : je n'y ai qu'une chambre chaude et un cabinet} ftisis il faot se eéVlforther ft Tusage« et toute ma vie j'ai préféré le pafli le plus raisonnable à celui qui me présentait le plifs d'agrément. Je ne crains m n'évite ni le ehaud i m l6 fi^oid ; mon fils est comme moi; il aime an temps ehaud , it faut que la chiUeur smt bien forte pour tp»» ftous nous efk pkignioiis et pour que nous soyons en sueur. Mon -goût ne me porte pas à voir beanieoftp de ifionde, et là foule me cause plus de répugnance que de plaisir. J'aime bien meux être seule qu'avoir à ine donâer le tourment de chercher ce que j'aurai à cKrè à chacon ; car les Français trouvent mauvais qu'ciA ne letir parle pas, et aknrs ils s'en vont méeontêfktê ; 9 ffttft donc se mettre en peine dé ce fn'on peat leur dire; je suis donc contente et tranqâsie lorsqu'on me laisse dans ma solitude ; je ft'aime point à f«re de viiHtes ; je bais les cérémonies et tout ce qui en a l'air.
Toute l'Angleterre doit avoir manifesté une grande joie à l'occasion de Theureuse délivrance de la prin-
cesse de Galles ; mais les Anglais sont tellmneiil faux^ que je ne voudrais par leur confier un seul cheveu. Le duc de Sdiomberg doit être bien vexé de n^avoir qu'une fille, et le comte de Degenfell aussi; mais ils sont, Tun et l'autre, assez Jeunes pour avoir encore beaucoup de fils. La princesse de Galles a bien trois IHÎnces et trois princesses.
Aussitôt que j'ai eu un instant de libre, j'ai été dans la chapelle i»'ier pour mon fils , qui se trouve un peu mieux de son œil; tl ne pouvait pas distinguer les couleurs, et lorsque j'étais avec lui , le cardinal de Polignac étant venu le voir, mon fils a très-bien discerné la robe rouge ; il y a donc un mieux sensible. Tant qu'il a été dans les remèdes, il s'est bien préservé de ses expès dans le boire, le manger et Finconduite de tout gerire; mais je crains bien qu'après sa guérison il ne reprenne sa vie désordonnée. Les daipeç débaucbéef» * se remetUï>nt à lui courir après et à le raipener à leurs petits soupers ; alors son œil s'enflammera de i^ouveau, Apr^ uqç visite à mon fils, j'ai été me mettre à table f et, après dîner, j'ai pris ma Bible et j'ai lu quatre cl^apitres du livre de Job, qi}a|f e psaume et deuY chapitres de saint lean^ J'ai reipis les deux aiitrès à qe matin.
Du temps 4u feu roi, les prétentions des couilisans étaient put autre chose (fx'k présent ; le roi pouvait se montrer aussi généreux qu'il voulait , il était seigneur et maître de wa argent; mais mon fils est forcé de faire des éçoiiomies, çai* les dettes sont eflroyablçs *'
• Dcsbeauchirte damen,
• C*eât ce que cunftriue trop biea VÉtat fénéral des dettes de
352 GORRESPONOANCE
elles dépassent de deux cents millions les reiœniis du roi. La vieille vilaine a fait tout ce qu'elle a pu pour perdre le royaume.
Je plains de tout mon cœur les pauvres Saxmis et la reine ; elle éprouve bien des souffrances durant sa vie. Je ne puis souffrir la fausseté du roi de Pologne, car il agit sans tenir aucun compte de ses serments. C*est ne se montrer nullement chrétien que de tourmenter les gens pour des motifs de religion, et je trouve cela affreux ; mais lorqu'on examine la chose au fond , on trouve que la religion n*est là que comme un prétexte; tout se fait par politique et par intérêt. Chacun sert Mammon et non le Seigneur.
Saint-CIoad, 28 novembre 1717.
Depuis six mois, et à la suite d'un coup terrible que mon fils s*est donné à la figure, un de ses yeux s*est tout enflammé et rempli de sang : il a consulté un oculiste qui lui a indiqué de bons remèdes, et il lui a promis surtout de se régler pour le boire et le manger, etc., etc.'; mais il n'a pu s'y résoudre, et il a continué sa vie habituelle. L'état de Toeil a empiré ; mon fils recourait à tout ce qu'on lui proposait , mais ne voulait interrompre ni ses plaisirs, ni ses affaires, qui lui donnent beaucoup à lire et à écrire. Hier, il s'est laissé saigner et purger ; aujourd'hui , il a fait l'essai d'une poudre que lui a donnée un curé * qui la tenait
VÉtat à la mort du feu roi LotUs XIV, leur réduction et payefnent, Paris. 1720, in-4.
* Il se nommait Hoassn et était curé à RueU. « Le 25 noTembre, il entreprit S. A. R.^ et trois jours après, elle commença i Toir un peu mieux » (Mémoires de la Mégence, 1. 1, p. 41 1 }.
DE MADAME tA DUCHESSE U*ORLÉANS. 353
d'un All^nand ; cette poudre a commencé par causer une grande inflammation ; il faut qu'il en fasse usage deux ou trois fois. Je crains vraiment qu'il ne finisse par perdre la vue, et vous pouvez (croire dans quelle inquiétude cette idée me jette.
Pour répondre à d'autres points de votre lettre, je vous dirai qu'ici il n'est pas permis de communier dans sa chambre, sauf le cas de maladie ; je suis fort disposée à entendre des sermons dans le temps de l'Avent; mais, après dîner, cela m'est impossible; car si je vais entendre prêcher aussitôt après avoir mange, il ne dépend point de moi de ne pas m'endormir.
La princesse de Galles est, grâce à Dieu, heureusement accouchée d'un garçon ; il est fort ordinaire que des grossesses se prolongent, comme la sienne, jusqu'au dixième mois. Quant à moi, j*ai eu trois enfants, mais sans rien d'extraordinaire ; je ne me suis jamais blessée; je les ai portés jusqu^à la fin du neuvième mois ; au commencement, j'avais chaque jour des dé" faillances; mais cela ne m'empêchait pas de continuer mon chemin. Je suis une fois restée dix heures livrée aux souffrances les phis intolérables. J*ai perdu mon premier enfant. Mon médecin, le vieux H. Esprit, l'a tué comme s'il lui avait tiré un coup de pistolet dans la tète; mais tout cela est«de l'histoire ancienne.
1er décembre 1717.
Le cardinal (Mazarin) était amoureux d'une dame qui était chez la reine. Je l'ai connue; elle logeait au Palais-Royal et on la nommait M"' de Brégy ^ . Elle
* CbarloUe Saumaise de Chazan, comtesse de Brégy ou Bré«
354 CORRESPONDANCB
était très-belle, et beaucoup de gens ont été unoureux d'elle, mais c'était une honnête femme; elle a servi fidèlement la reine et a tait que le caidinal a mieux vécu avec la reine qu'auparavant. Elle avait beaucoup d'esprit. Monsieur Taimait à cause de la fidélité qu'elle avait pour la reine*
2 décembre 1717.
Je suis bien aise que mes lettres vous aient été réalises; M. de Torcy n'est pas du tout mon ami; s'il trouvait l'occasion de me nuire, il ne la laisserait pc»s échapper; mais je ne m'en tracasse guère. Mon (ils me connait bien; il sait combic^ mon attachement pour lui est sincère ; il serait donc difflcile de nous brouiller. 11 ne sert à rien d& cacheter les lettres avec de la cire; on a une espèce de composition faite avec du vif-argent et d'autres substances qui enlèvent la cire, et lorsque les lettres ont été ouvertes, lues et copiées, on les re-
gU, une des femmes les plus spirituelles de la cour d*Anne d'Autriche; Dée eo 1G19, elle mourut le 13 avril 1693. Son mari, qu'elle épousa à quatone ans, fut ambassadeur en Pologne eien Suède. Tallemant la dépeint comme « coquette en d|a)>ie, la plus grarde façonnière et la plus vaine créature qui soit au monde.» Il rapporte une lettre écrite par elle k la reine Christine, qui lai iivail tiSert une province entière si elle voulait se rendre dans ses États, et il s'est donné le plaisir de placer djuis ses Bistorfeltes quelques détails scandaleux sur le compte du mari et de la femme. Mi°® de Jttotteville affirme que la comtesse prétendait avoir le cardinal Mazarin au nombre de ses adorateurs. Les Lettres et poésies de la comtesse de JB....,Leyde, 1666, donnent une assez triste idée des talents littéraires de cette dame ; on recherche toutefois ce volume parce qu'il s'annexe ^ la collection des Elsevirs. Consulter un article de M. Lamoureux, Muvelle Biographie miperselie^ U VU.
eadiète n adroitement que personne ne peut découvrir si elles ont été ouvertes. Mon fils sait fabriquer cette composition; on l'appelle gama.
Ma fille se flatte d'être ici le 10 février; mais je ne le crois pas. le vois bien que son mari a envie de ce voyage; mais il a un favori dont la femme est la maîtresse du duc; ils le rongent jusqu'à la chemise et ne permettront pas ce voyage, afin de mettre dans leur sac l'argent qu'il coûterait. Lorsque l'intérêt gouverne, on ne peut compter sur rien. Je serai bien aise de revoir pia fil)e; mais^une longue expérience m'a appris que les choses qu'on désire le plus en ce monde tournent souvent aussi mal que possible.
Ma fille ne peut avoir uw chaire à bras m ma présence, ou celle dq mon 01s et de s^ fem^^e; le 4uç de Lorraine ne peut pas non plus en avoir une où je suis ; mais, quaQt au reste, on vivra sans cérémonie. Les enfants de mon fils ont le titre de prinp^s du s^n^; le. duc de Chartres est premier prince du sapg. fous ces princes, garçons ou filles, ont été fort mal élevés; on les a toujours laissés faire toutes leurs voloqtés ; Hme d'Orléans ne s'est jamais occupée un seul instant de ses enfants ; son fils seul a eu le bonheur de trouver un bon gouverneur, de sorte qu'il a été élevé chrétiennement et convenableipeiit. 1} est certain que d^ toute ma vie je ii'ai vu fils de princes ou mêmes fils de nobles élevés aussi mal que le sont ces enfants. C'était pourtant la même gouvernante que celle qui fi été auprès de ma fille, qui, grâces à Dieu, n^a pas été élevée de la iorie. Je lui ai demandé une fois pourquoi
356 CORRESPONDANCB
elle ne donnait pas à mes petits-enfants Téducatiou qu'elle avait donnée à ma fille; elle m'a répondu: c Madame, lorsque j'avais des plaintes à vous adresc ser, vous m'avez soutenue; mais lorsque je me suis c adressée à H'"'' d'Orléans, elle n'a fait qu'en rire, c Voyant cela, j'ai laissé aller les choses à sa guise, i En Allemagne, on laisse les princesses agir selon leurs caprices. J'ai toujours entendu dire, au sujet de la vieille électrice de Saxe, qu'elle s'enivrait ; mais c'est la seule qui ait donné lieu à cette imputaticm,
ÎO décembre 1717.
On a écrit qu'étant en Hollande le roi renonça à cette conquête par générosité, et je sais aussi sûrement que je connais mon nom qu'il est revenu uniquement et seulement pour revoir M"** de Montespan et pour être auprès d'elle. Je connais dans l'histoire en* core beaucoup d'autres exemples d'événements qu'on attribue à de grands motifs de politique et d'ambition, et qui ont pour cause les plus minces bagatelles du monde. On a dit de notre roi que son ambition était telle, qu'il voulait se faire maître absolu du monde entier, et que c'est pour cela qu'il avait commencé la guerre avec la Hollande; mais je sais très-positivement que cette guerre n'a été entamée que parce que M. de Lionne, alors ministre d'État, était jaloux du prince Guillaume de Furstenberg, qui avait une intrigue avec sa femme, ce dont il était instruit. Ce fut pour le chasser qu'il commença les querelles qui ont amené une guerre \
i Mme de uoQQe était, d*aprè& Saiot-Simop, t» VU, p. 186,
12 décembre 1717.
M"» de Montespan et sa fille ainée peuvent- boire considérablement sans être ivres un seul moment. Je les ai vues im jour avaler des râsddes du plus fort ro* soli de Turin, sans compter ce qu*elles avaient déjà bu ; je pensais qu'elles allaient tomber sous la table, mais c'était pour elles comme de boire de l'eau..,.
une femme de beaucoup d'esprit, de hauteur et de magnificence. Les pamphlets et les chansons du temps donnent une assez fâcheuse opinion de sa vertu. Ce que Madame af&rme sur les causes de la guerre de Hollande se retrouve dans divers libelles de l'époque, mais c'est une allégation sans nul fondement. Le beau travail historique de M. Mignet, sur les négociations du règne de Louis XIV, établit, d'après les correspondances diplomatiques, qu'avant d'envahir la Hollande en 1672, Louis XIV négociait depuis quatre ans la ruine de cette république avec une persévérance qui ne se démentit pas un seul instant et avec Tbabileté la plus profonde. Il conclut des traités d'alliance offensive avec le roi d'Angleterre, l'électeur de Cologne et Tévéque de Munster , pour l'attaquer en même temps par mer et par terre, des traités de neutralité avec l'empereur et divers princes de l'empire, pour qu'ils la laissassent envahir sans la défendre» un traité de coopération éventuelle avec le roi de Suède. Louis XIV partit de Saint-Germain le 28 avril 1672, pour entrer en campagne, et de Lionne, « le continuateur des grands desseins de Henri IV, de Richelieu et de Mazarin, » était mort neuf mois auparavant, le t*' septembre 1671.
Le travail de M. Mignet, concernant les préparatifs de cette guerre, se trouve dans les 111« et 1V« volumes des Négociations relatives à la succession d* Espagne sous Louis XIV, publication qui fait partie du grand recueil des Documents inédits sur Vhistoire de France, mis au Jour sous les auspices du gouvernement et qui foriue déjà quatre-vingts volumes environ. Un extrait de ce qui cât relatif à la guerre de Hollande a paru dans la Revue des Deux-Mondes^ 1" décembre 1841«
Paris, 16 décembre 1717.
U est arrivé hier, tout près d*ici , uoo aventura bragique. Un dbbé de qualité, que Ton appelle l'abbé de Bonueseuii (Bonemlj^-ei qui élait un graad joueur, après avoir gagné 4,000 francs, dijia che^ une dame qui est sa parente ; il se fit la nuit rapporter d^ns une chaise à son logis, où il avait laissé son domestique qui le sert depuis quatorze ans. 11 était une heure environ après minuit lorsqu'il rentra cbex lui ; il demeurait juste au-dessus de la boutique d'un cordonnier. Ce matin les ouvriers du cordonnier, étant venus à leur travail , virent que du sang tombait du plafond ; 1^ femme du c(Mtlonnier monta, trouva la clef à la porte de l'abbé ; elle entra , et vit un spectacle si affreux qu'elle prit la fuite en criant. On accourut à ses cris, et l'on trouva l'abbé et son laquais assassinés ; on leur avait complètement coupé la tète. On a trouvé aussi dans la chambre une petite épée et un couteau de chasse, mais sans taches de sang. Plus de mille personnes sont venues voir cet affireux spectacle. On ne sait si le orima a été commis par des voleurs, «ar on a trouvé dans la poche de l'abbé sa montre et sept pistoles, et dans une armoire un millier de francs; on ne peut pas non plus comprendre comment la chose a pu s'accomplir, car on n'a pas entendu le moindre bruit, et les meurtriers n'ont pas laissé de traces. Il n'y a pas, depuis hier, comme vous pouvez penser, d'autre sujet de conversation ^ Après cette horrible tragédie, il faut que je vous raconte une anecdote fort
* Saint-SimoB parle <le cette alfaire, t. XXX, p. 00.
DB MABAMB LA 1WCHE66K t>*ORLÊANS. S50
eoiifkliie, cftil s^est passée la semaine dernière el dont on a beaucoup parlé. Un cordelier, qui paralysait âgé de dix-huit ans, allait de Rouen à Pafis; il entra dàn# nne hfjÊfâkfvie et se mit à table avec beatfôonp de monâe< Totit d'un coup il est saisi de dmiteurs vioten-^ tes; orf le port«f sur un lit, et un moment après ori entelid drier dans la maison : « Le cordelie^ aeeotfche 1 ehl vite! au secours! » et puis un instant apfès^ « H est aaeotiehé d'dne fillô. » On ne tisAi pas enco)^ ifuelle est la pensomio qui s^ôtait déguisée d'ansf fkçoit s) é\nngB *4
Pmri0, 19déMiBbrèl717.
11 est bien vrai que les maîtresses de mm fils^ si elles Taimaient véritablement, se préoccuperaient de sa vie et de sa santé ; mais je vois bien i ma chère Louise, que vous ne connaissez pas les Françaises } rien ne les dirige, si ce n*est l'intérêt et le goût de la débauche ; ces maltresses ne voient que leur plaisir et l'argent ; de Tindividu elles ne donneraient pas un cheveu. Cela m'inspire un dégoût complet, et si j'étais à la place de mon fils, je ne trouvenûs rien de séduis» Mnt défis ié pai*eilles liaisons ; mais il y est aefcou- (umé ; tout de la part de ces femmes lui est égal , pourvu qu'elles le divertissent, il y a aussi une chose ^e je ne puis comprendre : il n'est nullement jaloux ;• il SOttffire que ses propres sertitetitlr soient en rapport avec ses maîtresses ^ Cela me semble affreui^ et prouve
* Une femme dégoisée en ermite accoucha le 24 février 1067 tm le eoehe d*êaii de Montereâo, à ce que raconté la Oasetiê del^et.
' Nous atlouetssoni la ciruéité du lexte germanique : Leydt dass seine Eygene bedintm bey seinen maitressentie^ent
300 ccmiœsHMDAiicB
bien qa'U ii*a pour elles auciin amour. Il est tdlemeiil babitaé à bcMre et à manger avec elles, et à mraar eette vie crapuleuse, qu'il ne peut plus s*en arracher. Gela m'affecte souvent jusqu'au fond du coeur; mais j'esp&re que Dieu le tirera enfin de ce labyrinthe ^ l'arrachera des mains do toutes ces méchantes gens , qui ne veulent qu'obtenir de lui de l'argent*. C'est asseï parier de ces vexations. Le petit roi me fait diaque année une couple de visites, fort contre sa vokmté : il ne peut me souffirir ; je crois que c'est parce que je lui ai dit plus d'une fois qu'il ne convenait pas à un aussi grand roi que lui d'être mutin et opiniâtre comme il l'est
Je m'étonne que le duc de Schomberg n'ait pas été voir sa fille à l'occasion de ses couches. le ne sais plus comment va le monde; on ne tient plus compte des devoirs de famille. Je ne suis pas surprise que le comte de D^enfelt aime tant sa petite fiUe; tous les pères
* Noos emprantons à M. Barrière, le spirituel éditeur des lïh hUaux de genre et t^ histoire (1828), une appréciation Judielense de la conduite du régent :
« Lea désordres da neveu eurent un tout autre caractère que « les faiblesses de Tonde. Nulle voix n'eut jamais sur l'esprit « du régent asseï d'autorité pour l'arracher à ses plaisirs, sup- « posé que l'on pût appeler de ce nom des dérèglements dont « il faisait gloire. La vanité y avait au moins autant de part « que la corruption. Quand on sut qu'il n'y avait plus dans son « intimité de festin sans ivresse et de plaisirs sans débauche, « les courtisans les plus tempérants s'arrangèrent pour avoir « des vices, comme, vers la fin du règne précédent, ils se cboi- « sissaient des vertus. Mais le régent ne fut pas la dupe de cette « hypocrisie d'un nouveau genre; il ne les en esUma pas da- « vantage, malgré leurs désordres, et il continua de se livrer « auJL siens. »
DE MADAME LA DIOHESSE D'qRLÉANS. 361
aiment leurs lîlles plus que leurs garçons ; c'est le contraire pour les mères. Ces deux jeunes époux ont d'ailleurs le temps d'avoir à foison garçons et flUes. '
Paris, 33 décembre 1717.
L'œil de mon fils ne va ni mieux ni plus mal ; le curé a bon espoir de le guérir : c'est toujours la suite du coup qu'il s'est donné, il y a dix-huit mois, en jouant à la paume * . Il est incapable de se soumettre à la diète plus de deux ou trois jours ; beaucoup boire est mauvais pour les yeux. Les dames boivent ici encore plus que les hommes , et , ceci entre nous, mon fils a une maudite maîtresse qui boit comme un trou et qui lui est infidèle; mais, comme elle ne lui demande pas un cheveu , il n'en est pas jaloux. Je suis fort tracassée dans la crainte que, de tout ce commerce, il ne gagne quelque chose de pire ; Dieu l'en préserve ! 11 passe toutes les nuits dans cette maudite société, et reste à table jusqu'à trois ou quatre heures du matin ; c'est assurément fort mauvais pour sa santé, ie prie Dieu bien sincèrement pour sa conversion. 11 n'a pas d'autres défauts que ceux-là, mais ils sont grands. Lord Stairs a été malade, et à la mort ; mais aujourd'hui il est beaucoup mieux. Sa femme s'est fait beaucoup d'honneur par le soin qu'elle en a pris ; elle
^ Ducloe dit, dans ses Mémoires, que le mal à l'œil da prince ne venait point d'un coup à la paume, mais d'un coup d'éventail que la marquise d'Arpajon donna au régent, en repoussant des libertés fort insolentes qu'il voulait prendre avec elle. D'àprès la Vie privée de Richelieu (écrite par Faure), un coup de coude de Mme de La Rochefoucauld, avec laquelle le régent s'émancipait terriblement, fut la cause du mal; T. I, p. 117.
362 COBKCSPOXDANCB
n*a bouge d'auprès dé lui ni jour ni nuit; on ne sait comment elle a pu y résister. Tous avez bien raison ^ ma chère Louise, de faire son éloge.
Notre chère princesse de Galles m'inspire tant de compassion, qu'hier j*en ai pleuré. Sa sortie de Saint- James, comme la comtesse de Buckenburg me le décrit, est une chose vraiment déplorable ; elle a eu plusieurs évanouissements coup sur coup, lorsque ses trois petits princes, tout en pleurs, ont pris congé d*e11e; cela m*a tout à fait touchée.
Je n'ai pas de cuisiniers allemands , je n'en ai que de français; j^en ai, depuis peu de temps, un quia servi le maréchal de Chamilly tant qu'il a été à Strasbourg; il sait assez bien apprêter la choucroute, ndais elle n'a pas le gofit frais comme chez nous. I\ien n'est ennuyeux, selon moi , comme de manger seul , et ici il faut s'y résigner; j'aime bien mieux Saint-Goud, car, à la campagne, on dine toujours en compagnie, Le feu roi dînait toujours à Marly avec beaucoup de monde.
Paris, 3 janvier 1718.
Mon fils est tellement absorbé par les affaires de l'intérieur, que M. Zadimann n'a encore pu recevoir d'au* dience. La Bretagne est au moment de se soulever tout entière ; on y envoie des troupes. Mon fils est bien à plaindre; il a bien éa tracas; depuis six heures du matin jusqu'à huit heures du soir il est au travail ; pas moyen de lui parler ; ensuite, pour se distraire un peu, il fait les repas dont je vous ai parlé.
On dit que les assassins de l'abbé sont découverts. Son valet avait une femme qui le trompait et qui ai-
DE MADAME LA DUQIESSE D*ORLÉANS. âM
mait un soldat aux gardos. Us Soroièreiil le projet d'assassmer Tabbé pour s'emparer de son argeal. La feoune a été arrêtée; elle a tout avoué» mm le coquin de soldat a*est sauvé.
Cest la faute de rélecteiur de Bavière si Vqb fait en France si peu de ca&de Ini * : il s'est abaissé liû-m^ne, m lieu d€|SO{Aacer au niveau qui lui revenait; il s'est contenté de diner avec les princes et {mneesses do sang et de les suivre à la chasse ; au lieu de rechercher la société des dames de qualité, il s'est entouré de griapttfs.
4 janvier 11 IS.
M. de Lcmois était d'un très-méchant caractère' ;
^ Cet électeur entretenait quinze cents cbevaux et quatre raffle chiens. Ses folles prodigalités contribuèrent beaucoup à lui iiiare pMdre ae» Ëtata. H fut toor à tour, et toujours mal à pc*P<M||L Vsllié ou rantageniste dftls Franea. Uanê^att dit é^n^ son Journal, en date du 8 décembre 1694 s ce L*électeur de 0u- « vlére, avec qui nous sommes en guerre, prépare à Bruxellçç « de gnada divertSesements pouf recevoir l'âectrice ; il veut « Ui^dawMrimoyéfa magnifique, et le BQi a permis à beauj»Hi^ « de çbanikeurs et de d^^iseurs de Pari& d'j aller ; U y va aussi « beaucoup de fiUes de l'Opéra. »
* M. Clément ( GfoKtfememen^ de Louis XIV» 1846, p. 52) i9l«éek.)uâi«ieii0emeDt LoqimIS : « Fier, luuitftiB. absolu, mois « intègre et Juste, il traita les grands seigneurs de Tarmée comme « Richelieu avait traité eeu qui vivaient sut tes marches du « trône, et Colbert ceux de la flntaeek » Mmitesquieu a été bian El|£Oinreia lorsqu'il a dit que le& plus mauvais citoyens de U France furent Richelieu et Losvois. Qttan4 vinceat les désas" très qui affligèrent la fin du règne, de Louis XIY, on sentit quelle peite avait occasionnée la mort de Louvolùs. Ua coi^let pris dans 00/9 <ihaiuDn faite en 17 OS en fournit 1^ preuve ;
OoblloQi tOQfe I* mftl loulfert, Oanwns un nouw^a teinlS* «i^
364 GOnRBSPONDANGE
il haïssait son père et son frère; et comme ils étaient mes bons amis, j^avais à porter le poids de leur iniquité. Ce qui augmentait encore sa haine, c*est que, comme il avait maltraité mon père, il savait bien que je ne pouvais l'aimer, il craignait que je ne me vengeasse : voilà pourquoi il a toujours excité le roi contre moi. C'était là le seul point pour lequel il tombait d'accord avec la vieille vilaine.
Parir» A Janvier 1718
Écrïre ne me fait aucun mal ; il faudra que je sois morte depuis longtemps quand il en sera autrement ; il ne se passe pas un seul jour sans que j'écrive. Entre l'Angleterre et ici il se perd beaucoup de lettres ; quatre des miennes ne sont pas parvenues à la princesse de Galles ; il ne faut donc pas vous étonner, ma chère Louise, si la lettre que vous a écrite la comtesse de Buckenburg s'est égarée. L'abbé Dubois est parti pour l'Angleterre après la Noël; je lui écrirai demain elle chargerai de présenter mes compliments au comte et à la comtesse de Degenfelt. Si nos braves Allemands avaient beaucoup d'argent, ils se corrompraient peutêtre et vivraient comme les autres nations. Ce qui cor-
Rappelont LooTois d« Tenfer, Toat reprendra ion branla.
Gomme preuve du peu de scrupule de ce mintstre, nous citerons sa lettre au maréchal d'Estrades, en date du 1 6 janvier 1674, dans laquelle il parle du baron de Lisola, auteur de divers écrits politiques contre les prétentions de Louis XIV. Lou- Tois redoute ce pamphlétaire, et il dit que « ce seroit un grand « avantage de pouvoir le prendre, et même il n*y auroit pas « grand inconvénient de le tuer* «
rompt ici les gens , c'est l'intérêt et une débauche ai&^use.
10 Janvier 1718.
J'ai été fortement contrariée lorsque j'ai dû congédier mes filles d'honneur. J'en avais quatre ou cinq avec leur gouvernante et sous^gouvernante ; elles m'amusaient, car c'était de jeunes personnes fort gaies*. La vieille guenipe craignait que parmi ces demoiselles il ne pût s'en trouver quelqu'une qui plût au roi ; elle avait devant elle l'exemple de Ludre et de Fontange. Je n'ai gardé mes filles d'honneur qu'un an après la mort de Monsieur ; le roi a toujours aimé les femmes, si la vieille ne l'avait pas tenu si court, il lui aurait échappé^ malgré toute sa dévotion.
Faris, 13 janvier 1718.
Les dernières tempêtes ont amené de grands malheurs en Hollande et dans la Frise; trois villes ont été submergées, et vingt mille personnes ont péri ; c'est effroyable. Je suis bien affligée de ce qui se passe à Saint-James et je crains que les choses n'aillent de mal en pis; personne ne saura ce que vous mandez à ce sujet. Les Anglais ont toujours été une méchante race ; mai^i, depuis leur roi Guillaume, ils se sont encore gâtés et sont tpmbés dans de grands vices; on a observé que tous les insulaires étaient constamment plus faux et plus méchants que les habitants de la terre-ferme.
< Les flllee d*honneur attachées à la cour furent souvent un motif de scandale ; en les supprimant, Louis XIY fit acte d'une sage justice.
0^ a plua que jj^tmai» beioiA des ^^ c'est une terrible époque que la nôtre; on n'ei^d^esd parler que de querelles, de discussions, de vols, de meurtres, de vices de tous genres ; le vieux serpent, le dnible, a élédélrnédeseselialnes et règne dans Fair; il fimt àomê qo» Ions les bons dirétiens se Kvreiil à la priôre. La guérisen de Te^ de non fil» ne HMureiie pas; il ne veut te ménage em rtea et il me fait perdre patîenee. La prinoesse de Nassai^-Siegen n'est pas h feoune de ce pnnee de Nassau qui est un peu fea et qui rôdeà Paris, où i) meurt de fûno. Otoque semaine je reçcna une kttre de hiî et je n*y réponds jamais, ear je ne sois nulleamit en mesure d'aider ce» prime». Je n*«i juste que ce qui m'est néeessaire^ et, peur ma situation, je suis plutôt pauvre qae riche. FDurqnoi le prince de Nassau ne retoume-t-il pas en Allemagne? Ici il ne feit que faire rire tout le monde à ses dépens. Ce. sont de siogidierapersQiuiaj^ea qua lui et sw &àr«, celui qui a épousé la sœur du marquis d^ (iesU. U voulait à toute force que je lui disse pourquoi sa femme ne peut pas le soujt&ir ; il sent horriblemeiit mauvais de la bouche; je lui ai dit que je. croyais que Q*4^i^ là le motif de cette aversion '.
Vous ne perdez rien à ne pas voir le prince de Wal* deck; il est fort laid et parait très-peu iatçl^ge^t ij/^
< Nom litoi» dans le J&Hmmi de Danjreao, 4 mat tTlo : « On a BUis à la BaïUUe ]|<m de Nassau, mbut du maffnle de
« Nesle. C'est sa faxDlUe qui a demanda qu'on Vy mit. Son mari « Taccuse de choses effroyables, et a?oit présenté il y a quelques « jours au roi un p}acet où il prioU S, M. de lui pecoi^ttre dts « convaincre sa femme d'adultère , et de pouvoir aU.aquer en « justice ceux qui Tavoient commis avec elle. •
ne sais cependant pas au juste ce qui en est,*car |e n'ai pas bciauooup causé avec lui.
Je sui$ bien ^îsé que vous me rendiez un aussi bon témoignage ai; sujet de mon cousin le prince de Hesse- Phitipsthal , car on m*avait assuré que le landgrave Philippe avait fait élever ses fils comme des paysans^ et qu*it vivait lui-même comme un bourgeois hollandais.
Je craignais, c^ue 1^ paix , dont nous avons tant besoin, ne fût troublée, car l'empereur et le roi d'Espagne pourraient avoir bien des choses à démêler ensemble; mais je crois que nous pourrons maintenant chanter, comme dans Fopéra de Thésée :
Que la guerre sanglant passe en d^autres Estais, OJfinerve savante^ o guerrière Pejas^ o guerrière Pabs ''•
Je ne serais pas fâchée que l'empereur chagrinât un peu le pape, il a grand besoin que son orgueil soit, humilié. Je ne lis jamais ce qui concerne le pape; j^ n'ai donc pas vu la lettre qu'il a adre^ée à l'électeur de Saxe; et puis d'ordinaire, ces lettres sont en latin, dont je. ne comprends pas un mot.
Je ne sais, au sujet du roi de Pologne % d'autre
* Autre échantillon de Torthographe de la princesse. 11 s'agit de TiOpéra de QainanU, musique de Lully, représenté pour la première fois ie 12 janvier 1675, et qui se maintint longtemps. sur la scène. \\ a été retouché par Mondonville en 1767, et. par Gossecen 1782.
* Auguste 11, électeur de Saxe, nommé roi de Pologne ca
368 COKKESPONDANGE
prophétie que celle qui annonce qu'il sera le dernier de sa race, et il y a grande apparence qu*il en sera ainsi ; car un homme aussi débauché que lui doit, a cinquante ans, être plus tombé qu'un autre à soixantedix. Mon cousin le landgrave de Gassel m'a écrit luimême que sa belle-fille était enceinte. Il y avait ici, il y a quelques années, un noble nommé Boyer, qui s'occupait de la découverte du . mouvement perpétuel , mais il n'y parvint pas, et mon fils disait que la chose était impossible. J'ai appris l'incendie de Neuburg; c'est le théâtre qui a bnllé,
Pari»,3féTrier 1718.
Je crois vous avoir mandé que l'assassin de l'abbé de Bonnœil et de son laquais s'était poignardé après avoir été arrêté; l'abbé lui-même menait une» vie désordonnée; non-seulement il jouait, mais encore il avait des maîtresses ; le gros jeu a toujours amené avec lui bien des malheurs; c'est une affreuse chose. Le petit jeu a, comme vous dites fort bien, fait plus de bien que de mal, et empêché bien des médisances, chose qui est plus multipliée ici qu'en aucun lieu du monde; mais il faut dire la vérité, les femmes sont trop effrontées et trop étourdies, surtout celles des grandes maisons; elles sont pires que celles des mauvais lieux*. C'est une honte que ce qu'on raconte qu'elles <miI fait
1697 ; il était fort ami du luxe et des plaisirs, et il eut de ses^ maîtresses une multitude d'enfants naturels (plps de trois cents, dit-on), entre autres le célèbre Maurice, corqtp ^q gaze, que lui donnif la comtesse de Kœnlgsraarck. 11 mourut en 173», âgé de ioixante-trois ans. * ^-"?
^U die in 4^n huren kaussern. ""\
publiquement au bal ; on devrait les enfermer ; on ne peut comprendre la patience du mari ; son grand-père a, pour des motifs bien moins graves, fait enfermer sa femme dans un château où elle est morte '. 11 y a de quoi rougir quand on voit comment se conduit cette maison ; la belle-mère, la mère, la fille, mènent toutes une vie scandaleuse; mais c'est leur affaire et non la miaine ; je regrette seulement qu'elles me soient alliées de si près, et qu'elles aient une grand'mère aussi respectable, qui meurt de chagrin en voyant ce qui se passe.
Mes dernières lettres d'Angleterre sont du 16 janvier ; tout n'y était dans un triste état. On dit à Paris que les réfugiés ont fait leur possible afin d'exciter l'un contre l'autre le roi et le prince de Galles, dans l'espoir qu'un régent serait désigné par le parlement, et qu'ils échapperaient ainsi à l'autorité du prince. Cela parait très-vraisemblable; mais il me semble que le père et le fils devraient s^apercevoir de ce calcul et en conclure que tout doit les porter à se réunir, sinon
' Ceci se rapporte à des scandales survenus dans la maison de Condé. Le grand Gondé avait épousé, malgré lui, Claire Cjé* mence de Maillé, nièce de Richelieu, morte le 16 avril (G94^ quoiqu'elle fût fort belle, il la négligea ; elle vivait retirée , paraissait peu à la cour ; soupçonnée d'intrigues avec des gens de sa maison, elle fut enfermée.
Lord Mahon, dans son Histoire du prince de Condé, a soutenu que la princesse était innocente, qu'elle avait été calomniée et indignement persécutée par son mari et par son fils. M. Walckenaér a combattu cette façon de voir ; il pense que la rigueur employée contre la princesse fut motivée par la nécessité de pourvoir à Thonneur et aux intérêts de la maison du premier prince du sang ( Mém, sur M^* de Sévigné, t. V, p. 399}.
Ufieutenrésulief degrandftnalbeunk Up*t8Utt«Miide avcuQ motif qui puisse amener im fits & ne pas se soi^ i^eUre à son père, brsque» de plus, ce pèro est son loL Je crois qu'il n'a jamais existé eutre eux beaucoup de tendresse ; notre chère électrice disait que c'était le fils qui avait tort. L'abbé Dubois est tombé malade ea Angleterre» ce qui Ta empêché de voir le comte d^ De- {[eufelt.
Parii,tef6rffiert7ia.
Le roi d'Angleterre, si j^ose le dire, traite trop durement la princesse de Galles ; elle n'a rien fait qui justiiSe la défense de lui laisser voir ses enfants qu'elle aime avec tant de tendresse. Où peuvent-ils être mieux élevés qu'auprès d'une mère si raisonnable et si vertueuse? Selon moi^ c'est tout à fait blâmable. Il n'y^ a pas un mot de vrai dans ce que disent les journaux allemands au sujet de la petite-fille du czar; ce ne se-* rait pas d'ailleurs la première princesse moscovite qui aurait été reine de France. Henri l®'* épousa , il y a plusieurs siècles, la fille d'un grand-duc '.
13 février I7t8.
Nous espérons que, vendredi prochain, ma fille et son mari seront arrivés ici ; je m'en réjouis fort» mais Dieu
^ CoQsaltec le cui^ieux ouvrage du prince Alexandre Labanaff : Recueil de pièces hUtoriques sur la reiae Anne eu AgnèSt épouse d^Uenri l«r^ roi de France, el fklle de Jaraslqff I*r, grand-duç de Russie^ Pari&« 1S25^ iD-8<>. te Journal des Savants (avril 1826, p. 2ki)i (ait de cette publication robjetd'on article, qui a été reproduit d^a le Bulletin de M* d^Féri^i^aCa Science^ historiques ^ l^ Yl^ p. 17 2«
DC MADAME Ik ïfCCnTS'Sà 1)*0RLÉANS. ^71
Teiâle que ttnil cela se passe sans maléncontre^ Je crains la mauvaise compagnie que ma fille aéra forcée de Toir, et qui fera son pc^sible pour lagAl^; il pourrait en résulter des conséquences (àcheufles, car le d«e de Lorraine n*est pas aussi indifférent sur rfaomieur, et n'entendrait pas raillerie si IV^ii venait A fiiire quel^ que historiette sur ma fille. Si j'entreprenais de b dtriger à cet égard, je passerais pour un Irouble^fiMe^ pour une personne de mauvaise humeur, don nem'eft aurait nulle reconnaissance. C'est ainsi qu'on ne peut jamais éprouver une satisfactien eirtim^ et eiempte d'inquiétudes. Les débauches de la mMtm de CxnmU sont par trop affreuses et puUiques. Ce quHl y a d*é«tonnant , c'est qulls ont pour graad'mère la fionmie la plus vertueuse et la plus estimable qu'il y «t d«is la chrétienté; les médisants les plus acharnés n'cMit pas trouvé à mordre sur le conqite de U^^ la Princesse ; mais tous ses r^etons» mariés ou non, ont la plus horrible réputation du monde. On rougit d'^itendre ce qu'on en raconte et ce qu'en disent les chansons* Ma fille a d'excellents principes, mais elle est d'bumair légère et elle est complaisante pour sa belle-sœur, laquelle, entre nous, tient un peu de la fausseté et de la malice de sa mère {M^^ de Meniespan). H est donc bien naturel que ma satisfaction soit troublée» ' le comj^^ends la raison pourquoi W^ de Degeafelt n'a pas reçu le nom de Caroline ; il est peu de maisons où il n'y ait pas de semblables idées sur des noms heureux ou malheureux. Dans la maison royale, aucun des. Henri n'est mort de mort naturelle ; ils ont fini prématurément et misérablement.
372 CORRBSPONDilNCfi
18 février 17 f t.
Il est vrai que la reine d'Espagne a d'abord extrêmement aimé la princesse des Ursins, et qu'elle a été désespérée quand cette dame a été renvoyée la première fois; ce qu'on raconte au sujet du confesseur est également vrai ; il n'y manque qu'une circonstance, c'est que le duc de Grammont, qui était jadis ambassadeur {à Madrid), a parlé comme le confesseur et a été congédié pour cette raison. La reine avait un moyen assuré d'obtenir du roi d'Espagne tout ce qu'elle voulait ; le bon sire est terriblement amateur des femmes * ; la reine faisait ainsi du roi tout ce qu'elle voulait ; elle avait dans sa chambre un lit à roulettes; si le roi nevoulait pas faire sa volonté, elle éloignait son lit du sien; lorsqu'il avait consenti à en passer par ce qu'elle voulait, elle le laissait entrer dans son lit, ce qui était pour le roi la plus grande des félicités. Le confessew du roi avait été, il n'y a pas longtemps, renvoyé d'Espagne, mais aussitôt que M«« des Ursins a été congédiée, le roi a fait revenir de Rome le confesseur, et il l'a maintenant auprès de lui.
Paris, 20 février 1718.
Mes enfants de Lorraine sont arrivés; ma fille était hors d'elle-même dans l'excès de sa joie; je ne l'ai pas trouvée fort changée; mais son mari l'est horriblement. Il avait autrefois les plus belles couleurs ; il a
< Greulich erpicht auf dm Beischlc^f,
Philippe V perdit sa santé, et même sa raison, en s'abandon* nant à son tempérament. Voir les Mémoires de Duelos et surtout ceux de Louville.
DE MADAMR lA DrCHESSG D'oBLÉANS. 378
aujourd'hui le teint d'un brun rouge, et il est plus gros que mon fils; je puis dire que mes enfants sont aussi gras que moi.
Ma fille est gaie et contente; mais son mari parait préoccupé. Hier elle a eu un fort accès de fièvre : Dieu veuille que ce ne soit pas Tavant-coureur de la petitevérole; car ni le duc de Lorraine, ni mon fils ne Tont eue, et le duc ne manquerait pas de venir voir sa femme; trois de ses frères sont déjà morts de cette aflî-euse maladie ; je suis donc inquiète à cet égard. Je vous écrirai mercredi ce qui en sera.
On disait hier qu'une religieuse était morte à Tâge de cent trente-cinq ans ; elle avait donc eu une bien longue vieillesse * ; je ne la lui envie pas ; mais si Ton pouvait toujours rester jeune, ce serait autre chose, et il y aurait de quoi faire venir Teau à la bouche.
23 février 1718.
On a voulu une fois me marier au duc de Gourlande ; matante, Tabbesse d'Hervord, voulait faire ce mariage. Il était amoureux de la princesse' Marianne, fille du duc Ulrich de Wurtemberg. Son père et sa mère ne voulaient pas lui permettre d*épouser la princesse, parce que leur intention était qu'il m'épousât. Lorsqu'il revint de France, je lui parlai de telle sorte , en lile promenant avec lui à Heidelberg, qu'il ne voulut
^ Noas n'avons trouvé la circonstance qu'indique ici Madame, ni dans la Galerie des Centenaires anciens et modernes, par M. Lejoneourt (Paris, 1S42, in-12), ni dans VAlmanaeh des^ Centenaires, collection assez rare dont il existe douie voliunes ln-24 (Paria, 1761-1773).
pltR entendre pàrter àe mariage, mais (Jtf^t prît la rés6< hniofi d*ftllèr à fainièe. . .
La vieille guenipe a tout fait pour qùë la Baaphine me détestât; ôelle-ci me disait souvent des duretés, Sdirant ainsi le conseil de la vieille, qui espérait que Je m'emporterais contre la Dauphiné, et que celle-ci mrait sujet de porter an roi plainte contré moi, et d'attirer fidnsi sur moi le courroux de Sa Majesté ; mais je ne suis pas tombée dans ce piège, et je ne leur ai pas donné sujet de me jouer un vilain tour ; j^ai ri de tout ce qu*on me disait de malhonnête. La Dauphine, selon moi, n'agissait ainsi que par enfantillage, et elle se corrigerait en avançant en âge. Qband je lui parlais, elle ne répondait pas, et elle se moquait de moi avec ses dames : < Mesdames, disait-elle, entretenez-moi, je m*ennuie, » et elle me regardait avec dédain.
Je dis en riant à la vieille guenipe : < M^^^ la Dauphine me traite mal ; je ne veux avoir aucune querelle avec elle, mais A )a diose devient trop grosâère, je pourrais bi«n aller demiuider au roi si le bon plaisir de Sa Majesté est qu'il en soit ainsi. » La vieille eut peur, car elle savait bien que le roi donnerait Tordre d*agir avec politesse à nKm égard. fiHe me pria avec insftance de ne pas dire au roi un mot de tout oda, ^ que je verrais que les choses changeraient. Depuis, il y eut etk effet du changement, e% la Dauphine a tsàeax vécu avec moi. Si j'avais étéme plaindre au roi, le roi aurait été fort irrité et aurait témoigné son mécontentement; mais la Dauphine m'en am^l détestée bien davinta^; elle et sa vieille tante (comme elle Ynppe^ lait) m'auraient joué les plus vilains tours.*
. DE MADAME U IHJ€H£SSC O'ORLÉANS. 37$
A M. DB iiARLIN&.
24 févrittr ITfg.
La pauvre princesse {de Salies) me cause une peine réelle ; d'après sa lettre du 3 de ce mois , son mari et elle ont trois fois demandé pardon au roi comme Ton doBtttiKie paidoa à Dieu, idais. ils n'oBl rien pu obtenir. Je Bft puis comprendre pareille chose. Je crains que le prince n*aît pari au malheur de sa mère ; il me sanble ee^peoàmi qm si le roi recanaalt ce prince peur son fils, il doit aussi le traiter comme son fils, et ne pa$ se conduire aussi rigoureusement avec la princesse qui, dé sa ne, n*a rien fail contre lui, qui Ta toujours honoré et aimé comme son père. D'après ce que je vok, je ne pense pas qu'il puisse de tout ceci résulter quelque chose de bon, l'irritation est trop grande; mais le rpi ferait bien de mettre fin à pareille chose, car cela fail dire cent impertinences, et cela renouvelle de vieilles et vilaines histoires qu'il serait mieux de lai&^ ser entièrement oublier. Dieu veuille mener tout peur le mieux.
A LÀ COMTESSE LOUISE
Paris, 24 férrier tT18.
J'ai l'idée que le roi d'Angleterre croit que le prince de Galles n'est pas son fils; car il n'est pas possible qu'il voulût agir avec son enfant de la fagon dont il se conduit.
2h ftvrUr nis.
J'ai entendu dire qu'un point d*honneur avait poussé I^vaill^ à assassiner le roi Henri lY, parce que ce ipi ayant séduit sa s<nur et l'ayant laissée enoeinte, îl
376 CORRESPONDAKCK
avait fait 4e serment de se venger. D'autres accusent le duc d*£penion : il était assis sur le devant de la voiture, et il s*est baissé de façon que l'assassin pût faire sm coup \
V féfrier 17 IS.
Je ne veux pas de bien à Mercy ; il a joué un vilain tour au duc de Lorraine son maître : il vint à Nancy, et il persuada au duc de lever trois régiments, qui devaient rester sa propriété. Le duc les recruta, persuadé qu'il en serait propriétaire; mais quand ils furent levés, Mercy pria l'empereur de les lui donner; il les obtint en effet , et il n'a pas été permis au duc d'y placer un seul officier.
t«r mars 1718.
Le voyage que le due de Lorraine a fait à Paris lui coûte cent mille écus.... On ne peut nier que sa maltresse, la Craon, ne soit une personne fort agréable; quoiqu'elle ne soit pas une beauté accomplie, elle a une belle (aille, une belle peau, de belles couleurs, elle est
^ 11 existe une tradition selon laquelle, ayant d'être attaché aax chevaux qui Técartelèrent, Bavaillac fit appeler le greffier du parlement, et lui dicta une déposition que cet homme aurait écrite volontairement d'une manière illisible. Le testament de Ravaillac n'aurait point été annexé aox dossiers du procès, et serait tombé par diverses circonstances entre les mains de la famille Joli de Fleuri. Bf. de Fontanieu , dont la bibliothèque impériale possède les précieux portefeuilles historiques, rapporte qu'un savant distingué et digne de foi lui assura avdir vu cette pièce et avoir cru reconnaître parmi des mots indéchliDrables le nom de la reine et celui du duc d'Ëpernon ; il se croyait sûr au moins du dernier nom (Portefeuilles de Fontanieu, n^ 456-7).
Cependant tous les témoignages contemporains affirment que Ravaillac soutint sans cesse qu'il n'avait eu aucun compUoe*
fort blanche; mais ce qu'elle a de mieux, c^est la bouche et les dents. Ses yeux ne sont pas des plus beaux ; elle a fort bonne mine et un air modeste qui plaît. Elle traite le duc de haut en bas comme si c'était elle qui fût duchesse de Lorraine et lui M. de Lunéyille; elle rit d'une façon charmante et elle se conduit vis-à-vis de ma fille avec beaucoup de politesse et d'égards; si sa conduite était sous les autres rapports aussi exempte de blâme que sous celui-là, il n'y aurait rien à dire contre elle.
4 mavs 171S.
A l'un des derniers bals de cet hiver, qudqu'un se fit une bosse, s'habilla comme le prince de Ck)nti et s'assit près de lui. Le prince lui demanda : « Qui ètesvous, masque? » Celui-ci répondit : c Je suis le prince de Gonti. > Le prince, sans se fâcher, ôta son masque, se mit à rire et dit : «Voilà comme on se trompe; il y a plus de vingt ans que je crois l'être. » Il ne se mil pas du tout en colère, ce qui est rare.
Paris, 6 mars 1718.
Les nouvelles d'Angleterre ne sont pas meilleures; la pauvre bonne princesse est bien à plaindre : il faut qu'il y ait au fond de tout cela quelque chose que l'on ne sait pas. A Paris, où Ton fait volontiers des romans, on dit que le motif de la haine du roi contre son fils et contre la princesse de Galles, c'est qu'il est lui-même amoureux de la princesse, et qu'elle n'a pas voulu l'écouter. Je n'en crois rien; car je regarde le roi comme n*étant nullement d'une complexion amoureuse. 11 n'aime que sa personiie et sa grandeur. Ces dissen* sions seront la cause de nouvelles factions.
878 OmBESPONDANGE
Paris» 10 nuin 17I8.
Mes enfans de Lorrttiie parlmi dans Iras joors; j'eD ai le oœur gros; ma fiUe serait v^ntieva raatée ici daTantage, mais le duc a voulu s*» retourner. Ma flUa eal, grftce à Dieu, si bien afferoiie daas ^ea bâps HT in* aipea, qu'elle peut se mèl^ à toute société sans oraînte de s'y gâter; mais jamais rieu de pareil ne s'est ¥u à ee qu'est la jeunesse d'à présent, les cbeveu^ en dre&f seat sur la tête. U y a une fille qui favorise les débauches de son père; elle n'a pas honte de lui procurer une jolie femme de chambre; la mère voit et laisse fure, afin que de son côté on la laisse tranquille ^ En somme, on ne voit et on n'entend que d^horribles choses; ma fille dit que, bien que je lui eusse écrit tout cela, elle ne pouvait le croire, jusqu'à ce que, chaque jour, elle l'eût vu de ses yeux. La jeunesse ne isnÂi plus à Dieu et oublie tout exercice de piété, aussi l^ieu rabandonne. il est triste de vivre à une époque où les honnêtes gens ont autour d'eux un pareil entourage; cela inspire un dégoût universel. Je rends grâce à Dieu de ce que ma fille sait encore ce que c'çst que la vertu, et qu'elle a une juste horreur pour la vie qu'on mène ici; c'est pour moi une grande consolation. P'après ce que vous me dites du Gis de ce marchand,
^ Allusion très-claire à la duchesse de Berri, au régeat et à l'apathie de la duchesse d'Orléans, Malgré les vices de la duchesse de Beril, U s'est trouvé des écrivains qui op^eu (e coufas^ de la louer.
« On doit avouer que sa vertu et sa beauté étaient égales, « et J'avoue que je ne puis foire son éloge, tei que je le son* « haiterois et loi qu'U devroit être • ( ^émoirei fur la S^é^e^ce, t. U, p. 81}.
DE MADAME LA DUCHESSE D*ORLÉANS. S7ft
je ym que nos Allemands conunencent à adopter la mode anglaise, de mettre fin à leur vie; c'est ce qu'ils pourraient très-bien se passer d'imiter; les parents sont bien à plaindre, surtout s'ils sont de braves gens. La princesse de Galles m'a raconté l'histoire de ce jeune homme de dix-huit ans, que le roi d'Angleterre a fait assassiner : il n'en a jamais témoigné le moindre embarras ; mais il parait croire au contraire qu'il a fait le la plus belle chose ^u monde. Je crains que ce roi n'ait une mauvaise fin. Sa querelle avec son fils s'envenime chaque jour davantage. Je l'ai toujours trouvé un peu dur lorsqu'il était en Allemagne; l'air de l'Angl^erre l'aura endurci encore plus. A l'époque où il était ici, je lui ai dit en face qu'il était trop réservé et trop sombre; je ne lui ai, de ma vie, vu un air amical; il était poli, mais avec des manières très-froides; tout le monde ici, les sages comme les fous, le blâment de sa conduite au sujet de son fils unique.
Rien de plus vrai que l'adage que chacun ici-bas a ses peines : M'^'^de Ratzenhaussen n'en est pas exempte; son malheur vient de la conduite de sa fille, Mn«da Bemholdt; si elle n'était que débauchée, ce serait au« jourd'hui chose fort commune; elle ne serait que comme cent mille autres; mais elle fait des faux et dès escroqueries. Je vous prie de ne pas en parler, mais elle a fabriqué de fausses lettres de change sur sa mère, sur sa sœur et sur le comte de Mandersebeydt : afin que la chose n'éclate pas, et pour éviter que la fille ne soit mise en jugement, il faut que la pauvre dame trouve de l'argent pour payer ces lettres de change. Elle est vraiment bien à plaindre. En ontre de cette
S8d COBRESPONDANXE
fille, qui est Tainée, elle en a deux autres : Wilhelmine, et M*' de Reding qui est veuve.
12 mmrt 1718.
L'affaire de Loube * n'est qu'une des moindres peines qu'on m^a données ici.
13 mare 1718.
Le mariage de la princesse de Hombourg avec le
i mU« de Loube était une des filles d'bonnear de Madame; nous n'aTons pu trouver dans les ouvrages que nous avons consnltés de détails sur l'affaire dont parle Madame. Voici un couplet que les reeueils manuscrits nous offrent à l'égaré de cette demoiselle :
Lft petite Loabe enrtfe D^ètre tant fille d^honneor ; Elle Toodroit «n Yainquenr Qui veuille son pucelage ; Elle veut de tout son cœur Ne rétre pas daTantage, Elle vent de tout son cosor.
Cesser d*étre fille d'honneur.
Le Journal de Dangeau (25 octobre 1686) contient ceci : « La petite Loube, qui a été longtemps ûlle de Madame, s'est résolue à se faire religieuse ; elle s'est éprouvée dans le couvent où eUe se mit en sortant de la chambre des filles. »
Nous prenons sans choix dans ces mêmes recueils deux coaplets relatifs aux filles d^honneur de la Daupbine.
Quelle joie surprenante.
Pour les filles d*bonneur,
D'aller sans gouvemantey
Faire avec Monseigneur, Flon, flon, flon, lariradondaine.
Pion, flon» flon, lariradondon.
lATai attire loul les yeux
Avec sa bonne mine, La Biron a Pair un peu vieux,
Rambure est des pins fines^ II» Tonnerre, an visage long, .. i ■ . j
AflTecte on air fort prude.
DE MADAME LA DUCHESSE D'oRLÉANS. 381
général major de Schlieben est une mésalliance corn* plète; je croyais d*abord que c'était pire encore et qu'elle avait épousé un Schlieben qui se trouve maintenant à Berlin, qui s'est marié en Gascogne à une vieille dame, et qui a, de plus, à ce que disent les médisants, quatre femmes à la fois vivantes. — Il paraît qu'on laisse maintenant en Allemagne les princesses aller, venir et agir tout comme en France; ce n'était pas l'usage de mon temps. On a bien raison à Cassel d^être mécontent de ce mariage. Le temps est venu où, comme dit la sainte Écriture, sept /emmes courront ainrës un homme; jamais les femmes n'avaient été comme on les voit à présent; elles agissent comme si leur bonheur consistait à donnir auprès d'un Iiomme. Ce que l'on voit et ce que l'on entend chaque jour ici, et au sujet des personnages les plus éminents, ne peut se décrire. Du temps de ma fille, ce n'était pas l'usage; aussi s'cst-elle trouvée dans un étonnement qui la mettait tout hors d'elle-même et qui, plus d'une fois, m'a fait rire. Elle ne peut s'habituer à voir, en plein Opéra, les dames qui portent les plus grands noms, traiter les hommes avec une familiarité qui indique tout autre chose que de la haine; elle me dit*: « Madame! Madame! » Je lui réponds : « Que voulezvous, ma fille, que j'y fasse? Ce sont les manières du temps. — Mais ces manières sont fort vilaines, » répltque-t-elle avec raijson ' . En Allemagne, on a la ma-
< Les écrits du temps aUestent que le tableau tracé par la duchesse est fidèle ; citons seulement une chanson datée de 1709 {Recueil Maurepas), .
• Ce n*est pas la mode k Paris, Que, pour avoir pris un mari,
nie d'imiter la France; et lorsqu'on saura eomBenk ment les princesses, tout sera gâté et corrompu.
Ceux qui sont toujours à blàna(ar ks autres tombent souvent dans les mêmes défauts ; la prinoease de Hombourg» qui vient de se niésallier avec ce Schiieben» avait autrefois les pins grandes prétentions du monde; un des plus grands seigneurs de Tempire n'aurait point paru assez bon pour elle ; il faut qu'elle se soit amourachée de cet homme : l'âge ne préserve pas de la
folie.
15 pur» nrs.
Notre bon roi {d'E^agne) a grand h^sKÂa d'avoir auprès de lui des gens capables, inais il a de bonnes intentions; il est le meilleur sire du mcmde, qiioiqu'un peu opinifttre. 11 est d'un naturel un peu mélanccdicpie, et il n'a rien trpqvé en Espagne qui ait pu lui donner de la gaieté.
Pftrift. tl ikuura 17 IS.
Je remercie la princesse de Siegen de son bon souvenir» Lorsqu'elle était ici, je ne l'ai point vue, car elle prétendait être saluée et pouvoir s'asseoir; cela ne s'accorde pas aux personnes qui ne sont point de maisons souveraines. Je ne orois pas que Paris lui ait été favorable, et je pense qu'il vaudrait mi^ix pour elle qu'elle n'y eût jamais mis les pieds; car c'est id que la jalousie de son mari a éclaté, et il s^est donné tellemait de ridicule que personne ne veut plus avair de rappcMTts avec lui. Nous n'avons d'ailleurs rien de neuf,
A lui seul on s'engage ; On n*a jainais en ce pays Suivi un t«l iisa^e. •
DE MADAMfi LA fiCCHCSn D*ORLÉANS. 383
Sk €e n*ia8l qu'uiie neille femme, âgée de cent deux «as, et qui eotttervaitenoore toute sa I6te, « été brûlée ayao$4iier éass la niiit aTec son chien et scm diat.
Toi^ ▼• de mal en pis en Angleterre; on n'oee rien écrire à cet égard ; tout Plans (fit que le roi Georges veut déclarer publiquement que le prince de Galles n*esi pas aon ils, et, pour le contrarier encore daraiila^, qu'il ¥eot épouser la SchuUenbcarg, aujourd'hui duchesse de Ibwster. J'ai dit tout odm à tord Stairs; il m'a réfKttdu qu'il n'arriverait rien de pareil, et que le n'avais point i m'en inquiéter. Vous amisz vu pak* une de mes lettres précédentes que je savais depuis longtemps la mort du petit prince; in princesse crail que cette mort n'a pas été naturaiié; die est livrée à la plu6 grande désolatioik»
Lunati et sa femme ne sont pas venus ici; elle est une franche coquine '• L'électeur de Trèiv^ en était aussi amoiveux que son fràre, notre duc de Lorraine, l'est de la Graon ; la Lunati lui a enlevé jusqu'au dernier sou et l'a complètement ruiné. Ha tante Félectrice regardait la Lunati ccNume une véritable foUe.
19 mus i7ia* Le duc de Berri ' s'est lui-même donné la mort par
^ Il eit gestion dans le Jmtmai de Marafs de Hbm Limati, et d'ane façon qui confinae TassertioB de Madame. EHeamurat de la petite-vérële, ce qui donna lieu à des propos pen etari* tables (Vttir la Mevus rétrospective, V série, t. IX, p. }t6 et 287).
* Fils du Grand-Dauphin, né le SI août leSS, mort à Xarlj le 4 mai i 7 1 4. U avait dissimulé les Inoommodités qu'ti resseatait de sa cbute de cbeval, aÛn de ne pas augmenter les Uons qui accablaient alors Lonis X1V«
son horrible iniempàrance dans le boire et le manger; de plus, en tombant de cheval à la chasse» il s'était rompu une veine, ce qui lui faisait perdre beaucoup de sang. Il avait menacé ses valets de chambre de chasser celui qui parlerait de cet accident et qui dirait qu'il rendait du sang. Ai^rès sa mort on a trouvé, sous son lit et sous les meubles, des assiettes tontes pleines de sang. Lorsqu'il avoua ce mal il était trop «tard pour qu'on pût y porter remède, et comme personne ne savait cette chute, les médecins ont p^sé qu'il était malade par suite de ses excès de table; on lui a fait prendre force prises d'émétique, ce qui a encore avancé sa mort. Il a dit lui-même à son confesseur, le père de La Rue : c Ah! mon père, je suis la seule cause de ma mort. » Il s'en est repenti, mais il était trop tard.
34 mars 171 S.
J'ai fait rire une fois de bon cœur la comtesse de Soissons ' ; elle me demanda : « D'où vient, Madame,
' Olympe Hancini, comtesse de Soissons, surintendante du palais de la reine. Décrétée d'accusation en France lors de la célèbre affaire des poisons en 1680, elle se réfugia à Bruxelles, puiif alla à Madrid, où elle obtint la confiance de la jeune reine contre laquelle elle exerça, si l'on en croit divers auteurs, cette science funeste qui l'avait forcée de sortir de France. Elle se vit dans ses derniers Jours délaissée et méprisée de tous, même de son fils» le célèbre prince Eugène. Elle avait épousé le duc de Soissons le 19 février 1657. « Les chansons du temps ne l'ont « pas épargnée, mais je n'ai pas besoin de les citer, et e^esl c avec plaisir que je m*en épargne la peine. On l'appelle trop « souvent la Bécasse de Soissons pour qu'au contraire de ses « sœurs elle ne se soit pas fait une réputation d*esprit borné j» (M. deLaborde). Elle était laide et méchante selon Brienne. Elle fut fortement soupçonnée d'avoir empoisonné son mari et la reine d'Espagne (Saint-Simon, t. XU,p. 113),
bE MADAME LA DVCHESSB D*OftLÉANS. ^$5
que vous ne voiis regardez pas en passant devant un miroir comme tout le monde le fait ici? » Je répondis : « C'est que j'ai trop d'amour-propre pour aimer à me voir, étant laide comme je suis. »
Paris, 24 mars 1718.
La princesse de Galles m'annonce que la duchesse de Schoresburg s'est jetée aux genoux du roi pour lui demander la grâce de son frère qui a été condamné à être pendu. Le roi a répondu que s'il accordait cette grâce il enflammerait lacolère de tous les Anglais, car on dirait que le coupable est épargné parce qu'il est étranger, tandis que, s'il était Anglais, il eût été pendu impitoyablement. 11 a bien mérité un châtiment se* vère, mais c'est sa sœur que je plains. Le présent que M"** de Berri a fait à ma fille est fort joli ; elle lui a donné une c(»nmode, c'est-à-dire une table munie de tiroirs où il y avait toutes sortes d'étoffes, des écharpes, des coiffures, etc., le tout à la dernière mode; cette commode est décorée d'om^nents àocés ; il y en a pour un millier de pistoles. Mon fils a donné à sa sœur un nécessaire, c'est-à-dire une petite caisse carrée où se trouve tout ce qui est nécessaire pour prendre du thé^ du café ou du chocolat. Les tasses sont en porcelaine blanche avec des ornements en or et en émail.
37 mars 1718.
Ma fille a retardé son départ jusqu'à mercredi; ce jour viendra bientôt, car ce qui nous peine arrive plus sûrement et plus vite que ce qui nous réjouit. Le roi doit beaucoup d'argent au duc, et, à valoir sur cette
386 OMRfiSIHmDAKCfi
dette, oa lai a donné ceiit mille francs pour payer les frais de so9 voyage.
Le prince de Galles a fait une belle action, et si cela ne touche pas le roi d'Angleterre, riôn ne pourra rétablir la paix entre eux. Des gens sont venus trouver le prince pour rengager à se mettre à la tête de leur parti : il a r^p<mdu que, de toute sa vie, il ne se mMtmi d'aucun parti contre son pke et son roi. il ne faut pas s*étonner si une An^aise, comme M** de Bell^nont, fait des tracasseries; cette nation ne vaut rien, i9mt dit entre nous. Le roi d*Anglelerre est un méchant homme; 0 n'a jamais en aueuoe C(msidération pour sa mère, qui l'aime si tendrement, et sans elle il n'aurait cependant pas été roi d'Angleterre» Tons ses enfants, même ïa reine de Prusse qu'elle adoraH, n'ont pas vécu avec elle comme ils le devaient. Il est heureux qiK la prineesse d'Ussingen, qui est veuve dqmis peu, ait mis au monde un garçon ; j'espto que l'enfant ressemblera à son grand-père plutôt qu'à scm père; le grand-père était pcrii, bien élevé, agréable et de bonne mine; le père, laîd et stupide.
29 mars 1718.
Je me souviens que feu M. le Duc, qui était horriblement contrefait, disait à feu Monsieur : « Étant masqué, on m*a pris pour vous. » Monsieur ne fut pas flatté de ce compliment et trouva mauvais qu'on l'eût confondu avec le Duc; aussi répondit41 : a Je mets cela au pied du crucifix. »
Paris, 31 mars 1718.
Mes enfants de Lorraine sont contents de moi et je
le sois d'euz. Je sois aussi satisfaite de ma petite^fiUe, la dodiease de Béai; elle s'est bien conduite à leur égard; elle a du jugemaiit et elle manifeste un retour VGCS la religion et du dégoût pour le vice; j'espère que Dieu aura pitié d'elle et qu'il lui fera la grâce d'une (xmversioii sincère '• Quant à la troisième fille (Jf^^* de Yaloi»\ je n'en ai nullement bonne opipion, wmÀ ]e ne {nie pas pour sa vie; elle n'a aucoaa bon mouve* nient; elle ne s'mquiète nullement de sa mère et trèfrpeu de son p&re; elle me déteste plus que le diatde» elle hait toutes ses sœur^ ; elle est fausàe, menteuse et borriblemait coquette; en somme, elle nous dcmn^ra à tous bien du chagrin. Je voudrais qu'elle fût déjà mariée et bien loin d'ici; je la voudrais mariée dans une eour étrangère, afin que l'on n'en entendit plus parler. Je crains aussi que nous n'ayons du chagrin au sujet de la seconde, qui veut à toute force être religieuse ; si l'on contrarie sa volonté à cet égard, elle menace de tomber dans le désespoir, et elle est capable de se tuer elle-même, car elle a du courage et ne craint pas du tout la mort* Elle est fort agréable de sa personne, grande, bonne tournure, le visage gracieux, la bouche belle, les dents comme des perles; elle danse bien, elle a une jolie voix, elle cannait bien la musique» chante à livre ouvert ce qu'elle veut, sans faire de grimaces; elle 9 une éloquence naturdle, et le naturel
^ Oti «apotar ne ftU paa de ioagoe durée. On iit dans les Mé* moires de àhiurepas, qiM Louis XIY reprocha un jour à Madame les défauts de la duchesse de Berrl , et lui dit : « Quelle persotine nous avez-vous donnée P » Madame répondit qu'elle ne la cofiBaimit pas plut que S. U., et qu'elle n^ s'était Jamaig nattée 4iS soa fyimmiion»
3Sg CORRESPONDANCE
fort bon; elle aime tout ce qu'elle doit aimer; elle dit à tout le inonde qu'elle ne regrettera rien, si ce n'est moi. Je la chéris tendrement et il n'est pas difCcile de Taimer, car elle le mMte bien; aussi je regrette sincèrement qu'elle se fasse religieuse. La quatrième de mes petiie»-fille8 est une bonne ^fant» mais fort laide et désagréable. La cinquième (M"* de Beaujolais) est une belle enfant» jolie, vive, amusante; je l'aime beaucoup; eUe ne manquera pas d'esprit. La sixième n'est pas laide, mais elle est hargneuse et maussade; sitôt qu'on la regarde, elle se met à crier. Le duc de Chartres est un joli garçon ; il a des moyens, mais il est trop sérieux pour son âge, et il est si terriblement délicat que sa santé est bien faite pour nous donner des inquiétudes fort sérieuses. Je crains qu'il ne vive pas l<mgtemps, ce qui serait pour nous un terrible malheur. Il a d'ailleurs une capacité rare; il apprend tout ce qu'on veut lui enseigner; il ressemble plutôt à sa mère qu'à son père, et il a des dispositions pour toutes les vertus. J'ai beaucoup dWection pour lui. Mais en Toilà assez à l'égard de mes petits-enfants. M"** d'Orléans avait eu, avant la duchesse de Berri, une fille qui n'a vécu qu'un an ; que Dieu me le pardonne, mais la mort de cette enfant ne me causa pas beaucoup de diagrin.
Les historiens disent souvent bien des mensonges. On a mis dans l'histoire de mon grand«père, le roi de Bohème, que ma grand'mère, la reine de Bohème, entraînée par son ambition, n'avait jamais laissé un seul instant de repos à son mari jusqu'à ce qu'il se fût déclaré roi. Il n'y a pas un seul mot de vrai là dedans;
DE MADAME LA DCGHESSB D ORLÉANS. 389l
la reine ne songeait qu'à voir des comédies et des ballets et à lire des romans. On a dit aussi, dans Thistoire du feu roi, que c'était par générosité qu*il s'était retiré de la Hollande et avait consenti à faire la paix. La vérité est que W' de Montespan, après être accouchée de sa fille (aujourd'hui M"** la Duchesse), était revenue à Versailles et que le roi voulait la revoir.
On attribue la première guerre de Hollande à la grande ambition du roi, et je suis positivement sûre que cette guerre ne fut entreprise que parce que M. de Lionne, alors ministre, était jaloux de sa femme, au sujet du prince Guillaume de Furstemberg. Pour le faire sortir de France, il fit entreprendre la guerre contre la Hollande et l'empereur. Si l'on ment de la sorte pour des choses qui se sont passées devant notre nez, que fauV-il croire de ce qui est loin de nous et de ee qui est survenu il y a bien des années? Je crois que les histoires, excepté ce qui regarde la sainte Écriture, sont aussi fausses que les romans; la seule diflérence, c'est que ces derniers sont plus amusants ^.
Rien de neuf d'ailleurs. On m'a dit qu'un homme, ici, avant de battre sa femme dont il était mécontent, faisait cette prière : « Mon bon Dieu, faites que le coup
^ L'idée qae Hadtme Indique ici a été développée avec quel* qoe érudition dans un ouvrage de l'abbé Lancellotl : Farfalloni de gli antichi Mstorici, Venetia, 1736. Ce livre a été traduit par J. Oliva et a paru en 1770 : Les Impostures de rhistoire ancienne et profane , 2 vol. in-12. L^auteur a réuni, pour en montrer l'absurdité, toutes les fables , tous ies farfalloni racontés par les historiens, tel que remploi du vinaigre dont Annibal ût usage pour faire fondre les rochers des Alpes, et la perlQ qu'avala Giéopàtre.
890 CQMUISKWDAIIGE
que je vais donner à votre servante la cenrige et h rende sage. >
8 avril lits.
1^ Fonlange était une petite bète, mais elle savait lin fort bon cœur et elle était belle comme un ange. Lorsque le roi fut épris d'elle, il me fallut rester beaucoup auprès de lui, car elle m'aimait fort *.
SmTriUlia.
Le Grand-Duc donne peu d'argent à sa femme ; il est toujours en arrière de quinze mois avec elle, et la pauvre Duchesse a grand besoin d'argent [Kwr sa santé et pour pouvoir retounier prendre les bains de Bourbonne.
P^ris, lOa%rU 1718.
Ma fille et son mari sont'partis avant*hier à neuf heures; ma fille m'a écritdeVillers-Coteretsoùilsont couché; c'est à seize lieues de Paris; il y a un joli châ* teau qui appartient à mon fils; j'y ai souvent été avee Monsieur; H est au milieu d'une belle f(Hrêt; le seul inconvénient, c'est que l'eau n'y vaut rien* Le fea roi y vint à ma rencontre lorsque j'arrivai en France.
La femme de mon fils est avec lui aussi bien que
^ On peut coQsulter sur M^e de Fontange les Lettres de Mm« de Sévigné, celles de Mme de Mainlenon, t. II, p. 118-1 26, édition de 1808, les Mémoires de Maintenons par La Beauinelte, 1755, 1. VI, p. 186, 201, V Histoire de La Fontaine, par M. Walckenaër, 1820, p. 173 et 431, etc. On sait que cette favorite donna son nom à une coiffure nouvelle qu'elle inventa, et qui fil rapidement le tour de l'Europe ; une petite comédie, pubSit'e en 1696, est intitulée : la Fontange bernée ou les Fafonnières.
DE HÂDAMS Là DUCHESSB D*ORLÉANS. 391
aoa bameiBr le hù peraàel, mais si elle était morte, les chosesii'ea iraient pas phis mal, et les filles recevraient une bonne éducation. C'est chose pénible que de irooloir faire ici son devoir, car alors on n'a plus de tranquillité, et, à mon âge, la repos est nécessaire. La troisième de mes petite&fiUes est une méchante personne, qui nous donne bien du chagrin; elle s'est donné tout le mal possible pour brouiller sa mère et sa sœur aînée avec leur père; elle est fausse comme le diable et elle me déteste ; elle remplirait de chagrin le temps qui me reste à vivre; et qui sait si son père ne consentiraH paa à quelque mésalliance, car les Français, et mon fils surtout» ne se tracassent guère à cet égard ; mais ce serait pour oioi une telle aJfflictioD que j'esi mour* rais. Vous voyes donc bien que j*ai eu de bonnes rai* stms pour me tracasser de la malacUe de M"^ d'Orléans*
Paris, 13 avril 1718.
Je d<Hs convenir que ma fille n'est pas d*un naturel ardent, comme les femmes- d*ici; elle est d'un grand sang-froid et pas du tout poiiée à la débauche ; elle a horreur de tout ce qui n'est pas honorable et ne peut se consoler de trouver sa patrie tell^nent changée. J'ai souvent p^sé à ce que ferait l'Allemagne en présence de l'horrible dérèglement qui prévaut maint^Eiant en France; l'imitera-t-dle, ou en aura-t<eUe hoiteur]f Je crois que le$ deux suppositions auront heu ; les uns suivront ces mauvais exemples, les autres les repousseront avec dégoût. Plaise à Dieu que cesderniers soient les plus nombreux ! Je n'ai aucun espoir de voir ici quelque amélioration, car il ne peut pas en survenir
392 GORRESPOSIDANCE
jusqu'à ce qu6 le roi se marie; et qu*une reine raison* nable remette tout dans le droit chemin. Dites^moi si la princesse de Nassau-Siegen n'est pas cette demoiselle d'Hohenlohe dont l'électeur palatin, lorsqu'il n'était ^core que le prince Charles, s'était si fort épris et qu'il voulait absolument épousa, ce qu'il aurait fait si l'impératrice sa sœur ne l'avait empêché.
Ils'est passé hier une chose terrible. Un cocher avait demandé avec insolence ses gages à son maître; le maître lui dit : c Tu es ivre aujourd'hui, je te les d<Hi« nerai demain. » Le cocher s'emporte, il arrache à son maître son épée et veut le frapper; le maître se jette sur lui afin de le désarmer; le cocher, plus robuste que le maître, le terrasse et le traîne par les cheveux dans la cour en le rouant de coups; il se rend ensuite chez un procureur et intente à son maître un procès qu'il a perdu; il a été condamné à être mis au carcan. Lorsqu'il y est, il appelle la livrée à son secours; plus de mille laquais s'assemblent, l'arrachent du carcan, se portent sur la maison du maître, la prennent d'assaut, pour ainsi dire, et la saccagent si affreusement qu'ils n'y laisisent pas une croisée ou un miroir sans les mettre en pièces. Le maître s'était caché dans sa cave; le guet à cheval arrive enfin ; les laquais l'attaquent à coups de pierre, le guet ies charge avec vigueuc Trois sont restés morts sur la place; il y a eu beaucoup de blessés, et des prisonniers qui seront pendus; ils l'auront bien mérité, surtout l'insolent cocher, cause de tout ce tumulte'. '
* Le Journal de Barbier, 1. 1, 12 mars et 15 novembre 1721, raconte des eirconetance» semblables.
16 avril 17 IS.
La reine-mère avait l'habitude de manger énormément quatre fois par jour; c'est ce qui a été cause du cancer qui lui est venu au sein ; elle Ta entretenu avec les forts parfums d'Espagne dont elle se servait» et elle en est morte.
Parts, 17 afril 171S.
Le frère de la duchesse de Schoresbourg a été pendu» il le méritait bien ; c'est cependant pour des nobles une chose affreuse que d'être accroché à la potence.
J'ai reçu hier une lettre de ma fllle, qui était partie d*ici il y a dix jours; elle et son mari sont, grâce à IMeUy de retour è Lunéville en bonne santé. Elle m*a envoyé la mesure de la taille de son fils atné, prise huit jours avant qu'il eût accompli sa onzième année; il est juste aussi grand que le duc de Chartres qui aura quinze ans le 4 août prochain. Je crains que mon petitfils de Lorraine ne soit un géant, car le duc de Chartres n'est point petit pour son âge. Tous mes enfants de Lorraine sont robustes; leur mère aussi est saine et bien pcnrtante, ce n'est pas une bonne à rien comme M"* d'Orléans. On n'a jamais entendu parler d'une pareille paresse. Elle s'est fait faire un canapé sur lequel elle reste couchée lorsqu'elle joue au lansquenet; nous nous moquons d'elle, mais cela n'y fait rien. Elle joue couchée, elle mange couchée, elle lit couchée; bref, presque toute sa vie se passe couchée. Cela doit être mauvais pour la santé, aussi est-elle presque toujours malade; un jour elle se plaint de la tète, un autre jour de l'estomac. 11 semble qu'avec cela on ne peut
394 COBREStOmAKCB
faire des enfants robustes; cependant ses trois filles aînées sont fortes et bien portantes; la première et la troisième sont grandes et grosses; elles ont Tair bâties comme des hommes, M"* de Valois surtout.
Rien de neuf d'Angleterre ; le roi est méfiant et soupçonneux. Les Anglais sont rosés et ne songent qu'à leurs propres intérêts; ils voient bien qu'ils peuvent pêcher en eau trouble et que, tant qu'il y aura mésintelligence entré le père et son fils, le roi ne manquera pas de besogne et ne songera point à raffeniik sur eux son autorité; ils le maintiennent donc dans une humeur qui est dans sa nature. Je ne crois pas qu'il retourne en Hanovre aussitôt que bien des gens le vaudraient. L'abbé de Buquoy est un bon geatilhomme d*une ancienne famille, mais eh Flandre tous les iidbles se donnent le titre de comte; eu ce pays, obtcttn est comte ou prince, mais cela ne leur donne auoua rang. On sera bientôt las d'uA fou aussi turbulent que cet abbé ^ Jenem'ét(HUie pas quemon cousin le landgrave l'ait renvoyé en Hanovre, car il est pauvre et il cherche tle l'argent de tous côtés. Je ne croîs pas que les remontrances de T^upereur produisent quelque eSet à Cassel; de n^m temps, taus les Bouveraiua se pi-
} 11 existe un volume assez diificUe à rencontrer, intitulé: Événement des plus rares, ou Histoire du sieur abbé Jean- Albert d'Archambat^, comte de Buquoy ^ singulièrement son ëvaâkm du For VÉvêque et de la Bastille (en fran^fs et en allemancl), avec plusieurê ouvrages, vers etpron^ etêpéda- . lement la Game des femmes , se vend chez Jean de la Franchise, rue de laBéforme, àBonncfoy, 1719. 11 est question de ce personnage dans le livre de H. Gérard de Nenral , les lllur mM*
DE MADAME LA DUCHESSE d'oRLÊANS. 395
qôàient de ne dépendre que de Dieu et de ne point t^connaitre Fempereur pour maitre.
Paris, t9ë,Yri\ 1T18.
ledsic{de Lorraine) avait autrefois tme grande pas* skm pour la chasse, mais aujourd'hui Sîlrio est devenu un amasi; il -reut cacher sa passioû, et plus il veut qu^eSe soit %norée, plus on la remarque. Lomqu^îm eroit qtfil doit regard devant tai, sa lête se toimio- SHT ms épaules et ses yeux restent fixés sur M^ de &aon; t^est érMe i voir, le ne puis campretàre qm ma flle puisseafaner son mari comme eBe le fait> et iju'dlle ne scwrt pas jalouse. On ne peut pas être ptus épris d'une femme qu'il ne l'est de la Graon.
Paris, 24 avril 1718.
La p^sonne que j*«spère voir se corriger * a du ja^
^ Sa petite- fille y la duchesse de Berri. Personne n'ignore quelles accusations pèsent sur la mémoire de cette princesse. D'après ^a Hémoires de Maurepas (t. I, p. ht), « sa condoite « arrea ton père éUAt si pnbikfue que le âins de fierri, touffiraat « iBjpatiemmaBt tous les discours qui se tenaeient à ce sajet, fit OL mettre Tépée à la main au duc d'Orléans sur la terrasse de « Harly, où il le trouva. Us furent bientôt sépatés Tnn de Tau- « tre, et Taffaire fut étouffée de façon qu'on a'en a presque « p«int|Mirlé. » On peut eoosulter, au ei:^^^^^ <^6tte priaoesèe trG|p céUÏve, lea Mélanget de Boi^ourdain, 1. 1, p. 231-253, et le Journal de Barbier, t. I, p. 23. « Dans ses amours, elle suppléa à Tadresse par l'effironterie. Dan? le noaibre de ses amants, elle aima du Tivast de son mari vo nommé La Haie, homme de cheval qu'elle fit écoyer du duc de Berri. Elle voulut se faire • enlever par lui , et lui proposa de fuir en Hollande. Gelui-d effrayé et désespéré de cette proposition , s'en ouvrit au due d'Orléans, qui dit : « Que diable ma fille veut-elle faire en Hol«
gement et un bon cœur; on pourrait se flatter de son retour au bien si elle n*était pas au milieu de la mauvaise compagnie; ses tantes et cousines du côté maternel lui donnent aussi de mauvais exemples, car elles mènent une vie bien irrégulière. La mère n*agit que par caprice; un jour elle hait sa fille sans savoir pourquoi; un autre jour elle approuve tout qu'elle fait, que ce soit bien ou mal : cela me fait craindre que les bonnes résolutions qu*on a prises à Pâques n'aient pas de résultat et que le démon ne revienne dans la maison qu'il a quittée, accompagné de sept autres malins esprits encore plus méchants que lui, comme dit la sainte Ëcriture. En somme, on ne voit et n'entond que des choses fâcheuses; je ne puis rien y faire, et je m'en afflige sincèrement. Ma fille n'est pas restée ici assez longtemps pour que son bon exemple ait pu amener quelque effet. On m'a demandé comment je m*y étais prise pour l'élever aussi bien : j'ai répondu que c'était en lui parlant toujours raison, en lui montrant pourquoi telle ou telle chose était mal ou bien, en ne lui passant aucun caprice, en cherchant autant que possible à ce qu'elle ne vît aucun mauvais exemple, en ne la rebutant point par des accès de mauvaise humeur, en louant la vertu et en lui inspirant l'horreur du vice en général. C'est ainsi que j'ai élevé ma fille qui, grâce à Dieu, s'est conciliée l'estime générale; mais il ne faut pas croire qu'on puisse élever un enfant sans se donner du mal ; la vigilance et l'activité sont indispensables.
lande ! Il me semble qu'elle passe fort joliment sa vie dans ce pays, a It empêcha Texécution de ce projet » {Vie privée de Riehelieu, 1791, t. i, p. 95).
DE MADAME hK DUCHESSE D'oRLÉANS. 397
En Allemagne il y a cela de bon qu'on méprise les gens qui se conduisent sans frein : ici il n'en est pas de même ; aussi la jeunesse s*imagine que les sermons des vieillards sont tout simplement le résultat de Taigreur de gens qui ont agi de même autrefois. Les personnes dont la réputation est mauvaise sont aussi bien traitées que celles qui ont mené une bonne conduite; cela perd la jeunesse.
Entre nous, les deux princes de Nassau sont de singuliers personnages et ils ont des aventures désagréables; le plus jeune fit mettre sa femme à la Bastille; lorsqu'il voulut l'en retirer et la reprendre, elle déclara qu'elle aimait beaucoup mieux passer sa vie en prison que se trouver avec lui. C'est une Mailly, sœur du marquis de Nesle. Les princes allemands qui épousent des Françaises et qui sont méprisés de leurs femmes, n'ont que ce qu'ils méritent.
Je ne trouve pas que la reine de Prusse écrive mal; elle écrit ce que son cœur lui inspire et elle paraît avoir de très-bons sentiments; lorsque cela se rencontre, je trouve que tout est bien. Assurez-la donc que je suis contente de ses lettres. Lorsque vous dépréciez votre propre correspondance, ma chère Louise, c'est par eoquett^e, et afin d'obtenir des éloges, car vous savez que vous écrivez bien.
26 avril 1718.
Lorsqu'on vit que la maréchale de Glérambault m'était attachée, on l'éloigna de moi et l'on mit ma fille dans les mains de la maréchale de Grancey qui était la créature du chevalier de Lorraine, le plus acharné
de mes ennemis, et dont la fille cadette était la mattresse déclarée de ce chevalier. On peut croire quel bel exemple c'était là pour ma fille; mais nî mes remontrances, ni mes prières n'eurent aucun effet.
Parte, 2S avril 1718.
l'ai reçu hier des nouvelles de la princesse de Galles : elle a écrit au roi d'Angleterre une lettre des pltts soumises; le roi lui a répondu avec dureté et en loi faisant des reproches sur sa conduite. 11 se fera moquer de lui en agissant de la sorte, car la bomie répntatiôli de la princesse est parfaitement établie : je ne puis comprendre la conduite du roi.
C'est une drôle de manière de vouloir persuader les gens de changer de religion, que de les mettre à ttaé diète forcée; si l'on avait envoyé des dragons pour les convertir de force, c'eût été exactement semblable â ce que M. de Louvois a fait ici *.
Saint-Oloud, i« mal 1119.
M"*« deRatzétthausen a le bonheur d'avoir été aimée des plus grands seigneurs ; le roi lui-même la voyait
i Les eofnveraloQt qui rëtuhalcnt des drâgoanades ne passaient point pour sincèrea» et noua trouyona à leur ^r4, ùwa» les recueils manuscrits, répigramme suivante :
Calfla nrpris de Pédit qu'on publie,
La larme à IVil, disoit à Lucifer :
Ah ! e^tn eti Mt, Ma Kmt éK eoat «tfla^
U faot fonger k rétrécir PenTer.
— n ne faut pas que cela te chagrine,
lâà repartit le pénétrant déann ;
Le mal n'est pas si grand qu'on Pimaginf,
Car la plupart ne le sont que de nom.
avec plaisir; elle Id faisait rire; elle divertissait aussi beaucoup M»« la Dauphine. M*"* deBerri avait de Taffection pour elle et la faisait souvent venir. Il n'est pas étonnant que nous soyons amies; nous sommes ensemble depuis Tenfance et nous nous connaissons depuis que je n*avais que neuf ans; parmi cent vieilles femmes on n'en trouverait pas une qui ait conservé autant de gaieté que Lénore *.
SaiBt-Cloud, 5 mai U18.
J'avoue que je ne regrette pas plus M"e de Vendôme' qu'elle ne m^eût regrettée si c'était moi qui fusse morte. J'ai d^ailleurs deux raisons pour ne pas m'affliger de sa perte : la première, c'est qu'elle était l'ennemie de mon Gis, et qu'elle n'aimait pas sa mère, M"" la Princesse, dont elle était cependant tendrement chérie; la seconde, c'est qu'elle menait une conduite qui ne faisait certes pas honneur à sa famille; et, quoiqu'il ne faille damner personne, nous lisons dans la sainte Écriture, que Tarbre tombe du côté où il penche ; avoir mené une viç dérégtée et mourir sans penser à Dieu et sans se repentir de ses péchés, ce n'est
^ Éléonore de Ratzenhausen avait accompagné Madame lorsqu'elle vint en France, et elle jouit toujoars auprès d*a)le d^une faveur que justiûait wn dévouement.
' Marie-Anne de Condé , neuvième enfant du ÛU du grand Gondé, née en 1678, mariée en 1710 à Louis-Joseph, duc de Vendôme, morte le 11 avril 1718. Elle mourut d*apoplexie^ et, d'après les Mémoires du temps, devenue veuve, elle avait contracté un mariage secret avec son écuyer. Elle était extrême* ment laide, et selon Saint-Simon, elle mourut « sans testament, ni sacrements, de s'être blasée surtout de liqueurs fortes dont elle avoit sou cabinet rempli » (t. XXX, p. 2),
400 GORBESPONDANCE
pas rassurant, et M">« la Princesse a certes bien raison de s'inquiéter du sort de sa fille et de s'en affliger ; mais» après tout, il faut nous fier à la miséricorde di< vine.
6 mai 1718.
|[ne lu Princesse (de Conti) aurait volontiers donné M"« de (k>ndé à feu le margrave, frère aîné de Votre Altesse; W^^ de Condé était incomparablement plus belle que sa sœur, mais il me semble que le margrave avait plus d'inclination pour M°*^ de Vendôme; il la trouva plus calme et plus tranquille. . . M°>^ la Princesse a eu beaucoup à souffrir de son mari; elle le regrette cependant tous les jours. 11 avait l'air d'un petit singe. Feu la reine avait deux perroquets : l'un était le portrait vivant de M. le Prince, l'autre ressemblait comme deux gouttes d'eau au maréchal de Luxembourg.
Saint-Gload, 6 mai 1718.
Ma fille est laide, et elle Tétait moins autrefois, car elle a eu une fort belle peau, mais elle est maintenant toute brûlée par le soleil ; cela la change et la fait paraître vieille; elle a un vilain nez camus; ses yeux se sont creusés, mais sa taille s'est bien conservée , et comme elle dansait bien, elle a encore de bonnes façons, et Ton voit bien qui elle est. Je connais des personnes qui se piquent d'avoir de bonnes manières, et qui sont fort loin d'en avoir d'aussi bonnes qu'elle. Telle qu'elle est, j'en suis fort contente, et j'aime mieux qu'elle soit vertueuse et point belle que si elle était belle et coquette comme tant d'autres.
SaiDt-Cloud, 8 mai 1718.
^ Je vous écris , le cœur bien troublé , et j*ai pleuré hier toute la matinée. La bonne et pieuse reine d'Angleterre est morte hier matin à Saint-Germain, à sept heures. Assurément, elle doit être au ciel. Elle ne gardait pas un liard pour elle, et donnait tout aux pauvres; elle faisait vivre des familles entières; elle n'a jamais tenu un propos méchant sur qui que ce soit, et si Ton se mettait à l'entretenir sur le chapitre du prochain, elle disait : « Si c'est du mal de quelqu'un, je vous prie, ne le dites pas. » Elle a soutenu ses malheurs avec une résignation parfaite; elle était , polie et agréable, quoique bien loin d'être belle ; elle était toujours gaie et faisait constamment Téloge de notre princesse de Galles. Je l'aimais beaucoup; sa mort me serre le cœur \
Je m'amuse à voir danser les ours, et cela me rappelle une histoire fort originale, au sujet d'une demoiselle de qualité de la maison de La Force, qui a longtemps été à la cour, où elle était fille d'honneur de M"»® de Guise. Le fils d'un conseiller, qui était fort riche, et qui s'appelait M. de Briou, lui inspira une vive passion et l'épousa malgré la volonté de son père; c^i-ci voulait faire rompre le mariage, et il défendit
' Malgré sa piété, cette princesse fut en butte aux attaques d'un esprit de parti exaspéré. On publia contre elle un pamphlet aussi calomnieux qu'ordurier : Les Amours de Messaline, cir-denant reine d'Albion, qui parut en 1689, et qui fut bientôt réimprimé quatre ou cinq fois avec additions de nouveaux mensonges, tels que : Les nouvelles intrigues de Messaline avec l'abbé de,i.,,*; la vengeance de M^^ de Maintenon, etc.
à son fils de voir la dame et d'avoir aucun rapport avec elle. Elle chargea un trompette de lui dire que lorsqu'il entendrait une certaine fanfare, et lorsqu'il verrait des ours dans sa cour, de ne pas manquer de descendre ; elle se fit couvrir d'une peau d^ours, et M. de Briou, sous prétexte de voir danser cet animal, d'admirer sa douceur et de le caresser, trouva moyen de se procurer un entretien avec sa femme. Je n'ai rien lu de pareil dans aucun roman '.
10 nul I7IS*
La maréchale de Grancey était la femme la plus sotte du monde. Feu Monsieur feignit d'être amoureux d'elle, mais si elle n'avait pas eu d'autre amant, elle aurait certes conservé toute sa bonne réputation. Il ne s'est jamais rien passé de mal entre eux ; elle-même disait que s'il venait à se trouver seul avec elle, il se plaignait aussitôt d'être malade, il disait avoir mal de tête ou mal de dents. Un jour, la dame lui proposa une liberté singulière, Monsieur mit vite ses gants; j'ai vu
^ n résulta de cette afifoires on procès dape lequel l'avocat général Talon porta la parole. Le mariage, contracté le 16 juin 16S7, fat déclaré nul. H. de Laborde, PaMs Maiarin, p. 376, parle de tfl* Caumont de La Force : « Le laisser aller de sa « morale, la vivacité de son esprit et la tournare romanemue « de son imagination, unie à beaucoup de charme dans les mac nières, lui attiraient des succès partout où elle se présentait, « et la rendaient nécessaire au Temple et àThôtel de Bouillon, » M. Walckenaêr, dans son Histoire de La Fontaine, 3* éditioo, p. 608-61 1, raconte en détail Tliistoire de W^^ de La Yvm et du Jeune Briou, dont la sœur, devenue veuve, s'éprit d'un joueur de flûte. La Bruyère lui a donné place dans ses Caraclèi'es sous le nom 4e Cé^otUe,
souTent qu'oa le pivsantait à cet égard, et j'en ai bien ri. Cette Grancey avait une fort belle figure et une belle t^le lorsque je vins en France, et tout le monde n'avait pas pour elle le même dédain que Monsieur, car avant que le chevalier de Lorraine ne fût son amant, elle avait déjà eu un enfant.
ji» munis.
Le grand-duc est adroit, il se figure que sa femme mourra bientM, et qu'il sera ainsi dispensé de lui payer ce qu'il lui doit ; aussi est-il toujours en retard pour sa pension.. • Elle m'a juré que lorsqu'elle avait fait le voyage de Florence, elle n'avait eu d'autre idée que celle de revoir le plus tôt possible, et c'est ce qu'elle a exécuté aussitôt qu'elle en a eu le moyen.
16 mai 1718.
Je suis allée hier à Paris voir le roi, que j'ai trouvé fort grandi.
On disait hier que l'électeur de Trêves voulait renoncer à l'état ecclésiastique et épouser une archiduchesse, sa petite-nièce; ce serait un mauvais tour qu'il jouerait à sa nièce et à ses neveux de Sultzbach; écrivez-moi si ce bruit court aussi en Allemagne. 11 faut que le prince héréditaire de Darmstadt ait été bien débauché, puisqu'il a donné à sa femme une maladie honteuse pour présent de noces ; de ]>flrcils cadeaux n'entretiennent pas l'amitié. Le landgrave fera bien de se remarier, car il me semble qu'il n'a pas d'héritiers à attendre de son fils. C'est un sot mariage pour un comte de Witlgenstein que d'épouser une i^er-
sonne dont le père a été maître d^école. Je ne puis souffrir les mésalliances.
Saint-aond, 19 mai 1718.
Je fus liier à Paris pour voir mon fils et sa famille, et pour assister à la représentation d*une pièce nouvelle où il n'y a rien de bien extraordinaire, quoiqu'fl s'y trouve deux beaux morceaux ; elle a pour titre : ArtaxarU. Au moment où j'entrais dans la loge, on me remit votre lettre du 7. Je me trouve bien à Saint- Gloud, où je suis tranquille» tandis qu'à Paris on ne me laisse jamais un instant de repos; l'un me présente un placet , l'autre demande que je m'intéresse pour lui, un autre sollicite une audience, un autre réclame une réponse à des lettres qu'il a écrites; c'est à n'y pas tenir. On a l'air ensuite d'être étonné de ce que je ne suis pas charmée de mon sort. £n ce monde, les grands ont leurs peines comme les petits, ce qui n'est pas étonnant; mais ce qui est le plus fâcheux pour les premiers, c'est qu'ils sont toujours entourés d'une foule nombreuse, de sorte qu'ils ne peuvent ni cacher leurs chagrins, ni s'y livrer dans la retraite ; ils sont toujours en spectacle.
21 mai 1718.
La 'princesse de Conti' est maintenant dans une grande dévotion; ella,sait fort bien vivre et elle est très-polie. Elle est celle que le roi a le plus aimée de ses filles du côté gauche.
36 mai 1718.
Hier au soir j'étais couchée avant dix heures; j'ai A Fille de U Vallière.
donc eu ce matin tout le temps de vous écrire ; il a fait cette nuit une chaleur aussi forte que dans la ca« nicule, et elle dure encore; le ciel est couvert et il pourrait bien y avoir de l'orage. Je ne crains pas du tout le tonnerre, mais il épouvante bien des personnes; la duchesse de Berri ne Taime pas; je le considère comme un magnifique spectacle, et il me fait admirer la toute-puissance de Dieu, qui a fait dans la nature des choses si admirables. En répondant à votre dernière lettre, j'en étais restée à ce que vous me dites de ma saignée; mou fils a été plus maltraité que moi, car on lui a tiré vingt onces de sang ; mais cela ne l'a pas du tout incommodé ; au contraire, il se sent mieux et plus robuste. 11 a meilleure mine et n'est plus aussi violet qu'il Tétait. 11 ne voulait pas d'abord entendre parler de saignée; mais, observant qu'il avait mal à la tête lorsqu'il avait travaillé, il s'y est décidé tout d'un coup, et a fait appeler son chirurgien. Je me promène longtemps sans avoir la moindre fatigue, mais J'ai beaucoup de peine à monter les escaliers.
Ce n'est pas une chose agréable que la vieillesse, et je vais avoir mes soixante-six ans accomplis. Mon fils ne va ni mieux ni plus mal de son œil ; il ne se ménage nullement; il lit et écrit beaucoup. Je crois que cela ne lui nuirait pas s'il voulait régler sa vie pour le boire, le manger, etc.; mais tout conseil, toute remontrance à cet égard sont inutiles; quand on lui parle, il répond : c Depuis six heures du matin jusqu'à la nuit je suis assujetti à un travail prolongé et fatigant; si je ne m'amusais pas un peu ensuite, je ne pourrais pas y tenir, je mourrais de mélancolie. » —
400 GORRESPONDAXCB
Les dégftto causés à Paris par rincdndie seront bientôt réparés; on a fait des quêtes en faveur des inoendiés; il n*est pas vrai que THÔtel-Dieu ait été brûlé; le feu n'est pas venu jusque-là ; on a abattu des maisons pour préserver cet hôpital , et les personnes qui sont mortes ne sont mortes que de peur, comme des fem-* mes en couche ou enceintes,
Saint-Cloud. 29 mai 1718.
Je fus hier aux Carmélites pour remercier les bonnes sœurs, car elles m'avaient envoyé de leur ouvrage; et» comme la mode est à présent de faire des nœuds, elles m'ont offert un sac à nœuds. Dites-moi, ma chère Louise, si vous en faites aussi. M*"* d'Orléans ne fait pas autre chose, le jour, la nuit, à la comédie, partout,
La reine {d'Angleterre, veuve de Joeqms JI) est morte avec une satisfaction sincère, et en remerciant Dieu de la délivrer de ce monde ^ . Je crois bien, comme vous, qu'on peut la regarder comme une sainte, plutôt que son mari; mais je crois quïl est aussi au ciel; il a souffert avec beaucoup de résignation ; la reine avait une grande fermeté et de vraies qualités royales, beaucoup de générosité, de politesse, de jugement; elle me plaisantait toujours sur la passion que j'ai d'aller à la comédie. Elle disait en riant qu'il y avait eu un temps où elle ne pouvait plus sortir parce que ses chevaux étaient morts, et qu'elle n'avait pas d'argent pour en acheter d'autres; elle ne se plaignait jamais
^ « La reine d'Angleterre faisoit le plus saint usage de ses malheurs ( elle étoit contente de mourir » (Saint*Simon, t. XX).
DE VADAMB LA DUCHESSB D*ORLÉANS. 407
de ses maUieiirs. Elle était trcshinaigre, mais plotAt de corps que de visage qn*elle avait long, left yeux êpiiri^ tuels, les dents blanehes et grandes, le teint blafard, ce qui paraissait d'autant plus qu'elle avait quitté le rouge; elle avait bonne mine et était toujonrd fort propre. Mon iBls, par compassion pour ses pauvres serviteurs, laissera' à beaucoup d'entre eux lecHrs pett-^ sîons.
Les princes de Bavière ne sont pas beaux, mais ils ont de l'esprit; 8*ils ressemblent à leur père, ils courront après les grisettes. Il est fâcheux que la maison de Schomberg soit éteinte ' ; c'étaient de braves giens. Je trouve que c'est beaucoup que le comte de Degen^ leldt soit encore épris de sa femme; peu de ménages résistent à une année d'épreuve, et il y a id un proverbe qui dit que : Si de nouveaux mariés passent un an sans que ni l'un ni l'autre regrettent de s'être mariés, ils ont droit i une vigne qui appartient à l'archevêque de Paris; aussi, lorsqu'on voit de nouveaux époux se quereller, on dit : lis n'aurcmt pas la vigne de M. l'archevêque. La La Force est une personne fort romanesque, autrement ^le ne se serait pas déguisée en ours ; elle a eu beaucoup d'aventures. On veut la regarder un peu comme sorcière, mais je n'en crois rien. On m'a raconté qu'un gentilhomme de la
* n est souvent question, dans les lettres de Madame, d'Armand-Frédéric de Schomberg, maréchal de France^ qui, étant protestant, passa au service de Fétranger après ta révocation de redit de Nantes , et fàt tué en 1690 à la bataille de la Bo^ne. C'était « im homme aimable au dernier point, » selon Saint- Simon (note sur le Journal de Dangeau, édit. de 1854, t. HI , p. 181).
maison de Hailly, qui a été fort de mes amis, mais qui est mort depuis longtemps, en avait été éperdument amoureux, et qu'il voulait mourir s*il ne Tépousait pas; mais comme elle n'était pas en bonne réputation, et qu'elle était excessivement pauvre, son père ne voulait pas consentir à cette union, et il pria M. le Prince de lui faire entendre raison. On lé conduisit à Chantilly, et toute la maison de Condé et de Conti se mita l'exhorter pour qu'il obéit à son père ; il s'enfuit comme un désespéré dans les jardins, et il voulut se noyer. En arrachant ses habits pour se jeter à Teau, il brisa un ruban où était attaché un sachet que la La Force lui avait remis sous prétexte de sa santé, et en lui recommandant de ne jamais le quitter; aussitôt qu'il ne l'eut plus sur lui, il se trouva tout autre, et très-indifférent à l'égard de la La Force; il alla trouver M. le Prince, et lui raconta ce qui était arrivé, en disant qu'il fallait qu'il eût été ensorcelé. J'ai bien ri de cette histoire \
Ma petite-fille, la duchesse de Berri, se conduit -fort bien avec moi, et n'oublie rien pour me témoigner son aiTection ; aussi je l'aime sincèrement. Mon pauvre fils se donne une peine mortelle pour tout réparer dans l'administration, et on ne lui sait pas gré de ses efforts ; il me fait souvent tant de compassion, que j'en pleurerais. Il a affaire à des gens avides et sans honneur;
^ Charlotte-Rose Caumont de La Force, morte en 1724^ à rage de soixante-quatorze ans , après une existence agitée, a laissé divers romans soi-disaiit historiques, oubliés aujourd'hui, tels que VBisloire secrète de Bourgogne et VHisloire de Marguerite de Valois, '
je crains que sa sanlc n'y tienne pas, et qu'il ne succombe sous ce fardeau , mais Dieu Ta soutenu jusqu'à présent.
ai mai ni8.
Mon fils n'aime nullement la campagne , il n'aime que la vie de la ville. Il lui arrive comme à M*"* de Longueville, qui s'ennuyait extrêmement en Normandie où était son mari. Ceux qui étaient auprès d'elle lui dirent : Mon Dieu, Madame, l'ennui vous ronge; ne voudriez-vous pas quelque amusement? il y a des chiens et de belles forêts; voudriez-vous chasser? Non, dit-elle, je n'aime pas la chasse. Voudriez-vous de l'ouvrage? non, je n'aime pas l'ouvrage. Voudriez-vous vous promener ou jouer à quelque jeuj? non, je n'aime ni l'un ni l'autre. Que voudriez-vous donc? lui demanda-t-on. Elle répondit : Que voulez-vous que je vous dise? je n'aime pas les plaisirs innocents.
Saint-Gloud, 2 juin 1718.
Rien de neuf, si ce n'est que mon fils est venu cette après-midi et nous a apporté l'arrêt qui modifie le cours du numéraire; le louis d'or vaut désormais Irente-six livres ; ceux qui ont beaucoup d'argent gagneront joliment ; je ne suis pas du nombre, car il y a longtemps que l'argent et moi nous ne nous tenons pas compagnie.
Vous me demandez si des étrangers professant la religion luthérienne peuvent obtenir ici des emplois miiilaircs : on ne les y admet jamais, si ce n'est dans le régiment d'Alsace et dans les corps suisses.
410 GORaSftPONDANGfi
SaiDt-Gloud, 9 juin nid.
Je guis revenue hier soir à dix heures de Paris, où j*avais été à onze heures du matin pour assister à une longue et ennuyeuse cérémonie dans un couvent qu'on nomme TAbbaye^ux-Bois. Il s'agissait de poser la première perre d'une église que l'on construit. On est venu à ma rencontre avec des tambours, des fifres, dés trompettes» et il m'a fiillu suivre une longue rue ; j'en avais vraiment perdu contenÂnce. Vous pouvez penser quelle foule s'était réunie. Après la messe , qui fut accompagnée d'une lrès4»onlie musique, nous allâmes à l'enduit où étaient i»iedsés les fondements ; les prêtres chantèrent des psaumes et récitèrent, en latin, des prières dont je ne compris pas un mot. J'étais soifs un dais, dans un endroit couvert de tapis et dans un fauteuil ; quand je fus assise on m'apporta la pierre sur laquelle était gravé mon nom et au milieu était ma médaille; on jeta dessus de la chaux, dont je fus tout éclaboussée ; puis on plaça dessus une autre pierre, à laquelle je dus donner ma bénédiction; j'avoue que cette idée me fit rire. J'envoyai ensuite le premier de ma maison, H. de Montagne, mon chevalier d'hoil* neur, placer la pierre, car je ne pouvais mont^ et dés^ cendi^e les écheUes; cette cérémonie dura une heure et demie ; il y eut ensuite beaucoup de musique, et le tout se termina par un Te Deum,
J'allai ensuite au Palais-Royal ; il faisait horrible^ ment chaud ; je dinai avec mon fils et trois de ses filles, puis je me rendis au Luxembourg pour voir M"*' de Berri. J'étais si fatiguée qu'aussitôt que je me trouvai dans un appartement frais, je m Wdormis comme une
mftrnàoite; j'eus bien honte qu^nd je me réveillai, mais la chose était faite. A cinq heures je retournai an Palais^Royal et je fus, avec M"* d'Orléans, au spectacle voir un nouvel acteur qui faisait ses débuis. Il jouait Of^tç dans Andromaque; mon fils nous rejoignit au quatrième acte ; pour petite pièce on donna le^ f^endanges de Suresne * ; ce serait une cpmédie amusante si on ne Tavait vue cent fois. La chaleur était si forte que je fondais en eau.
On a pendu hier un nègre qui avait dit qu'il était las de la vie et qu'il tuerait le premier individu qu'il renoontrerait. Il sort en effet, se trouve au devant d'un cordonnier, et, d'un coup de son. couteau, il tue le pauvre diable. Il s'est laissé pendre sans se plaindre, et il est mort avec joie. La chaleur a été si forte cette nuit que je n*ai pu m*endormir, et maintenant le som* meil me gagne ; vmi» c'est dimanche et je vais aller i l'église. J'y vai^ tou» les jours, car la règle des enfants de France ^st d'aller tous les jours à la messe.
V' d'Orléans est tellement indolente qu'il est im^ ponsible de voir une personne plus paresseuse ; tottijours couchée siu* un sofa, elle joue couchée. Je sois persuadée que cela nuit fort h sa sauté ; elle a l'air plus vieille qu'elle ne l'est en eiïet.
ISjHlD 1718.
Le rot a bien montré à sa mort qu'il était vcritablen^ent grand ; on ne saurait mourir avec plus de fer-
t Cotte comédie de Uanconrt, en un acte et en preee^ fat rfj^réflOfftfe pour la priem^èrç fois le 16 octoliro 1696*
412 pORRESPONOANCE
meté et de courage que lui. H a eu pendant huit jours la mort devant les yeux sans manifesler de crainte ni d*eflroi, et il a tout ordonné comme s*il s'agissait d'un ▼oyage.
19 juin 1718.
II est de toute fausseté que la reine d'Angleterre (la veuve de Jacques II) ait laissé de grosses sommes. Elle a entretenu son fils ainsi que tous ses gens, elle a donné des pensions à la plupart de ses dames, elle a soutenu des familles entières d'Anglais; elle se privait dii nécessaire afin de secourir les pauvres dans les hôpitaux. Sous le rapport de la cupidité, elle n'était nullement Italienne, car elle n'a jamais mis un liard de côté. On peut dire qu'elle avait toutes les vertus royales. Son unique défaut (personne n'est parfait) est d'avoir poussé la dévotion à l'extrême; mais elle l'a payé cher, car c'est la cause de tous ses malheurs. Elle ne pouvait ici faire des économies, car elle n'était pas régulièrement payée; elle a été forcée d'emprunter de l'argent et de contracter des dettes; il n'est pas vrai que ses domestiques aient pillé ses meubles, car elle était logée à Saint-Germain, dans les meubles du roi.
On a vu peu de reines d'Angleterre être heureuses, et, en ce pays-là, les rois non plus n'ont pas beaucoup de bonheur.
21 juin 1718.
M"' de Berri a gardé sa mère pendant sa maladie avec tout le zèle d'une sœur grise. Je serais fort ingrate si je n'avais pas d'attachement pour elle, car
elle me témoigne toute l'amitié possible, et me montre une politesse telle que je me sens souvent tout attendrie. La Maintenon avait si grand'peur que le roi n'aimât la duchesse de Berri et ne se détachât ainsi de la Dauphine, qu'elle lui a rendu tous les mauvais services qu'elle a pu; mais, après la mort de la Dauphine, elle a tout raccommodé ; à dire vrai, l'inclination du roi pour la duchesse n'a jamais été grande.
Saint^load, 24 Juin 171 S.
Je suis aujourd'hui fort abattue, car les ennemis de mon fils ont excité tout le parlement contre lui. Jl a beaucoup d'ennemis , et surtout parmi les gens auxquels il a fait le plus de bien. On ne saurait croire combien cette nation est ingrate. Il peut résulter de tout ceci des révoltes et des guerres civiles; Dieu veuille nous en préserver! Vous voyez bien, ma chère Louise, que j'ai lieu d'avoir bien des inquiétudes. Je ne peux longtemps causer avec vous ce matin, car il faut que j'aille à l'église ; c'est aujourd'hui une grande fête, et je n'ose mander par la poste ce que je pense là*dessus.
La princesse de Galles ne m'a point mandé qu'elle ait fait une fausse couche, mais elle m'avait écrit que la foudre était tombée sur un arbfe non loin d'elle, ce qui lui avait causé une frayeur très-vive. Le tonneiTC est dangereux pour les femmes enceintes, indépendamment de la terreur qu'il peut leur causer ; il est mauvais pour toute la nature ; il m'a tué vingt-cinq serins. Je ne sais quand les choses s'arrangeront en Angleterre; il en serait bien temps.
Plûl à Dieu que mon fils et le roi fussent riches, mais le fait est que le feu roi s*élait grandement endetté, et par^dessus les oreilles ; c'est Touvrage des ministres et de la Maintanon ; il a laissé plu$ do deux cents millions de dettes ; il faut que mon fils s*efforçe de les acquitter. Il n*est pas ici sans ^empl^ que, ofMMsm k Hombourg, une chatte ait mis bas un chien et des petits ehats; une chiepne a aussi fait une souris. Gemment est-il possible que vous haïssiez les chats? rélecteur notre père les aimait tant ; notre mère avait une frayeur extrême des rats. Les chats sont, à mpn ayiSf 1^ plus jolies bêles qu*il y ait au monde.
26Jain 1718.
11 est certain que M. le Duc a beaucoup de politesse; il tient cela de H"*' sa mère... Il a des qualités solides, il est fort nobli9 en toutes ses actions, et il n'a pas mauvaise mine, nuiis l'œil que le duc de Berri lui a crevé le déGgurç fort.
M Jpin 17IS.
Depuis que H** de La Yallière est entrée aux Car* mélites, elle n'a plus aimé que Dieu ; et elle m'a souvent dit que, si le roi venait dans son couvent, elle ne voudrait pas le voir, et qu'elle se cadierait si bien qu'il ne pourrait la trouver; mais elle n'a pas eu besoin de prendre cette peine, car le roi n'y est jamais venu.
38 juin 1718.
La cour de France est restée fort a^éable jusqu'à ce que le roi a eu le malheur d'épousçr la vieille sorcière;
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 4lS
elle Ta séquestré de tout le inonde et lui a inspiré de ridicules scrupules au sujet des spectacles, lui reprér sentant que, puisque les comédiens étaient excommuniés, il ne devait pas les voir; mais elle a fait dresser dans ses appartements un joli théâtre où Ton jouait deux fois par semaine en présence du roi; elle a aussi fait des comédiens de la Dauphine, de mon fils, du duo de Berri et de sa nièce, et elle ne laissait pas jouer les €X>médiens qui avaient été congédiés. C'était bien plus méritoire. Le roi n*était pas à sa place ordinaire, mais derrière moi, dans un coin auprès de la Maintenon. Cela a tout gâté» car il en est résulté que le roi se laissait voir rarement, et la cour s'est trouvée toute dispersée.
Salnt-Glond, 30 juin 171S.
Le temps était fort beau depuis huit jours, mais ce soir il y a eu de la pluie et de la grêle. A propos de grêle, elle a ruiné sept villages dans la Lorraine, et elle a tout détruit en bien des endroits ; il y avait des grêlons qui pesaient deux livres. Ma fille me dit qu'on attribue ces désastres à des sorciers qui ont le pouvoir de faire réunir les nuages et tomber la grêle où il leur plaît. A Paris, on ne croit pas aux sorciers et on n'en entend pas parler; à Rouen, on y croit fort, et on en entend parler sans cesse.
Ma fille ne ressemble pas à M""' de Venigen; elle a bonne mine et une taille bicqi f$ûte, mais $a figure n'est pas jolie; elle n'a pas ce qu'on appelle ici des traits. Grâce à Dieu, elle a des penchapts honnêtes et un goût prononcé pour la vertu, ce que je préfère à la beauté. Elle a raison d'être contente de ne pas être enceinte.
Je crains qu'elle n'ait que trop d*enfants, car il y a déjà trois princes et deux princesses, et ce n*est pas du tout amusant que la grossesse et tout ce qui s*ensuit. Je regarde comme heureux de pouvoir maintenant parler de tout cela comme un aveugle des couleurs, car c'est de tout point, du commencement jusqu'à la fin, une vilaine, dangereuse et sotte chose, qui ne m'a jamais plu. M"'' de Ghasteautier dit que si l'on veut dégoûter les gens du mariage, il faut me charger de 'leur parler. M"*' de Ratzenhaussen répond que je n'ai jamais été réellement mariée, et qu'un vrai mariage est celui où les deux époux ont l'un pour l'autre un attachement sincère, et qu'alors les choses changent bien. Je Taccuse de faire l'éloge des plaisirs de l'a^ mour * ; elle se fâche, et je me ris d'elle.
Mon fils est comme une âme en peine; il travaille tellement qu'il a à peine le temps de dormir et de manger; cela m'affecte au point de me faire venir les larmes aux yeux. 11 fait du bien à des centaines de gens qui ne lui en ont aucune reconnaissance; tant d'ingratitude me révolte,
1er juillet 1718.
11 faut que l'amabilité de la Raisin ait été bien pénétrante, puisqu'elle avait pénétré dans le cœur épais de notre Dauphin qui Ta beaucoup aimée ^
2 juillet 1718.
La jeune princesse de Conti est sûre de se faire aimer
* Den heyschlaff zu loben.
* La Raisin s'a|)pelait Françoise Pétel Longchamp ; son mari mourut, en 1693, d'excès de boisson, âgé de moins de qua* rante ans*
quand elle le veut; elle a des manières fort agréables, die est douce et sans humeur ; elle dit toujours quelque chose d'obligeant.... Elle est lasse des folies de son mari ; elle a mis des fusils et des épées auprès de son lit, et elle l*a assuré que dès qu'il viendrait avec ses pistolets chargés elle lui tirerait un coup de fusil, et que si elle le manquait» elle l'attendrait l'épée à la main. Depuis il n'a plus eu recours à ses pistolets.
3 juillet 1718.
Je trouve l'intrigue (de Madame) avec le duc de Monmouth plus coupable que celle avec le comte de Guichc ; quoiqu'il fût bâtard, il était cependant le fils de son frère {de Charles 11). M"* de Thiange, sœur de M"" de Montespan, a conduit cette intrigue avec le duc de Monmouth*.
4 juillet 1718.
Je n'ai jamais pu comprendre le changement do re^ ligion du duc Max; d'après ce que j'ai entendu dire de tous côtés à l'égard de sa foi, il était très-peu dévot ;
^ L'abbé de Gboisy (Mémoires, 1729, t. II, p. 160) parle de cette affaire : « On crut qu*il y avoit entre Madame et le prince une sorte de jargon dont il n'est que trop aisé de soupçonner ceux qui sont naturellement galants. » M**® de Gaylus représente dans ses Souvenirs W^* de Thiange comme « folle sur deux chapitres, celui de sa personne et celui de sa naissance ; elle étoit dénigrante et moqueuse, et avoit pourtant beaucoup d'éloquence, et rien de mauvais dans le cœur. » Selon les Mémoires de La Fare, le chevalier de Roban» décapité en 1674, avait eu ses bonnes grâces, et on prétendait quUl avait aimé Mme de Montespan elle-même. Voir à l'égard de M^o de Thiange, une lettre intéressante publiée par M. Cousin dans la Revue des DeuX'- Mondes, f mars 1854, p. 873,
418 GORRBSPONDAMCB
U n*a IrooTé aucun avantage temporel dans cette oonversion, et aucun de ses parents ne l'y a poussé; ces trois motifs sont ceux qui amènent les gens à changer de religion ; ce n'est donc certainement point la foi qui l'a décidé, l'intérêt encore moins, puisque par là il perd une principauté. Je ne vois nul autre motif, si ce n'est qu'une bouche trop aknée l'a persuadé d'agir ainsi.
.& juillet 1718.
Quand je pense à des incendies , je suis tout en frisson, car je sais combien on a brûlé, dan$ le pauvre Palatinat \ durant plus de trois mois, Aussitôt que je voulais m'endormir, je voyais tout Heidelberg en flamme; je m'éveillais pleine d'effirpi, si bien que j'en ai été malade.
Si l'on avait pu me donner encore moins qu'on ne l'a fait, on n'y aurait pas manqué. Monsieur a joui de tout ce que je possédais; je n'ai pas au delà de quarante-cinq mille francs {de revenus) ; cela mène à peine jusqu'au bout de l'année.
Saint-Çloud, 7 juillet 1718.
J*ai été hier au Palais-Royal rendre visite à M™* d'Orléans; mon fils est venu s'excuser de ce qu'il ne pouvait diner avec moi. L'ainée de ses filles est aussi
^ La dévastation du Palatinat, en 1674, fut une de ees meeures plus que rigoureuses que les néites&ités de la guerre ne jusUûont pas toujours. On en tira parli pour rendre Louis XlV odieux. Une gravure de J. Luyken représente les Français portant le fer et le feu dans les provinces rhénanes; elle eut une grande vogue.
paresseuse que sa mère, car, à une heure et demie, elle n'était pas encore habillée; sa mère souffre qu'elle reste toute la journée, du matin jusqu'au soir, sans corps d'habit, ce qu'elle n'oserait pas faire devant moi. Son corps était égaré; on fut très«longtemp» avant de pouvoir le retrouver ; elle ne vint qu'au second service. Mon fils revint de suite après le dîner ; je m'aeqaittai auprès de lui de quelques commissions, et, à Uvis hei»res trois quarts, je montais en vdture avec )è duc de Chartres, M"* de Valois et mes dames de oompagnie, pour me rendre au cdlége des Jésuites, qui est assee loin du Palais-Royal. Nous y vîmes les écdiers jouer une pièce intitulée ; le Point d'honneur \ Les entants jouèrent fort bien ; mon petit-oonan de La TrémouîUe avait un rôle, dont il s'acquitta à merveilleé II S'eâ fUlut de peu cependant que la diose ne finit mal pour moi : on avait placé mon fauteuil sur une estrade; quand je fus pour m'en aller, j'oubliai qu'il y avait des degrés qu'il fallait descendre ; je fis un faux pai, et je tombais On s'empressa de me relever, comme vous pouves le croire, et je ne me fis pas du tout de mal; séidément le verre d^une de mes montres fut cassé. Je ne fis qu'en fyre jusqu'à mon retour au Palais-Royal, et j'en ris encore, surtout quand je pense à la gravité oilec laquelle deux grands jésuites vmrent me relever ; c*é*
^ Celte oomédte est du père Do CerâMo; d!e <i*a potet été reproduite dans l'édition dea poéafet de <se Jésuite pnMiéé à Paris, 1785, 2 vol. in-12, ni dans son Théâtre à Futoge deê Collèges, édité par le père Adry (Paris, 1807), qui ne put la retrouver. Le catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de Soloinne (t. Ul, p« 270) l'Indique sotts la date du 1 1 mai 17tS, mai!» on croit qu'elle Tut représentée avant cette date.
tait un tableau à faire. Lorsque je fus de retour au PaIai»-Royal, il sonnait six heures. Je fus au spectacle avec mon fils, sa femme et les personnes qui étaient dans ma voiture. On donnait Ariane et le Sicilien. A neuf heures trois quarts, je remontais en voiture pour revenir ici ; mais aux Tuileries nous fûmes arrêtés, car le beau temps avait amené tant de monde pour se }Nromener dans le jardin, qu'il y avait devant les portes une multitude de carrosses ; le passage était intercepté ; il était plus de dix heures quand nous fûmes libres, et je ne pus me mettre au Ut qu'à minuit et demi.
Je sais positivement que M. de BemstorfT excite le roi d'Angleterre contre le prince et la princesse de Galles; mon fils a voulu les rapprodier, mais M. de Bemstorff est venu tout en colère dire à l'abbé Dubois qu'il n'avait pas à se mêler de pareilles affaires et qu'on ne lui saurait nul gré de son intervention. Mon fils m'a répété que c'était Bernstorff qui animait le roi contre ses enfante et contre son parent le roi de Prusse. 11 faut que cet homme soit un vrai diable et un méchant diable; il a là dedans un intérêt que je ne m'explique pas.
8 jaillet 1718.
Quoique Versailles ait les plus belles promenades du monde, personne ne s'y promène, si ce n'est moi. Le roi avait coutume de dire : « Il n'y a que vous qui jouissez des beautés de Versailles.... » J'ai toujours eu ma maison à moi, mais tant que Monsieur a vécu, il ne m'a pas laissée maîtresse d'y nommer qui ce fût; tous ses favoris en profitaient et il ne se vendait chez moi aucune charge sans qu'on donnât un pot de vin
DE MADAHB LA DtCHESSÊ D*ORLÉANS. AU
à la Graiieey, au chevalier de Lorraine, à Locarte ou à M. Spiesou... J*ai été souvent voir la Maintenon et j'ai fait de mon mieux pour gagner son amitié, mais je n'ai pu y parvenir.
8 juillet 1718.
La reine-mère d'Angleterre n'a pas bien élevé ses deux filles; elles ont été élevées par des femmes de chambre qui leur laissaient faire tout ce qui leur passait par la tête ; elles ont ensuite été mariées fort jeunes, et elles ont suivi ensuite le mauvais exemple de leur mère; mais toutes deux ont eu une triste fin : l'une a été empoisonnée et l'autre est morte en couches.
Ce qui me persuade de l'innocence de feue Madame, c'est que lorsqu'elle eut reçu le viatique, elle demanda pardon à Monsieur de toutes les inquiétudes qu'elle lui avait données et qu'elle dit qu'elle espérait aller au ciel, car elle ne l'avait pas offensé dans le fond *.
Saint-Gload, 8 juillet 1718.
On a déchaîné tout le parlement contre mon fils; il est certainement soutenu par l'aîné des bâtards (le duc du Maine) et sa femme. Dès que quelqu'un parle mal de mon fils et se montre mécontent, la duchesse le fait venir à Sceaux, le caresse, le plaint et n'épargne rien pour l'exciter contre mon fils. Je suis étonnée de
* « Pour B*6xpliquer qu'au milieu des piégea et des périls oà elle se jouait, Madame n'ait point failli ; pour qu'elle ait pu dire sincèrement à Monsieur, à l'article de la mort. Monsieur, je ne vùus ai jamais manqué, il faut se rappeler et les difficultés de sa situation si observée, et aussi son âge avec cette sorte d'innocence qui accompagne les imprudences de la première jeunesse. » (M. Sainte-Beuve, Caîtseties du lundi, t. VI, p. 263),
422 CORRESPONDANGfi
sa patience. Il a du courage, ya son droit diemin et ne se tracasse de rien. Le parlem^it de Paris a fait une adresse à tous ceux de France pour les engager à se joindre à lui, mais aucun n*a voulu faire une pareille folie; au contraire, ils sont tous demeurés fidèles à mon fils. On a tout fait pour soulever le peuple par des libelles répandus contre mon fils, mais la chose est restée sans effet; je crois qu*elle en aurait produit davantage si le bâtard et sa femme ne s*en étaient pas mêlés, car ils sont détestés à Paris.
10 Juillet Itl8.
On m'a raconté au sujet du duc Max quelque chose qui m'ôte toute amitié pour lui. On m*a assuré qu*il avait accusé, auprès de l'empereur, sa mère, qui l'aime si tendrement, parce qu'elle ne lui envoie pas huit mille éciis qu'il demande; c'est une chose horrible et que je ne saurais endurer. Il ne peut avoir de bonheur en ce monde ni en l'autre s'il se conduit d'une façon aussi indigne et que je ne puis lui pardonner, de sorte que de ma vie je ne veux plus avoir nul rapport avec lui. Je comprends bien où ce plat a été apprêté; c'est de la cervelle du père Wolf que le coup est parti; ce qui m'irrite encore contre ce maudit moine, c'est qu'il ne peut souflnr que le duc Max ait auprès de lui un seul gentilhomme, rien que de plats manants, comme co coc|uin de Wolf lui-^méme.
l2JaiU«l 1718.
L'amant tenant de M*"* du Maine est le cardinal de Polignac, mais elle en a encore beaucoup d*autres, le premier [>résident9 et même dos drdlcs {Burschen).
DE MADAME LA IHJCHESSB B*ORLÉANS. 4SZ
12 Juillet 1718.
Mon fils est éloquent, et, lorsqu'il veut, il parle avec beaucoup de noblesse... 11 a dit que le parlement ne devait pas se mêler des affaires de la monnaie, et qu'il maintiendrait l'autorité royale pour la remettre au roi, dès qu*U serait majeur, telle qu'il l'avait trouvée.
12 Juillet n 18.
Je crois que ce qui empêche mon fils d*agir de rigueur avec le duc du Maine, c'est d'abord parce qu'il craint les pleurs et les emportements de sa femme, et ensuite parce qu'il aime son autre beau-frère, le comte de Toulouse.
14 Juillet 1718.
Le feu roi prononçait bien nettement, mais tous ses enfants ont grasseyé, depuis H, le Dauphin jusqu'au comte de Toulouse; au lieu de dire Paris, ils diraient Pahi.
M. le Duc {de Bourbon) est fort amoureux de H"** de Prie * ; elle a déjà reçu pour cela un petit ragoût de
' Oo trouYC des détails curieux sur cette dame dans les Mé- $noires du président ffénaut, publiés tout récemment : « Elle étoit d'une taille déliée et au-dessus de la commune; une figure, on air de nymphe, le visage délicat, de Jolies joués, le nez bien fait, des yeux un peu chinois, mais vifs et gais, «a tout une physionomie Une et distinguée. » On peut aussi consulter les Mé^ moires de d'Argenson : « Je ne crois pas qu'il ait jamais existé créature plus céleste... Elle se rendoit incognito diez le duc de Bourbon ; leur carrosse gris avoit à l'extérieur tout Tair d'un fiacre, et étoit au dedans d'une magnificence extrême... Quand le duc fut exilé, quand elle-même parUt pour l'exil, dans son empressement à faire ses adieux à tout autre qu'au ministre disgracié, elle oul)lia de fermer ses fenêtres, et, des nuiisons voisines^ chacun put mesurer l'excès de sa douleur. »
coups de bAton de son mari, maïs cela ii*empèche rien. On dit qu'elle a de Tesprii. Elle règne sur M. le Duc d'une manière absolue, et celui-ci n'est occupé qu'à faire eu M. de Prie. Elle a consolé M. le Duc du congé de M"*' de Nesle, mais on prétend qu'elle ne lui est pas du tout fidèle et qu'elle le trompe avec deux autres galants : l'un est le prince de Garignan, et l'autre Livry, le premier maître d'hôtel du roi ; c'est le plus beau des trois.
l4JuiUetl7f8.
Je ne sais pourquoi la poste a la fantaisie, de ne faire partir les lettres que deux à la fois; on n'a pas encore, depuis que je suis en France, appris à respecter mon cachet; M. de Louvois faisait ouvrir et lire toutes mes lettres ' ; M. de Torcy a marché sur ses nobles traces et ne s'est pas mieux conduit ; on le faisait jadis, afin de trouver dans mes lettres quelque chose qui pût me nuire ; les gens de M. de Torcy continuent par la force de l'habitude, car, grâce à Dieu, on ne trouvera nul moyen de me brouiller avec mon fils.
H Juillet 1718.
. Nous n'avons ici rien de neuf, si ce n'est le mariage du duc d'Âlbret, fils aîué du duc de Bouillon, qui a épousé la fille de M. de Barbezieux ' avec le consentement du marquis et de la marquise d'Allègre , son
^ « C'est à LouTois qu'est dû le fatal décret d'ouvrir toutes les lettres à la poste, qui a été si longtemps caché, qui est enfln devenu si public. » (Saint-Simon, note sur le Journal de Dangeau, 1854, t. III, p. 366.
* Le marquis de Barbezieux, fils de Louvois, était mort jeune
grasd-père et sa grand*inère du côté maternel. Tous les LouYois se sont prononcés contre ce mariage; ils lé regardent comme une mésalliance, car la demoiselle a une très-grande fortune, et apporte en se mariant cinq cent mille livres. Elle aime le duc d'Âlbret autant qu'elle en est aimée. Mon fils a consenti au mariage; le prince de Conti y a assisté ; il s'est célébré lundi à Saint-Sulpice. Les Louvois voulaient faire un procès au curé, mais il s'est justifié en disant que le prince de Ck)nti .lui avait remis une lettre de cachet de la part du roi , et que le cardinal de Noailles avait donné son autorisation. Mon fils dit que la lettre de cachet n'a été donnée que parce qu'il n'y avait pas eu d'opposition formée ; les Louvois affirment qu'ils avaient précédemment remis une opposition au curé ; celui-ci déclare qu'il ne l'a jamais vue : l'affaire fait un bruit terrible. Le comte d'Évreux, mon cousin, le prince de Talmont et tous les Villerois sont contre ce mariage ; mais il me semble que puisqu'il est consommé, et puisque les jeunes époux s'aiment tant, il n'y a plus à en parler '.
encore, à la suite de ses excès ; nous rencontrons le couplet solvant dans les recueils manuscrits :
Pour avoir aa Dieu de l*amour Trop su marquer son zèle, , Barbczieux a perdu le jour
( D'une façon cruelle ;
Si le clairvoyant Pontchartrain
TrouToit quelque Nanette Qui le menât le même train, 0 la belle défaite !
< Saint-Simon parle en détail de ce mariage, t. XXUI, p*70. La jeune femme mourut en couches avant la iln de l'année
4S6 GORREBPWfDANCE
n Q*e8l que trop vrai que num fib a dea embams avec le parlement, mais il est faui qn*il ait parlé eonlie sa grand'mère au sujet du cardinal MaEarin * ; il m'a dit que les gens du parlement voulaient se mêler de ce qui ne les regardait pas, et que tant qu'il serait dépositaire de l'autorité royale, il la maintiendrait
' Parmi les libelles écrits coptre lu mère de Louis XIY, U faut placer en première ligne celui qui a pour titre :
Amour» éfAwu d^Autriehê^ épmuê 4é louii XilT, avec M,leC.deB,, le véritable père de Louie XIV. On en eomiatt aix ou sept éditions. Le Manuel du libraire (t. I, p. 80 ) donne à leur égard des détails étendus. Ce quMl y a de piquant, c*est que les dernières donnent tout an long, sur le titre, le nom du eardinal de Ricbelieu, tandis que les initiales signiflenl le eomte de Rivière. Si les libraires qui réimprimèrent cet écrit avaient pris la peine de le lire, ils auraient vu que le cardinal y Joue un f6Ie tout différent de celui que Tauteur attribue au comte. . Le savant auteur du Manuel regarde ce livre comme sans lotér4t. Telle n'est pas l'opinion de H. Leber (Catologne, 1. 1, p. 334) : « J'ose dire que le thème de cette composition est « nn des plus piquants, ou, si Ton veut, des plus audacieux « qn*ait pu concevoir un esprit ennemi du grand roi. Il n*a rien « d'aiUeurs qui blesse absolument la vraisemblance dramattque, « et s'il était vrai.... Mais c'est un roman, personne n'en peot « douter. »
Quant aux liaisons de la reine avec Masarin, les chansons da temps et quelques-uns des innombrables pamjAilets connus sons le nom de Mazarinades s'expriment avec une crudité cynique; mais ce ne sont pas là des autorités historiques. M. H. Martin, dans son Histoire de France, apprécie ainsi cette question délicate : « La correspondance de Masarin et de la reine, publiée « en 1836 par M. Ravenel, ne laisse aucun doute sur la pasm slon qu'affectait le ministre et qu'il Inspirait à la reine, quoi- « qu'à la rigueur des esprits très-bienveillants puissent encore « admettre, avec M''' de Motteville et Henri deBrienne, i'inno* « cence de leurs relations. »
Les recueils de chansons manuscrites renCernieot bien des
entière, afin de la remettre au roi, à sa majorité, telle qu'il l'avait reçue, sans soufifnr qu'on l'attaquât. Il n'y a ici rien à craindre ; la populace ne s'est pas émue et les parlements de province n'ont pas remué ; les plus cruels ennemis de mon flls sont son beau4rère et sa femme {le duc et la duchesse du Maine) ; ce sont eux qui ont amené tous ces embarras.
Mon fils trouvera bientôt moyen de payer les dettes du feu roi, car Law (c'est ainsi qu'on l'appelle) est un Anglais qui a beaucoup de talent '. Le peuple n'est
couplets contre la légitioiité de Louis XIV, mais lis sont, pour la plupart, d'un genre qui interdit toute citation. En voici un des QOiiM vifs c
fioD pèr», 1« roi des yraiif«ls« Toqs les jours faisoit des soub^t»
Pour que la relue fût enceinte ; Il prioit les saints et les sdatos ; Le cardinal prioit aussi ; U A beaucop mieiu jréBssi.
Nous plaçons dans une note^ à la fin de ce volume^ quelques détails sur ce sujet scabreux.
* Menttonnons parmi les ouvrages spéciaux relatifs au fameux système :
Bistoire du système des finances sous la minorité de Louis XV , (par Marmont du Hautchamp) ; La Haye, 1739, 6 vol. ln-12.
Secret du système de Law; La Haye, 17)1.
Mémoires de la vie et du caractère de LaWy 1721.
Un poème manuscrit sur « les heureuses opérations de M. Law, le bonheur qu'elles procurent à la France et la reconnaissance qu'elles méritent, » est indiqué dans le Catalogue de la Bibliothèque d^ un amateur (M. Renouard), 1. 111, p. 32.
Les opérations de Law ont trouvé des critiques fort Judicieux dans Vorhonn&ls {Recherches et Considérations sur les finances de France, t. II ), et dans M. Daire ^Notice sur Law, dans le recueil des Économistes financiers du dix^uitième siècle, Paris, 1843]. En revanche, elles sont l'objet d'un panégyrique élo*
pas plus pressé qu*il ne l'était du temps du roi ; mais on n*a pu le soulager, et les ennemis de mon fils profitent de ces circonstances malheureuses pour exciter contre lui la haine publique. Il est faux qu'il entasse de l'aident ; il n'a jamais voulu toucher ce qui lui revient comme régent. Je ne crois pas qu'il existe au monde un être plus désintéressé ; il Test même trop, et il fait ainsi de ses enfants autant de mendiants. Presque tout ce que disent les gazettes sont des mensonges.
ISjafllet 1718.
Feu Monsieur s^est trouvé mal à dix heures du soii^; il n'est mort que le lendemain à minuit. Je ne puis penser à cette nuit sans frémir ; je suis restée avec lui depuis dix heures jusqu'à cinq heures du matin, qu'il a perdu toute connaissance.
quent dans V Histoire de la Révolution française^ par Louis Blanc (t. I, Uv. U, cb. vu). On consultera d'ailleurs avec profit M. deTocqueville, Histoire philosophique du règne de Louis XV, 1. 1, p. U0*t60 ; de Sismondi^ Histoire des Français, 4. XXVII, p. 389; H. Martin, Histoire de France, t. XXVII, p. 173.
De curieux détails sur Law se rencontrent dans l'ouvrage de M. de Laborde sur le Palais-Ma&arin, p. 394-398. 11 fait remarquer que le travail de M. Tbiers {Law et son sytèmejumncier) dans la Eevue progressive, 1836, p. 1-45, dispense de toutes les autres recbercbes, tant la netteté des idées et la justesse des appréciations s'y trouvent exposées avec métbode. Il n*a paru de cette Revue que ce remarquable numéro, aujourd'bui rechercbé et rare. On peut citer aussi Law et les chemins de fer (par M. Baatbiler de Vlsle), l)^45, in-18 : résumé assez exact des faits connus, et une notice dans VHistorischer Taschenbuch de M. Raumer, septième année, 1845. Il a été publié récemment des Recherches philosophiques sur le système de Law, par M. Â, te* Yasseur, 1854, in-8^
Feu Monsieur était tellement importuné de l'attachement que j'avais pour Votre Altesse et du plaisir que j'avais à me trouver avec elle , qu'il m'a priée , pour l'amour de Dieu, d'avoir moins d'affection pour elle.
16 juillet 1718.
Mon fils est éloquent, et quand il veut il parle avec noblesse. 11 a pour confesseur im jésuite, mais il ne se laisse pas gouverner par lui '•
20 juillet 1718.
Mon fils est allé hier à Chelles, et a fait venir le cardinal de Noailles afin de faire un dernier effort pour arracher sa fille au couvent.
21 juillet 1718.
Si les prêtres de tous les côtés étaient ce qu'on appelle de bonne foi, les trois religions chrétiennes seraient bientôt réunies , mais le diable se foure trop dans tous les prêtres pour qu'on puisse voir l'unité dans la religion; leur intérêt et leur ambition passent par dessus tout.
La noblesse s'acquiert facilement en France; qu'un riche paysan ou un bourgeois achète une charge de
* Nous n'avons pn découvrir le nom de ce confesseur du Régent; ses fonctions se réduisaient à la plus insignifiante des sinécures, et il n'a laissé nulle trace dans les écrits du temps. Un autre personnage, placé dans une situation à peu près semblable, nous est du moins connu de nom ; le père Parotet, jésuite, était chargé de la conscience de Louis XV. Duclos (Mé' moires, t. I,'p. 252) parle d'un certain pèreReiglet, complaisant commensal des sociétés de la ducbesse de Berri, et soi-disant confesseur.
430 CORIOSPONDANCB
secrétaire du roi, et elles sont très-multipliées, 9oa fils devient un gentilhomme; si le fils d*un bourgeois entre dans le service personnel du roi par quartier, au bout de vingt ans d'exercice, il reçoit des lettres de noblesse. Je ne peux me faire à de telles choses '.
Saint-Gloud, 24 Juillet 1718.
J*ai été hier au couvent des Carmélites; mais la princesse de Nassau n'est pas venue au rendez-vous que je lui avais donné. On m'a dit qu'elle avait la prétention de venir demeurer avec moi; mais je ne me charge point de pareils objets» Dieu m*en préserve! Je n'ai pas voulu me charger de mes petites^filles; jugez si je le ferais pour une étrangère qui ne m*est rien du tout; je me suis nettement expliquée à cet égard. Le père du prince ne voit personne de la cour; il passe pour un cerveau détraqué : je crois qu'on n'a pas en tort de le regarder comme tel; personne ne veut avoir de relations avec lui, à cause de la mauvaise société à laquelle il se livre. H ne joue pas, il ne va à auoun spectacle, personne ne sait ce qu'il a fait de toute la journée; il a beaucoup de dettes, et il tient chaque jour une table de quatorze ou quinze couverts, où il est seul avec ses gens.
Nos Carmélites, où H°>® de Berri et moi avons été si souvent, ne sont point des bigotes, mais des personnes fort raisonnables. Si l'on ne voyait pas leur
* Madame était très-sévère sur la noblesse et l'éUqaette. Saint- Simon raconte asseï plaisamment comme quoi elle refusa de se laiiier embrasser par la flUe de l'ambassadeur de Hollande, et se.reeula brusquement au moment où celle-ci approchait son minois (t. 111, p. 130).
DE MADAME LA t)t)CiÎESSË D^ORLÉANS. 4'31
habit, on les prendrait pour des personnes du monde, car elles parlent et raisonnent de tout sans façon. On ne m'a pas positivement proposé, de la part dti prince de Siegen , d'entretenir la prin(»s$e; mais on m*a dit que c*était une honte qu'une jeune princesse comme elle fût en dé si mauvaises mains , qu'elle pouvait se perdre, et que si quelqu'un s'en chargeait, ce serait uli acte trè*-recommandable de charité. Là-dcssus j'ai répondu trèd-calégorîquèment ; et , pour couper court à toute espérance, j'ai dit que je n'avais ni les moyens ni la Tolcmté de me chsu'ger d'ime jeune fille; que j'étais vieille, et que je voulais me procurer tout te repos que je pourrais.
C'est la faute de la princesM palatine lâ je suis ainsi gênée; elle a fait rédiger mon contrat de mariage plus désavantageusement que celui de la fille d'un bourgeois. 11 ne me sert de rien que mon fils soit régent; l'argent du roi n'est pas le sien, et je ne voudrais pas en toucher un seul liard ; lors même que mon fils en serait capable, ma conscience ne le souffrirait pas; qu'importe l'argent si Ton n'a pas l'esprit tranquille? — L'altération des monnaies n'a pas jusqu'ici amené de désordres; le temps apprendra ce qui en résultera plus tard. Mon Sis aurait déjà gagné Ift faveur pu* blique, s'il n'avait pas des ennemis cachés, qui répandent sans cesse des libelles contre lui.
L'électeur ferait bien de faire rebâtir là pauvre ville de Manheim et d'y habiter, car c'est un endroit fort agréable, et je m'y plaisais beaucoup ainsi qu'à Heidelberg; mais je ne pouvais souffrir le couvent de Neubourg.
26JaiUetl718.
11 est fâcheux , mais il est trop vrai, que M™* d'Orléans n*est pas du tout jalouse de la personne de mon fils, mais seulement de Tautorité ; elle est vexée de ridée qu*une autre qu'elle pourrait le gouverner... Elle est désagréable , mais elle croit ne pas avoir sa pareille.
Le maréchal d'Uxelles * a détesté mon fils toute sa vie, mais, depuis la mort du roi, il fait le chi^i cou-
^ Ce maréchal est asseï souvent maltraité dans les chanson^ niert. Yoicl quelques couplets qui le regardent et que nous croyons Inédits ;
Cenieor pablie du minittère,
Bu Mcret flatteur nereaiaire,
HépriMDt la guerre et la cour,
Par la Chouin ou par la table
Prétends- tu devenir un jour
Surintendant ou eonnétaUe î
D'Uxelles doit être content
D*avoir rendu Mayenoe ; n en a sauvé son argent.
C'est là la récompense.
Mais pour l'honneur il en fait cas Moins que n'en faisoient les govyali ^ De Jean de Tert.
Pour nettoyer l>eaucoup de plats,
Et bien vider les verres, D'Uielles est un dieu des combats ;
C'est un fondre de guerre, Miûs on ne l'eût pas pris du temps De Jean de Vert.
D'Uxelles, écoutes ma leçon
Et mon conseil fidèle :
A!lex-vous-cn de Haintenon
Reprendre la nielle ; „
Vous y aurez bien plus d*honneur, Et de la vous ferez grand'peur  Jean de Vert.
DE MADAMB LA DUCHESSE d'oRLÉANS. 433
chant, afin que mon fils lui pardonne et lui rende ses l>onnes grâces. Cette fois, il a voulu encore agir un peu à sa tête ; mon fils a montré quUl ne s'en soudait' nullement, et il a dit : « Qu'il fasse ce qu'il voudra ; à lui permis. » Quand le maréchal a vu que mon fils prenait ainsi la chose, et ne se préoccupait du tout de lui, cela a mis de l'eau dans son vin, et il a fait tout ce que mon fils voulait.
Quand je suis venue en France, on m'a foit tenir des conférences avec trois évêques sur la religion. Ils avaient tous trois des opinions différentes; j'ai tiré de ces trois opinions et de la Sainte Écriture de quoi former ma religion.
Parif, 28Jam«t 1718.
H*"* de Berri vint dtner hier avec moi et resta toute la soirée. J'ai à remercier M. Harling pour deux excellents boudins qu'il m'avait envoyés. M""* de Berri les a trouvés si bons, qu'elle a emporté ce qui en restait. Je n'ai de ma vie entendu parler du comté de Wurmbrandt; il faut que ce soit quelque chose de nouvelle fabrique, ou que ce soit autrichien ; à coup sûr, cela n'appartient pas à l'Empire.
L'électeur de Trêves,, à ce que je crois, n'est pas un ecclésiastique farouche. Nous avons ici un évêque * qui
1 C'était rëvéqae de BeaoTais, frète da doc de Beanvlllien. U fût d*abord un ange de piété; maiheureusement une Jeune créature se mit en tête d'aller se confesser à lui pour le séduire, et n'y réussit que trop. Sa famille, le cardinal de NoaiUes, tons vinrent à son secours pour le 'cacher et le conTcrtir. Lui-même fit tout l'éclat, et la tête lui tourna si entièrement, qu'après de longs scaddales avec différentes maîtresses qui le ruinèrent, il projeta de passer en Angleterre. U falut enfin le rciéguer à Ci-
434 COtlftËdK)NDANCE
ayait commencé par donner dans raustérîté la pins rigoureuse; il ne Toulaît arrêter la vue sur aucune femmei 11 est encore jeune ; il a, je croîs, trente^eux ans; Je ne sais comtnent cela s'est fait, toaîs le diable, qù\ rôde partout, comme un lion cherchant une proie à dévorer, a voulu détruire toute cette dévotion ; il a mié en jeu une de ses inventions les plus subtiles, et il a inspiré à une jeune fille, qui avait même une conduite fort légère, l'idée d'aller se confesser au pauvre jeune évêque 5 elle est belle comme un ange et extrêmement adroite; elle a si bien parlé au bon évoque, qu'il tt'a plus voulu vivre sans elle. 11 a congédié tous ses vieux serviteurs; il s'est mis à faire friser ses cheveux, qu'il jHJrtaîl courts et plats ; il s'est mis à se promener tous les jours avec la demoiselle, ce qui a si fort ému le peuple qu'on a poursuivi sa voiture à coups de pierre. Ses ecclésiastiques sont venus lui adresser des remontrances; il les a mis à la porter ses
teaux, oùTabbé n'oublia rien pour se faire décharger d*un tiareil hôte. U resta enfermé et presque gardé à vue le reste de ses Jours. La donzelle avait été mise aux Madelonnettes. Dangeau raconte toute cette affaire, sur laquelie on trouve aussi des détails dans les Mémoirei de Maurepas(t. 1, p. 333, et dans Saint-Simon, t. XX, p* 15, t. XXI, p. 286)8 la dame s'appelait Delacroix et était fille d'un exempt des gardes du corps qui, accablé de dettes et de laauTalses aifaires, s'était noyé. Lorsqu'elle eut été mise en prison, l'évéque fut demander sa liberté au Régent, qui la refusa en disant : « M*"" de BeauviUiers ne me paidonnerait jamais 1 mais il y a tant d'autres filles à Paris sans celle*là ! » On trouve dans le piquant ouvrage de M. barrière» la Cour ei la Ville, p» 76) une lettre du Père Senes, bénédictin, sur la conduite de ce prélat : « Deux peUtes créatures qui le volaient, et pour lesquelles il se ruinait» furent succeasiTement enfermées. »
DE MADAMB LA DUCHBSSB D*ORLÉANS. 43S
parents se sont réunis pour lui parler, il a renvoyé 9e» parents sans les voir , et il n^a voulu recevoir que sa mère. Il lui a dit qu'il ne savait pas pourquoi on faisait tant de vacarme parce qu*il se promenait avec M""* de JUckart (ainsi se nomme li| dame) ; qu'il ne l'avait près de lui qu'aiin d'étudier la musique, qu'elle connaît parfaitement. Lorsque les parents ont vu qu'ils ^'obtenaient rien, ils se sont adressés à mon Ois, et l'ont prié de faire enfermer la dame dans une maison de correction. Quand cela a été fait, l'évèque a juré que, de sa vie, il ne reverrait aucun de sas parents. Ainsi finit l'histoire ; elle in'a fait plaisir i car Je ne puis souffrir les gens rigides qui ne veulent voir personne et qui affectent une sainteté extraordinaire; ce sont ordinairement des fourbes, et quand la fourberie est dévoilée, je m'en réjouis.
Mon Dieu ! que la conduite du roi d'Angleterre est extraordinaire! Je suis tout à fait en disgrâce auprès de lui ; mais comme je n'ai rien fait à son égard qui mérite un reproche, et comme je ne suis pas dans sa dépendance, c'est un malheur dont je me console facilement, et je prie Dieu qu'il dissipe l'aveuglement de ce prince. Il ne veut voir ses petits-enfants qu'une fois tous les trois mois; cela n'indique pas beaucoup de tendresse.
29 juillet ni 8.
Si M"' de Valois était de ces gens qui né se soucient pas de plaire, je ne m'étonnerais pas qu'elle se négligeât tellement dans ses façons d'agir; mais elle aime qu'on la trouve jolie, elle a du goût [)Our la toilette, et elle ne peut pourtant pas comprendre que la meil«
436 CORlUBSPmiDANGE
leure toilette c'est la bonne mine et la bonne grâce, et que, l<Mrsque cela manque, nulle toilette ne peut en tenir lieu.
SOjallletniS.
C'est une fâcheuse destinée pour mon fils d'avoir une femme qui veut se mêler des affaires et qui le contrarie. On dit que l'homme est ordinairement puni par où il a péché; c'est ce qui arrive à mon fils à l'égard de sa femme et de son beau-frère, car s'il n'avait pas consenti à son mariage, et s'il ne s'était pas fourré dans cette canaille, il pourrait maintenant avoir les mains libres.
Saint-Cloud, 81 JoUlet 17 iS.
Nous savons que la paix est faite avec la Turquie; le courrier qui en apportait la nouvelle au comte Koenigseck est tombé malade à Lunéville, et un courrier du duc a apporté ses dépêches; ma fille m*a mandé cette nouvelle par cette occasion. On ne paile aujourd'hui que de la flotte espagnole qui a envahi la Sicile et qui a pris possession de Palerme. La reine de Sicile m'écrit qu'Albéroni a trompé le roi d'une manière affreuse, mais bien des gens pensent qu'ils sont d*accord entre eux; le temps montrera ce qui en est. Gela me rappelle ce qu'il y a dans la Mort de Pompée :
Le destia se déclare, et nous Tenons d'entendre Ce qu*il a décidé du beau père et du gendre.
Mon fils ne se fâche jamais que lorsqu*on parle contre ses plaisirs. Je ne prétends plus à être heureuse en ce monde ; que pieu me préserve seulement de survivre à quelque malheur arrivé à mon fils! Mais
lorsque je reçois des lettres comme on m'cu écrit souvent, qui me préviennent que Ton veut assassiner mon fils, ou mettre le feu au Palais-Royal , ou semblables gentillesses, alors je ne puis rester tranquille. Lui ne fait qu'en rire.
M. de BernstoriFa demandé avec tant de chaleur à Tabbé Dubois de ne pas se mêler de la querelle du roi et du prince de Galles, qu'il n'y pas de doute que les choses ne pussent s'arranger. C'est un misérable ingrat; après avoir reçu tant de faveur du dut Georges- Guillaume , comment peut-il ainsi s'acharner contre son petit-fils?
SalDtr^loQd, 2 août 1718.
M*"' de Verrue avait, je crois, quarante-huit ans ' . J'ai profité du vol qu'elle a fait au roi de Sicile, car elle
< Il s'agit ici d'une dame célèbre par sa beaaté, son esprit, son goût délicat et ses aventures « Jeanne-Baptiste d'Albert de Luynes, petite-fllle du connétable et femme du comte de Verrue, Piémontais. Sa vie fut un étrange roman. M. Paulin Paris en a tracé une fidèle esquisse, que nous reproduisons volontiers :
« W^ de Verrue avait d*abord subi les persécutions d'un beau- « frère amoureux fou de sa beauté, puis devenue à son corps « défendant Tobjetdes hommages du duc de Savoie, elle avait « fini par envoyer promener amant , mari , parents, et s^était n elle-même réfugiée dans un couvent de Paris. Elle attendait « dans cette pieuse retraite la mort de son mari , qui eut la « bonté de se faire tuer à Hochstedt, en 1704. Après le temps « convenable accordé au deuil, l'aimable veuve acheta un hôtel « qu'elle consacra bientôt par le culte des bel les -lettres et des « beaux-arts. Ses nombreux admirateurs la désignaient sous le « nom de la dame de volupté^ mais de cette volupté chaste et « gracieuse, qui n'exclut la vivacité d'aucun plaisir permis. » Saint-Simon en a tracé un charmant portrait. Elle rassembla
438 GORRBSPONDANCB
in*a vendu cent soixante médailles d'or qu'elle a dérobées à ce prince. Je n'ai eu cependant que la moitié des médailles qu'elle avait volées au roi. Elle avait aussi des passettes pleines de médailles d'argent; tout cela a été vendu en Angleterre.
Saint-Cloud, 4 août 1718.
Je regrette que vous ayez à aller cet automne en AngleteiTe; c'est une chose périlleuse et désagréable qu'un voyage par mer. On prétend ici que le prince de Nassau ne possède pas un liard et qu'il n'a que des dettes. S'il avait de l'argent, ce serait une chose af« freuse de sa part quç de laisser sa fille mourir de faim. 11 est difficile de vivre dans le monde ou à la cour avec un millier de florins, mais avec cette somme elle peut fort bien subsister dans un couvent d'une manière confor(ne à son rang.
J'ai reçu avant-hier une lettre de la princesse de Galles; elle ne me dit pas un mot de la conspiration. A propos de conspirations, il n'est hors de propos de vous dire qu'hier, au spectacle, mon fils a dit que le czar avait réuni un grand Conseil où assistaient tous les évoques et les conseillers d'État. Il a fait venir son fils en leur présence, Ta embrassé et lui a dit : c Est-il possible qu'après que j'ai épargné ta vie, tu veuilles m'assassîner? » Le prince a tout nié ; alors le czar a
chez elle un excellent choix de livres que la reapectahle tribu des bibliophiles recherche et reconnaît encore aujourd'hiii.
Elle mourut en 1 7 1 5, à peine âgée de quarante-sept ans. Selon Saint-Simon , t. V, p. 32, elle avait été empoisonnée en Pié* mont i un contre-poison exquis la sauva.
DE MAOAIirE LA DUCHESSE D*ORLËANS. 430
remis an Ck)nseil des lettres qui avaient été saisies et il a dit : « Je ne puis juger mon fils; jugez-le afin qu-il éprouve de la clémence et pour qu'il ne soit pas procédé contre lui selon toute la rigueur de la.loi. » Il s'est retiré ensuite. Le Conseil a, d'une voix unanime, condamné le prince à perdre la vie. Lorsque le czarewitz a entendu cette sentence, il a été en proi^ à l'émotion la plus vive; il est resté quelques heures sans pouvoir parler. Il a ensuite demandé à voir son père enoore une fois avant de mourir ; il lui a tout avoué et il a sollicité son pardon en versant des larmes; il si encore vécu deux jours, et il est mort ^vec de grands sentir n^ents de repentir. Entre nous, je crois qu*on l'a empoisonné, afin de ne pas avoir la honte de le voir dans les mains du bourreau. C'est une afl'reuse histoire, elle a l'air d'une ù'agédie et ressemble beaucoup à Aur dronic*.
Je croyais que M. Law était Anglais, il est Écossais; il est de fait qu'il. est horriblement laid; il me paraît un brave homme et il a beaucoup de talent; avant-hier il a failli mourir d'une attaque de colique. Le parlement n'est pas encore tranquille; il fait toujours des renjontrances. Tout est si horriblement gâté dans ca
< Tragédie de Campistron. Le sujet eat ii^térf ssant, ipais l^ poète n'a su tirer que fort peu de chose d*un fond aussi riche. La mort d'Alexis a d'ailleurs fourni le sujet d'une tragédie k Carrion de Nisas. Consulter, sur cette catastrophe : Lévesque, ffisioir^ de Russie, t. V, p. 1-70; Leclerc, fjist. ^ela Russie^ t. 111, p. 419; Van Halem, Lehen Pelers des Grossen^ t. H, p. 205 ; Bûhle, article dans V Encyclopédie d'Ersch et Gruber, t. 111, p. 64-72; Ë. Totze, Don Carlos und Alexis PetrowiHi, GmUyuM, 1776, iu-S,
440 C0RRE$1H)NDANGB
royaume que mon fils ne pourra de toute sa vie avoir ni repos ni satisfaction.
On n*a jamais mis du vin du Rhin dans le grand tonneau d*HeideIberg , mais seulement du vin du Necker. L'électeur actuel passe pour ne pas haïr le vin. Quant à moi, le vin du Rhin est celui que je préfère; je ne puis souffrir le Bourgogne : son goût me semble désagréable; et puis ce vin me fait mal à Testomac.
5 août 17 IS.
Le roi a toujours ha! ou aimé suivant la volonté de la Maintenon ; il n*est donc pas étonnant qu*il n'ait plus voulu souffrir la Montespan; la vieille lui a découvert toute la malice de la Montespan, et son fils aîné, le duc du Maine, Ta fortemmit aidée en ceci.... Dans ses dernières années, la vieille a fait plus grande figure que, de toute sa vie, elle n'avait pu le prévoir. La cour la regardait comme une divinité.
6 août 1718.
Par suite de la régence en France de la reine-mère (Anne d'Auirieke)^ toutes les femmes sont devenues intrigantes jusqu'aux femmes de chambre. On dit qu'il était très-singulier de voir comment toutes les femmes se mêlaient des affaires à l'époque de la régence de la reine-mère. Au commencement, la reine ne savait rien de rien. Elle donna un jour à sa première femme de chambre les cinq grandes fermes dont le produit fait vivre toute la cour; lorsqu'elle vint au c<Hiseii et proposa la chose, tout le inonde se mit à rire et on demanda à la reine avec quoi elle comptait
m MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 441
vivre. Lorsqu'on lui eût expliqué le fut, elle fut tout étonnée ; elle croyait n'avoir donné qu'une petite ferme qui s'appelait les cinq fermes. Cette anecdote est trèsvraie; le vieux chancelier Le Tellier, qui assistait à la séance du conseil où la reine fit cette proposition» me l'a racontée; elle-même en a souvent ri depuis et reconnu son ignorance. On a sur la régence bien d'autres historiettes du même g^nre * •
On ne peut croire à quel point l'abbesse de Mauhuisson' était agréable et divertissante; je la voyais toujours avec plaisir; le temps ne me semblait pas long avec elle. J'étais mieux dans ses bonnes grâces que toutes ses autres nièces, car je pouvais lui parler de tout ce qu'elle avait connu dans sa vie» et c'est ce que les autres ne pouvaient faire. Elle parlait souvent allemand avec moi ; elle connaissait bien cette langue. Elle m'a raconté ses aventures; je lui demandai comment elle avait pu s'habituer à la sotte vie du couvent. Elle me répondait en riant : « Je ne parle à mes religieuses que pour leur donner mes ordres. » Elle avait dans sa chambre une religieuse muette, afin d'être dispensée de lui parler. Elle disait qu'elle avait toujours aimé la vie de la campagne et qu'elle se figurait maintenant être une demoiselle vivant à la campagne, c Mais, lui dis-je, se lever la nuit et aller à l'égliseT »
* Un homme d'esprit disait alors que tous les mots de la langue française se réduisaient à ceux-ci : ia reine est si bonne. On donna à un solliciteur importun un impôt sur ies messes.
* Louise-Holiandine, abbesse de Haubuisson. près Pontoise. Elle mourut à quatre-vingt-six ans fort regrettée. Saint-Simon Tante son esprit, son savoir, ses bonnes qualités, t. XII, p. 196.
44S CORRESPONOANCB
Elle répondit en riant que je ne savais pas comment faisaient les peintres qui rehaussaient Téclat du Jour par les ombres mises à o6té. En général, elle savait peindre toutes choses de manière à leur 6ter ce qu'elles avaient d'absurde.
7 août 1718.
La vieille guenipe a, en toute occasion, montré sa haine contre mon flls, et elle n'y ^ jamais manqiié, soit de près, soit de loin. Elle n'aimait pas plus mon piari que mon fils et que moi. Elle hait de même ma fille et son mari. Elle a une fois dit à une d^me que le plus grand défaut qu'elle lui connaissait était de m'ètre attachée. Ni moi, ni mon fils, nous n'avons jamais de notre vie rien fait pour la fâcher; car nous n'avons pas pu empêcher que Monsieur n'ait raconté à la duchesse de Bourgogne une partie de la vie de la Haintenon; Monsieur le fit parce qu'il était piqué de ce que la dame lui enlevait son neveu, et de ce qu'elle ne pouvait souffrir que la Dauphine {la duchesse de Bourgogne) témoignât quelque attachement à son grand-père; elle était jalouse de la Dauphine comme un galant l'est de sa maîtresse.
s août 1618.
I|me d'Orléans aime ses enfants et surtout son flls, mais pas autant que ses frères, ni que tout ce qui appartient à la famille Mortemart.
9 août 1718.
Je dois être fort laide; je n'ai aucuns traits, de petits yeux, un nez court et gros, les lèvres longues et plates,
DE MADAME LA DtTCHESSfi D*ORLÊANS. 443
tout cela ne peut former une jolie figuré ; j'ai dâgtandçs joues pendantes et une Icmgue figure; je suis trèspetite» grosse et épaisse, le corps et les jambes courtes ; en sonutte, je dois être une vilaine petite laideron. Si je n'avais un assez bon caractère» personne n'aurait pu me souffrir. Pour voir si j'ai de l'esprit dans les yeux» U faudrait qu'on les regardât avec un microscope ou tout au moins avec une lorgnette, ou plutôt il faudrait être sorcier pour le dèviiler.
Le roi ne pouvait d'abord souffrir M"*' de Montespan ; il reprochait à Monsieur et à la reine de la gardei* dans leur société» et il en devint ensuite éperdumait amoureux.... Il s'est ensuite aussi peu tracassé d'elle que de la Fôntarlge.... Elle était encore plus ambitieuse que débauchée, mais méchante comme le diable....
M""" de Hontespan a inventé les robes battantes pour cacher ses grossesses, parce que ces robes-là ne laisgetlt pas voir la taille, mais lorsqu'elle les prenait, c'était comme si elle eût écrit sur son front ce qu'elle voulait cacher ; tout le monde disait à la cour : « M*"* de Montespan a pris sa robe battante, donc elle est grosse. » Je crois qu^elle le faisait à dessein et dans l'idée que cela lui donnerait plus de considération à la cour; c'était ce qui arrivait en effet.
it août 171S.
On avait placé des gardes du corps chez M*"* de Montespan et c'était raisonnable, car le roi était nuit et jour dans ses appartements; il y travaillait avec ses ministres. Mais comme l'appartement était fort grand et se composait de beaucoup de chambres» la dadde
444 GORRESPONDAMCB
pouTÛt bien faire ce qu'elle voulait, et le maréchal de Noatlles, pour être dévot, n'en était pas moins homme... Quand elle sortait en voiture, elle avait des gardes , de peur que son mari ' ne lui Ot quelque af<front; il l'en avait toujours menacée.... Elle a causé beaucoup de chagrins à la reine.... Elle, La Yallière et Foutange ont eu toutes trois leur tabouret chez la reine.
La maréchale de la Ferté voulut un jour montrer à un de ses amants combien elle l'aimait ; je ne sais lequel c'était, car elle en a eu autant qu'il y a de jours dans l'année ^ Si je ne me trompe, c'était le petit
^ Henrî-Loals de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Les écrivains du temps assurent qu'il aurait d'abord pu éloigner sa femme sans que le roi, faiblement amoureux, s'y fût oppoâé ; il se flatta de tirer de cette faveur des avantages qui lui échappèrent ; de là vinrent son dépit et ses éclats. 11 reçut l'ordre d'aller vivre dans ses terres, d'où il ne sortit plus jusqu'à sa mort. Un arrêt du Châtelet de Paris prononça en 1676 sa séparation d'avec sa femme *, lorsque celle-ci se fut convertie, elle écrivit au marquis dans les termes les plus humbles, lui offrant de se remettre dans ses mains, et de se retirer dans le lieu qu'il indiquerait. 11 répondit qu'il ne voulait ni la recevoir, ni entendre parler d'elle, et il mourut sans lui avoir pardonné. Selon des écrits du temps, il avait cherché à gâter sa santé pour altérer celle de sa femme, avant leur séparation.
* Madeleine d'Ângennes, femme du maréchal de La Ferté; elle mourut en 1714, âgée de près de quatre-vingts ans. Elle était sœur de la comtesse d'Olonne, fameuse par son inconduite, et elle ne valut pas mieux. « Le débordement de leur vie « fit grand bruit, dit Saint-Simon. Aucune des femmes, même « des plus décrieras pour la galanterie, n'osoit les voir, ni pa> « roitre avec elles. On en étoit là alors, la mode a bien changé « depuis. Quelque Impétueux que fût le maréchal de La Ferté, « il fut dupe de sa femme toute sa vie, ou le voulut bien pa-
oomte de Marsan » frère du chevalier de Lorraine. Il lui avait une fois reproché de ne pas l'aimer assez. Elle dit : « Je vous donnerai une preuve du contraire. Quand je vous sais seulement dans le même lieu où je suis, je me sens une agitation comme si j*avais la fièvre. 1 II ne voulait pas la croire; et elle lui donna un rendez-vous pour la nuit. Quand il était au lit avec elle» elle lui tire la couverture par dessus la tête, et lui dit : « Ne parlez pas, ou vous êtes perdu ! i En même temps elle appelle ses gens, et fait venir son médecin. Pendant que celui-ci lui tâtait le pouls, elle dit : « Eh bien ! que trouvez-vous? i Madame, répondit le docteur, vous avez une grande agitation et une fièvre très-violente; vous devriez vous faire saigner. « Une autre fois; répliqua-t-elle; je n'en ai pas le temps présentement. » Quand le docteur et la femme de chambre furent partis, la maréchale dit : « Eh bien ! êtes- vous content? je vous ai tenu parole. — Oui, répondit-il, mais vous m'avez fait grande peur. »
18 août 1718.
J'aimais mieux, dans mon enfance, m'amuser avec des fusils et des sabres qu'avec des poupées; j'aurais bien voulu être un garçon, et cela faillit me coûter la vie, (^r ayant entendu dire que Marie Germain était
« roitre. Vers la fin de ses jours, la maréchale de La Ferté de- « vint dévote. » On pense que La Bruyère avait en vue ces deux sœurs dans les portraits de Claudine et de Messaline, qu'il fit 1 paraître pour la première fois dans la septième édition des Ca- ■ racièrcs. L'hiotoisc si peu édifiante de la maréchale de La Ferté fait partie des diverses éditions de V Histoire amoureuse des Gaules et de la France galante, recueils de libelles du temps.
4ib C0RRE8IH>NDANCË
devetiu un homme en sautant % je me mis à sauter d'tme façon si effh)yahle que c'est un miracle si je ne me suis pas cassé le cou cent fois.
19 août 17 18.
J*ai fait répondre par la chancellerie au prince de Wurtemberg qui m'avait demandé d'être la marraine de son fils. Mon fils est si peu intéressé qu'on n'a jamais pu lui persuader de prendre ce qui lui revient de droit : il dit quMl est régent afin d'épargner pour le roi et non pour lui occasionner de la dépense. Les dettes du feu roi sont énormes et donnent lieu aux plus grands embarras. Mon revenu ne peut en rien être augmenté.
Pour que la princesse de Siegen entre dans un couvent, il faut y payer une pension, et c'est ce que je ne puis faire, lors même que je le voudrais. 11 est difficile de trouver aiqourd'hui un couvent où les enfants soient bien élevés; les Carmélites ne reçoivent pas de pensionnaires, et tous les autres couvents qui en prennent sont tellement remplis de débauche et de vices qu'on frémit rien que d'y penser. La princesse n'est pas assez riche pour faire un bon mariage en France,
^ Montaigne, dand son Voyage en Italie et dans ses Sssais, (liT. 1, ch. jx\ parle de Marie Germain qui habitait aux environs de Vitry-ie-Français. « Est encores en usage entre les fliles delà une chanson pa^r laquelle elles s'adveriissent de ne point faire de grandes enjambées, de peur de devenir garçon comme MarieGermain. » Joubert, Ambr. Paré, Scfaurig et d'autres auteurs relatent des faits du genre de celui dont parle l'immortel philosophe përigourdin. 11 en est aussi question dans des écrivains arabes qu'a cités M. Quatrcmère {Journal des Savants, 1845, p. 417).
et je ne lui conseillerai pas dVn faire un mauvais. Il y a en Lorraine des chanoinesses, mais il n'y en a pas en France.
20 août 1718.
Ja ^uifl to^jou^s fcurt inquiète ^u suj^t do mon Qls, il a in^lb^ureusement beaucoup d^equemis et encore plus d6 faux amis; on peut tout craindre de l^ur part. IJae de me^ petites-filles yeiit être religieux, malgré ipa volonté et celle de son père, La mère élève ses enfants d'uiie façon qui est \j\n objet de dérision et de honte ; il faut que j'assiste à cela toute la journée, et fput ce que je peux dire pe sert k rien,
23 aoat 1718.
l'ai le coBur tout troublé aujourd'hui quand je pense que c^est ea ce jour que notre pauvre H"** d'Orléans fait sa profession. Je lui ai représenté tout ce que j'ai pu imaginer afin de la détourner de cette maudite résolution, mais cela a été sans résultat '•
La femme du bossu a voulu avoir un éclaircissement avec mon fils; elle a parlé avec emphase comme lorsqu'elle joue la comédie, et elle a dit qu'il ne pou-
< Noas ne reTiendrons pas 8uf les détaUs que nous avons dqfinés coRcernapt cette princesse. Quant à sa résolution d'entrer en religion, elle est expliquée dan9 les Smivet^rs de la baronne d'Obetkirch (chap. xxvi], par un récit du chevalier de Momay, qui avait été témoin de la scène émouvante qu'il faeonta.
▼ait croire assurément que la réponse au livre de Fits- Moris émanât d'elle; qu'une princesse du sang conmie elle ne descendait pas à écrire des libelles; que le cardinal de Polignac avait été employé dans de trop grandes affaires pour se mêler de pareilles bagatelles, et que M. de Malezieux était un trop grand philosophe pour songer à autre chose qu'à la science ; qu'elle ne s'occupait de rien, si ce n'est d'élever ses enfants et de les rendre dignes du rang de princes du sang, rang dont on les avait dépouillés avec tant d'injustice. Mon fils s'est borné à répondre : « J'ai lieu de croire que ces libelles ont été faits chez vous et pour vous ; des gens qui ont été à votre service attestent qu'ils les ont vu faire ; du reste, on ne me fait rien croire ni décroire. » Quant au dernier article, il n'a rien répondu, et il s'en est allé. La dame s'est vantée pautout de l'énergie et de la fermeté avec laquelle elle avait parlé à mon fils.
SainUGIoud, 25 «oùt niS.
Le parlement tracasse mon fils et eicite plus que jamais contre lui les bourgeois et le peuple de Paris; il peut en résulter de grandes calamités. Le soir , en me couchant, je remercie Dieu de ce qu'il n'est pas survenu quelque malheur dans la journée. Beaucoup de gens voudraient avoir ici pour roi le roi d'Espagne ; c'est un personnage faible et qui se laisserait mener plus facilement que mon fils. Chacun ne songe qu'à son intérêt. On prétend que le i^oi d'Espagne a des droits réels au trône de France et qu'on lui a fait tort en le faisant renoncer à sa patiie. Gela se combine dans la prévision de la mort du petit roi ; s'il venait à
DE MADAME LA DUCHESSE d'ORLÉAiNS. 449
mourir, mon fils se trouverait roi; mais il ne serait pas plus en sûreté qu'à présent, et cette mort serait un grand malheur pour lui.
Je n*ai jamais vu un été tel que celui-ci. Il n'a pas plu depuis trois semaines, et la chaleur augmente chaque jour; les feuilles sur les arbres sont desséchées coniQie si le feu y avait passé. Il y a des prophéties qui disent que la pluie commencera à tomber mercredi. Dieu le veuille ! mais jusqu'à ce qu'il pleuve, on ne me verra certainement pas à Paris. Nous trouvons ici qu'il fait chaud, mais tous ceux qui reviennent de Paris s'écrient : Ali ! que Saint-Cloud est frais ! Paris est un endroit hoiTible, puant et très-chaud ; les rues y ont une si mauvaise odeur qu'on ne peut y tenir; Textrême chaleur y fait pourrir beaucoup de viande et de poisson, et cela, joint à la foule de gens qui pissent dans les rues \ cause une odeur si détestable qu'il n'y a pas moyen d'y tenir.
^ ^ In den gassen pissen. Ce mot, qu'un écrivain sérieux n'oserait tracer aujourd'hui, Saint-Simon le plaçait dans ses Mé^ moires (yolt les anecdotes racontées, t. \U, p. 159 et t. XX, p. 4}. On le retrouve dans les lettres spirituelles que le chevalier de Lille écrivait au prince de Ligne (voir les Tableaux de genre et d'histoire pul)lié8 par F* Barrière, Paris, 1 S28, p. 24 1 ), et des plaisanteries de ce genre se produisaient à la table du grand Frédéric (p. 343). On joua à Fontainebleau un mauvais tour à Mlle de La Fayette, en versant sur le parquet du jus d'orange, ce qui donna lieu à un couplet de Louis XIII, transcrit dans le Jtecueil Maurepas, 1. 1, f» 445, et que M. L. de Laborde a inséré duns les Notes de son ouvrage sur le Palais^Mazarin ( p. 353 ; voir aussi p. 291 ]. U ne faut pas oublier, à cet égard, les récits de Taliemant, Historiettes, t. VII, p. 146, et t. X, p. 7 3. Quant à la saleté des rues dont se plaint Madame, elle est
Je ne peux comprendre la conduite du roi d'Angleterre; tant qu'il a été électeur, il a passé pour un prince équitable ; maintenant on n*entend parler que de sa dureté et de son injustice.
La comtesse de Portland n'a point eu d'attaques d'apoplexie, comme le bruit en a couru ; c'est une méphante femme qui fait tout ce qu'elle peut pour chagriner le prince et la princesse de Galles.
Saint-Cloud, il août 1718.
Plus je vais, plus j'ai lieu de regretter ma tante l'électrice et de respecter sa mémoire ; vous avez bien raison de dire que dans bien des siècles on ne reverra pas une personne comme elle. Il s'en faut malheureusement de beaucoup que j'aie son jugement et sa vivacité ; ce qu'on peut louer en moi, c'est de la bonne volonté et de la franchise, et, grâce à Dieu, je ne suis pasdébauchée, comme c'est maintenant la mode parmi
attestée par divers écrivains du di\-sepUème siècle. Berthod, dans son Paris burlesque, apostrophe ainsi la capitale :
Tille toujours pleine de boue, Faite d*ordttre et de pissat»
Et plus loin :
Tiens, tiens, vois-tu pas un qui pisse Contre on pilier? Ha ! par ma foi !
Tout droit sous ISmage du roi.
Oo Ut dans le Furetiériana : « Ce n*est pas une chose fort extraordinaire de voir pisser un homme contre une maison dans les rues. » Suivent des anecdotes à cet égard, entre autres la distraction du comte de Brancas, qui quitte la main delà reine pouc pisser contre la tapisserie (p. 263 de l'édition de 1696). Ce détestable ana a des exemplaires qui portent pour titre : F....ana; U a été réimprimé dans la collection des Àna (1789| tû vol.| 1. 1}.
DE MAOAMB LA DUGHES8B d'ORLÉANS. 451
les personnes princières de la maison royale de France. Je suis persuadée qu*Albéroni ', qui est un méchant coquin, a trahi le pauvre roi de Sicile; ce roi n'est pas le premier que ce cardinal ait trompé; il a trahi son premiM* maître ^ pour plaire à M. de Vendôme; il a samflé celui-ci à la princesse des Ursins , et encniite la princesse à la nouvelle reine. Le temps nous montrera ce dont 11 est encore capable. Il y a longtemps. Dieu merci, que je n*ai pas reçu de lettres anonymes ; on sait aujourd'hui de quelle boutique elles partaient ; elles venaient de la duchesse du Maine '. Je ne puis
1 « Albëronl était on esprit éminent, un caractère habile et fort. Tout ce qu*on 9. éprit 8ur lui est faux et emprunté à aoii prétendu Testament politique, ouvrage de Rousset, et à sa Vie aAocryphe, 1719. Ces livres ont été le principe des nombreuses erreurs biographiques sur le Masarin de l'Espagne »> (Gapeflgue ). Lemontey [Histoire de la Régence, 1. 1, p. 278-386) ne semble pas avoir apprécié Aibéroni avec sa sagacité habituelle. Ck)xe {l'Espagne sous les Bourbons ^ t. II, ch. xxx; a mieux Jugé ce ministre célèbre. La Nouvelle Biographie universelle, publiée par MM. Firmin Didot, lui a consacré un article remarquable.
s Le duc de Parole,
* Consulter, sur la duchesse du Maine, une bien judicieuse notice de M. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III, p. 160. I^ caractère et l'existence de cette femme hardie, impérieuse et fantasque, sont tracés de main de maître. « Gomme toutes lea « femmes irritées, elle se laissait aller à la légèreté de certains « propos, cruels seulement dans l'expression ; la pauvre prin- « cesse, qui s'évanouissait à la vue d*on peu de sang, voulait, ir comme Judith, couper la tête de sa propre main à un nouvel « Qolopheme, ou lui planter le clou sanglant de Jaei ; c'était « propos de femme colère, dont le Régent aimait à rire avec ce <t cynisme de paroles qui caractérisait sa causerie intime » Capefigue). Saint-Simon la montre courageuse A l'excès, entreprenante! fnrleaa6(t« X, p. tlSJ.
452 CORKESPONDANCE
comprendre comment Madame la Princesse* qui est une exc^ellente femme, a pu avoir une fille aussi méchante ; M"* du Maine n'a pas dans les veines une goutte de sang allemand; l'ambition et la manie de l'intrigue lui mettent le diable au corps. Son mari et la Maintenon et d'autres mauvais conseillers la soutiennent; ils prétendent qu'on a fait au duc du Maine la plus grande injustice en le privant de la régence, et qu'il devrait être roi si le petit roi venait à mourir; cela leur inspire envers mon fils une haine eflroyable; lui est le meilleur homme du monde, il ne saurait haïr personne.
Il me semble que le monde est pire qu'il n'a jamais été ; dans toutes les familles je ne vois que dissensions ; je crois que Ton a prédit à Francfort que la fin du monde arriverait Fan prochain.
29 août 1718.
Les dames qu'on appelle enfants de France ont toutes le titre de Madame; voilà pourquoi il y a dans nos brevets Madame, duchesse de Berri, Madame, duchesse d'Orléans; mais dans les conversations, on dit la duchesse de Berri, la duchesse d'Orléans; de fait, on devrait dii^ comme M"' de Berri l'exige à son égard. Le titre de duchesse d'Orléans appartient à M"« la duchesse d'Orléans, comme petite-fille. Telle est la règle ici. Il est d usage que le frère et la belle-sœur du roi s'appellent Monsieur et Madame tout court, et ces titres se trouvent aussi dans nos brevets; mais je ne me suis jamais inquiétée d'être appelée Madame la duchesse d'Orléans. M""" de Berri, de son côté, se fait
appeler Madame, duchesse de Berri, attendu qu^étant enfant de France en troisième ligne, il faut qu'elle fasse ressortir cette descendance par son titre. A cela il n*y a rien à dire; si le feu roi avait eu des filles non mariées, on appellerait chacune Madame, en ajoutant le nom de baptême.
Saint-Cloud, 30 aoai H 18.
Le parlement avait formé le beau projet, si mon fils avait encore différé vingtrquatre heures , de faire le duc du Maine roi de France, en déclarant le roi ma* jeur, et en rendant le duc maître de la direction de toutes les affaires; mais mon fils les a déconcertés, il a éloigné le duc du Maine du roi, et il Ta dégradé de son rang. On dit que le premier président a res* senti une telle crainte qu*il est resté pétrifié comme s'il avait vu la tête de Méduse; mais Méduse elle* même ne pouvait être plus en furie que la duchesse du Maine ; elle s'emporte en menaces horribles, et on lui a entendu dire publiquement chez elle qu'on trou* verait bientôt moyen de donner au régent une croquignole telle qu'il mordrait la poussière. On croit que la vieille guenipe intrigue sous main avec son élève,
Saint^Ioud, 31 août 1718.
Je vais ce matin à Paris où il y a bien du tapage; mon fils a fait tenir par le roi un lit de justice; il a mandé tout le parlement, et lui a formellement enjoint, au nom du roi, de ne pas se mêler du gouvernement, mais de se renfermer dans ses attributions, de rendre la justice et juger les procès. On a installé le nouveau garde des sceaux dans sa charge, et comme
454 GORRBSPONOANGB
Ton sait posititemafit que le duc du Maine et sa fenune e](eitent le parlement contre le roi et contre mon fils, on |iii a ôté la surveillance de la personne du roi ', et on l'a donnée à M. le Duc; on Ta privé, lui et ses enfants, du droit d'être traités en princes du sang, mais l'on maintient dans tous ses privilèges son frère cadet, qui s'est toujours bien et honorablement conduit; lés geiis du parlement et la duchesse du Maine spnt tellement furieux contre mon fils, que j'ai toujours peur qu'ils ne le fassent assassiner; la duchpsse tient les propos les plus révoltants * elle a dit à table : c On dit que je pousse le parlement à la révolte contre 1q duc d'Orléans, mais je le méprise trop pour prendre une si noble vengeance de lui; je saurai bien me venger autrement. » Vous voyez quelle furie est cette femme, et si je n'ai pas raison d'être dans des angoisses continuelles.
Je crains que nous ne conservions pas le duc de Chartres; il est trop délicat; il est petit et mince pour son âge ; il n'a, l'année dernière, rien ^'agné en force ni en croissance, et il a pourtant quinze ans accomplis. C'est dommage, car il est bon et honnête; il a des moyens et il n'a aucun vice-. Il est bien élevé; plût à Dieu que ses sœurs l'eussent été comme lui! mais je ne yeux pas parler d'elles; elles sont oomme des colosses, tant elles sont grandes et fortea.
* Saint-Simon exagère fort et la portée e( Iji qoirf^m ^n duo du Maine -, il n'avait aucune des qualités nécessaires au rôle que sa femme lui imposait.
* Le régent s'apcrcnt bien vite que son fils o^était bon à ri60 {J^emoire^ de BénaultJ,
DE MADAME LA DCCHESSK d'oRLÊANS. 45S
Je connais très-bien la trdgicpié aventure du czare- ^itz ^ ; des gens de là-bas en ont rendu à mon fils un compte exaet. On a mis beaucoup de mensonges dans les journaux; le czar n*est pas aussi barbare qu'il l'était avaiit d'avoir voyagé ici et en d'autres cours. Lé czareWitz avait pris part à un complot, dont le but était de tuet* son père; c*est d'après les pièces écrites de sa main qu'il a été condamné à mort. Il avait commencé par tout nier, et on n'aurait pu le convaincre, si sa maîtresse ne l'avait trahi et n'avait livré ses papiersè
i septembre ITtS»
Le parleihent a demandé pardon à mon fîls, ce qui
1 Cette catastrophe est loin d*étre racontée éé la tttèttié ktianière par les divers historiens. « On sait qu'Aiexia fut cobdamné à mort, et que son arrêt et sa grâce, qui lui furent annoncés presque en àiéme tempA, lui causèrent une révolution si violente, qu'il mourut le jour suivant » ( Dudos, t. Il, p. 33&}. Le czar manda à ses ministres, dans les cours étrangères, que son ûls était mort d*dne attaque* d'apoplexie. Quelques personnes prétendent que le czar dit an chirurgien qui Ait appelé pour saigner le prince : « Comme la révolution a été terrible, ouvres les quatre veines. » Ainsi le remède serait devenu TexécuUon de Tarrftt. Voltaire n'a pas dissimuié toute sofa horreuf en rapportant les détails de ce terrible procès ; mais^ iijoote M* Mi^ chaud (BtopropAie universelle, t. XXXI V, p. 356), «lecom- « plaisant historien n*a pas dit que Pierre fut présent ài^ iA- « terrogaloires, aux tortures de la quesUon qu'il fit subir à son « fils pour lui arracherun aveu de crimes qu'il n'avait pas commis, a que le confesseur de ce malheureux fut ansei mis à la question, « puis décapité pour n'avoir pas révélé les secrets du confes- « sionnal. Voltaire n'a pas dit non plus qu'il est resté constant « qu'Alexis eut la tête tranchée par Tordre, et ttéme, si Ton « en croit l'historien LamberU^ par la main du esar lui-même, a
montre bieu que le duc et la duchesse du Maine étaient l'âme de ce grand corps.
1 fleptembre 1718.
le comte d*Albert était ici l'an passé ; il s'attacha à M"* d|i Haine. Le cardinal de Polignacen fut jaloux; il la suivit masqué à un bal, mais lorsqu'il vit le comte avec la duchesse, il ne put se retenir et il s'emporta. On découvrit aiiksi qu'il s'était rendu masqué au bal, et on en a bien ri.
2 septembre 1718.
La reine Marie d'Angleterre a été un peu coquette en Hollande. L'ambassadeur de France, le comte d'Avanz, m'a raconté à moi-même qu'ils se voyaient en secret chez une de ses dames d'honneur, M"*' de Treslaine. Le prince d'Orange le sut et chassa la dame d'honneur sous un autre prétexte; il ne se souciait pas que l'affaire transpirât.
2 septembre 1718.
Dès le temps du marquis d'Ancre on avait commencé à dire bien des impertinences; quand la reine fut grosse, on dit à Paris : « L'enfant de la reine ne saurait être blanc, car il est à'ettere^ »
^ Ce jea de mots se trouve dans les couplets du temps :
Si la reine alloît aroir Ua enfant dans le rentre.
Il teroit bien noir.
Car il seroit d*encre.
La reine, étant un Jour au moment de sortir, demanda son voile; le comte de Lude dit à demi-voix : « 11 ne faut pas de voile à un vaisseau qui est à l'ancre* »
3 septembre 1718.
M*"* de Ludre, qui a été la maîtresse du roi , était une fort belle femme; elle était fille d'honneur de ma devancière {Henriette d'Angleterre), et, après sa mort, elle le fut de la reine ; lorsque la chambre des filles fut cassée. Monsieur reprit les deux demoiselles qui avaient passé de chez lui chez le roi, W^^^ de Ludre et de Dampierre. W^^ de Ludre avait le titre de Madame, parce qu'elle était chanoinesse en Lorraine. Le roi ne s*étaii pas soucié de cette belle tant qu'elle fut auprès de la reine, il en devint épris lorsqu'elle fut près de moi '. Son règne a duré deux ans. La Montespan fit prévenir le roi que Ludre avait des dartres sur le corps qui étaient la suite du poison que M>°^ de Cantecroix lui avait fait prendre dans sa première jeunesse, lors** qu'elle n'avait que douze à treize ans , parce que le vieux duc de Lorraine^ était si fort amoureux de cette enfant qu'il voulait l'épouser. Le poison fit éruption et la couvrit de taches depuis la tète jusqu'aux pieds. Le mariage fut ainsi empêché. Elle fut assez bien soi-
* Elle semblait , par le bruit qu'elle faisait, songer plus à passer pour maîtresse qu*à l'être (Bossy-RabutlnJ. Parmi ceux qui se disputaient ses bonnes grftces, on cite Yilleroi, Vendôme et le chevaiier de Sévigné. Saint-Simon en parle, t. XXIV, p. 161.
* Charles IV, né en 1604, mort en 1675. Sa ?ie fut des plus agitées ; iq^rès avoir répudié sa femme, la duchesse Nicole, sous prétexte que son mariage était nul, il épousa en 1687 Béatrix de Casane, princesse de Cantecroix, qui joignait Tesprit à la beauté. La cour de Rome déclara cette union illégitime, mais en 1663, quelques heures avant la mort de la princesse, le duc l'épousa derechef. 11 en avait eu deux enfants.
458 C0RllES1H>Ift)ANClî
gnée pour sauver sa flgure, mais de temps en temps elle a encore des attaques de son mal. Elle a maintenant soixante-dix ans et elle est encore belle. Elle a les ylus beaux traits qu'on puisse voir, mais une voix désagréable, elle grasseyé horriblement. C'est une bonne personne qui s'est convertie, ne pense qu'à bien élever ses nièces et s'ôte le pain de la bouche pour les enfants de son frère... Elle est à Nancy, dans un couvent d'où elle sort quand elle veut. Elle a une pension du roi et ses nièces aussi.
4 MpteAibre 1T18.
La maison d^Àutriche ne montre guère de recon* naissance pour le duc de Lorraine, quoiqu'elle ait été bien servie par le père du duc. Le Montferrat revient de droit aux princes de Lorraine après la mort du duc de Mantolie, et cependant l'empereur veut le donner au duc de Savoie.
On né peut être plus jolie ni plus agréable que la jeune princesse de Conti : elle connaît tous mes goûts; elle ne prend de mol Hen en mauvaise part , car elle est bien sûre que je ne veux pas la fâcher» mais que je veux seulement plaisanter. Le pauvre prince Ragotiki s'est bien aperçu qu'elle est charmante, mais, malgré toute sa bonne miike, il n'a pu lui plaire; tl &st grand et bien fait; sa figure, sans être belle» n'est point laide; il nW pas vieux» il a maintenant quarantequatre ans. 11 est fort à plaindre; je crois que nous le reverrons ici. Il est fort dévot, mais il ne fait pas de sermons; il est de bonne humeur, rit et plaisante volontiers. Il réside à la cam[>agne, à cinq ou six lieues
de Paris, dans un couvent de moines qu'on appelle Camaldules, et qui ont une règle aussi austère que les Chartreux. H est parmi ces moines comme s'il était l'un d'eux, assiste à leurs prières et à leurs veOles, jeâne souvent. Je ne sais comment, avec tous ses malheurs, il peut être aussi gai. Il faut toutefois qu'inté* rieurement il oit beaucoup souffert, car il est très* changé; il est devenu maigre et pâle, et, lorsquUl arriva en France, ii était gros, fort et frais.
6 septembre 1718.
La vieille guenipe et le précédent chancelier doivent avoir sous main trempé dans toutes ces affaires. Ce chancelier, qui a indignement trahi mon fils, lui a les plus grandes obligations du monde.
6 septembre 1718.
Pans les couvents on prend des noms de saints ; ma petite-flUe prend celui de sœur Batilde... Personne n'a envie de s'affliger au point de pleurer, et c'est ce qui me serait nrrivé si j'avais assisté à sa profession. Mon fils n'a pas voulu non plus en être témoin. Je ne connais pas les niotifs qui ont déterminé Mademoiselle; elle a dit seulement qu'elle se trouvait fort capable de supporter cette vie.
M^e de Valois n'est pas bien avec sa mare, qui a voulu lui persuader d'épouser le prince de Dombes, fils aine du duc du Maine. La mère reproche constamment à sa fille que, si elle avait épousé son neveu, le malheur qui a frappé son frère et son fils ne serait pas iirrivâ ; ^Uo m peut avoir sa fille devant les yeux, et
elle m'a priée de la garder quelque temps auprès de moi.
Le duc du Maine et le parlement ont résolu de tenir un lit de justice où la maison du roi se trouverait sous les armes; on devait déposer mon fils et donner toute la régence au duc du Maine. M. le Duc et le prince de Conti ont soutenu mon iils sans tout savoir. Le duc du Maine n*est pas relégué à la campagne; il est libre d*allcr où il voudra avec sa famille ; mais il ne veut pas être à Paris, parce qu'il n*y a plus le rang dont il jouissait; il habite Sceaux, où il a un hôtel magnifique, admirablement meublé et avec de beaux jardins.
Mi°« de Sforce est une fille de M°>® de Thiangc; elle et M<"b de Montespan étaient sœurs ; elle se trouve ainsi cousine germaine de M""^ d*Orléans; celle-ci hait sa sœur et son neveu plus que le diable... Sa maison est bien réglée; mon fils ne s*en est jamais mêlé et Ta laissée libre de choisir qui elle a voulu... Elle a peu d'inclination pour ses enfants, et il me semble qu'elle s'en cache trop peu, car les enfants remarquent bien que leur mère ne les aime pas ; cela fait qu'ils préfèrent être avec moi ; cela la vexe ; elle leur témoigne de l'humeur, et par là elle fait qu'ils l'évitent encore plus.
7 septembre 1718.
La reine-mère ne pouvait souffrir Boisrobert * à cause de son impiété; elle n'aurait pas voulu qu'il fréquen-
* François le Mélel de Boisrobert, né en 1592, mort en 1662. il dut ù son liumeur boulFonne et à sa gaieté la faveur de Ricbelieu. Quoique pourvu d*un bon canonicat, il menait une vie fort dissolue, jouait gros jeu, perdart, jurait et s'enivrait. Il publia
DE NADAME LA DUGBESSE 0*ORLÉANS. 461
lit ses deux fils, le roi et Monsieur ; maïs ils Taimaient parce qu'il les amusait. Quand il fut au moment de mourir, la reine-mère envoya chez lui des prêtres pour le convertir et le préparer à la mort. Boisrobert se montra disposé à se confesser ' c Oui, mon Dieu ! ditil en joignant les mains, je vous demande pardon et j*avoue que je suis un grand pécheur; mais vous savez, mon bon Dieu, que l'abbé de Villarceaux est encore plus méchant que moi, »
8 septembre 1718.
Boire beaucoup est une mauvaise mais vieille habitude allemande; le margrave d*Anspach me parait si délicat que je ne croyais pas qu'il fût en état de se Uvrer à la boisson. Je vous ai dit que j'avais été priée d'être marraine de l'enfant du prince héréditaire de Wurtemberg. Le sage prince de Darmstadt, que nous avons ici, a payé son tribut à Paris; il est tombé ma^ lade.
Je me suis trouvée hier au milieu d'une bataille : eu passant le soir auprès des Tuileries, il y avait une foule de carrosses; on nous barrait le passage; mes pages disent à un cocher de se ranger; celui-ci n'en fait rien, et lance un coup de fouet à l'un de mes pages; ses
des Poésies fort oubliées aujourd'hui et d'assez nombreuses pièces de théâtre. Ses Épitres, première partie, 1647 ; deuxième partie, 1 6Ô9, ont un côté curieux, à ce que dit M. Monmerqué (note sur Tallemant, t. III, p. 15G). On peut consullcr sur ce personnage la Bibliothèque française de Goujet, les Mémoires deNieëron. t. XXXV ; les Uistoriettes de Tallemant ; la Nouvelle Biographie universelle [Y . Didot, 18&3), t. Yl, p. 446; une notice de M. Ubittc, dans la Revue de Paris, 1837, et une autre de M. Liret, 1853.
462 CORRESPPNQANCB
trois c^mar^des viennent à son secours et fraient le cocher. Le mattre, qui était dans le carroQse, tire son épée et veut attaquer mes pages; on lui crie que c'est inpn équipage, et que je suis là. Aussitôt il est saisi de praintOy et s*enfuit dans les Tuileries , dont la porte était ouverte. C'est ainsi qu*a fini ce grand combat.
Je puis dire que < je reconnais mon sang, » car si rélecteur palatin n'aime pas les cérémonies, pioi je les déteste comme le diable. Envoyez-moi, je vous prie, la description de l'entrée de l'électeur, et, si l'on en fait une gravure, je voudrais bien l'avoir.
10 Bepteiobr0 |7|S.
11 faut que la vieille guenipe se croie immortelle pour vouloir encore régner à quatre-vingtrtrois ans. Le coup qui frappe le duc du Maine l'atteint rudement. Elle ne perd pas cependant encore tout espoir, et elle n'est pas scrupuleuse sur les moyens d'arriver à ses fins ; cela m'inquiète fort, car je sais quel usage la vieille femme sait faire du poison.
10 ëeiitembffe 1718.
Ce qui arrive au duc du Maine est un terrible coup pour la vieille guenipe; elle perd ainsi tout espoir; ce qui m'inquiète d'autant plus que je sais qu'elle peut fort bien faire usage du poison, et mon fils ne se tient nullement sur ses gardes ; il court la nuit aux environs de Paris dans des carrosses étrangers ; il soupe tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre de ses gens, parmi lesquels il en est beaucoup qui ne valent rien, et qui ont de Tesprit, mais aucune bonne qualitéit. OnparlQ
de diverses manières de la duchesse du Haine; quelques persoBites disent qu'elle a battu son mari et mis en pièces les miroirs qui étaient dans sa chambre, ainsi que tout ce qui s*y trouvait de fragile; d'autres disent qu'elle n'a pas proféré un seul mot, et qu'elle n'a fait que pleurer. M. le Duc est chargé de l'éducation du roi. Il a dit que d'abord il n'avait pas voulu demander cet emploi, parce qu'il n'est pas encore majeur, mais que, dans l'état actuel des choses, il le demandait, ee qui lui a été accordé.
Saint-Gloud, Il septembre 1718.
J'tii tenu hier, avec mon fils, un juif sur les fonts de baptême. Il a très-bonne mine, et pas du tout l'air juif; je lui avais prédit, il y a un an, que je lui servirais de marraine. Il m'avait apporté une lettre de la part de la duchesse de Lorraine ; en lisant cette lettre de ma fille, et en voyant qu'il était juif, je fus tout étonnée, et je lui dis en riant : c Je ne sais pas si vous c êtes juif, mais je parierais que vous ne le resterez < pas; et vous avez l'air si peu juif, que je crois que c vous avez eu un chrétien pour père. » Il m'assura bien qu'il voulait vivre et mourir juif. Il se rend à Paris, et loge dans une maison où demeurait un vieil abbé très-savant sur l'hébreu; ils disputent ensemble, et l'abbé discute le texte : c Le sceptre ne passera pas de la maison de Juda jusqu'à ce que le Seigneur vienne. » U lui démontre que notre Seigneur Jésus- Christ est le vrai Messie. Le juif passe un an entier à étudier l'Écriture sainte, et se trouve ensuite persuadé; il demande le baptême. U n'agit point par in-
464 GORRESPONOANGB
térët, car il est riche, et c'est un banquier de Metz. Quoique né à Metz, il parle allemand aussi bien que moi, et n'a point l'accent juif ni français. Il disait hier à M"* de Ratzenhaussen : € Que je serais heureux c si Dieu me faisait la grâce de m'appeler à lui, mainc tenant que le baptême a effacé mes fautes! » Ce discours me fait espérer qu'il est sincèrement converti. Le prince de Darmstadt qui est ici est le fils de celui qui s*est si fort mésallié, et qui a pris la (ille d'une duchesse dont le nom ne me revient pas en ce moment. Il est dommage que ce prince ait mal tourné, car, quoiqu'il ne soit pas beau de visage, il est fort agréable. AIi ! le nom de cette duchesse me revient; c'est la duchesse d'Havre; elle est d'une bonne famille nd)le de Normandie ; elle était une grande amie de Alonsieur, et je l'ai vue souvent; elle est affreusement bossue et tout à fait contrefaite, mais elle a beaucoup d'esprit et elle cause fort agréablement. Je crois que son petit-flls ne lui ressemblera pas sous ce rapport. Nous aurons le joli petit prince de Dourlach de re* tour ici dans deux jours ; quand je l'aurai revu, je vous dirai s*il est grandi , il me fait l'effet d'un nain. Nous avons autrefois joué le Pastor fido; Scylier avait le rôle d'Ergaste et mon frère celui de Silvio : j'ai tout cela devant les yeux comme si cela s'était passé aujourd'hui même. Le théâtre m'a toujours trop amusée pour que je perde le souvenir de ce qui s^y rattache, quoique j'aie une mauvaise mémoire.
12 seplembre 1718.
La vieille guenipe est malade de crève-cœm* de ce
OB MADAME LA DUCHESSE D*OftLÉANS. 465
que le coup tenté avec le duc du Haine ait si mal réussi.
13 septembre 1718.
M"'* du Maine a failli mourir de colère ; elle était dans une époque critique lorsque sa chute survint; cela Tarrèta tout net et faillit l'étouffer, mais c^est revenu... Elle a constamment réuni chez elle tous les beaux esprits; elle raisonne très-bien sur toutes les sciences.
14 septembre 1718.
Bien des gens se livrent à des écarts dans leur jeunesse, mais ils se corrigent quand ces premiers moments sont passés et lorsqu'ils se trouvent parmi des personnes raisonnables, comme nous le voyons par la duchesse de Berri, qui est maintenant sans hypocrisie. Elle a vingt-trois ans, trois ans de plus que sa sœur qui se fait religieuse, et six ans de plus que M^^ de Valois. Je crains que la religieuse ne nous donne de sérieux chagrins ; elle ne se soucie nullement de la mort ; elle dit que, si elle vient à se repentir du parti qu'elle a pris, elle se débarrassera elle-même de la vie.
On ne peut imaginer combien la régence a fait d'en* nemis à mon fils, mais il ne craint rien ; il dit qu'il ne peut lui arriver que ce que Dieu a décrété pour lui, et^il ne redoute rien en ce monde. Les gens ici sont tellement persuadés qu'avoir des maîtresses leur fait plus d'honneur que de honte, que personne ne se corrige à cet égard. Les cdits sur les monnaies ne sont qu'un prétexte; tant que mon fils sera régent, le duc du Haine et sa femme feront tout leur possible pour
466 GOHRBBPONDANGB
exciter contre lui le parlement et le peuple ; on reconnaît aussi là l'œuvre de la vieille sorcière qui est à Saint Cyr, et qui est malade de colère de ce qu'elle a manqué son coup. Selon moi, W^ d'Orléans élève son fils d'une façon trop délicate , mais je ne veux donner là-dessus aucun conseil , car s'il tombait malade, on en rejetterait la faute sur moi. Il est sûr que cet enfant s'est toujours montré jusqu'ici très-vertueux et très-raisonnable, mais il ne s'est pas encore mêlé à la mauvaise compagnie; c'est alors que viendra le danger, car les jeunes gens d'ici sont si corrompus, si livrés à Içurs vices contre nature S qu'ils ne croient pi à Dieu ni au diable, et qu'ils regardent rimpiété et la dépravation comme une gentillesse. Je ne saurais vous dire toutes les méchancetés que les ennemis de mon fils répandent contre lui, et comme ils l'attaquent en vers et en prose; c'est un sujet dont je ne veux pas parler, car cela me met tout hors de mol *.
^ ihren sodomischen iûnden.
* Voiel qaelquM échantillons des éerits dont parle Madame, et que les reeueils manuscrits ont eonservés en pîurtie s
V<H» n*ètet pu, MadUM, La mère du Régent; Cê Mèlérat infâme ITest p«g df f otn MBg ; C*e>t un monitre exécrable Que l*eiifer a Tomi, Un tyran dét^itable Qui le croit tout permit.
Le ciel dans sa colère Contre le genre humain.
Gomme on fléau sur lerre.
Le forma de sa maia ; LUvresse et Tadultère, |f*iiMMit^ et le poiioa
m MADAME LA 1»tCHÉ9$Ë D*ORLÊANS. 467
18 septembi^e itl8.
Mon fils croit à la prédestination tout autant que s*il avait été, pendant dix-neuf ans, de la religion réformée, comme je Tai été... Ce qui me semble étrange, c*est qu'il ne haïsse pas son beau-frère, le boiteux, qui voudrait le voir mort* Je ne crois pas que l'on ait jamais vu son pareil ; il n'a aucun flel dans le corps» je ne l'ai jamais vu avoir de la haine pour quelqu'un^
Il n'y pas un mot de vrai dans ce qu'on a dit qu'un
Marquent ion caractère Et ta religion.
On dit qtaMi ne emt pas à la divinité, C'est loi fdre une injure insigne ; Plut», Vénot et le dieu de la tigne Lui tinrent lieu de trinité.
Caligula, Néron, Domitien, Tibère, Près du nM^é n'étaient que de falbies tyrans ; Philippe les surpasse, et ce n'est pas chimère. Nous réprouTons depuis cinq ans.
Philippe est un joli garçon Qui se soûle comme un cochon.
Le soir avec la Parabère, Laire la, laire lan laire.
Sa grosse fille est du trio.
Elle joue à la magni-magno
ÀTec son propre père,
Laire la, laire lan laire. '
Ob dit que sons le Régent
La paix, Tabondanoe, Vont enfin dans peu de tempt
RcTcnir en France ; Va-t'en voir s'ils tiennent, Jean, Va-t'en voir s'ils viennent.
Sous la date de 1718, nous avons trouvé dans le recueil Mao-
4flè CORRESPOMDANCB
projet de mariage avait été arrêté entre le prince de Piémont et M»« de Valois ; il est encore très-douteux que la chose se fasse \ M. le Duc demande M"« de Valois pour son second fils, le comte de Charolais. Ce mariage-là pourrait avoir lieu plutôt que l'autre; la veuve du duc de Berri a six ans de plus que le prince de Piémont. Quant à la seconde des filles de mon fils, c*est celle qui s'est faite religieuse contre mon gré; on lui a donné un emploi dans le couvent, elle est
repas un petit conte, dont nous ne citerons que les deux premiers vers et le dernier :
Mattr« Godard Toyoit de sa boutique Maints noir-vèlns s*assembler au Sénat... Booelez ia fille et chàtrex-fiioi le père.
Un autre poète lançait des épigraoïmes qui ne manquaient
pas d*àcreté.
Que la peste soit en Protenee, Ce n*est pas notre plus grand mai ; Ce serait un bien pour la France Qu*eile fût au Palais-Royal.
Le Régent fuira la crapule.
Les chimistes et les deTÏns,
De sa fille aura des scrupules,
Quand je cesserai d'aimer le Tin. *
A ses appétits la princesse Mettra sagement quelque fin.
Elle aura de la délicatesse.
Quand je cesserai d*aimer le Tin.
^ Il y eut au sujet de ce projet d'union une intrigue que raconte Saint-Simon (t. XXXIIi, p. 121). Dubois avait laissé transpirer et revenir la négociation à Madame, dans Tespérance de quelque trait de férocité allemande; Madame donna dans le piège et empêclia le mariage, en écrivant & la reine de Sicile qu'elle était trop son amie pour lui faire un aussi mauvais présent que M»le de Valois. Le régent, selon l'expression de Duclos, ne fit que rire de l'incartade germanique de sa mère.
sacristine. Je suis bien aise qu'on lui ait donné quelque chose à faire,, cela chasse la mélancolie et éloigne l'ennui. M"^ de Valois n*a encore que neuf ans ; vous voyez donc que, lors même que le mariage avec le prince de Piémont serait décidé, il serait forcément retardé de quelques années. Ce mariage ne me ferait d'ailleurs nul plaisir; il aurait lieu contre la volonté de la reine de Sicile, que j*aime mieux que toutes mes petites-filles; car j'aime cette vertueuse reine tout comme si elle était ma propre fille, et je lui ai servi de mère (car elle n'avait que six. mois lorsque la sienne est morte). Aussi me regarde-t-elle comme sa mère; elle a en moi une confiance sans bornes. Je lui souhaite donc toute sorte de bonheur et l'exemption de tant chagrin ; or, le plus grand de tous, c'est de voir un fils unique se marier contre votre volonté; toute la vie se trouve par là empoisonnée, je ne le sais que trop. Alberoni a certainement trompé le roi de Sicile d'une façon indigne; c'est un des plus mauvais coquins qu'il y ait au monde et un des ennemis les plus acharnés de mon fils ; un Italien perdu de débauche, un scélérat comme on n'en voit pas; il n'a ni foi ni loi. Beaucoup de gens croient qu'il a empoisonné son bienfaiteur, le pauvre duc de Vendôme * , afin de plaire à M°*® des Ursins , qu'il a ensuite fait chasser pour bien se mettre avec la reine d'Espagne. Maintenant il a fait rentrer cette méchante vieille sorcière en grâce auprès de la cour d'Espagne ; tout cela vous démontre
< Assertion des plus hasardées; il parait certain que le doc de Vendôme, au mUiea de ses yictoires dans la Péninsule, mourut d'une indigestion de poisson,
470 C0IIRB8MIIBANCB
quel homme, c'est; il mArile bien d'Atre humilié. Il faut que Je vous rende eompte â*un dialogue divertissant entre lord Slairs et l'ambassadeur d'Espagne, le prince de Cdlamare. Celui-ci avait répandu dans tout Paris quil était complètement faux que la flotte anglaise eAt battu la flotle espagnole; et les partisans de l'Espagne ici avaient si bien fait qu'on ne croyait plus à cette nouvelle, lorsque le fils de l'amiral Bing est arrivé avec la relaticm officielle et la liste des navires qui avaient été capturés, brAlés ou oonlés. Lord Stairs ayant reçu ces pièces, dit au prince : < Eh bien! monsieur, que dites-vous maintenant de votre flotte? — Je dis, répliqua l'ambassadeur, que la flotte est heureusement entrée à Cadix. — le ne vous parle pas de celle de Cadix; repartit le lord, je vous parie de celle de Messine. — Celle de Cadix et tous les galions richement chargés sont entrés, » repartit le prince. Jamais on ne put tirer de lui autre chose*
SO ■apttmbrt nis.
La petite naine a dit qu'elle avait plus de cœur que sou mari, ses fils et son beau-frère, et que, comme une autre Jaêl , elle tuerait mon fils de i»a maiii en lui enfonçant un clou dans la tête. Mon fils ne se tracas^ en rien de ses menaces. Quand je lui dis qu'il doit se tenir sur ses gardes, il se met à rire 0t il secoue la tète comme si je lui racontais des contes... Il n'a pas encore relâché les trois drôles du parlement, quoique le parlement lui en ait deux fois adressé la demande.
DB MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANSv 471
A M. DB HARLiNG.
21 septMBlnre 111g.
Quant à G6 qtii regarde M. et M°^ du Maine, on découvre chaque jour de nouveaux complots de leur part contre mon fils; cela fait dresser les cheveux sur la tête. Je ne crois pas que le grand diable d*enfer puisse être pire que la vieille Haintenon , que son duc du Haine et que la duchesse ; celle-ci a dit tout haut que son mari, son beau*frère et ses (Ils, n'étaient que des laquais, tant Us étaient dépourvus de cœur; elle n'était qu'une femme, mais elle voulait demander une audience au régent dans le but de lui enfoncer un stylet dans le cœur ; vous voyez quelle est la bénignité de l'humeur de cette dame; il est clair que, de la part de telles gens, tout est à craindre, d^autant plus qu'ils ont pour eux un parti nombreux, puissant ; tous les plus grands seigneurs de la cour et les plus riches sont pour eux et sont Ués avec le parti espa*^ gnol ; ils veulent avoir ici le roi d'Espagne. Ils trouvent que mon fils est trop habile , et ils voudraient avoir un souverain qu'ils pussent gouverner à leur gré; c'est à quoi le roi d'Espagne serait très-bon; ils n'auront donc ni repos, ni cesse jusqu'à ce qu'ils l'aient ici, et la vie de mon fils court les plus grands dangers.
A LA COMTESSE LOUISE
22 Beptembre 17 IS.
U n'est jusqu'ici, grâce à Dieu, arrivé aucun mal* heur, mais je n'ai nulle assurance qu'il n'en arrive pas.
L'individu contre lequel mon fils ne prend pas de précautions, le duc du Maine, est né et a été élevé dans la méchanceté ; sa mère était la plus méchante femme du monde. Je connais trois personnes qu'elle a empoisonnées : M"* de Fontange^ son petit garçon, et une demoiselle qui était auprès de la Fontange, sans parler de celles que je ne connais pas ^ Lui a été élevé par la vieille sorcière de Maintenon, qui est un diable incamé, et qui n'a songé toute sa vie qu'à placer un bâtard sur le trône, afin de régner de concert avec lui. Elle Ta fait déclarer prince du sang et elle voudrait aujourd'hui le mettre à la tête du gouvernement, en privant mon fils de la liberté et de la vie. Elle a attiré
1 Madame a répété plusieurs fois cette accusation que l'bistotrc n'a point adoptée. Personne ne songe aujourd'hui à reconnaître dans Mm« de Maintenon une émule des Locuste et des Brinvilller.
' Ces accusations sont des calomnies qui ne méritent pas d'être réfutées ; mais si Madame a tort de les admettre aussi légèrement, il faut reconnaître qu'à cette époque (et ces lettres en fournissent d'autres exemples) pareilles inculpations étaient chose fréquente : le maréchal de Luxembourg fut accusé d'avoir fait empoisonner à l'armée un intendant des contributions de Flandre, duquel il avait tiré l'argent du roi. A l'égard de la célèbre affaire des poisons, où furent impliqués de hauts personnages, on peut recourir à la Bastille dévoilée, 1788, première livraison ( mais un grand nombre des pièces contenues dans ce livre sont assurément apocryphes), et à Peuchet, Mémoires tirés des papiers de la police, 1838, t. I, ch. x et xi. Mme de Motteville rapporte que le bruit courut qu'on avait trouvé du poison chez le surintendant Fouquet, et qu'il fut soupçonné d'avoir empoisonné le cardinal Mazarin. Le lieutenant général espagnol Salazar était très - soupçonné d'avoir empoisonné sa femme, ce qui ne l'empêcha point d'être nommé gouverneur d'un infant ( Saint-Simon, t. XXXVI, p. 330).
dans son parti les ducs les plus puissants, et ils se disent soutenus par le roi d'Espagne. Les périls que court Texistence de mon fils me font passer bien des nuits sans sommeil, et certes sa régence n'a pas été pour moi un motif de satisfaction. Je ne connais que trop la malice de cette cour et de la vieille {Maintenon)^ et vous pouvez croire si je suis inquiète et tracassée. Le premier président est amoureux de la duchesse du Maine et tout à fait à sa disposition. Elle est encore plus ambitieuse et plus méchante que son mari. Les ennemis du feu roi ont eu beau jeu pour lui reprocher l'empire qu'il avait laissé la vieille prendre sur lui '•
' Citons encore, d'après les recueils manuscrits , quelquesunes des pièces de vers qui circulaient dans les dernières années du règne de Louis XI V :
Il faut être ignorant parfait Pour régler maintenant la Franee ; Soyei cruche, soyei baudet.
Vous réglerez guerre et finance; La Maintenon vous chérira, Le reste ira comme il pourra.
Four eipliquer tout en deux mots, Ce qui se passe en France, Désordres, abus, édits, impôts.
Les circonstances et dépendances, Louis ne prête que son nom, Toot se fait à la Maintenon.
Àh I Scarron, qui Peut jamais dit Que, de Yillareeaux pensionnaire.
On eut dû te voir en crédit.
Et prendre part an ministère ?
D'auttes oonplets accusent Mme de Maintenon d*ayoir eo des faiblesses pour Barilion ; yolcl un passage extrait d'an ndêl :
Le grand Louis s^avance ▲yec la Maintenon ;
474 CORRESIH)NDAHCE DE LA DUCHESSE D*ORLÉANS.
FaiMnt la rérérenet.
Il a dit ao poopon :
Avec la Montespan j*ai bien fait des oflbnaei, J*ai péebé tout de bon, don, doii.
Mais avec celle-là, là, là,
J*en fais la pénitence.
Plus Tieille qu^ancon mage,
La Scarron d^autrefois.
Grâce à son marii^e
Prit le pas sur les nris ; ht poopon qui la ni arec «m air maslquef Appelant le démon, don, doi^ Lui dit : Emportec-la, la, la^
AU fond de TAmérique.
nN DIT PREMIER TOLUlIf
ÉdRlTS COHTRV LE CARDINAL lAZARIir.
Les pamphlets connns 'sous le nom de Mazarinades inondèrent Paris durant einq années (1648-1652), et leur nombre est réellement efflrayant.
La bibliothèque de l'Arsenal possède plus de 4,000 pièces de ce genre réunies en 289 volumes ; 11 y en a à la bibliothèque du Louvre 60 volumes, et à la Masarine, une cinquantaine. Longtemps délaissée et yonée à roubll, cette masse d'écrits de tout genre, en yers et en prose, sérieux on burlesques, a été depuis peu l'objet d'investigations judicieuses et patientes. H. G. Morean en a publié un catalogue raisonné et complet qui signale 4, 192 compositions différentes, et qui forme trois volumes in-^o, mis au jour par la Société de l'Histoire de France '.
M. L. de Laborde, dans ses notés jointes ft la description du palais Mazarin« que nous citons volontiers, a fait connaître, paf quelques citations hardies, jusqu'où allait rimpertinenee des rimeurs de la Fronde'; il faut laisser ces témérités, qui efiRraient le lecteur honnête, dans un volume publié pour un petit nombre d'amateurs et à peine entté dans le conimerce.
Notre but est seulement de donnet une idée ie que1que»Hin8 de ces pamphlets, si peu connus du publie.
Un des plus célèbres a pour titre : la Custode de la rùyné qui dit tout ; cet écrit dé 7 pages, odieusement cynfqud, valut à l'imprimeur Horlot , qui en était peut-être l'auteur, une coiidamnation à la potence ; mais la populace le délivra au moment où il était conduit au supplice. (Voir les Lettrée dé Gnf^Pitin, 31 juillet 1649, et les Hegistresde V aâlel-de-ViUe pendant la Fronde f publiés par M. Leroux de Llney, t. II, p. 84.)
Nous laisserons de côté ce quil n'y a pas moyen de traiH
■ Bibliographie des Mazarinades. Paris, l8S0-Sf . H. ATCnel a rendu compte de ce travail dans an article du Joumai du Savante (jaillet 4854, auquel nous empruntons quelques lignes. II. Moreaa a depjiti pa* blié un Choix de Mazarinades^ 1853, 2 toi. in-8«, qol reproduit , quelquefuia par extraits seulement, 95 de ces pièces ; mus les plus auda* cieuses, celles que les bibliophiles recherchent io plus, ne figurent poitit dans ce chQix; et, de fait, elles ne peuvent étro réimprimées.
scrire, et comme échantillon de cette Custode, nous donnerons
quatre de ses strophes. Il ne faut s'arrêter à ces mauvais vers
que comme expression des sentiments d'un parti nombreux à
celte époque.
Jules, que j'ayme pins que le roi ni TEstat,
Je le veux leipinoigoer ma passion exiresroe ;
Eu {:or>lanl le royaume en roe perdant moi-mesmOi
Afin que lu proBtc en ce noble alteutat.'
Ville par trop rebelle, écoute mon projet ; Uu cheval antrefois perdit la belle Troye, Mais je sens en mon cœur une secrette joye Qoe c'^st assez d'un asoe pour un si grand effet.
Ta hayoe a redoublé mon amour à son bruit.
Comme un vent ne sert rien que pour croistre ma flamme^
Tes menaces en rien ne troublent point mon àme
Et tu verras enfin quel en sera le fruit.
Je prépare un exemple à la postérité Di^ne ne ton chastiment d'éternelle mémoire: Paris, je te perdray, car je yeux pour ma gloire Qu'on cherche quelque jour oh tu auras esté.
M. de Laborde, qui a reproduit en entier cette Maiarinade dans ses notes déjà citées, p. 157, Tattribue au chansonnier Blot, auteur de vers du même genre, conservés dans les recueils manuscrits ; M. Walckenaêr {Mémoire$ sur Mme de Sévigné, l, 213) la croit de Morlot lui-même, nommé par erreur Marlot, dans les Mémoires de Joly et dans ceux du cardinal de Rets.
Non loin de la Custode ^ peut se placer la Pure vérité cachée, pièce très-insolente, ordurière et rare, dirigée contre Anne d'Autriche; M. de Laborde ne s'est hasardé à en citer que deux vers, et nous serons plus timorés que lui. D'autres mazarinades, telles que la VieiHe amoureuse, et les Qv," as-tu vu à la Courl renferment aussi de très-impertinentes accusations contre la reine-mère.
V Imprécation contre V engin de Masarin est une pièce fort
originale, écrite avec verve et qui rappelle certain chapitre de
Rabelais (l. 111, ch. 28 ); nous en donnerons un échantillon
en laissant de côté, et pour cause^ ce qu'il y a de plus burles-
que dans cette série de quolibets :
Engin des plus bouillants et prompts, ingjin qui va sans éperon, Engin de nom, engin d'épreuve, En^io à fille, femme et veuve, Engin, le vrai poisson -colas.
Engin qu'un ne vit jamais las.
Engin, qui toujours peste et gronde.
Engin le plus nicchaot du monde,
Engin, qui nouB fait maint embûche, Engin, qui de tout bois fait bûche, Engin, qui prend souvent l'ensor, Engin, qui luit et n'est pas d'or.
Engin, b&ton de Polyplième, Engin, sujet de ipaiui blasphème, Engin, du rui d'Ethiopie Engin rond comme une toupie.
Le poète finit par émettre le vœu que cet engin, objet de tant d*épithètes singulières, soit mutilé, posé sur un tas de fumier» frotté de miel et abandonné aux mouches qui le dévoreront.
Le Carême de Mazarin, ou la Suite des Triolets ^ I6âl, se distingue également par un luxe inépuisable d'invectives.
Coquin, croquant, croqnenr d'aodoaillea, Ganache, glorieux, gredin, B..gre, bouffon, bandit, badin.
On peut ensuite citer comme présentant le caractère de l'originalité ou le mérite d'one yenre satirique burlesquement effrontée, les pièces suivantes :
Litanies du cardinal Mazarin', 1652. Cherchez , imaginez toutes les injures qu'on peut adresser à un homme ; elles seront toutes dans ces litanies, et accompagnées de beaucoup d'antres.
Les Larmes de la royne et du cardinal Landriguet, Un des pamphlets les plus impertinents et les plus spirituels qui aient été dirigés contre Anne d'Autriche.
Playdoyer hérol-comique pour VÉmmence contre U creux ; en Ters ; le sens positif est fort libre, le sens allégorique fort insolent.
Salve regina de Mazarin et des partisans ; pièce en vers, plaisante, mais peu de respect pour la religion , circonstance rare en 1649.
Catéchisme royal ; pièce indiquée par M. Leber (État réel de la presse, p. 102) comme la meilleure des mazarinades historiques et politiques.
Remontrance de François Paumier (pseudonyme] au roi sur le pouvoir et Vautorité que S. M. a sur le temporel de l'estat ecclésiastique; pamphlet remarquable qni excita une vive rancune et qui fut supprimé si exactement qu'on n'en connaît depuis longtemps que deux exemplaire^.
Avis burlesque du cheval de Mazarin, 1649 ; assez d'esprit et de licence pour en faire une des plus piquantes des mazarinades.
V Esprit du fm roi Louis XIII à son fils Louis XIV; Tau-
478 NOTES ET EGLAIRGISSCMBEITS*
teor insinue au Jetine mona^ue qu'il ne ferait pas mal d'ordonner I*a88as8lnat de sa mère.
Les Logements de Iq cour à Saint-'Gtrmain ; pamphlet fort impertinent (il est reproduit dans le Choix de Mazarinades). La Reine est logée au Saucisson d^ Italie, M. de Montbazon à la Corne,
La Bouteille cassée attachée avec une fronde au cul de Mcktarin.
Lettre de la signora Foutakina; pièce dont il est difficile de transcrire le titre entier.
La Manifestation de V Antéchrist dans la personne de J^o- Earto.
GalimathiÊtê burkeàqwê sur la vie de MoMarln ; opuscule en yers qui se termine par une épitaphe ordurlère.
Le Passeport et l'adieu de Mazarin ; voici un échantillon de cet opuscule :
Les femiiies sont eneore en tie Qui de vous traiter ont envie ("omme Concbinp Coucbini, Juste rime à Mazarliii ;...
Adieu, beau mais mécliant ciieTaU Adieu, peste du carnaval, Adif^o, ronde aux Matarineitet, Adieu, père aux marionneitei.
Adieu, timon de ma brouette, Adieu, ma plaiaaDte cboueite.
La Mazarinade est un des plus oélèbrea pamphlets dlflgéa
eontre le cardinal ; mais il ne mérite pas sa renofeimée. Od n'y
trouve qoe de la grossièreté sans esprit. L'auteur est inconnu.
On a désigné Scarron ; mais, à diverses reprises, il a désavoué eet
écrit, dont il suffira de transcrire quelques vers :
Fuy les arrêta du parlement,
Trousse bagage et vistement ;
Que ton Altesse Mazarine
Craigne le destin de Gondiine ; . Va, va-l-eu dans Rome cstalier
Les biens qu'on t*a laissé voiler.
Va, va-t-en, gredin de Calabre,
Fiiocabron ou Filocabre ;
Va, va-t-en, repasse les monts,
▼a viste et fây rompre les ponte i
Car, H'ii faut que quelqu'un te snivo^
Que l'on te demande, Qui 9ivei
Que tu répondes: Mazarin,
C'est fait de toi, cher Tabariii«.
Rejeton de feu Gonchini,
Peur tout dire Mazarini«
Ta carcasse des-entrailléo
Par la canaille tiraillée . Eusangluiiera le pavé.
NOfSS BT ÉGLAIRGTSSEMEim. 479
Le Varif du prix dont on est convenu dam une assemblée de notables pour récompenser ceux qui délivrevont ia France du Ma%arin, a été signalé comme un exemple de la plus insigne atrocité, eomme peignant très-blen racharnement de la Fronde popnlaire. Il nous semble qn'H est plus sage de n*y voir qu'une plaisanterie destfnéa à tourner en ridicule d'odieux arrêtés serieosement émanés du parlement.
Le l*'}ain 165S, on f oit la chambre des requêtes demander, ponr la troisième fois , rassemblée des chambres, afin d'Aviser au moyen de trouver les 150,000 livres pour le prix de la téta de Mazarin, disant qu'il y avait des gens prêté à faire le coup , pourvu que la somme fût remise en mains tieraes. Voir tm opuaenle très-rare : Relation de tout ee qui s*est passé au parle-» ment depuis Pâques 1652. M. UoretLU (B'ibliograpMet t. III, p. 40) dit ne pas connaître d*exemplaires du Journal du Par^ lement où eile ne manque. Il existe à la bibliothèque Sainte- Geneviève, sous la coteL, 606, 72, 3, un volume uniquement eomposé de pièces relatives à la mise à prix de la tête du cardinal ; la Relation ne s'y trouve pas. Notez cette condition de dépôt de la somme en mains tierces; elle n'était pas très-flatteuse pour le parlement, qui ne laissait pas de la proclamer lui-même.
Nous signalerons quelques-unes des récompenses que promet le tarif dressé par les notables (pièce qui a été réimprimée daoa le CMx des Matarkiades, t. Il, p. 397).
« A celui qui , après l'avoir tué, lui coupera la tête et la promènera dans les rues de Paris en signe de paix, 100,000 écus.
c Au soldat qui, lé voyant à la tète de son bataillon , au lieu de le saluer, lui tirera un coup de mousquet, 60,000 écus et sera anobli, lui et sa postérité.
« A celui qui i'arquebusera lorsqu'il sera dans réalisa» chose qui ne doit donner aucun remords de eonscienoe, 20,000 écus.
« A l'apothicaire qui, lui donnant un lavement, empoisonnera le canon, 30,000 écus.
« Aux valets de chambre qui l'étoufferont entre deux couettes ou qui , lui faisaat la barbe, appuieront fortement le rasoir, 70,000 écus.
« A l'écuyer qui trouvera moyen de déguiser un sauteur ou trottier en guildine et lui causera quelque descente de boyau, en sorte qu'il en devienne inhabile au jeu de Vénus, 1 0,000 pistolcs et une chaîne d'or avea la mcdaille de la ville do Paris.
« A eelui qui mettra une bombe dans la chambre aa-deaions de la sienne et la fera heureusement Jouer, 6,000 écus.
« Aux cochers et postillons qui le conduiront près d*un précipice et le f erseront adroitement, au cas qu'ils lui fassent rompre le col, 15,000 écus; au cas qu'il n'ait qu'un bras cassé, 3,000 ; pour les jambes, 4,000 ; pour les jambes et les bras, 8,000; pour l'épine du dos, 10,000.
« A tous Jardiniers et jardinières, bouquetiers et bouquetières qui lui présenteront des bouquets parfumés arec poison , 1 ,000
éCDB.
« A toutes femmes et filles qui l'éventeFont ayec dea éventails empoisonnés, on qui loi fourreront dans le gosier certains busqués de laine on de velours pour l'étouffer, la somme de 50,000 écus, dont elles seront dotées par le parlement et mariées dans l'an sans que leur âge leur puisse nuire ni préjudicier. »
La Croisade pour la conservation du roi fondée par soixante ei dix personnes en janvier 1 650 ' signale une association qui faisait dire trois messes par Jour et devait ajouter 100,000 livres aux 150,000 votées par le parlement pour récompenser le meurtrier de Masarin. Cette somme devait être donnée à la veuve et aux héritiers de l'assassin s'il était pris et exécuté; s'il périssait dans son entreprise sans trahir le secret de la croisade, la récompense était de 50,000 livres. Les statuts de cette étrange société commencent par invoquer le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; le but est « de chasser du corps de TÉtat cet esprit inunonde du n Mazarin par tous les moyens qu'il se pourra et ne se désister ja« « mais de cette sainte et salutaire entreprise qu'elle ne soit exé- « cutée*
On trouve de l'entrain dans le Virelay sur les vertus de sa faquinanee,
11 est de Sicile natif,
Il est toujours prompt & mal faire,
11 est fourbe au superiatif,
11 est làcbe, il est mercenaire,
11 n'est qu'à sun bien attentif;
Si le nôire le rend pensif,
Ce n'est que pour nous le soastrairs.
Puisqu'il est si vindicaiif,
2 ne son poison est corrosif t qall a Tàme sanguinaire; Qu'un diable est son maître instiuctif Et qu'il n'est aucun correctif Gonire ce ministre offensif...
• Réinoprimé dans le Chroix de Mazarinadest t. Il, p, sa2.
Mais qa'il De soit plus si rétif
De peur qu'un bois de chesne ou d'if
N'empêche nn bourrean d'être oisif.
Ces odieases plaisanteries sur le supplice promis au cardinal se
reproduisent souvent. Elles fontrobjet du Triomphe dufaqui"
nissime cardinal Mazarin, triomphe qui a lieu en place de
Grève, sur Téchelle dû bourreau ; elles défraient la Catastrophe
burlesque sur Venlèvement du roy, avec la repi^ésentation du
Miroir enchanté, dans lequel on voit la justification de Maza-
rin en la place de Grève-, cette pièce est en vers, et elle est
remplie de joyeusetés sur la potence ; l'exécuteur des hautes
œuvres mène le cardinal sur la place de Grève, lui passe au cou
un collier de chanvre, et le poète se livre à une gaieté sinistre en
se représentant les dernières convulsions de Tagonle :
Avec tant d'iieur il le déniche Que sa taille en devient plus riche ; Car enfin ta peux bien penser Qu'en l'air il ne pouvait danser Qu'elle ne Aist d une coudée A coups de jarret allongée.
Qaelipies mazarinades présentent des idées politiques dont on retrouverait le germe dans les écrits de Tépoque de la Ligue, mais
« qui ne devaient rencontrer d*écho qu*à la fin du dix-huitième siècle. Dans le Point de V Ovale, par Dubosc Montandré, on remarque une phrase qui, légèrement corrigée, devint célèbre en 1 7 90 : « Les grands ne sont grands que parce que nous les portons sur « nos épaules ; nons n'avons qu'à les secouer pour en joncher « la terre. » C'est Dubosc Montandré qui, devançant ou condamnant son époque, a émis cet axiome : a En matière de sou- « lèvement, on n'est coupable que d'avoir trop de modération. » L'emportement de ce pamphlétaire s'exhale en provocations au carnage. « S'il y a des Mazarins dans Paris, faisons ce que la « justice nous commande, courons leur sus pour nous en défaire, « et, puisque cela ne se peut sans nous soulever, soulevons- <c nous promptement, sortons de nos gîtes, de nos tanières; « quittons nos foyers, faisons voltiger nos vieux drapeaux, bâtai tons nos caisses, alarmons tous les quartiers, tendons nos « chaînes, finissons nos maux, rétablissons nos lois, renouye-
i et Ions les barricades, mettons nos épées au vent, tuons, sacca» « geons, brisons, sacrifions à notre Juste vengeance tout ce qui « ne se croisera point pour marquer le véritable parti du roy et « de la liberté. »
48t NOTBS ET ÉCLAIRCfSSBHBllTd.
Et (selon rexpre?8ion de M. Avenel] comme s*il ëtait dë]à Ivre du snng quMl veut répandre, comme s'il avait atteint le paroiysme de cette ûèvre de meurtre, le pamphlétaire répète plusieurs fois ces mêmes paroles et il i^oute : « Faisons car- « nage de l'autre parti sans respecter ni les grands ni les petits, « ni les jeunes, ni les vieux , ni les mâles, ni les femelles, aûn « que même il n'en reste pas un seul pour en conserver le nom. »
Jamais peut-être la guerre civile ne s'est exprimée ^.yec un tel cynisme de rage et de cruauté»
Un autre pamphlet, la Franche Ht^rguerite, tient u^ lasçige non moins virulent :
« Vive Dieu l vive le ftoy l point de Mazarin 1 point de Ma- « zarinsl point de M^zarines! main ba^se sur toute cette en-; « geance ! point de quartlef ! tue, tue, tue ! »
Dans ce pamphlet de quinte pages (observe M. Avenel) quatre fois, à intervalles égaux, ces lugqbrps paroles viennent frapper vos oreilles; vous diries Les coups du toesin.
VAvis à la royne cT Angleterre est encore un pamphlet des plus audacieux ; l'auteur s'occupe de la eondamnation de Cbyles I*% et il a des idées fort avancées sur le régicide.
On peut signaler pour sa singularité : LeRoidee Frondeurs, et comme celle dignité est la plus glorieuse de toutes les dignités de la terre.
Gain ayant tué sonfirère, bâtit une ville qu'il appela Enoch, du nom de son flisi les habitants de oette ville ne sa servaient que de la fronde ; donc Gain était le roi de la fronde et le plos ancien roi de la terre, ce qui démontre que le due da Beaufort est plus grand que David, Alexandre, César, eto.
Parfois se rencontrent des preuves d'une ignoranee ridicule ; un auteur propose un nouveau système d'impôts; Il i^puia ses calculs sur une population de soixante millions d'âffles dont il gratlfle la France, et il afûrme que Paris renferma (en 1649), six millions d'habitants. Un autre fait de Méeèoa un aonseiller d'Alexandre ; un troisième présente Scipion et Gieéron cemme des empereurs romains.
Dans la Remontrance du Parlement contre Mazarin, de graves magistrats reprochent au ministre d'avoir vouln faire mourir de faim, dans la seule ville de Paris, deax millions de personnes.
On peut distinguer^ au milieu de bien du fatras, [sLSatgreswr
KOtES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 483
le grand adieu des pièces de Mazarin à la France, la Robe sanglante de Mazarin , le Paranpmphe mazarinique, VAdvis d'importance envoyé au Mazarin.
Citons aussi, en leur empruntant quelques lignes :
La dernière souppe à rognon pour Mazarin*
C'en est fait, il en tient dans Taisle,
It B beau nous faire querelle;
Le parlement a dit Iiolà^
11 faut quMl en passe par là; \
11 n'est nias pour luy de traité|
If a foy, le sort en est Jeté ;
11 lui faut boire cette coupe,
Ce sera la dernière suupe
Qdi sentira le goût d'ognon«
C'est pour rafraîchir son rognon;
Que s'il ne la trouve à son geût,
11 est difficile en ragottt.
On se rit de ses appétits.
Autant lés grands que les petits
Loi souhaitoieni ce bon potage
Qui rétouff&t de mâle rage.
Ballet donné par le trio mazarinique pour dire adieu
à la France.
Les nièces du cardinal jouent dans ce ballet un rôle fort peu décent; Mazarin parait sous le déguisement de vendeur d'un baume dont U expose le mystère :
11 est composé des soucis Et du sang des peuples transis.
Arec cent dragmes de leurs peinet £t cent onces des larmes vaines; J'y mets la rate et les poumons ' Bes plus enragés d6s démons.
Reéueil généfdl de toutèà lès chansons inazaiinisles, Paris, <e49, fn-K Voici uri ëphâritlllon de ces cTiansons :
Si dans Paris on le tenoit On lui feroit grand feste, Chacun son corps déchireroit Et leâ autres sa teste ; 1^ marquis d'Ancre n'eût été Jamais si bien que lui traité
Tu trouveras tes camarades
Dans ces lieux sombres ot ténébreux s
Gomme étant grand joueur de cartes..
Quatre-vingts mulets chargés d'or
Ont déjà gagné sa province,
Ce méchant veut ruiner encor
L'auttiorité de noire prince.
Maître Guillaume, Retroussant son chapeau,
JMt : Je veoz ce Sodome
Meure dans le tombeaa.
Dedans Venise
Ce roalheui eox larron
A fait sans nulle remise
Porter dix- huit millions.
Qnand il ue voit personne
Il se montre bardy ;
Dans une de ses bottes
Mettera saint Denys, « dit-il, •
Batiera la Hasiille
A coups d'oignons pourris,
La butie de viontmartre
Emportera de nuit,
Et tous les diables ensemble
Fera joindie avec lui.
Parmi tant de pamphlets, il n'en est peut-être qu'on seul qui se soit aperça de ce que les autres ne savaient ou ne Youlaient pas TOlr, quoique la chose fût très-facile à distinguer : c'est que, dans aucun des partis, on ne se souciait de l'intérêt public ; voir VAvis, remontrance et requête par huit paysans, Paris, composé par Misère et imprimé en Calamité.
Quelques singularités bibliographiques distinguent certaines mazarinades ; il en est une, sous un titre énigmatique ( Ovide parlant à Tieste), qui se compose uniquement de passages mal ajustés empruntés à Montaigne ; une autre, sans qu'on en retranche ni qu'on y ajoute un seul mot, s'applique, pendant la Fronde, au fils de celui auquel elle s'était appliquée du temps de la précédente régence. Un dialogue avait été composé, en 1616, pour célébrer l'emprisonnement à Vincennes de M. le Prince, père du grand Coudé. Les interlocuteurs étaient Damon et* Sylvie, c'est-à-dire le prince et la régente. En 16â0, l'arrestation du général de la Fronde fit que cette plaisanterie surannée put s'appliquer eiactement à des circonstahces nouvelles.
Une des mazarinades de 1649, V Agréable conférence de deux paysans de Saint-Ouen et de Montmorency sur les affaires du temps, a été l'objet étrange d'une bonne fortune dont il offre l'exemple unique; Il a été réimprimé à Troyes en 1735, c'esfrè-dire quatre-vingt-cinq ans après sa première apparition. Naudé range ce livret parmi a les plus agréables et ingénieux » de sa classe. Le dialecte patois lui prête du piquant et de la naïveté.
ËQ somme, quelques libelles où l'insolence de la pensée et la hardiesse de l'expression arrivent jusqu'au cynisme le plus effronté; quelques pamphlets où se manifestent toute la fureur de l'esprit de parti, toute l'exaltation de la colère -, quelques prodac-
NOTES ET ÉCLAIRCIâSEMENTS. 486
tions raisonnables mais d'nn style lourd, diffus, sans élégance, ▼oilà ce qu'on distingue au milieu d'une foule de pièces tracées par de misérables écrivassiers ; des faits curieux, des détails instructifs peuvent cependant être extraits de ces milliers de feuillets liTrés à l'oubli.
LES AMOUREUX d'ANNE D' AUTRICHE, page 427.
La fidélité d'Anne d'Autricbe à regard de son triste époux, la nature de ses relations avec Mazarin, présentent aux yeux d'une curiosité indiscrète des problèmes qu'il est difQcile de résoudre. Plusieurs écrivains modernes s'en sont préoccupés. M.Paulin Paris a cité un passage curieux d'un Journal manuscrit (conservé à la Bibliothèque impériale) dans lequel le médecin Yaliot inscrivait de minutieux détails sur la santé de liouis XIV encore enfant. « Dieu, par une grâce particuUère, nous a donné un roi si accompli et si plein de bénédictions, en ce temps où toute la France avait presque perdu toutes les assurances d'une si Jienreuse succession et lorsque le roi son père, d'heureuse mémoire, commençait à se ressentir d'une faiblesse singulière causée, avant Tâge, par ses longues fatigues et l'opiniâtreté d'une grande maladie qui l'avait rédoit en état de ne pouvoir espérer une plus longue vie, ni une plus parfaite guérison, de sorte que l'on avait sujet, durant la grossesse de la reine-mère, d'appréhender que ce royal enfant ne se ressentit de la faiblesse du roi son père, ce qui indubitablement serait arrÎTé si la bonté du tempérament de la reine et son tempérament héroïque n'avait rectifié l'impression de ces premiers principes. » Ce paragraphe, en style d'apothicaire, renferme cependant, sous «on obscurité et sous son embarras qui ne résultent pas tant de l'ignorance de l'écrivain que de la préoccupation du courtisan, le germe d'une révélation historique qui planait, du vivant de Louis XIH, sur le berceau de Louis Dieu-Donné, Yaliot, médecin d'Anne d'Autriche, était initié aux détails de la romanesque conception de la reine, qui, grâce â un hasard adroitement ménagé, rencontra son mari au Louvre, un soir du mois de décembre 1637, et partagea cette nuit-lâ le lit conjugal où elle n'était pas entrée depuis douze ans; mais le bonhomme Vallot ne se fit aucun scrupule d'attribuer â son vin émétique et â son quinquina la robuste constitution de Louis XIV, qui n'avait rien de la débilité maladive de Louis Xill. Ce monarque fut quatre ans sans donner à
486 HOTES BT ÉGLAIRClSSElIBim.
la Jeonê Nlnê la moindre preave d*amoor ecmfngal ; en 1039, ■n iupport da médecin Herouart, il aTiiit fallu que le comiétable de Luynes loi fit une aefte de violence pour le décider à quitter BOn Ut solitaire pour entrer dans celui d*Anne d'Autrlelie« Gramond raconte cet épisode d*une façon intéressante (But. GûUUt, 1. m, p. 314].
Un autre écrivain observe que le père Gaussin avait été fait confesseur du rot le S 5 mars 1 68 1 ; Il fût renvoyé le 1 3 décenftre de la même année { 11 avait parlé au roi fortement le Jour de Is Conception, 8 décembre, pour se réunir avec la reine avec qui il était brouillé, et, Louis XIV étant né le 16 septembre 1 638 (ce qui fait le temps des neuf mois), Louis XIII n'avait pas perdu de temps pour mettre à profit Tlnstruction de son confesseur. Voilà une époque bien sûre de la naissance de Louis XIV ou plutét de sa conception qui est due au père Gaussin.
« Les amours de la reine et du duo de Buokbigbam ont fait bien parler dans le dlx-hultlème siècle ; et de nos joUrs, il y a peu d'blstoriograpbes qui ne soient convaincus de leur réalité. Il est pourtant eertain (autant que les événements de cet ordre peuvent Tétre) que la reine n*eut à se reprocber aucune étourderie, aucune fausée démarche. De supposer qu'elle ait récompensé les vesut de BdcUngbàm, par cela seol qu'elle aimait à se faire conter les témoignages de la passion qu'elle avait inspirée, c'est prétendre que toute jeune reine est coupable, dès qu'elle ne chAtie pas d'une manière etemplai.*e quiconque a l'insolenoe de la trouver aimable. Une seule fois < la reine de France se trouva seule avec Buckingtaam ; mais , dit Tallenumt , la r^ne appela tant de fols, que la dame d'atours, laquelle, gagnée par le galant, faisait la sourde oreille, fut contrainte de venir au secours. » (Paris, Bulletin de la Société de VBUteire de France, 1. 1, p. H ; voir aussi une note de ce judicieux et savant critique dans sa nouvelle édition de Tallemantdes Réaux^ t. II, p. 83.)
H. L. de Laborde [PalaU Maxarln, notée i p. 164) parle de là passion de la reine pour Bucklngham : « C'était pour ainsi dire chose acquise. » Il cite le témoignage de Rets (t. II i p. 74, 1843) et de Tallemant (II, 383). Tout eëd est ftfrt bien résumé dans l'Histoire de France sous Louis XJIli par M. Batin, t. II, p. )6S-357.
Il est d'ailleurs difiicile de contester les prétentions de Richelieu sur le cœur de la Jeune reine de France^ ses jalousiee, ses
NOTES ET ÊCLAthCISSEMBNTS. 487
▼engeances, ses démarches ridicules, ses tragédies ampoulées. Tallemant, qui ne laisse pas ici p'aaer de soupçons sur Anne d^Autriche, raconte longuement tous les détails de cette étrange intrigue ; comment Richelieu fit porter les premières propositions par Mme de Fargls ; comment le cardinal de Bérulle était son innocent entremetteur; comment il soumettait la reine et ses confidentes les plus intimes à des embarras toujours renaissants ; conmaent enfin, dans sa comédie héroïque de Af trame, il se proposa de flétrir la passion qu'il supposait exister entre Anne d'Autriche et Buckin^am. « On y voit, dit Tallemaat, Bueiiingham plus aimé que lui, et le héros, qui est Buckingham, battu par le cardinal, il força la reine de venir voir cette pièce. »
En ee qui eoncerne les relations de la veuve de Louis XIII avec Mazarin, on trouve dans la correspondance de ce cardinal publiée par M. Ravenel, plusieurs passages qui ressemblent fort à i'evpression de la passion d'un amant pour sa maîtresse et deux lettres jusqu*alors inédites, datées du mois de novembre 1659, et qu'a mises au jour M. Ghéruel {Jeumal de l'instruc" tioH puMique, ortobre 1864), montrent, au milieu des soins employés pour envelopper la pensée, des sentiments Jaloux.
Ce qui est non moins significatif, c'est une lettre de Mazarin à la reine, datée de Brûhl (près Cologne) le 1 1 mai 1661, et qui a paru , d'après un brouillon autographe, dans le Bulletin que nous v^ons de oiter. En voici quelques passages :
« Mon Dieu ! que |e seroys heureux et vous satisfaict sy vous poviez voyr mon cœur, ou sy je povais vous eserire ce que en est ^ seulement la moitié des choses que je me suis proposé : voua n'auriez grand'peyne, en ce cas, à tomber d'iccord que jamais l'y a eue une amitié approchante à celle que j'ay pour vous. Je vous advoue que Je ne me féusse peu imaginer qu't lie alât jusques à m'oster toutte sorte de contentement lorsque j'erapioye le tepups à autre ebose que à songer à vous , mays cela est, et à un tel point qu'il me scroyt impossible d'agir en quoy que ce peut estre, sy Je ne croys d'en devoir user Insi pour vostre service.
« Je voudrois aiusy vous povolr esprimer la ayne que J'ay contre ces indiscrets qui travaillent sans relâche pour fayre que vous m*obliés et empêcher que nous ne nous voïons plus ; en un mot, fille est proportioné à raffiection que j'ay pour vous. Ils'se trompent bien sy espèrent de voir en nous les effets de l'absence. •
4M ^HTTBS ET FXUliiCia''EltBNTS.
M. WftMcennër {Mémoire* de itfme de SéojçBé, t. Il, \\ 49» parle d'une leltre CMiservée .à la Bibliothèque impériale, demeurée inéilite et écrite par Anne d'Autriche à Hazarin , bien après la Fronde. Ce document , où tout jusqu'^à -Padresse est de la main de la reine-mère, donne beaucoup à peoder sur la nature de l'ancienne liaison de ces deux hauts personnages.
Un illuminé qui publia, vers 1650, des écrits remplis d'insolentes sottises, et qui fut trois fois mis en prison, François Davesne , voulut établir, par des exemples tirés de la Bible, que Louis XIV n'était pas flis de Louis XllI ; ce fut dans le chapitre XII de la seconde partie de son Harmonie de i'anumr et de la justice de Dieu qu*U soutint cette thèse audacieuse.
Un pamphlet anglais, rare et fort peu connu en France, annoncé comme traduit de l'allemand par P. Vergerius (nom supposé) a pour titre : The roi/al cuckold or great basiard, giving an account qf the birth afid pedigree of Louis U Grand, ie93, in-4% "
Mous avons remarqué dans un ouvrage assex rare en France, Portraits historiques des hommes célèbres du Danemark (par Tycho-Hofman, Copenhague, 6 tomes in-4®), un passage (t. 11, p. 35) qui nous semble avoir échappé aux auteurs français et qui donnerait à Louis XIV un étranger pour père. Voici ce passage : « Un capucin , nommé Joseph , fit savoir au cardinal de Richelieu que la reine lui avait confessé, entre autres péchés, avoir conçu tant de tendresse pour un officier étranger nommé Rantzau, qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser fort souvent à lui. Le cardinal , capable de tout , trouva moyen par sa nièce.. alorii dame d'honneur, de faire parler Rantzau seul à la reine. Cet entretien eut un tel eifet, qu'à ce qu'on prétend il contribua plus à la naissance de Louis XIV qu'un mariage de vingttrois ans avec le roi. »
On a prétendu aussi que le duc de Montmorency, décapité en 1632, fut épris d'Anne d'Autriche et qu'il fut payé de retour.
FiM DBS NOTBS DO PRBMIEB VOLUm. .
«vA.
Paris. ~ Intnrimerie deGv»TAva GRATIOT, niç Mazarine, ÎK).