‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 2)Chapitre 21 sur 22 · SOS CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

SOS CORRESPONDANCE

« De quoi se fâché M. le Duc ; n*ai-jc donc pas permis à M°»e de Nesle de coucher avec M*, le Duc quand il viendra? » Tant on est ici délicat dans les amours.

14 juin 1717.

Le comte de Vermandois était agréàbie, biett élevé, mais il louchait un peu. Je sais bien que le bruit a couru que M. le Dauphin l'avait débauché, mais je parierais bien ma tête que ce n*est pas vrai, car M. le Daupliin n'était pas de la secte; il n'aimait que les femmes ; ceux qui ont débauché le pauvre M. de Yer^ mandois sont le chevalier de Lorraine et son frère, le comte de Marsan.

Le chevalier avait toujours tellement peur d'être chassé qu'il avait inspiré à Monsieur l'idée de faire épier toutes mes actions et toutes mes paroles, afin de savoir si je ne tramais rien contre le chevalier et ses créatures.

ISJQin 1717.

M^^ de Soubise était fine , dissimulée et très-mé^ chante* ; elle a pitoyablement trompé la bonne reine,

* Anne de Rohan-Chabot» princesse de Soabise^ morte en 1709. Moie de Caylus raconte dans ses Souvenirs Tintrigue du roi avec cette princesse. Mi°« de Montespan la découvrit par Texactitude de M^e de Soubise à mettre des pendants d^oreiiles en émeraudes chaque fois que son mari allait à Paris. C'était le signal du rendez-vous. On peut consulter à cet égard les Lettres de Mine de Sévigné, les Souvenirs de Mme de Caylus, les Mé' moires de Saint-Simon ( 1. 111, p. 219}. tJn couplet du temps, faisant allusion à son intrigue avec le roi, se permet une inalnuation qui est une calomnie gratuite :

Si c*e8t la crainte d*im époox.

Qui yous fait coml>attre un monarque,

maîfi la reine l'a bien jugée, car elle a mis au jour toutes ses faussetés, et Ta pour ainsi dire démasquée devant tout le monde.

21 juin 1717.

La Montespan, la guenipe et toutes les femmes de chambre ont fait croire à M°»® d'Orléans qu'elle avait fait beaucoup d'honneur à mon fils en consentant à Fépouser. Elle ne peut supporter nulle contradiction au sujet de sa vanité comme fille du roi. Elle ne comprend pas quelle différence il y a entre des enfants légitimes et des bâtards.

Mme d'Orléans est d'un caractère orgueilleux et plein de vanité; mon fils l'appelle souvent en plaisantant "M™® Lucifer; elle n'a eu nulle peine à se persuader de tout ce qu'on lui a dit de flatteur pour elle... Elle croit fermement que mon fils lui préfère sa fille, la duchesse de Barri. La fille n'a pas grande affection pour sa mère ^

29 Juin 1917.

J'ai connu un gentilhomme allemand, qui est mort depuis longtemps, et qui m'a juré que M°>® la Duchesse ' n'est pas fille du roi, mais du maréchal de Noailles. Il

Soubise, que ne parlez-Toust On lui feroit passer la barque, Et si fous Youlez aujourd'hui, On renrerroit demain chez lui.

* La duchesse d'Orléans [femme du régent) était peut-être ce qu'il y avait dans le monde de plus orgueilleux, et la personne aussi qui avait le plus de vue et de suite dan» l'esprit et de ténacité dans ses volontés (Saint-Simon, t. XIV, p. 260).

* Louise-Francisque, femme de Louis III, duc de Bouri)0|i.

a marqué l'heure où il a vu entrer le maréchal chez la Montespan, et H(°® la duchesse est née juste neuf mois après. Cet Allemand s'appelait Bettendorf, il était brigadier dans les gardes-du-corps ; il montait la garde chez la Montespan quand le capitaine de la première compagnie se rendit chez elle.

j^me la Duchesse n*est pas plus belle que ses filles, mais elle a plus de grâces, meilleure mine et des ma* nières plus agréables : son esprit se montre dans ses yeux et la malignité aussi'. Je dis toujours qu'elle ressemble à une belle chatte, qui, tout en jouant, fait sentir ses griffes. Personne n'a un port de tète comme elle. On ne peut danser mieux, et avec plus de grâce, que M"*® la Duchesse et ses filles; cependant la mère, danse mieux. Je ne sais comment elle fait, sa démar* clie boiteuse lui va bien.

2 Juillet 1717.

Le cardinal Mazarin, s'étant aperçu que le roi avait moins de vivacité que Monsieur, craignit que celui-ci ne devint trop savant , il avait donc ordonné à son précepteur de le laisser jouer et de ne pas le laisser continuer ses études. < A quoi pensez-vous, monsieur La Mothe (Le Vayer)^ disait le cardinal, de faire un habile

^ Jeune encore, cette princesse était celle que Louis XIV aimait le mieux de ses filles naturelles. « Sa gaieté extraordinaire fc amusait le roi. Elle était très- jolie avec beaucoup d'esprit, « plaisante , railleuse , n'épargnant personne , se réjouissant « d'une bagatelle, coiffant son genou comme une poupée quand « elle n^avait rien à fa re > (Mémoires de Choisy). Saint-Simon en parle fort souvent ; il dépeint ses grâces^ ses qualités, ses défauts, t. \\\, p. 22.

homme du frère du roi? s'il devenait plus savant que le roi , il ne saurait plus ce que c'est qu'obéir aveuglément. »

15 juillet 1717.

Le jeune roi est bien fait ; il a la taille la plus droite qu'on puisse voir et de beaux cheveux bruns en abondance. Le maréchal de Villeroi le tourmente ; il ne veut pas qu'il vienne me voir sans lui ; cela trouble le pauvre enfant et le fait pleurer. Sa figure est jolie, mais il ne parle qu'aux personnes dont il est habituellement entouré.

22 juillet 1717.

Je crois que si on examinait de près M. le Duc, on lui trouverait bien d'autres défauts que son trop grand penchant au badinagc ; il a cependant beaucoup de

bonnes qualités et beaucoup d'amis Depuis que

Mme la Duchesse a pris le parti de son fils contre ses frères et neveux, M. le Duc témoigne de l'attachement à sa mère ; -auparavant , les choses n'allaient pas si

bien Il est poli et sait bien vivre, mais son génie

n'a pas beaucoup d'étendue; il n'est pas non plus fort instruit, mais il a de la hauteur et de la noblesse dans le caractère, et il sait garder son rang.

28 Juillet 1717.

Mon fils est savant sans être pédant ; il sait une quantité de contes plaisants qu'il a appris en îtalie et en Espagne * ; il les raconte avec esprit ; cependant il

^ Le duc d'Orléans donnait parfois à son langage une hardiesse rare à la cour de Louis XIV; après la perte de la bafaillo de Hochstett,le maréchal de Tallard reçut le gouvernement do

est plus de mon goût lorsqu*il est sérieux , car cela est plus dans son naturel. Quoiqu'il parle de choses savantes, on voit cependant sans peine qu'au lieu de lui faire plaisir, elles Tennuient. Je lui en ai souvent fait des reproches ; il m'a dit que ce n'était pas sa faute, qu'il prenait du plaisir à s'instruire de tout, mais que, dès qu'il savait une chose, elle ne lui faisait plus aucun plaisir.

3 août 1717.

Je dis tous les jours à mon fils qu'il est trop bon ; il. en rit et me demande s'il ne vaut pas mieux être bon que méchant. Je ne sais où il a pris sa grande patience ; Monsieur n'en avait guère, ni moi non plus.

G août 1717.

Quand un des enfants de la Montespan mourut, le roi fut sensiblement touché; mais il ne fut point ému de la perte du pauvre comte de Vermandois, car la Montespan et la vieille avaient fait croire au roi que cet enfant n'était pas à lui, mais à Lauzun ' ; mais il eût été à désirer que tous les bâtards du roi eussent été à lui aussi sûrement que celui-là; M*"* de La Vallière n'était pas une maîtresse étourdie et volage, et elle l'a bien montré par son repentir et sa pénitence jusqu'à la fin de sa vie. C'était une personne tout à fait agréala Franche-Comté ; le duc dit qu'il fallait bien donner quelque chose à un homme qui avait tout perdu ; ce mot fut rapporté an roi et lui déplut beaucoup.

1 Le roi avait rétabli Toflice d'amiral de France en faveur du comte de Vermandois; à sa mort il le donna au comte de Toulouse, alors âgé de cinq ans.

ble, bcmne, douce, tendre ^ Elle n*avait pas aimé le roi piff ambition, mais elle avait pour lui une passion sincère, et de sa vie elle n'a aimé personne si ce n'est loi.

9 août 1717.

Mmt fils n'est pas beau : il a de grosses joues, il est petit, gras et fort rouge; mais il me semble qu'il n'est pas désagréable. Lorsqu'il danse ou qu'il est à cheval, il a fort bonne mine, mais lorsqu'il va comme à son ordinaire il ne paraît pas à son avantage.

10 août 1717.

Du temps de la reine et de la première dauphine, il n'y avait à la cour que modestie et dignité. Ceux qui étaient débauchés en secret affectaient en public la retenue; mais depuis que la vieille guenipe s'est mise à gouverner et qu'elle a introduit tous les bâtards dans la maison royale, tout est allé sens dessus dessous.

10 août 1717.

M. de Louvois était d'un très^mauvais naturel; il haïssait son père et ses frères, et c'étaient mes bons amis; je devais donc supporter le poids de leur ini-

< M^l^ àe La ValUère avait Ifi teint beaq, les cheveux blonde, le sourire agréable, les yeux bleus et le regard si tendre et en même temps si modeste, qu'ils gagnaient le cœur et Testime au même moment ; au reste , asse^ peu d'esprit qu'elle ne laissait pas d'orner tous les jours par une lecture continuelle. Point d'ambitiop, point dje vices, toute renfermée en elle-mé|ne et dans sa passion, qui a été la seule de sa vie; l'bumeur douce, libérale, timide, n'ayant Jamais oublié qu'elle faisait mal, espérant tou- Jour» rentrer dap» Le hou chemin, ^Uémoires de Ghoi^y.)

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quifé; ce qui a augmenté sa haine conire moi, c*est qn*il a maltraité mon frère, de sorte qu^il savait bien que je ne pouvais l'aimer. 11 craignait que je ne voulusse me venger, c'est pourquoi il a toujours cherché i exciter le roi contre moi, et c'était le seul point pour lequel il fût d'accord avec la vieille.... Je crois qu'il a été secrèi^nent du complot ourdi par Langhans et Winkler pour faire mourir mon pauvre frère ; car lorsque le roi eut pris le Palatinat, je demandai que l'on arrêtât ces' deux personnages; le roi en donna l'ordre, mais Louvois fît passer un contre-ordre et ils furent remis en liberté. Mais Notre Seigneur Dieu s'est chaîné de venger faon pauvre frère, car Langhans est mort dans un affireux désespoir, et Winkler, devenu fou, s'est lui-m^e brisé la tête.

11 août 1717.

Feu le prince de Conti avait de l'esprit, du courage, était agréable dans toutes ses manières et se faisait aimer; mais ses mauvaises qualités étaient qu'il était faux, qu'il n'aimait que lui-même et qu'il se livrait fort à la débauche avec les hommes; c'est ce qui lui a coûté la vie, car, comme il était d'une constitution faible, U a pris à Fontainebleau des cantharides qui l'ont empoisonné. U a été au moment de devenir roi de Pologne'.

* Né le 30 a^ril 1664, ce prince rnoorot le 22 février 1709. Od trouvera, dans les Mémoires du marquis de Lassay, de longs détails sur Vélection du prince de Gonti comme roi de Pologne. Saint-Simon en parle aussi avec détail. Le prince se souciait fort peu de cette couronne. Il mourut dans de grands sentiments de piété. « La goutte Vavoil réduit au lait pour toute nourriture,

1t août 1717.

Le prince Eugène fait peu de cas des daines; on ne peut dire que, durant son séjour ici, une seule dame lui ait plu ou qu'il ait paru manifester plus d'empressement pour une plutôt que pour une antre; il n'a point passé ici autrefois pour aimer les dames, mais pour avoir été la maîtresse d'autres jeunes gens, aussi l'appelait-on M"' Simoni et M"* Puttana. Quand il a eu un peu d'argent, il s'est fort bien conduit; mais c'est chose affreuse à penser que les bruits qui courent sur son compte sont peut-être vrais, car on dit que pour un écu on pouvait faire de lui ce qu'on voulait. Madame sa mère n'a eu de lui nul souci; elle l'a laissé courir conune un galopin; elle aimait mieux risquer son argent au jeu que d'en employer pour son fils; c'est ainsi que sont ordinairement les fenmies dans ce pays-ci.

Pari», 12 août 1717.

Je suis heureuse de savoir, ma chère Louise, que votre santé est rétablie*. La princesse de Galles m'a fait part du mariage du prince Guillaume de Hesse; mais j'ai appris, d'un autre côté, que l'épousée était

et sa longue maladie finit par une hydropisle. » ( Saint-Simon. ) La Bibliothèque historique de la France énumère onie de ses portraits ; celui gravé par Trouvais le représente en costume de roi de Pologne ; il fut supprimé et la planche rompue, dès qu'on s'aperçut qu'on avait agi avec trop de précipitation.

' Durant la plus grande partie de l'été, Madame avait été sérieusement malade et sa correspondance resta interrompue; on n'a retrouvé que des lettres de Mme de Rathsemhausen, d'une écriture presque illisible et donnant des détails sur la marche de la maladie. -

extrêmement laide et qu'elle avait la tète singulièrement faite. Le prince sera sans doute un jour landgrave régnant, car il n'y a nulle apparence que son frère Biné ait des enfants* Lorsque M*"^ de Langallerie était ici, on disait que l'enfant dont elle était enceinte appartenait au landgrave; elle n'est pas belle et elle a des manières très-aifectées, comme celles des coquettes de province, car à la cour il n'y a pas d'afifectation. On ne peut la voir sans rire, tant elle est ridicule. Langallerie me fait vraiment de la peine * ; il est fort malheureux. Je n^ai pas entendu dire que mon cousin le landgrave ait eu d'autre galanterie que celle-ci, mais tous les hommes, (juels qu'ils soient, sont plus libres dans leurs actions que les femmes; l'un gâte l'autre, et, au fond, il n'y a là nulle honte pour eux. Le comte de Waldeck, qui s'est laissé faire prince, est le bëaufrère du comte palatin de Birckenfelt. Je l'ai vu ici : je ne le trouve pas Inen du tout ; il est gros, épais, et il ne dit pas un mot tout le long de la journée; je ne sais si sa femme l'aime beaucoup, mais elle l'a pris bien malgré elle.

13 août 1717.

Un moine se rendit il y a quelques jours à Luzar-

^ A regard de Philippe de Gentils, marquis de LangaUerie, on peut consulter Saint-Simon , t. IX et XXYl; né en 16S6, il mena une vie fort aventureuse, quitta le service de la France pour passer à celui de l'Autriche, embrassa le luthéranisme, conçut le projet de s'emparer d'une île de TArchipel, et> enfermé dans une citadelle de Hongrie, mourut mystérieusement en i7 17. Quelques auteurs prétendent qu'il succomba k* Tennul et au chagrin ; d'autres «ifUrment qu'il se laissa mourir de faim s enfin, d'après une autre version, il eut la tête tranchée.

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che ; il rencontra on ehemin un inconnu avec lequel il entra en conTersatlon : il paraissait être de bonne compagnie, et racontait ayec esprit toute sorte d'aventures. Ayant appris du moine qu'il était chargé de» recettes de son couvent , qui possédait des terres auprès de Luzarchei cet homme lui dit qu'il était de cet endroit, et qu'il revenait d'un voyage ; puis il dit au moine : < Le chemin que vous avez pris est trop long^ j'en connais un beaucoup plus court à travers la forêt. » Quand ils furent arrivés dans ce bois, l'homme descend, saisit le cheval du moine par la bride et lui demande son argent. Le moine répondit qu'il avait cru se trouver avec un honnête homme, et qu'on ne demandait pas ainsi la bourse aux gens. L'inconnu répondit qu'il ne s'agissait pas de discourir, et qu'il fallait laisser la bourse ou la vie, « Je ne puis, répliqua le moine, porter de l'argent sur moi; mais si vous voulez me laisser descendre, pour que j'aille trouver mon valet , je vous remettrai mille francs. » Le voleur laisse le moine mettre pied à terre ; celui-ci va trou* ver le valet, prend mille francs qui étaient dans une bourse , mais en même temps il se munit d'un pistolet, et le cache dans sa large manche. 11 revient auprès du voleur et lui jette la bourse en disant : voilà l*argent. Le voleur se baisse pour la prendre , mais dans ce moment le moine le renverse roide mort d'un coup de pistolet, remonte à cheval, va trouver la justice et raconte son aventure : on envoie le guet avec lui ; ils trouvent le cadavre encore sur le sac d'argent par terre; on le fouille, et on trouve dans la poche du voleur six sifflets de diverses grandeurs ; on prit le plus

grand et on siffla. Voilà qu'il accourt sur-le-cliamp dix autres voleurs armés : ils se sont vigoureusement défendus ; deux ont été tués et tous les autres arrêtés.

14 août 1717.

Le jeune roi est tombé hier matin de son lit, mais un valet de chambre qui Ta vu tomber s'est rapidement jeté par terre, de sorte que le roi est tombé sur lui et ne s'est pas fait mal. Le roi s'est ensuite caché sous le lit et, par malice, il est resté quelque temps sans parler, donnant ainsi de l'inquiétude à ses gens.

16 août 1717.

Parfois la Dauphine n'était pas laide, lorsqu'elle avait de belles couleurs... Si elle n'avait pas eu .une aussi grande passion pour sa perfide Bessola, elle aurait pu être heureuse ; mais celle-ci, pour la maîtriser constamment et pour se maintenir ainsi auprès du roi et de la Maintenon, a rendu cette pauvre princesse la créature la plus malheureuse qu'il y ait au monde.

17 août 1717.

Mon fils assure fort qu'il ne pense pas à faire l'abbé Dubois cardinal et que l'abbé lui-même n'y songe pas.

19 août 1717.

Mme de Maintenon me reprochait toujours que c'était une honte pour moi de ne pas avoir d'ambition et de ne vouloir me mêler de rien ; je lui répondis : « Si une personne s'était livrée à beaucoup d'intrigues pour être Madame, est-ce que son fils ne pourrait pas

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lui permettre ensuite de jouir tranquillement de son rang? Figurez-vous donc qu'il en a été ainsi de moi, et laissez-moi en repos. » Elle dit : « Vous êtes opiniâtre.» Je répondis: « Non, madame, mais j'aime mon repos, et je regarde votre ambition comme pure vanité. » Je crus que cette femme ne pouvait manquer de crever dans sa peau, tant elle était fâchée. Elle dit : « Mais essayez, on vous aidera. » Je dis : « Non, madame ; quand je songe que vous, qui avez cent fois plus d'esprit que moi , n'avez pu vous maintenir à la cour, que vous aimez tant, que serai-je moi , pauvre étrangère, qui n'entend rien aux intrigues et qui ne les aime pas? » Elle se mit en colère et dit : < Allez, vous n'êtes bonne à rien. »

21 août 1717.

La feue reine aimait extrêmement le jeu ; elle jouait à la bassette, au reversi et à l'ombre, quelquefois à la petite prime; mais elle ne pouvait jamais gagner, car elle n*avait pas su bien apprendre les règles du jeu.

. 24 août 1717.

La vieille guenipe s'est tenue complètement retirée; personne ne peut dire qu'elle se soit mêlée de la moindre chose ; cela me fait croire que cette femme a encore quelque projet dans la tète, mais je ne puis deviner ce que ce peut être.

26 août 1717.

La taille de M™» la Duchesse la jeune est monstrueuse ; c'est une méchante diablesse fausse en tout .point ; elle a beaucoup d'esprit et elle est extrêmement

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