A LA PRINCESSE DE GALLES
!S Juillet 1119.
Le Dauphin (fih de Louis XtV) ne manquait pas (l'esprit ; il saisissait fort bien tous les ridicules, les siens aussi bien que ceux des autres. 11 racontait d'une manière plaisante quand il le voulait; mais il y avait en lui une paresse telle qu'elle lui faisait tout négliger. )! aurait préféré la vie indolente à la possession de tous tes empires et de tous tes royaumes. De sa vie il ne s'est jamais opposé à aucune des volontés du roi, et il était soumis à la Màintenon autant que qui que ce soit. Ceux qui ont dit qu'il se serait retiré si le roi
1 On lit dans plusieurs passages des Itlifmûires in Saint- Simon, que Louis XIV était tres-bUachî au régiment du Roi, et qu'il e'éù occupait dans lès moindres détails.
avait déclaré son mariage avec la guenipc 'ne le connaissaient pas ; il avait lui-même une vilaine guenipe pour maîtresse, et l'on pensait qu'il l'avait épousée en . secret ; elle se nommait Mllf Choin ' ; elle est encore à Paris. Ce qui a empêché que la vieille Maintenon ne fût déclarée reine, ce sont toutes les bonnes raisons que l'archevêque de Cambrai , M. deFénelon, a données au roi ; aussi a-telle persécuté ce bon et respectable prélat jusqu'à sa mort.
A LA COMTESSE LOUISE
Mm'lj, S «oui 1715.
Aussitôt que je serai de retour à Versailles, je ferai faire une copie de mon portrait par Rigaud, qui a saisi ma ressemblance d'une manière étonnante ; vous verrez alors, ma chère Louise, comme je suis devenue vieille.
11 ne faut pas être surpris si le prétendant a le désir de remonter sur un trône qui lui appartient par tous les droits de la naissance, et d'où sa religion seule ['éloigne. Je ne sais pas comment les Anglais peuvent le haïr; c'est un des meilleurs et des plus honnêtes personnages que notre Seigneur Dieu ail créés. Je voudrais , comme j'ai dit quelquefois , que le roi
1 Die zote, la vilaine, la sale ; c'est ainsi que Madame désigne mdb cesse M">< de Maintenon. Nous avons dû reproduire ce» injures dictées par une aveugle animosilé.
* Marie-Emilie Joly de Choin j on croit que le Dauphin l'avait épousée en secret; lien sera reparlé dans la suite de ces lettres. Elle survécut longtemps, à son amant, et mourut en 1744.
George fût empereur romain, et le prétendant roi d'Angleterre; mais désirer ne sert à rien.
La femme de mon fils a un perroquet qui répète tout ce qu'il entend dire et qui imite tout le monde, fl sait les noms de toutes les femmes de chambre et de tous les valets, et il les appelle si bien qu'ils accourent, croyant que c'est la duchesse. 11 était dernièrement dans une chambre où se trouvaient des ouvriers qui parlaient entre eux assez grossièrement , et lorsque la duchesse vint à lui , il lui dit : * Madame , baise mon cul. » Vous pouvez facilement vous figurer combien cela fit rire. J'ai doux perroquets ; ils sont verts ; l'un me déteste comme le diable et souffre tout le monde, excepté moi ; l'autre n'aime que moi et déteste tout le monde.
Les lettres de la reine d'Espagne à Bayonne ' ne consistent qu'en compliments et en commissions, parmi lesquelles il y en a de fort ennuyeuses ; elle demande un évéché pour celui-ci et un emploi de capitaine des gardes pour celui-là ; elle veut une pension pour un tel et une abbaye pour un autre. Hais si je dis le mal, je dois aussi dire le bien; je suis fort obligée à celte bonne reine, car elle a beaucoup travaillé au raccommodement de mon fils avec le roi d'Espagne. Je voudrais qu'en m'écrivant elle n'employât pas des mots tout enfantins, comme petite maman; je n'ai pas été habituée à être appelée ainsi. Ses lettres ne me font pas grand plaisir, tandis que les vôtres, chère Louise, sont les plus agréables que je
' La veuve de Chartes 11.
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puisse recevoir. Ma fille est dans une grande affliction, car son beau-frère, le prince François, est mort m la petite vérole ; il n'avait que huit ans, lorsqu'elle Alla en Lorraine; il était élevé près d'elle et elle le regardait comme son enfant. Lorsque tes catholiques anglais sont ici, ils se montrent comme pleins de piété. 11 y a quelques années, je Vis Chez ma tante, l'abbessé de Haubuisson, un homme que je pris pour Un officier : il avait Une grande perruque et une cravate, et, comme il ne portait pas d'épée, je crUs qu'il était prisonnier; il avait bohrie Mine, quoiqu'il ne fût pas jeune. Je demandai qui était cet officier; ma tante se mit à rire et me dit que c'était un moine de l'ordre de Saint-François, qui arrivait d'Angleterre. Alors il me dit, en versant des larmes, que la religion catholique était tellement haie dans ce pays, que les moines ne pouvaient y porter leur habit. Je répondis que s'il n'y avait que cela, il n'y avait pas grand sujet de plainte, car une perruque avait meilleure mine qu'une tète rasée. Pendant notre dialogue, ma tante était du moment de crever de rire. Les Anglais sont tous horriblement débauches ; c'est encore pis chez eux qu'en France et en Italie.
M" d'Orléans n'est pas de mon avis à l'égard de ses filles; elle voudrait qu'elles se fissent toutes religieuses : elle n'est pas assez bête pour croire que cela les menât au ciel; c'est de sa part pure paresse, car c'est la femme la plus paresseuse du monde ', et elle
< Saint-Simon confirma en plusieurs endroits de ses Mémoires ce que dit Madame à l'égard de la paresse et de l'apathie
DE MADAME LA DUCHESSE p'0RLÈAN3. 179
craint, si elle les avait près d'elle, d'avoir la peine dq les élever...
Rien dans le monde ne me dégoûte pjus que le tabac à priser; il rend les nez horribles et H répand une odeur infecte, l'ai connu, des gens qui avaient l'haleine la plug douce; après s'être adonnés au tabac, six mois ont suiïi pour les. rendre puants comme boucs. Avec tro nez barbouillé de tabac, on a l'air, passez-moi l'expression, d'être tombé dans la fiente V Le roi le déleste; mais ses enfants et ses petits-enfants en prennent, quoiqu'ils sachent que cela lui déplttU '. 11 faut s'en abstenir tout à fait, car si l'on en prend un peu, on veut bientôt en prendre beaucoup; on l'appello l'herbe enchantée, parce que celui qui a coinmencc' * en faire usage ne veut plus s'en passer.
Je n'ai plus entendu parler de la comtesse de Wartenberg; mais on dit qu'il y a d'étranges choses entre elle et son fils; c'est un jeune homme qui a quinze Ms, et elle ne veut pas souffrir qu'il couche ailleurs que dans son lit à elle; on lui a dit que cela faisait jaser, mais elle ne s'en soucie pas.
Je veux du bien à voire beau-frère parce qu'il est encore un bon Allemand; je ne puis souffrir que les
de la duchesse; tl en trace d'ailleurs un portrait favorable: « Elle étoit grande et de tout point majestueuse; la mesure et toute espèce de décence et de bienséance etoient cfaex elle dans leur centre • (Voir t. XXIII, p. 31 , et sur son désir de contribuer à la grandeur du duc du Maine, p. 40).
1 Im drecA.
* Saint-Simon ( t. Il , p. 122) rnconlo rrue les Mlles du roi envoyèrent un Jour chercher des pipes au corps-do -garda des Suisses et se mirent à fumer.