CORRESPOND ANCE
Allemands veuillent être autre chose que des Allemands et qu'ils méprisent leur nation.
Venuilles, 15 août 1115.
Notre roi n'est pas bien; cela me tracasse au point que j'en suis à moitié malade; j'en perds l'appétit et le sommeil. Dieu veuille que je me trompe, nais si ce que je crains arrivait, ce serait le plus grand malheur qui put m' arriver. Si je vous expliquais tout cela, ce serait si abominable que je ne puis y penser sans devenir toute chair de poule. Ne dites à personne, en Angleterre, ce que je vous mande là, mais j'en suis fort troublée.
Si vous saviez, chère Louise, comment tout va ici, vous ne vous étonneriez pas de ce que je vis Irès-retirée. le ne peux ni ne veux jouer, et l'on ne vient pas volontiers auprès de ceux qui ne jouent pas; la conversation n'est plus à la mode; tous les hommes sont tellement eiïrayés et ils craignent si fort de parler, qu'ils se font peur mutuellement. Je n'ai jamais aimé à frayer avec la jeunesse; les personnes de mon âge sont à l'écart, ou bien auprès de la toute-puissante dame dont je ne suis pas la favorite. Il faut donc que je reste toute seule; mais cela ne me contrarie pas, car des sociétés ou l'on ne peut parler franchement et où il n'est possible de causer que de la pluie et du beau temps, du jeu et de la toilette, sont pour moi chose très-peu agréable ; elles me fatiguent, et je préfère ma solitude ; vous trouverez, je crois, que je n'ai pas tort; quant aux intrigues, je ne peux ni ne veux m'en mêler en rien.
Versailles, 50 «oui 1 71 5.
On peut avoir Tait beaucoup de choses au nom du roi Jacques sans qu'il en ait eu connaissance; les prêtres en sont très-capables ; toutes les querelles qu'il y a au sujet de la religion viennent de la Faute des prêtres de tous les cotés; au lieu de chercher les moyens de rétablir la paix, ils cherchent (je le dis de ceux de tous les côtés) uniquement les moyens d'animer tous les chrétiens les uns contre les autres ; ils pensent ainsi réussir à dominer sur les personnes les plus élevées; ils sont tels que sur cent à peine en trouve-t-on un seul qui ne soit pas plein d'ambition . Je suis persuadée que si l'on voulait s'entendre mutuellement de bonne foi, toutes les religions pourraient se réunir et ne former qu'un troupeau et qu'un pasteur. Vous avez vu, par ma dernière lettre, que j'ai reçu une lettre fort polie et de la propre main du roi George. Madame de Main tenon n'a point été malade ; elle est fraîche et en bonne santé ; plût à Dieu que notre roi fût aussi bien ; j'aurais alors moins de soucis que je n'en aï.
lût m s.
Ma chère Louise, je suis tellement troublée que je ne sais plus ce que je fais ou ce que je dis; il faut cependant que je réponde à votre bonne lettre le mieux qu'il me sera possible. Je dois d'abord vous dire que nous avons eu hier le spectacle le plus triste et le plus touchant qu'on puisse imaginer; Le roi, après s'être préparé à la mort, après avoir reçu les derniers sacrements, s'est fait apporter le Dauphin, lui a donné sa bénédiction et lui a parlé; il m'a fait venir ensuite, i. 10
ainsi que la duchesse de Berry et toutes ses autres filles et petits-enfants; il m'a dit adieu avec des paroles si tendres que je m'étonne de n'être pas tombée à la renverse sans connaissance. Il m'a assuré qu'il m'avait toujours aimée et plus que je ne le croyais moi-même, qu'il regrettait de m'avoir quelquefois causé du chagrin. Il m'a demandé de me souvenir quelquefois de lui, ajoutant qu'il pensait que je le ferais volontiers, car il était persuadé que je l'avais toujours aimé; il a dit de plus qu'il me donnait sa bénédiction et qu'il faisait des voeux pour te bonheur de toute ma vie. Je me suis jetée à ses genoux, et, prenant sa main, je l'ai baisée. Il m'a embrassée et il a ensuite parlé aux autres. Il leur a dit qu'il leur recommandait l'union. J'ai cru qu'il disait cela pour moi, et je répondis que pour cet objet comme pour tous les autres j'obéirais à Sa Majesté tant quéje vivrais; il s'est mis à rire etil a dît: « Ce n'est pas pour vous que je parle ainsi ; je sais que vous n'avez pas besoin dû pareilles recommandations; mais je le dis aux autres princesses. ■ Vous pouvez croire dans quel état tout cela m'a mise. Le roi a une fermeté au delà de toute expression; il donne ses ordres comme s'il n'était question que d'un voyage. Il a dit adieu a bous ses gens; il les a recommandés à mon fila et l'a fait régent, avec une telle tendresse qu'elle pénètre l'âme de part en part. Je Crois que je serai la première personne de la famille royale qui suivra le roi s'il meurt; il vit encore, mais il devient de plus en plus faible et il n'y a plus d'espoir. Quand je dis que je crois que je serai ta première à suivre la roi, c'est d'abord mon âge avancé; ensuite, aussitôt que
le roi sera mort, on mènera le jeune roi à Vincennes, ■ et tua» irons tous A Paris, dont l'air est mauvais pour moi; je resterai là dans mon deuil, privée d'exercice et de bon air, et, selon toute apparence, je tomberai ■ malade. Il n'est pas vrai que M"* de Maintenait soit morte; elle est en parfaite santé et dans la chambre du roi, qu'elle ne quitte ni jour ni nuit.
S le roi meurt, comme il n'y a pas moyen d'en douter, c'est pour moi un malheur dont vous ne poutbï vous faire une juste idée, et cela à cause de beaucoup de raisons qui ne peuvent s'écrire. Je ne vois devant moi que misère et malheur; le séjour de Paris m'est insupportable.
A M. DE HAMING.
ÎSioûlillft.
N'avais-je pas raison d'avoir des inquiétudes pour le roi George lorsqu'il est devenu roi d'Angleterre et de désirer qu'il eut été souverain dans un tout autre pays plutôt que dans eelui-làî Je connais trop bien ces diablee d'Anglais pour leur confier un cheveu. Dieu préservé Leurs Majestés et tes princes et toute la famille, niais j'avoue que j'ai de justes inquiétudes & leur égard.
A LA COMTESSE LOUISE. '
VerulIlM, 6 wpiembre 111*.
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, mais cela m'était impossible, tant j'étais accablée et dans un trouble inexprimable. Le roi est mort dimanche dernier, à neuf heures du matin. Vous pouvea croire que j'ai
184 ' CORRESPONflANCE
eu bien des visites à faire et à recevoir, et que j'ai reçu et écrit bien des lettres. Avant-hier et aujourd'hui j'en ai reçu deux de vous, mais je ne suis pas en état d'y répondre, car je suis extrêmement troublée, et de la perte du roi, et de ce qu'il faut que j'aille dans ce maudit Paris ; si j'y passais un an, j'y tomberais horriblement malade; je veux donc le quitter le plus tôt possible et aller à Saint-Cloud. Tout cela m'intrigue fort, mais se plaindre n'amène à rien; il vaut mieux que je réponde à votre lettre. Je suis très-franche et très-naturelle, et je dis tout ce que j'ai sur le cœur; je vous dirai que c'a été pour moi une grande consolation de voir tout le peuple, et les troupes et le Parlement entier, venir voir mon fils et le reconnaître publiquement pour régent. Ses ennemis, qui s'agitaient tout autour du lit de mort du roi, ont été tout déconcertés et leur cabale a dû lâcher le terrain. Hais mon fils prend les affaires tellement à cœur, qu'il n'a plus de repos ni jour ni nuit; j'ai peur qu'il ne tombe malade, et bien des idées tristes me viennent dans la tête, mais je ne peux les dire.
Mon fils a prononcé un discours au Parlement, et l'on assure qu'il n'a point mal parlé. Le jeune roi est fort délicat; les ministres qui gouvernaient sous le feu roi ont conservé leurs places, et comme ils restent sans aucun doute tout aussi curieux qu'ils l'étaient, les lettres continueront à être ouvertes. 11 est tout à fait impossible qu'à Paris je conserve ma santé; car ce qui me la conservait, c'était l'air et l'exercice, la chasse et la promenade; et à Paris, je n'aurais ni air ni exercice. Hais je dois apprendre à me résigner à la
DE MAMITK LA DUCHB9SH D'ORLÉANS. 185
volonté de Dieu; l'affreuse méchanceté et la fausseté de ce monde dégoûtent d'ailleurs de la vie, et je ne puis me flatter d'être aimée de tout le monde. J'apprends avec plaisir que te roi George se porte bien, ainsi que la famille royale. Dieu les conserve! Je ne sais si je vous ai écrit que l'ambassadeur de Portugal a fait ici son entrée avec tant de magnificence, qu'il jetait au peuple des monnaies d'or et d'argent de son souverain. Hilord Stairs m'a remis les portraits des deux petites princesses; remerciez bien la princesse de Galles de ce charmant cadeau. On m'appelle pour me mettre à table; je ne puis relire ma lettre; excusezen les fautes.
' Paris, 10 leplembre 1715 Nous sommes enfin depuis hier dans cette triste ville. J'ai, hier soir, passé mon temps à pleurer, et je me suis donné une forte migraine. Mon fils m'a donné un appartement nouveau, qui est, sans comparaison, bien supérieur à l'ancien; j'espère que ma santé s'en trouvera bien ; mais je me déplais beaucoup ici. J'ai, ce matin, commencé à écrire ; mais je n'ai pu achever que quelques lignes, car j'ai eu autour de moi effroyablement de monde, et la tête me fait tant de mal que je ne sais ce que je dis ou ce que je fais. Cest un vrai supplice que d'être ici; mais il est est inutile de se plaindre, et le mieux est de lâcher de se résigner. On a hier porté le feu roi à Saint-Denis ' . Toute la maison
1 On sait que Louis XIV tut enseveli avec peu de cérémonie et qu'il ne tut nullement regreltt ; le» recueils de l'époque contiennent de nombreuses pièce*, aatiriquet et d'une insolence tou-
royale est dispersée : le jeune roi a été conduit hier à Viuccnnes; M*' de Berry, à Saint Cloud ; 1* femme de mon fils et moi, ici ; mon fils y est venu après avoir accompagné le roi à Vineennes; je se Bais où les autres ont été.
Je n'ai point vu la due de Lecds, et je n'en ai pas entendu parler. Il me semble que la mode, en Angleterre, est do boire beaucoup j lorsque le due de Rienmond était ici, il s'enivrait tout le long du jour, le n'ai pas entendu dire qu'il fut arrivé ici de nouveaux lords; mais, à dire vrai, deprria trois semaines, je ne sais trop ce qui se passe, et c'est bien ■naturel, car j'ai
vent très-blàmable. Nous en prenons quelques-ones comme an bâtard :
Non, Lirais n'étoit pu ti dur qu'il le puât. Et Sun trepu le justifie,
D t « «sort p«r intn «lut.
Hic fut! iiUÊtmbprmdo, «nwirlm-, «ntutfcr ; ffwnc magnum tripliei dicere jure faim.
On chansonnier rima sur les derniers moments du monarque des couplets qui ne manquent pan d'une certains verve et qui obtinrent dm grande vogue :
Il M tourne wi le Diophiu Bi loi tient ce liags^e :
■ÎKnou , je loin laiiu kllb nt beriuge ;
DE MADAME LA DUCHESSE n'OHLÊAHS. 187
été du» de hian grandes peines. Ah! voilà la femme démon fils qui vient; j'ai été aujourd'hui interrompue plus de trente fois; mais c'est ainsi à Paris.
htrta, llaeptesibn rîlJ.
Je ne sois pas étonnée, ma chère Louise, que la mort do roi tous ait été au cœur; ce que je tous ai écrit n'est rien auprès de ce que nous avons vu et entendu. Le roi, de lutmême, était bon et juste; mais la vieille femme l'avait si bien dominé, qu'il ne faisait rien que d'après sa volonté et celle des ministres, car il n'avait confiance qu'en elle et en son confesseur; et comme le bon roi n'était pas fort instruit, le jésuite et la vieille
En W™ qu'on admire Vkwg.i-icnn diu> L'itl Le Tari d and lise, l»f« A la fioon da niiibl.
Ditei de pro/tnut» jour lui.
femme d'un côté, les ministres de l'autre, ont fait faire au roi tout ce qui leur a plu ; les ministres n'étaient, la plupart du temps, que les créatures de la vieille vilaine; aussi je puis dire avec vérité que tout ce qui a été fait de mal ne provenait pas du fait du roi, mais on l'abusait et on l'égarait.
On a conduit hier le jeune roi au Parlement, pour son lit de justice ; la régence de mon fils a été enregistrée : c'est donc chose sûre et certaine.
Je suis certaine que mon fils voudrait que je trouvasse ici de l'agrément; mais cela n'est pas en son pouvoir. Je voudrais avoir la fièvre, car j'ai promis de ne pas quitter Paris si je n'y tombais pas malade ; la migraine, que je suis sûre d'avoir tant que je serai ici, ne compte pas; mais dès que j'aurai la fièvre, je m'en retourne à notre cher Saint-Cloud. Mon fils a bien autre chose à faire qu'à songer à mes plaisirs et à mes convenances; il a grandement besoin qu'on prie bien Dieu pour lui; il me parait bien résolu à suivre les derniers ordres du roi et à vivre en bonne amitié avec ses parents. Je crois que ce qu'il pourra diriger luimême ira bien ; mais beaucoup de choses échapperont nécessairement à sa direction. Pour montrer qu'il ne veut pas gouverner sans autre règle que son caprice, il a déjà créé divers conseils : l'un pour les affaires civiles, l'autre pour les affaires ecclésiastiques ; il y a aussi le conseil des affaires étrangères et celui de la guerre; il ne peut faire que ce qui y a été décidé, et il est difficile de croire que le conseil des affaires ecclésiastiques, qui est composé de prêtres, se montre favorable aux réformée. Je suis bien décidée à ne nie mêler
de rien du tout ; la France a été trop longtemps, et pour son malheur, gouvernée par des femmes; je ne veux pas, en ce qui me concerne, donner des motifs pour qu'on fasse à mon fils pareil reproche; je veux que mon exemple lui ouvre le* yeux, et qu'il ne se laisse gouverner par aucune femme. Saint-Cloud est pour moi un endroit enchanteur, et c'est avec raison, car il n'y a pas au monde de séjour plus agréable; mais si j'y avais été, tout Paris m'aurait détestée, et en considération de mon fils, il a fallu m'en abstenir. Ne croyez pas, chère Louise, que la mort du roi me rende libre de mes actions comme je le désirerais ; on est tenu de vivre d'après les usages du pays et on n'est nullement maître de sa conduite. Dans ma situation, on est vraiment victime de la grandeur, et il faut se résigner à faire ce dont on n'a aucune envie. N'ayez point pour moi de reconnaissance si je vous écris au milieu de mes chagrins; rien ne soulage plus le cœur que de faire part de ses peines aux personnes qu'on aime, et qui portent à nos afflictions une sympathie réelle! 11 est vrai que tout le monde croyait le roi mort lorsque M"" de Haintenon s'est retirée; il avait perdu connaissance pendant un long moment, mais il est ensuite revenu à lui.
Je ne veux plus parler de choses aussi tristes et qui m'affectent cruellement; le roi a montré la plus grande fermeté jusqu'au dernier moment ; il a dit en riant à M** de Maintenon : « J'avais entendu dire qu'il était difficile de mourir; je vous assure que je trouve que c'est, chose très-aisée ■ 11 est resté vingt-quatre heures sans parler à personne, et durant ce temps il n'a fait
que prier et répéter : • Mon Dieu, ayes pitié de moi; Seigneur, je suis prêt à paraître devant vous; à quoi tient-il, mon Dieu, que tous ne me preniea? » U a ensuite répété avec beaucoup de piété l'Oraison domini* cale et le symbole, et il a expiré ea recommandant son âme à Dieu.
P«k, n Mpuubrelllfi.
Le Parlement a reconnu les droite de mon file pour la régence, droit» que sa naissance hii confère incontestablement. Le roi' lui avait dit qu'il avait fait un testament dont il n'aurait pas à se plaindre; et oe testament s'est trouvé en entier en faveur du due du Haine; U n'est dono pas difficile de deviner qui l'a dicté; mais n'en parlons plus. Mon fils m'a trop souvent entendue parler de vous pour ne pas vous connaître et vous apprécier, et il m'a chargée de vous présenter ses eeinpliœents les plus affoctueuï. La besogne dont il est chargé actuellement n'est pas chose facile; il trouve tant dans un bien triste état ; il faut du temps pour réparer uns situation pareille; rien ne se présente si ce n'est peine et soucis, et pour mon fila comme pour moi, l'avenir ne se montre pas sous de Batteuses couleurs. On a répandu dans la ville plus de quarante placards contre lui, et les ducs et pairs ont voulu caboter dans le Parlement ; mais comme mon fils est fort aimé du peuple et des troupes, ils en ont été pour leur peine, et ils en ont en toute la honte. J'avoue cependant que je suis fort inquiète en le voyant en butte à 'tant d'animosité.
Parti,» Hataahra ni s.
Je ne vois mon fils qu'une fois par jour, et il ne resta
DE MADAME LA DUCHESSE d'oRI.ÉASS. 191
avec moi. qu'une demi-heure. Je prends mes repu seul* & table, ayant autour de moi cent personnes auiquelles il faut que je parle, que j'en aie envie ou non; tout le long du jour je reçois des visites qui m'interrompent pendant que j'écris, et il faut faire ta conversation : cela dure jusqu'à huit heures du soir. En somme, je n'ai que vexation et ennui; pas le moindre contentement : telle est ma misérable vie; mais il faut se résigner à la volonté de Dieu. Ah! ma chère Louise, vous ne connaissez pas ce pays ; on porte mon fils aux nues, mais c'est dans le but d'en tirer avantage chacun à son profit; cinquante personnes veulent t« même emploi, et comme on ne peut le donner qu'A un, on se trouve Caire quarante-neuf mécontent» qui deviennent des ennemis acharnés. Mon fils travaille tellement depuis six heures du matin jusqu'à minuit, que je crains que sa santé n'en souffre fort ' .
Parti, ÎT septembre ms.
Toute la journée je reçois La visite de gens importuns arec lesquels il faut s'entretenir. J'ai peur que l'eicès du travail ne rende mon fils malade, car il ne pourra soutenir une occupation aussi prolongée. J'ignore s'il deviendra roi, c'est le secret de Dieu ; mais le deviendrait-il, il ne pourrait faire que ce que lui suggérerait son conseil de conscience sur lequel, comme vous pensez bien, je n'aurai aucune influence ; ce qu'il y a de sûr, c'est que s'il pouvait suivre aa propre inclination, personne au monde ne serait tracassé &
1 Ceci «'accorde peu avee ce que dit Saint-Simon : ■ Il n'y eut JiimaU ctiei le due d'Orléans ni pluma, ni encre, ni papier. ■
cause de la religion. Je trouve que l'empereur a fait tres-sagement de défendre les disputes théologiques. Cela me paraît un excellent exemple et une chose trèschrétienne : je voudrais qu'il en fût de même dans tous les pays chrétiens.
A S. D£ BEAVSOBRE, CAPITAINE DANS LE RÉGIMENT SUISSE DE COURTEN, A PERPIGNAN '.
Pull, 28 septembre 1116.
le suis bien persuadée que votre bon cœur vous a fait prendre part à ma douleur, et que vous-mesine vous avez ressenti vivement la perte d'un roy qui avoit de si grandes qualitez. l'espère que vous trouverez dans mon fils autant de bonne volonté pour vous que Sa Majesté pouvait en avoir ; car il est très-favorablement dispose pour les officiers qui servent bien.
A LA COMTESSE LOUISE
S octobre 1715.
Je me suis rendue à Saint-Cloud tandis que la duchesse de Berry était ici ; entre nous, je ne veux avoir rien & démêler avec elle; nous ne sympathisons pas ensemble ; je vis poliment avec elle comme avec une étrangère, mais je ne la vois pas souvent, et je ne me mêle de rien de ce qu'elle fait, ni de ce que font sa mère ou ses sœurs; je ne m'occupe que de moi. La
1 Cette lettre, dont la signature seulement est de la main dt Madame, fait partie du cabinet du docteur J. -F. l'ajen, à Paris, qui a bien voulu hods la communiquer; on trouvera plus lai* deui autres lettres provenant de [a même collection; une d'elles est également «dressée a M. de Bcauseirc.
DE MADAME LA DUCHESSE D*0RLÉÀNS. tô3
cour n'est pas comme en Allemagne, et n'est plus ce qu'elle était du temps de Monsieur, lorsque nous dînions tous ensemble, et que nous étions réunis chaque soir dans les grands appartements. Aujourd'hui, chacun vit à part; mon fils prend ses repas de son coté, moi du mien ; sa femme en fait de même ; elle est tellement paresseuse, qu'elle ne peut jamais se résoudre un seul instant à faire la moindre chose; elle reste couchée sur un canapé; M" de Berry suit au Luxembourg l'exemple de sa mère; tous voyez ainsi, ma chère Louise, qu'il ne peut plus y avoir de cour. Ah! vous ne connaissez pas les Français : tant qu'ils espèreut obtenir ce qu'ils demandent, c'est charmant ; mais sur cinquante aspirants, on se fait quarante-neuf ennemis qui cabalent et font les diables. le connais trop bien la cour et l'État pour me réjouir un seul instant de ce que mon fils est devenu régent.
l'ai tenu la parole que je vous ai donnée, et j'ai sollicité vivement pour les pauvres gens qui sont aux galères ' ; j'ai obtenu des promesses, mais ici on ne dit non à personne.
Écrivez-moi ce que mon fils a fait à l'égard du roi
1 Les réformés qui, tous Louis XIV, avalent été persécutés à cause de leur religion. Nous lisons dans les Mémoire* du chevalier dePloeeens: «Madame tollidioit avec un léle vraiment chrétien Il clémence de 8. A. R. pour le» réformés ; II en tira des galères soixante-huit, auxquels II donna pleine liberté de se retirer hors du royaume. • Hais cet acte de tolérance lut bientôt suivi de nouvelles rigueurs ; en IllT, par exemple, on prit auprès d'Anduie soixante-quatorze réformés ; les hommes, au nombre de vingt-deux, furent condamnés aux galères, les femmes et les UIIfi â une prison perpétuelle.
d'Angleterre, car je n'en Sais vraiment ncn. It'eMiÀr que tant que je suis resté* en Allemagne, je n'ai pts vu de corruption dans le genre de celle dont je mi» témoin ; mais en Allemagne» tout ne se vend pas et ne s'achète pas comme ici, ce qui rend les gens si intéressés.
J'ai toujours entendu dire qu'il y a en Angleterre une corruption effroyable; mus, à Paris, on apprend sans cesse des choses affreuses;
Parte, l&oclobre 1116,
Quand vous coûnHÎtrez toutes tes particularités de ma vie, voua ne vous étonnerez pas que je ne sols pofot gaie; voua serez surprise, au contraire, de M que je n'éprouve pas bien plus de tristesse. Je ne suis jamais plus tranquille que lorsque je sais toute seule, mais cela ne m'arrive guère. H*** de Ratzenhausen est amusante et droU, elle fait ce qu'elle peut pour me divertir; mais sa gaieté ne peut détruire la cause de mon affliction. Ha tante Sophie avait bien des sujet» de contentement que je n'ai pas; elle avait -auprès d'elle une charmante princesse dont elle avait fait le mariage; elle était maîtresse absolue de ses actions, elle pouvait aller où elle voulait, agir a Son entière convenance; cela change bien les choses. Une gêna éternelle est une terrible affaire, surtout lorsqu'elle ce peut finir qu'au moment de la mort.
Je rentre de la promenade ; le temps est délicieux et comme au mois de mai.
Je ne sais ce que mon fils a dit à lord Stairs, au sujet des galériens, mais je puis vous assurer que torque je
DE MADAME LA WCHESSB d'oBLÉANS. 1BS
loi « ai parié, il m'a donné bon espoir, ma disant cependant que do très-fortes raisons ne lui permettaient pu ds mener la chose promptement.
Dans kw derniers temps, la vielle femme et tea ministre» ont fait bien des choses sans que le roi le sût ' . On Me peut blâmer le jeune roi Jacques de chercher à monter sur son trône, mais see partisans doivent raQMrir aux armes et non a l'assassinat. 11 ne faut pas rtloiuior que les Anglais pensent qu'on peut facilement se faire tuer, car ils sont toujours prêts a adopter, en fait de religion, les idées les plus singulières. Ma tante Sophie aimait les Turcs, et disait qu'ils étaient das gens fort estimable*.
Parla, 18 octobre 1T1S.
Non fils a autant d'ennemis que d'amis, et je crains que le nombre de ses ennemis n'aille en augmentant avec te temps. On a bien voulu s'adresser à moi, mais j'ai congédié si bien tout le monde en disant : Je ne me mêle de rien, qu'on a pris enfin le parti de me laisser en repos ; et je remercie Dieu d'avoir agi de la sorte, autrement je n'aurais eu de repos ni jour pi nuit, car on est ici tellement intéressé qu'il n'est pas jusqu'aux servantes qui ne vous poursuivent de leurs demandes.
Mon docteur est un homme habile ; il a si bonne mine qu'on le prendrait plutôt pour un colonel que pour un docteur; j'ai pensé, quand je l'ai pris, que si feu la dernière élcelrice palatine qui, i oe qu'on dit, a épousé un docteur, avait vu celui-ci, elle aurait été
* «Loui» XIV fut dupe de tant «qui liomp«lesprin«i, e'est- *-<t|re lu minUtlii, lot femme» et les d*ioU ■> ( Mentesaïueii J.
196 CORREâPONDAKCS
infidèle au sien; pour moi il me serait impossible d'aimer un docteur, fût-il comme un ange; mais comme notre chère électrice avait l'habitude de dire ; Chacun pense à sa guise, et met l'odeur de ses excréments {fireck) au-dessus de celle de l'encens.
Mon petit chien, qui est toujours près de moi, vient de sauter sur mon papier et a effacé trois mots; je ne sais si tous pourrez les lire. Hais, pour revenir à ce que je voulais dire, les docteurs sont ici de sots diables, et ils pensent qu'il n'y a pas au monde de gens qui valent mieux qu'eux.
Pari», 1b octobre 1715.
On avait écrit des livres affreux contre le cardinal Mazarin'; il s'en montra fort irrité; il fit rechercher tous les exemplaires comme s'il voulait les briller; lorsqu'il les eut tous, il les fit vendre en secret et comme si la chose se passait à son insu, et il en retira dix mille écus. II se mit ensuite à rire et il dit : « Les Français sont de gentils personnages; pourvu que je les laisse chanter et écrire, ils me laissent faire ce que je veux. >
1 Ainsi que le remarque M. detaborde, Maiarin regarda longtemps avec une profonde indifférence les libelles dirigés contre lui. En Juillet 1850, 11 notait dans son agenda : • Fsjre quelque papier et l'imprimer contre le eoadjuteur. » 11 ne parait pas d'ailleurs s'être soucié du déluge d'écrits satiriques en verset en prose qui surgirent pendant la Fronde. — Les nombreui écrits publiés soub le titre de Mazartnadet, et fort oubliés aujourd'hui, contiennent contre le cardinal les injure» les plus violentes, les accusations tes plus vives, il est curieux, au point de vue historique, de connaître ce débordement de colère. Nous donnons quelques détails à cet égard dans une note que son étendue nous décide a renvoyer ù la un de ce volume.
DB MADAME LA DrCHBSSE D'OSLÉANS. 107
Parte. îB octobre 1115.
La fausseté m'est insupportable, et je la trouve ici dans tous les coins; cela me rend la vie à charge. J'ai appris aujourd'hui des choses qui me rendent toute triste; vous n'en seriez pas surprise si vous connaissiez les détails, mais ils ne peuvent s'écrire par la poste, II y a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête à une personne honnête comme vous.