‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 2)Chapitre 8 sur 22 · AVERTISSEMENT. XI · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. XI

Le Régent eut, eti outre , de quelques unes de ses nombreuses maîtresses, divers enfants naturels qui restèrent dans l'obscurité.

En lS53y noua avons mis au jour une traduction de la correspondance publiée par M. Menzel; la faveur avec laquelle le public a accueilli ces Nouvelles Lettres nous imposait le devoir de continuer un travail dont plusieurs écrivains, justement renommés, ont rendu compte avec indulgence.

M. Sainte-Beuve, dans deux articles insérés au Moniteur (11 et 19 octobre 1853), a fait ressortir avec autant de justesse que d'habileté tout ce que présente de curieux et de piquant cette correspondance écrite par une princesse sillemande, qu'un mariage, dicté par la politique, plaça au milieu de la cour la plus trillante qu'ait jamais eue la France. Les splendeurs de Versailles n'éblouirent point la flUe de l'électeur palatin ; elle resta indépendante et sauvage ;'elle conserva tout son ft-anc-pàrler ; elle consigna satis réserve, dans une correspondance des plus actives, ses jugements sur les personnes et les choses offertes à ses regards; elle entassa des anecdotes qu'il ne faut ni admettre sans réserve, ni rejeter complètement. Ses préventions ^égarèrent parfois ; sa haine contre M"» de Maintenon, haine exprimée dans un langage et une violence étranges, admettait comme vérité démontrée tout ce que la médisance et même la calomnie pouvaient diriger contre la femme qui avait, aux yeux de la duchesse d'Orléans, le tort impardonnable d'être Tennemie d'un fils adoré.

M. Barrière, dans le Journal des Débats (février 1854), et M. Depping, dans Y Athmuntni français, oât consacré des articles au volume que nous avons édité.

Aujourd'hui, nous refondons en entier notre travail et nous y joignons les fragments publiés en 1788 par H. de Praun.

Dans ce volume, ainsi que dans les éditions françaises, les extraits empruntés aux lettres de Madame étaient ran*

XII AVEaTISSEMENT.

gés par chapitres spéciaux^ selon qu'ils se rapportaient à telles ou telles personnes > à Louis XIY, par exemple ^ ou au Régent. Nous avons rétabli l'ordre chronologique et suivi û date des lettres; cette disposition permet de mieux saisir la suite des événements et l'esprit qui inspire toute cette correspondance.

Nous avons entrepris une traduction nouvelle^ en nous attachant à serrer le texte de plus près que ne l'avaient fait nos devanciers. Il ne s'agit pas de chercher chez Madame le mente d'une diction élégante et soignée ; on sait combien son style est négligé^ combien elle y mettait peu d'art. Les répétitions^ les incorrections reviennent constamment sous sa plume. En voulant donner un peu plus d'élégance à cette diction inculte^ les traducteurs précédents ont altéré sa physionomie. Ils la font sans cesse parler de Louis XIV^ expression que Madame n'a pas écrite une seule fois; elle n'appelle jamais ce monarque que le roi, le f^m roi, ou notre roi. De longs passages français ont été conservés tels qu'ils se trouvent dans l'édition de 1789^ où ils avaient subi une révision grammaticale et orthographique.

11 eût sans doute été désirable d'avoir sous les yeux la correspondance autographe de Madame ; nous n'avons pu y parvenir. D'après des renseignements venus d'une source diplomatique, les lettres originales ont péri dans un incendie. Elles n'auraient pu d'ailleurs être reproduites en entier; nous avons déjà dit qu'une foule de détails dénués de tout intérêt, de protestations d'amitié et de dévouement, se multipliaient sans cesse sous la plumé de Madame; M. Menzel, ainsi que M. de Praun, ont été obligés d'opérer de larges coupures dans les lettres qu'ils ont eues à leur disposition. Tout reproduire exactement n'eût donné que d'énormes et illisibles volumes. D'ailleurs la duchesse écrivait le même jour à plusieurs personnes de sa famille ; ce qu'elle racontait à l'une , elle le disait

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aussi à rauti*e ; c'était parfois une sorte de circulaire ; il suffît de signaler ces reproductions presque littérales; il ne saurait être question de les imiter.

Nous avons tait faire des recherches en diverses villes de l'Allemagne, dans Tespoir d'y rencontrer des lettres échappées à la plume active de la duchesse d'Orléans et demeurées inédites ; ces recherches n'ont point eu les résultats que nous espérions. Nous nous flattions de découvrir quelque chose à Vienne, où les archives de la maison de Lorraine ont dû être transportées; une lettre d'un savant distingué qui habite cette ville nous a prévenus que nul débris de la correspondance de Madame ne s'y trouvait.

Nous avons du moins la satisfaction de joindre à notre publication quelques lettres inédites de Madame, provenant des dépôts publics de Paris ou de la collection d'un amateur ; nous donnons, pour la première fois, les lettres à M. et à M*"* de Harling, qui ne se trouvent que dans le volume imprimé en 1792, sous la rubrique de Dantzig, volume qui est devenu peu commun en Allemagne et qui est introuvable en France K

Dans sa première enfance, la jeune princesse fut confiée aux soins de M^e de Offeln, qui lui inspira une affection aussi sincère que durable. Dès l'âge de neuf ans, elle lui écrivit une lettre que nous plaçons en tête de notre recueil. Avant d'aller en France, la fille de l'électeur adressa encore d'Heidelberg, de Frankenthal et autres lieux de nombreuses lettres à son institutrice.

Mlle de Ofieb se maria en 1669 et devint M"^ de Harling. Madame, de son côté, se trouva la belle-sœur de Louis XIY, et son commerce épistolaire redoubla d'activité.

' Il a pour titre : Bekeniniite derPrinxeuin Elitàbefh'Charlotle ton OrUini aui ihren originalbriefeny in-is (sans nom de libraire ni d'imprimeur], 9 featllels, et 198 pages. Pour épigraphe ce ren dr Pope: The proper iludy of Mankind is Man. ^indication de Danixig est supposée j le Tolome a été imprimé h Brunswick oa h Hanovre.

XIV àVBRTiSSBIODrr.

La dernière lettre adressée à M"« de Hariing et qû ail été coDsenrée est du 29 décembre 1687 ; cette dame mourut au commencement de 1702, et nul doute que la duchesse n'eût, durant ces quinze années, écrit maintes et maintes fois i la personne qu'elle chérissait

La correspondance avec M. de Hariing conmience en i 702 et s'étend jusqu'à la mort de la duchesse, en 1722. Ces lettres sont beaucoup plus intéressantes que celles adressées à l'ancienne institutrice ; elles s'anhnent surtout après la mort de Louis XIV. Madame savait que toutes ses lettres étaient ouvertes; sa rude franchise, son laisser-aller épistolaire lui ataient valu les désagréments les plus pénibles; après la mort du roi, après la fin du pouvoir de M»« de Naintenon, elle put avoir toute sa liberté. On conlinuait d'ouvrir ses lettres par kabUttde ; c'est elle-même qui le dit, mais elle ne s'en inquiétait nullement Son fils était Taitltre des destinées de la France, et ce fils respectait et chérissait une mère avec laquelle il ne se contraignait pas et dont il ne suivait point les conseils.

Nous ayons cru devoir ajouter à notre traduction un certam nombre de notes; il fallait d'abord rappeler au lecteur quels sont les personnages dont les noms reviennent dans celte correspondance; il convenait de signaler les sources auxquelles on peut recourir pour plus amples détails. Nous avonsétéfortsobresde citations lorsqu'ils'est agi d'ouvrages généralement connus, tels que les Mémairei de Saint-Simon et les Lettres de Madame de Sévigné. Nous nous sommes donné un peu plus de latitude lorsqull a été question de livres qui ne sont pas dans les mains de tous les lecteurs.

Nous avons été heureux de pouvoir invoquer parfois le témoignage d'un ouvrage très-curieux et peu répandu. M. Léon de Laborde, membre de l'Institut, a joint à un travail publié en 1845, sur le Palais-Mazarin^, un appen-

1 Aojourd'liai bibliothèque iiujiériile. Ce travail fait partie d'une êkw

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