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loin, ht diable dans l'enfer ne peut être pire qu'elle n'a été ; son ambition a jeté toute la France dans le malheur. Lu Fontange était une bonne personne', je la connaissais bien ; elle a été une de mes filles d'honneur; elle était belle des pieds jusqu'à la tête, mais elle avait peu de jugement ' .
A LÀ C0MTES8R LOUIS*.
Pu*, 14 Mwnbre 111 S.
Je crois que bien des gens se déclareront contre le roi George, car le chevalier de Saint-George s'est rendu en Ecosse. Oh m'a raconté ce soir les détails de son évasion. Il était à Commercy chei le prince de Vaudemont, et il avait chassé le cerf; après la chasse, 11 y eut un retour de chasse, et ils restèrent à table jusque bien après minuit. En rentrant dans sa chambre, il dit qu'il était fatigué et qu'on le laissât dormir jusqu'à oo qu'il appelât. A deux heures après-midi, comme il n'avait pas donné signe de vie, ses gens eurent peur, entrèrent dans son appartement, et ne le trouvant pas dans son lit, ils coururent tout effrayés porter cette nouvelle au prince de Vaudemont. Celui-ci se conduisit comme ne sachant rien; il dit qn'il fallait chercher le chevalier. Après une heure de recherches inutiles, fc le prince ordonna de lever tous les ponts-levis, de façon que personne ne pût, de trois jours, sortir du château. Pendant ce temps le chevalier se rendait en
* Marie- Angélique Scoraille de Roussille, néa eo 1681, inerte en 1681 i délaissé» par le cul, elle s'était retirée ■ Port-Roy»!. Elle s'était montrée tuwl peu «'lisible qua peu spirituelle. • H Murut beaucoup de bruits iur M mort au dewantatje de M"« û«
lfonlesnaa • [Souvenirs de Mue ne Caylus),
DE MADAME LA DUCHESSE s'ORLÈANS. IBS
Bretagne; il s'est jeté dans une barque de pécheur qui l'a conduit eu mer à un navire éoosaais, où il y mit divan seigneurs, avec lesquels il s'est rendu en Éo«se. Si demain j'apprends quelque autre chose de neuf et si je ne meurs fus cette nuit, je tous le manderai.
On ne sait ce qui résultera de tout ceci, mais je suis peûiée pour les deux rivaux. Le roi George est le fils de nui chère tante l'électrice, ce qui me le rend aussi cher que s'il était mon enfant; d'un autre coté, lu Prétendant est aussi mon parent; c'est le meilleur homme qu'il y ait au monde; un toutes occasions, lui et ta reine, sa mère, m'ont témoigné toute l'amitié possible. Je ne puis donc vouloir de mal ni à l'un ni à l'autre.
Je dois aussi vous dire qu'il serait souverainement injuste, de la part de lord Stairs, d'accuser mon fils d'avoir pris part à la fuite du chevalier ; comment pouvaitril savoir ce qui se passe à Commercy, et deviner que le chevalier voulût se rendre incognito en Bretagne? Ce n'est que huit jours après que mon fils a appris tout cela, et lorsqu'il en a été instruit, tout était terminé.
La Hontespan ' était un diable incarné, mais la Fon-
1 Françolae-Athénais de Ileenedionart de Mortemart, née en 1641 , marte en 1707. Il serait inutile de redire Ici le* détails qu'on trouve partout su sujet de cette femme il remarquable par ses charmes, son esprit et le rôle qu'elle Joua pendant une partie du règne le plue brillant de la monarchie. Elle a été généralement Jugée aieo beaucoup de sévérité (Voir dans la Biographie WiverteUe, t. XXIX, l'article que lu> ■ cqUMtté H. Duplexais).
200 CORBESPOHDAKCE
lange était bonne et simple; toutes deux étaient fort belles. La dernière est morte, dit-on, parce que la première l'a empoisonnée dans du lait; je ne sais si c'est vrai, mais ce que je sais bien, c'est que deux des gens de la Fontange moururent, eton disait publiquement qu'ils avaient été empoisonnés.
' A H. DE HÀRLLNG.
3 décembre 1115.
Le chevalier de Saint-George est le meilleur homme et le plus poli qu'il y ait au monde. 11 demandait une fois à mylord Douglas : * Que puis-je faire pour acquérir la sympathie de mon peuple? > Douglas lui répondit : < Embarquez-vous, prenez douze jésuites avec vous, et, aussitôt que vous serez arrivé, faites-les pendre publiquement; rien ne saurait être plus agréable aux Anglais. »
Paris, 10 dréorabro 1715.
L'histoire de la dame qui a épousé un marin est plaisante; elle me fait souvenir d'une autre histoire qui est arrivée cet été. Une dame de Lorraine, qui se
Les chansonniers manuscrits disent que le roi donna au comte de Funtcnac le gouvernement de Québec , pour l'éloigner de M™ de Munlespan, à laquelle 11 avait bu plaire avant qu'elle De fût mariée ; le couplet suivant circula en secret: la m» n.i qu te roi, noire tira,
Moi, Fouteoic, je me crtie dt rire,
nomme H"* de Rosière, alla rendre visite à une demoiselle qui habite dans le voisinage, et qui se nomme M"* de Choiseuil; elle a été fille d'honneur de la duchesse du Haine, et nous la connaissons toutes. En arrivant, M"" de Rosière va droit à la chambre de M1" de Choiseuil, et entrant sans dire gare, elle la trouve au lit avec son jardinier à elle, qui s'appelle grand Colas. Voilà M"" de Rosière toute stupéfaite qui s'écrie : « Ah ! mon Dieu ! mademoiselle, qn*est-ce que ■ mon jardinier fait dans votre lit?» H"* de Choiseuil répond qu'il est dans son lit parce qu'il est son mari et qu'elle l'a épousé par un sentiment de reconnaissance. Étant tombée dans l'eau quelques jours avant, grand Colas était venu i son secours et lui avait sauvé la vie, et elle n'avait pas trouvé de meilleur moyen de lui témoigner sa gratitude qu'en l'épousant. C'est ce qu'elle a fait, en dépit de tous ses parents; elle a voulu le faire anoblir par le duc de Lorraine, mais elle n'y a pas. réussi; elle a cherché à arriver à son but auprès du roi, mais elle n'a pas eu plus de succès; en sorte que la aère demoiselle de Choiseuil est restée M* Grand Colas1.
H. Leibnitz, auquel j'écris quelquefois , m'assure
1 Qu'il nous soit permit de citer ici une anecdote qae noua retrouvonsdaus les Mémoire* de la baronne d'OberUrch ( 1 853 ); le grand-père du duc de Choiseui, minisire de Louis XV, était envoyé du duc de Lorraine auprès du régent; Il fut un jour apostrophe par ce dernier, mécontent sans doute de quelques procédés de la part du duc : ■ Je crois en vérité que votre mnitre se f... de moi. — Monseigneur, répliqua fièrement l'envoyé lorrain, le doc mon maître ne m'a pas chargé d'en informer Votre Altesse royale- >
que je n'écris point mal l'allemand; cela m'a fait
pbtiair, car je serais bien fâchée d'oublier ma langue
maternelle.
Pari». 17 «oembrc 171S.
On vient de me dire qu'une homme, qui est resté inconnu, se promenant dans le jardin du Palais-Royal, il y a une demi-heure, et ayant une belle bague en diamant, des filous l'ont surpris, lui ont mis sur le 'visage un masque de poix, lui ont pris sa bague, une montre en or et quatorze pis tôles. L'usage d'un masque de ce genre est quelque chose de neuf.
11 est positif que les rebelles ont envoyé à mon fils un émissaire avec une lettre; il l'a renvoyé de suite et n'a pas voulu ouvrir la lettre. Ainsi, si l'on fait courir a Londres quelque réponse de sa part, vous pourrez affirmer qu'elle est supposée.
Pari», S janvier U tfl.
La- seconde fille de H"' d'Orléans est bien élevée et n'est point laide. Elle persiste fermement dans sa résolution d'être religieuse; il me semble cependant qu'elle n'en a guère la vocation. Je fais mon possible pour la détourner de ce projet, mais elle a toujours cette folie en tête... Elle a de très-jolies mains et elle a naturellement un teint rose et blanc.
Pari», 4 janvier 1716.
H"** d'Orléans a eu six filles. La première est morts à l'âge de deux ans; la seconde est la duchesse de Berry; la troisième est âgée de dix-sept ans, on l'appelle M11* de Chartres; c'est elle qui doit être rtU-
DB MÂMMB I,A BDGHBSW D ORLÉANS. SOS
gleiiM, «t, pour la figure comme pour I* tailla, c'est la plus jolie de toutes; la quatrième se noms» M"* de Valois; elle a quinze ans accomplis au mois d'octobre. Puis vient Le duc de Chartres qui, au mois d'août, a eu douze ans. La cinquième, M,,a de Montpensier, qui est dans un couvent à Beauvais, a eu sis ans le 1 1 de ce mois. Nous avons enfin MllB de Beaujolais qui a un an, et la duchesse d'Orléans est encore enceinte. On n'a jamais pense à marier M11* de Chartres au cheva- lier de Saint-George; il est vrai que le bruit en a couru, mais les gens que la chose intéresse n'en ont pas eu l'idée.
Paria. G Janvier 17.16.
M** d'Orléans ne s'inquiète pas de ses enfants; je les laisse se quereller et s'arranger comme ils voudront; tout cela s'est fait sans mon approbation ; qu'ils se débrouillent comme ils voudront. Je suis persuadée que toutes les incommodités et las faiblesses de H*" d'Orléans viennent de ce qu'elle est toujours tu lit où sur sa chaise longue ; elle mange et boit couchée; c'est chez elle pure paresse, de là vient que nous ne pouvons manger ensemble. Depuis la mort du mi, elle ne m'a pas parlé.
Parli, 7 jinrier ma.
M1" de Berry est rouge. Lorsqu'elle veut plaire, il faut qu'elle parte/car elle parle bien ; elle a une éloquence naturelle. Elle a toujours auprès d'elle des gens qui la trompent. Je ne lui dis plus rien; elle a 4e l'esprit, mais elle a été fort mal élevée; je ne la regarde plus comme un de mes petits-enfants; elle
204 COBRESKHfBÀItflE
reste de Bon cote ; je ne m'occupe pas d'elle et elle île
s'occupe pas de moi.
s junte ma.
Il n'y a jamais eu de frères plus différents que le feu roi et Monsieur; cependant ils s'aimaient beaucoup. Le roi était grand et cendré ou d'un brun clair ; il avait l'air mâle et extrêmement bonne mine ; Monsieur n'avait pas l'air désagréable, mais il était fort petit, il avait les cheveux noirs comme du jais, les sourcils épais et bruns, de grands yeux bruns, un visage fort long et assez étroit, un gros ne», une très-petite bouche et de vilaines dents; il avait les manières d'une femme plutôt que d'un homme; il n'aimait ni les chevaux ni la chasse; il ne se plaisait qu'à jouer, tenir un cercle, bien manger, danser et faire sa toilette; en un. mot, il se plaisait à tout ce qu'aiment les dames. Le roi aimait la chasse, la musique, le spectacle; Monsieur n'aimait que les grandes assemblées et les bals masqués; le roi aimait à être galant avec les dames; je ne crois pas que, de sa vie, Monsieur ait été amoureux.
S JuiTier 1716.
Mon fils a fait de bonnes études, il a une bonne mémoire, il saisit tout avec facilité. 11 ne ressemble ni à Bon père, ni à sa mère. Monsieur avait un visage étroit et long, tandis que mon fils a une figure carrée. Sa démarche est comme celle de Monsieur et il fait avec ses mains les mêmes mouvements. Monsieur avait une fort petite bouche et de vilaines dents; mon lits a une grande bouche avec de jolies dents.
DE MADAME LA MICHBSSE D'ORLÉANS. ?û&
Parti, IS janvier 1110.
Mon fils est trop prévenu en faveur de sa nation; quoiqu'il voie tous les jours combien ses compatriotes sont faux et trompeurs, il croit fermement qu'il n'y a aucun peuple qu'on puisse comparer à la France.
Si mon fils l'avait voulu, son œil serait depuis longtemps guéri ; mais quand il se trouve mieux, il ne se ménage pins, il s'expose à l'air de la nuit ; il boit et il mange immodérément, ce qui n'est pas bon pour Bon œil.
J'assure que tout s'est passé en tout honneur entre mon fils et la reine (d'Espagne). Je ne sais si mon fils a eu le bonheur de plaire à cette reine, maïs il n'a jamais été épris d'elle. Il dit qu'elle avait bonne mine et une belle taille, mais que ni sa figure, ni ses manières n'étaient de son goût. Je ne peux certainement pas nier qu'il est coquet ', mais il a ses caprices, tout le monde ne lui plaît pas. Le grand air lui convient moins que l'air débauché et dégingandé comme celui des danseuses de l'Opéra. J'en ris souvent avec lui.
Part*, 14 Janvier 1118.
Je ne veux pas tarder plus jongtemps à vous écrire, ma chère Louise, car hier j'en ai été bien empochée; il ne s'en est fallu que de l'épaisseur d'un cheveu que mon appartement ne fut brûlé. J'avais recommandé de m 'éveiller à sept heures, car j'avais énormément à écrire; j'avais reçu do la princesse de Galles une lettre
' Ce- iflot est cd ftaimiii dans le texte original.
de vingt-huit pages, et de ma fille une de douze pages ; je voulais avoir tout le temps d'y répondre. A trois heures du matin, j'entends un grand bruit; je pense que cela va passer et que je pourrai me rendormir, lorsque je vis entrer dans ma chambre le laquais qui vient habituellement allumer mon Feu ; je lui dis : ■ Évin, que venez-vous faireï vous rêvez; il s'en faut bien qu'il soit sept heures; trois heures viennent de tonner. » Il me répond : « Je le sais bien, madame, mais il faut pourtant que vous vous leviec, s'il vous plaît, car l'Opéra brûle ; heureusement le vent porte la flamme du cote" du cal-de-sac ; mais si le vent changeait, et s'il portait ta flamme du coté du théâtre, le Palais-Royal serait tout en flamme que vous n'auriei pas le temps de vous chausser. » En entendant cals, je me levai et m'habillai bien vile, comme vous pouvez croire; l'Opéra touche presque à mon appartement; le feu aurait dévoré le théâtre avec ses décorations, ses bois et ses toiles comme un morceau de paille. Un des premiers valets de chambre du toi, revenant du jeu à deux heures de la nuit, vit des flammes sortir de l'Opéra; il cria-au feu et fit réveiller mon fils; on sonna le tocsin; plus de deux cents travailleurs furent aussitôt réunis; on se procura de l'eau de tous Cotés; enfin, grâce à Dieu, on se rendît maître du feu. Quand je vis que tout danger était fini, je me remis au lit et je dormis jusqu'à une heure; je me mis à table à trois heures, et je reçus beaucoup de visites, qui m'étaient faites à l'occasion de cette aventure; je l'ai mandée à la princesse de Galles et à ma fille. Vous pouvez croire que, de la sorte, tout mon temps
DB MADAHI LA MWMBSS8 D'OHLEÀNS. 307.
«'set trouvé pria, et ce D'est qu'aujourd'hui que j'ai eu le moyen de tous écrire. Paria est détestable, cir on «ai sans cesse forcé d'y faire ce qu'on ne Mut pas, et on a toutes les peines du monde à faire es qu'on veut. Si je vis jusqu'au printemps, j'aurai uns bvm grande joie & quitter cette ville qui m'est odieuse.
Notre petit roi est aux Tuileries en parfaite santé ; il n'a jamais été malade ; il est très-vif et ne reste pas us seul instant dans la même position. A vous dire vrai, c'est un enfant mal élevé; on lui laisse faire tout ce qu'il veut, de peur de le rendre malade. Je suis persuadée que si on le corrigeait, il serait moins emporté, et qu'on lui fait grand tort en le laissant agir selon tous ses caprices; mais chacun. veut gagner les bonnes grâces du roi, quelque jeune qu'il toit.
10 Jsniler 1716.
H"" la duchesse (de Bourbon) a appris de sa mère et de sa tante ' k tourner les gens en ridicule; elles ne f usaient pas autre chose ; tout le monde était l'objet de leurs railleries, et cela sous prétexte d'amuser le roi. Les enfants qui étaient toujours là n'ont pas au ni entendu autre chose. C'était un rude tribunal, mais S n'était pat aussi dangereux que celui de la gouvernante des enfant (*"" da Mainlenon), car celle-ci y aûail très-sérieusement et sans projet de divertir, et l'on disait an roi toute sorte de mal de tout le monde sous prétexte de dévotion et de charité, afin de cor-
1 Mesdames de Montespan et de Tbiaiige.
riger le prochain; de cette façon on donnait au roi mauvaise opinion de toute la cour; la vieille empêchait ainsi le roi de prendre du goût pour quelqu'un e t d'aimer à se trouver avec tout autre qu'avec elle et ses créatures : c'était les seules gens parfaites et exemptes de tout défaut. C'était d'autant plus périlleux que d'ordinaire, des lettres de cachet, envoyant en prison et en exil , suivaient ces dénonciations, ce que H*" de Hontespan n'avait jamais fait. Lorsqu'elle avait ri de quelqu'un, elle était contente et en restait là.
lSjanrier 1716.
Dans un bal masqué qui a eu lieu à l'Opéra à Paris, un masque inconnu est monté dans une loge où étaient les maréchaux de Villars et d'Eslrées. Ce masque demanda au maréchal de Villars : « Pourquoi n'allez-vous pas danser là-bas ? » Le maréchal répondit : « Quand je serais en âge de danser, je ne le pourrais, estropié comme je suis. »Le masque dit: * Descendez et le maréchal d'Estrées aussi, car voua y brillerez beaucoup ayant de si belles cornes tous deux, » et il plaça deux de sas doigts élevés sur le front de chacun. Le maréchal d'Estrées ne fît que rire; l'autre se fâcha et dit : c Voilà un masque bien insolent; je ne sais à quoi il tient que je lui fasse donner cent coups de bâton. » Le masque répondit : * Pour des coups de bâton, c'est moi qui les donne aux autres; pour des insolences, ce n'est que pour en dire que je me sais masqué, « et là-dessus il s'est sauvé et on n'a pu le retrouver.
Il jMTier nm, Le roi de Danemark, Frédéric IV ', me parait an peu niais ; il voulait passer pour amoureux de ma fille, pendant qu'il était ici ; en dansant il lui serrait la main, il regardait le ciel; il commença un menuet à un bout de la salle et le devait terminer à l'autre bout, mais il resta au milieu du salon sans savoir ce qu'il devait faire. Il me fit de la peine; je me levai, le pris par la main et le ramenai a sa place ; je crois que sans cela il serait encore au même endroit. Le bon sire ne sait ce qui est bien et ce qui est inconvenant.
18 janvier 1716, l'ai souvent entendu M1"* de Haintenon dire en plaisantant : € J'ai été trop loin et trop près des grandeurs pour savoir ce que c'est. >
Paris, Si janvier 1118.
le ne sais , ma chère Louise , ce qu'est l'hiver en Angleterre ; mais ici , nous avons le froid le plus vif que j'aie éprouvé de ma vie. Il dure depuis cinq semaines entières, et chaque jour il est plus rude. La thermomètre est aujourd'hui de onze degrés plus bas qu'hier. Depuis que cela dure, nous n'avons aucune nouvelle d'Angleterre, et cela n'est pas étonnant, car on dit qu'à Calais la mer est affreuse et couverte de glaces; aussi les navires anglais ne peuvent-ils pas sortir de Douvres. J'en suis bien contrariée, car il me
1 Né «d 1ST1 ; en 1692 11 flt du voyage en France et en
Italie -, il monta sur le tidne en 1699, et 11 donna des preuve*. d'application au travail et d'intelligence dans les afTaiica ; il mourut en 1730.
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tarde extrêmement d'avoir d«is nouvelles, et de Bavoir comment vont lee affaires du Prétendant. La reine d'Angleterre a été bien heureuse d'apprendre l'arrivée et la bonne réception de son fils en Ecosse; la pauvre femme n'est pas accoutumée à se réjouir; sa satisfaction a été si vive que la fièvre qu'elle avait lui a passé.
Il est positif qu'a. Paris on trouve en un jour plus de choses qui empêchent d'écrire, qu'il ne s'en prér sente à Versailles en une semaine entière. Hier, j'avais auprès de moi vingt-neuf princes, oomtes ou gentilshommes allemands. Les princes étaient le prince héréditaire de Wurtemberg, qui n'est pas beau, mais qui est un jeune homme très-convenable et bien posé ; il a pour l'accompagner un homme très-distingué, M. de Forstner. 11 y avait aussi un prince d'Anhatt, qui n'est pas mal bâti, mais il est réellement fort laid et il s'imagine avoir de la beauté; il est épris d'une de mes petites-filles, H"* de Chartres; lorsqu'il la voit, il fait des grimaces telles que, bon gré mal gré, on ne peut s'empêcher de rire. Mous avons aussi un prince de Frise, qui est un personnage fort raison* nable ; il ne se crée pas de chimères ■ il va son droit chemin , sans se donner aucun ridicule. En fait de comtes, il y a le comte de Weissenwolf , les comtes d'Hoym; trois autres comtes autrichiens dont les noms m'échappent. En voyant tant d'Allemands autour de moi, je me suis souvenue d'une histoire assez plaisante. Lorsque votre frère Charles-Louis vint ici, j'étais assez mal avec le chevalier de Lorraine ', et le
t Philippe de Lorraine -Armagnac, chevalier de Malte et fe-