‹ Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent; (volume 3)Chapitre 28 sur 32 · DE MADAME LA DCCHESSK T) '(1RT.IÏ ASS. SU · texte numérisé non relu

DE MADAME LA DCCHESSK T) '(1RT.IÏ ASS. SU

bruit courut que, pour me venger, votre frère voulait provoquer en duel le chevalier. Grand nombre de seigneurs des plus distingués de la cour vinrent me demander en grâce de les accepter comme seconds du raugrave ; je ris de tout mon cœur, et je Tes assurai qu'il n'était nullement question d'un pareil combat. Je ne sais si le chevalier entendit parler de ceci, mais un jour que Charles-Louis était dans mon appartement , en compagnie de beaucoup d'autres Allemands, le chevalier se présenta à la porte. Aussitôt qu'il aperçut cotte réunion, il se retourna brusquement, et se sauva comme s'il avait vu le diable. Un de ses amis le rencontra et lui dit : Où courez-vous donc si vite Ml répondit : c Madame ne m'aime pas; elle est entourée de son raugrave et d'antres grands Allemands; j'y pourrais mal passer mon temps; c'est pourquoi j'ai pris le parti le plus sur, car, qui sait ce qui pourrait arriver si Madame disait quelque chose au milieu de tous ces Allemands? ils sont mauvais railleurs. * Tout cela nous lit beaucoup rire.

Le Prétendant a été bien reçu en Ecosse et proclamé roi ; mais je ne saurais vous en dire davantage, car nous avons fort peu de nouvelle» d'Angleterre.

Vous avez bien raison de dire que mon fils est juste,

vori de Monsieur. Madame avait de très-bonne» raltona pour être mal avec lui. C'était un des personnage» les plu» déprave» de l'époque ; 11 mourut aubileuiant et d'une façon digne de sa vie (on verra plu» tard ce que Madame dit de u mort). Cet homme, soupçonné de l'empoisonnement de la premier» femme de Monsieur, avait pourtant quatre abbaye* dont le» revenu» servaient I te» débauche».

il n'est que trop bon et trop équitable, et cela lui fait commettre bien des erreurs '.

11 y a des choses sur lesquelles on pourrait beaucoup dire eu tète à tête ou par des occasions sûres , mais non par la poste ; ce qui se passe me rappelle une histoire que la duchesse de Mccklembourg m'a racontée. Du temps du roi Louis XIII, il y avait à la cour un fou qui vint une fois avec un manteau sur lequel il avait fait broder des pies. Vous savez qu'il y a un oiseau que les Français appellent ainsi. Alors le fou se mit sur le passage du roi, qui dit en voyant ce manteau : Qu'est-ce que tu as làï Le fou répon- . dit : Sire, je vais comme votre cour. — Comment donc? dit le roi. — Le fou répondit : Je vais de pie en pie [de pis en pis), et votre cour aussi. — C'est ce que je pourrais dire à mon fils.

P»rij, !6 janvier 1718.

M*" la duchesse (de Bourbon) a trois filles charmantes : l'une d'elles , M"" de Clermont , est fort belle, mais je trouve sa sœur, la princesse de Conti, bien plus agréable. La mère n'a pas plus de beauté que ses filles , mais elle a plus de grâce, meilleure mine et des façons plus engageantes ; l'esprit étincelle dans ses yeux, ainsi que la malice. Je dis lou-

1 Le laiaae r-aller et la nonchalance du régent Knt l'objet des rallleriea de l'époque.

Vîw notre régent I t

11 etl ii déboiurir*, J

Qu'il ettoomm un «faut Qu'on tieot à la litière.

Et la nuit elle jour. . i

jours qu'elle ressemble à un joli chat qui , tout eu jouant, Tait sentir ses griffes. Elle se moque de tout le monde; elle est fort amusante, et elle tourne tout en ridicule d'une manière si plaisante, qu'on ne peut s'empêcher de rire. Elle est de bonne compagnie, toujours gaie, et elle a de fort jolies saillies. Elle est fort insinuante, et quand elle veut plaire à quelqu'un, elle peut prendre toutes les formes ; de sa vie elle n'a eu nn moment de mauvaise humeur, et, si elle n'était pas fausse, comme elle l'est en effet, il n'y aurait pas de personne plus agréable; elle sait se plier à l'humeur de chacun , et l'on pourrait croire qu'elle a une véritable sympathie pour les gens à qui elle en témoigne, mais il ne faut pas du tout se fier a elle.

S «Trier 17 18.

Le cardinal de Noailles ' est certainement un cardinal vertueux et d'un grand mérite; ce qu'ils ne sont pas tous. Nous en avons quatre ici, tous différents les uns des autres. Trois ont ceci de commun entre eux qu'ils sont faux comme bois de potence , mais ils sont de figure et d'humeur diverses. Le cardinal de Polignac est bien élevé; il a de la capacité; il est insinuant , il a une voix douce ; il est trop adonné à la faveur et à la politique, ce qui lui fait faire toutes 1 Louis-Antoine de Noailles , d'abord évêque de Chatons , nommé archevêque de Paru en 1690, mort en 1739. Le cardinal de Bausset l'a apprécié avec beaucoup de justesse dani son Histoire de l'énelon : * Avec ses vertus et us qualités infl- '■ niment estimables, il avait ce mélange d'entêtement et de <• faiblesse, apanage trop ordinaire de* caractères plus recora- » inondables par la droiture des sentiments et des intentions " que pur la rectitude et l'étendue des Idée*. »

J|4 COBJtESMfIDAHCR

les fautes qu'on pent lui reprocher. Le cardinal de Itohan a belle mine comme madame sa mère ' , mais il n'a pas de taille; il est Tain comme on paon, plein de fantaisies, tripotier, intrigant, esclave des jésuites; il crût tout gouverner et il ne gouverne rien ; il croit être sans égal au monde. Le cardinal de Bissi * est laid; il a la mine, d'an paysan bien lourd; il est lier, méchant et faux, plus dissimula qu'on ne saurait l'imaginer, flatteur jusqu'à la fadeur; on voit sa fausseté dans ses yeux i il a des moyens, mais il ne s'en sert que pour faire du mal. Ces trois cardinaux pourraient mettre le Nasilles dans un MO et le vendre sans qu'il t'en aperçât, comme dit le proverbe; ils sont tous trois bien plu* fins que lui. Le Blwi ressemble au Tartufe comme deux gouttes d'eau ; il en a toutes

6 février H 16.

Les dames dé ce pays sont extrêmement joueuses ; c'est la source de bien des maux. On m'a souvent dit en face : Vous n'êtes bonne à rien ; vous n'aimez pu

le îeu.

6 février 1718.

Quant à la reine d'Angleterre, femme de Jacques. II,

> Hm rtttSoubise, qui fut I'udb de» maîtresses de Lont» XIV. Son OU (ut le plu» beau lies cardinaux, Bu dire de Saint-Sluion, qui en parle I plusieurs reprises.

* Henri de Thiard, cardinal de Bissy, né en 1657, nommé évéqae de Tool en 1887; en 170+ , II succéda a Bossuet sur le siège de Heanx; en 1715, 11 fut nommé cardinal; il mourut le Ï7 Juillet 1137. Il prit une part active aux querelles du Jansénisme dont 11 fut l'adversaire déclaré. De nombreux auteurs rendent un témoignage iréa- honorable en faveur de «es vertus et de es charlU-

DE HADAHS LA DUCHfiSBB D'ORLÉANS. SIS

que nous connûmes à Saint-Germain, il est oerUiià que , Comme sa belle-fille voulait lot soutenir qu'elle n'était pas enceinte, elle aurait dû prendre de plus grandes précautions; j'en ai parlé moi-même » Sa Majesté; elle m'a dit qu'elle avait prié la princesse Anne de mettre la main sur son ventre et de sentir comme quoi l'enfant se remuait, mais qne celle-ci n'avait pas voulu le faire ; la reine dit qu'elle n'avait jamais pu penser que des gens, qui chaque jour la voyaient grosse, pussent croire qu'elle n'avait pas accouché.

Pirli, Il février 17IB.

Un cavalier du régiment du prince de Lambesc avait un frère à Nancy; ils convinrent d'un endroit où ils » rencontreraient. Le cavalier étant arrivé an rendez-vous, n'y trouva que la tête de son pauvre frère et une main qui tenait encore un sabre nu; le malheureux avait été dévoré par les- loups. Ces animaux vont par bandes de huit ou dix et attaquent les voyageurs; ils ont tué beaucoup de monde '; l'extrême riguear du froid est la cause de ces malheurs. A Paris, huit pauvres blanchisseuses étaient à travailler sur un bateau; la glace a coupé le câbla comme aurait (ait un rasoir ; le bateau a été mis en pièces ; une des blanchisseuses n eu la présence d'esprit de sauter de glaçon en glaçon ; on a eu ainsi le temps de lui jeter des cordes et de la sauver; mais toutes les antres ont péri. La glace a coupé la tète & l'une et a coupé une

. * De* récits semblable», et qui ne paralnent point exempt* d'eugërUion, te trouvent du» ['Biliaire notable de ta rage du loupe advenue l'an 1500, par Jean BanbiD, Imprimée A MontbellUrd en 1601.

autre par le milieu du corps ; c'était chose affreuse; mais ce qu'il y a de plus terrible, c'est qu'une de ces femmes était enceinte, et la glace lui ayant ouvert le ventre, on a vu la tète d'un petit enfant qui en sortait. On ne peut rien imaginer de plus effroyable.

14 février 1116.

Le comte de Nassau a perdu ici vingt mille francs au jeu avec quelques dames; je crois qu'elles l'ont quelque peu attrapé, car elles ont la réputation de savoir très-bien jouer '.

15 février 1718.

J'avais entièrement gagné mon mari durant les trois

dernières années de sa vie ; je l'avais amené à rire avec moi de ses faiblesses et à tout prendre en plaisanterie et sans s'irriter. 11 n'a plus souffert que l'on me calomniât et m'attaquât auprès de lui ; il avait. en moi une juste confiance; il prenait toujours mon parti; mais auparavant, j'avais horriblement souffert. J'étais justement en train de devenir heureuse, lorsque Notre- Seigneur Dieu a enlevé mon pauvre mari, et j'ai vu disparaître en un instant le résultat de toutes les peines et les soins que je m'étais donnés pendant trente ans pour devenir heureuse... Je suis sujette au 1 Pareils soupçons atteignaient alors des personnages haut places ; Saint-Simon (111, 1G8) parle d'un individu « beaucoup du grand monde qui trichoil au Jeu du roi, ■ et dans ses note» sur le Journal de Dangeau, il signale le duc do Créquy, grand Joueur, et ne « s'y piquant pas d'une fidélité bien exacte. Plu- « sieurs grande seigneurs en usaient de même, et ou en riait. ■ H. L. de Laborde, Palais-Mu ; a ri n, Notes, p. 233, parie de cas tricheries, qui rencontreraient aujourd'hui beaucoup moins d'indulgence.

DE MADAME LA DUCHES» H'OftLÉAJtS. S17

mal de rate ; lorsque quelque chose m'agite , mon câté gauche s'enfle comme la tête d'un enfant... le s'aime pas à rester au lit ; aussitôt que je suis éveillée, il faut que je me lève.

18 ttfrier nie.

La grand'tante de mylord Slandley, M™ de Gordon, ï été longtemps ma dame d'honneur ; c'était une personne fort étrange ; elle rêvait toujours. Un jour, étant dans son Kt et voulant cacheter une lettre , elle s'appliqua la cire toute bouillante sur une jambe et se brûla cruellement. Quand elle jouait étant couchée, elle jetait les dés par terre et crachait dans son lit. Un jour, elle cracha dans la bouche de ma première femme de chambre qui baillait ; je crois que celle-ci l'aurait battue, si je ne l'avais empêchée » tant elle était en colère. Le soir, quand elle me donnait ma coiffe pour aller à la cour, elle tirait ses gants, me les jetait a la figure, et se mettait ma coiffe sur la tète. Elle avait l'habitude, toutes les fois qu'elle parlait à un homme, de jouer avec les boutons de sa veste. Un jour, elle avait à parler à un capitaine des gardes de feu Monsieur, le chevalier de Beuvron1, comme il

1 Le nom de cet officier m trouve parfois dans les chansonnier* manuscrits; nous nous contenteront de citer deui painges:

Ittte cbti 1* Gi'tucey, dil-oo, .y, ,,

«amie œillade Mri.e

An chtv.lid- it Manw, , . r - '

On Ht à ceci la réplique suivante ; -•

218 CORRBSHWDANCE

était d'une grande taille, elle ne pouvait atteindre (pie les boutons de son haut-de-chansse ; elle se mit à les lui défaire. Il sauta en arrière tout effrayé en s'écriant : ■ Madame , que me voulez-vous ï > Cela occasionna de grands éclats de rire dans le salon de Saint-Cloud.

On dit que mylord Peterborough a dit en parlant des deux rois d'Espagne : « Nous sommes bien sots de noua fojre tuer pour ces deux benêts. >

Hontchon a bien raison d'aimer la princesse des Ursins ; c'est elle qui a fait sa fortune ; jl n'était qu'un petit officier, mais il avait des. moyens, et il s'est attaché à cette dame et elle l'a fait ce qu'il est.

ts février me.

' La princesse de Gonti s'est plainte à moi de ce que H. le due était allé à un bal derrière elle et avait chanté tout haut : Maman cà, maman-là , maman carogne. Alors des masques ont crié dans tous les coins : Non; non, ee n'est pas celle-là; c'est l'autre qui est la carogne.

' ■ ÎO février 1718.

L'abbesse de Maubuisson, Louise Hollandine, fille de Frédéric V, électeur palatin du temps d'Henri IT, avait eu tant de bâtards, qu'elle jurait par ce -ventre qui a porté quatorze enfants.

Parti, îl février 1116.

Je sois de bonne source que le pape et le roi d"Ei-

Yoicï » peu prêt ton deilin ;

Toui-roit

bien, le relire

mort, il»,

c il apport».

pagne ont fourni de l'argent au Prétendant; le pape adonné trente mille livres et le roi trois cent mille feus ; quant a mon fila, il n'a donné ni un liard ni une obole. Adieu, chère Louise, je m'endors au point que je ne puis plus tenir ma plume; il faut cependant que je tous dise que j'ai vu mon cousin le landgrave George de Hesse. On me l'avait à l'avance dépeint comme étant si beau que je ne l'ai point du tout trouvé tel. Il a une grande et très-vilaine bouche, et il rit d'une façon désagréable.

2S février mu.

Le cardinal Hazarin ne voulait pas souffrir auprès de lui des gens malheureux. Quand on lui proposait quelqu'un pour entrer à son service, sa première question était celle-ci : t Est-il heureux ï »

S8 février IllS.

Je déjeune rarement, et si je le fais, je ne prends qu'une tartine au l>eurre. Je ne puis souffrir toutes les' drogues étrangères; je ne prends ni chocolat, ni thé, ni café; tout cela m'est contraire; je suis en tout de la souche allemande; je ne trouve, en fait de manger et de boire, rien de bon que ce qui est de la vieille souche.

31 février 1118.

Ha tante, la princesse Elisabeth, abbesse d'Hervord, était fort distraite. Un jour, voulant aller à un bal masqué, elle demanda, au lieu de masque, un vase de nuit; quand on le lui eut apporté, elle cherchait les rubans pour » l'attacher; elle le prit par l'anse et

elle dit fort sérieusement : Comme ce masque sent mauvais! enfin, y ayant regardé de plus près, elle s'aperçut que c'était son pot de nuit en argent. Un autre jour, voulant aller à la chaise percée, elle s'assit dans le feu et se brûla tout le derrière.

37 février ITIC.

Si M"*desUrsins n'avait pas été soutenue parM"" de fttaintenon, elle aurait été perdue avant que la reine d'Espagne ne l'eût chassée , car au fond du cœur le roi ne pouvait la souffrir; mais tout ce que M"* de Maintenon soutenait l'emportait sur toutes choses.

Piri?,:S février nid.

le crois que le diable est sorti de l'enfer afin de me tourmenter. Je m'étais levée hier à sept heures du matin dans l'espoir de trouver le temps d'écrire à la princesse de Galles, à ma fille, à H11* de Halause et à vous. J'ai pu faire les deux premières lettres, mais quant aux deux autres , impossible. I) est venu une demi-douzaine de duchesses qui m'ont pris tout mon temps ; puis est arrivé mon fils avec une migraine horrible; il s'est donné, en jouant à la paume, un coup qui lui a presque crevé un œil ; il ne s'est pas épargné durant les trois derniers jours du carnaval, veillant jusqu'à six heures du matin et menant une terrible vie; cela me rend toute troublée.

Le chevalier de Saint-George est auprès de sa mère; mon fils l'a fait sortir de France.

1" min nie.

Depuis que la duchesse de Berri a sa huitième année, on l'a laissée Faire toutes ses volontés ; ÎI ne faut donc

DE MAIMNE LA DUCHESSE Il'ORLÉANS. 221

pas s'étonner si elle est comme un cheval échappé,.. Elle est fort rouge et se fait souvent saigner, mais cela n'y fait rien... Elle ne peut pas danser, et elle déteste la danse.

ISmanlTie.

L'hiver dernier il est arrivé une chose plaisante. Une dame qui est jeune et jolie vint voir mon fils dans son cabinet. 11 lui fit cadeau d'un diamant de deux raille louia d'or et d'une boite de deux cents. La dame avait un mari jaloux; mais elle était si effrontée, qu'elle vint à lui, et lui dît que des gens qui avaient besoin d'argent lui offraient ces bijoux pour une bagatelle ; elle te pria de ne pas laisser échapper cette bonne occasion. Le mari crut tout cela, il donna à sa femme l'argent qu'elle demandait. Elle le remercia cordialement et prit l'argent; elle mit la boite dans son sac, et le diamant au doigt, et se rendit ensuite dans une société distinguée. On lui demanda d'où provenaient la bague et la boite. Elle répondit : « H. de Parabère (c'est ainsi qu'il se nomme) me les a données, i le mari était présent, et il dit : « Oui, c'est moi qui les lui ai données. Peut-on faire moins quand on a une femme de qualité qui n'aime uniquement et exclusivement que son mari? » Cela fit rire; car les autres personnes n'étaient pas si simples que le mari, cl elles savaient bien d'où provenaient ces cadeaux ' .

• Une aventure du même genre fut attribuée ù la femme d'un deiplus éroinents fond tonna 1res de l'Empire («lie ««désignée par de nombreuses Initiales dans le catalogue des llYres de H. Lajarrie, 1854, n" Î9!0; voir aussi les Mélange* de Bols- Jiurdaln, t. 1, p. 213) ; le comte Barrnel -Beau vert fit de celte anecdote l'otdet d"une comédie Intitulée : La Bracelets, ou te

18 mars me.

Des Anglais et des Anglaises ont tracé hier un portrait horrible de la reine Anne; ils ont dit qu'elle s'enivrait, qu'elle avait de la passion pour les femmes, mais qu'elle était inconstante el qu'elle changeait souvent. Madame de Sandwich ne m'en a pas parlé ; mais elle l'a raconté à mon Sis.

19 ma» 1116.

On dit ici que la reine d'Espagne est encore plus

aimée de son mari que n'était sa devancière; mais elle a moins de pouvoir, car l'abbé Alberoni mène le roi et la reine comme de vrais enfants; c'est lui qui a la

Du temps de H. de Louvois, tous les maîtres de danse et d'escrime étaient salariés, afin d'espionner ce qui se passait dans les cours d'Allemagne.

10 mars ili(i.

Si j'avais pu donner mon sang pour empêcher le mariage de mon fils, je l'aurais fait; mais depuis que

mari, la femme et l'amant dupe» let uns des atttret, plèes qui ne pouvait élre jouée et dont la police arrêta l'impression. Semblable historiette avait déjà fait le sujet d'un proierbe de Carinontelle.KoosajouteroAsque nous trouvons dans uneatalogua d'autographes vendus a Paris en avril 18*4 (L... n"44i,uD extrait d'une lettre d'amour de IU™»de i'aral ère adressée à Richelieu. La tnaruu.se écrit au Jeune duc : ■ Ne me diinnerés-vuua lias de vos nouvelles, mon amour, ma tendresse mérite la voslre, le ne suis pas un instant sans entre occupés de vous, ie suis plus folle de vous que Jamais, que ne feralge pas pour vous le prouver •nui vivement que in te reeenl. • Elle termine ainsi : « le vous répétera» sans cesse que le vous adore, que ie vous aime de toute mon âme, ie donnerais ma vie pour vous le prouver, ie vous einbjflsse mille et nulle lois. *

la chose est faite, je n'ai consulté que la concorde. Monsieur a eu beaucoup d'attachement pour sa bellefille dans le premier mois, mais depuis qu'il s'est figuré qu'elle regardait d'un œil trop favorable le chevalier de Roye', il l'a haïe comme le diable; et pour l'empêcher d'éclater, il a fallu que je lui représentasse journellement, et de toutes mes forces, qu'il se déshonorerait, ainsi que son fils, par une scène, et qu'il n'arriverait i rien qu'à la disgrâce du roi. Comme personne n'avait souhaité ce mariage moins que moi, je n'étais pas suspecte; 0 était clair que je parlais, non pas par attachement pour ma belle-fille, mais dans l'intention d'éviter le scandale, par amour pour mon fils et pour toute la -maison. Tant qu'on évitait l'éclat, on laissait . au moins la chose en doute aux yeux du public; par une conduite opposée, on donnait la preuve qu'elle était vraie.

» mm nu.

Feu Monsieur n'a jamais de sa vie été épris d'une seule femme, mais par respect humain et pour plaire an roi, il a fait semblant de l'être; mais il n'a pu se contraindre longtemps.

SGmara 1710.

Je suis satisfaite de M"* d'Orléans; elle me témoigne

de grands égards ; je fais aussi de mon mieux pour lui

plaire en tout, et je vis avec elle aussi poliment que

possible. Elle n'a pas pu se résoudre à diner avec le

1 Bnrttiélerol de In Rochefoucauld, ti'atmrd chevalier de Roye, connu depuis tous le Dire de marquis de la Rochefoucauld. Il «tait capitaine des gardes du corps de la duchesse de Berri. 11

ÎÎ4 CORRESPONDANCE

roi son père, ainsi elle ne voudra pas prendre celle peine pour moi ; elle esl toujours couchée lorsqu'elle mange, ayant auprès d'elle une petite table et sa favorite, la duchesse de Sforce; à midi, son fils est avec elle.

11 n'y avait tien de surprenant 5 ce que M. le Dauphin ' aimât H"" la Dauphine; elle avait beaucoup d'esprit et était fort agréable quand elle en avait envie ; son mari était dévot, d'humeur un peu mélancolique; elle était toujours gaie; cela ranimait et dissipait sa mélancolie, et comme il avait beaucoup de penchant pour les daines (comme tous les bossus) et qu'il était si pieux qu'il croyait commettre un grand péché eu regardant une femme autre que la sienne, il est tout simple qu'il était fort épris d'elle. Je l'ai va une fois loucher pour se rendre laid, parce qu'une dame lui avait dit qu'il avait de beaux yeux, mais ce n'était pas nécessaire, car le bon sire était déjà bien asseï laid sans qu'il eut besoin de se rendre tel. Il avait une vilaine bouche, un teint maladif, il était fort petit, bossu et contrefait... Sa femme vivait bien avec lui, mais elle n'en était pas éprise, et elle le voyait tel que le voyaient les autres ; le bon sire avait une taille affreuse et le visage n'était pas des plus beaux; je crois cependant qu'elle était touchée de la passion qu'il avait pour elle; il est certain qu'on ne saurait avoir un attachement plus vif que celui que le Dauphin avait pour sa femme... Il avait beaucoup de

1 Le doc de Bourgogne,

bonnes qualités, était Tort charitable; il a assisté beaucoup d'officiers, sans que personne le sût. lorsqu'il Était né, la joie avait été universelle ■ .

SI mm ma.

Trois ou quatre ans avant la mort de Monsieur, je me suis, pour lui plaire, réconcilié avec le chevalier de Lorraine; depuis il ne m'a plus fait de mal. Ce chevalier est mort si pauvre qu'il a fallu que ses amis parassent les frais de son enterrement. Il avait cependant cent mille écus de rentes, mais il était mauvais administrateur; ses gens l'ont toujours volé. Pourvu qu'ils lui donnassent mille pistoles quand il en avait besoin pour jouer et pour ses débauches, il les laissait dissiper et piller son bien à leur fantaisie. ï.a Grançay hri a soutiré beaucoup d'argent. Il a fait une bien vilaine fin. Il était avec M"" de Mare, sœur de M"" de Grançay; il lui racontait qu'il avait passé toute la nuit en débauches et lui disait les plus grandes horreurs du monde ; il fut alors frappé d'apoplexie, perdit aussitôt la parole et ne recouvra pas sa connaissance.

1 Une appréciation Judicieuse des qualité* et de» défaut» de « prince se trouve dnns l'ouvrir de M. I.éopold Monty : M. le due de Bourgogne, in-8, 130 pages, l.e! flnlteiiTS n'avalent pas même eu la patience d'attendre qu'il fût né pour en faire un prodige; voir la Querelle des dieux sur la grasttne de M"" la Dauphine, Parla, 168Ï, In- lî. « Le duc de Bourgogne était grave, vertueux jusqu'à l'austérité, mais noble, délicat et tendre. M"" de Halntenon appelle son amour pour sa femme effrayant. Il croyait a de légères Imprudences de sa part, plutôt qu'a des totla dont rien ne donne la preuve et dont on aime t la suppoter eiempte. » ( Notice, sur ta duchesse de Bourgogne dan* les Milange* publié* par la Société de* bibliophile*, 1850.)

ti8 coubbspohpahgb

Mon fils n'est plus un jeune homme d'une vingtaine d'années; il en a quarante-deux, aussi on ne peut lui pardonner a Paris de courir après les dames au bal comme un écervole, lorsqu'il a toutes les affaires du royaume sur les bras. Lorsque le feu roi prit possession de sa couronne, tout était dans un état prospère; il pouvait donc se divertir, mais aujourd'hui il n'en est plus de même; il faut travailler nuit et jour afin de réparer ce que le roi ou plutôt ses ministres infidèles ont gâté.

14 avril 11».

Je ne sais s'il est bien vrai que Mm* de Maintenon ait fait empoisonner Louvois, mais il est sur qu'il a été empoisonné, ainsi que son médecin qui l'avait fait périr1 ; en mourant ce médecin a dit : « Je meurs empoisonné, je l'ai bien mérité, pour avoir empoisonné mon maître, H. de Louvois, et cela dans l'espe-

1 L'empoisonnement de Louvois «et présenté comme eboH certaine dans un couplet que fournissent le*, recueils manuscrils, mais ce sont la des autorités peu sûres :

flnod LooTol*, lonque du poison Ta sentis U mortelle iltaiule, Vue Ht ruelle pâmoison

Saint-Simon affirme que Louvois a été empoisonné, et un réen charge le roi de ce crime. D'autres pensent qne ee (ut mu vengeance du due de Savoie , eu que Louvois s'empoisonna, luimême. L'abbé de Cholsy dit dans ses Mémoire*: * H. de Louvois mourut dans ce temps-là d'une manière assez brusque; m famille (ut persuadée qu'on l'avait empoisonné ; Je n'en croie rien i ce* manières ne sont point du roi, qui commençait depuis plusieurs années a songer à ion «uut. >

DE MADAME LA DUCHESSE C'oHLÉANS. SS7

rince de devenir médecin du roi, comme M-* de Maintenon me l'avait promis. • Hais on a voulu Taire passer ici ce discours du docteur Séron pour une extravagance; si elle a empoisonné Louvois, c'est qu'il avait entrepris de lui résister et de désabuser le roi sur son compte; afin de mieux arriver à son but, il avait donné au roi le conseil de ne pas mener cette femme à l'armée. Le roi-eut la faiblesse de lui raconta' la chose, de ta suivit la mort de Louvois. C'était un méchant diable qui ne craignait ni Dieu ni diable, mais il faut convenir qu'il a fidèlement servi son roi.

16 avril 1716.

Tant que M. le Dauphin ' a été dans les mains de la grande princesse de Gonti, j'ai été fort bien avec lui ; pais depuis qu'il a passé dans les mains de M™* la Duchesse (de Bourbon ) , il a complètement changé a mon égard ; il a fait comme si de sa vie il ne m'avait ni vue, ni connue.

10 *rril me.

Le prince de Gonti est certainement fort laid et d'une humeur et d'une ligure très-désagréables ; le visage n'est pas ce qu'il a de plus laid, mais il est fort petit et contrefait d'une façon effroyable ; il est toujours distrait, et cela lui donne un aspect tout effaré, comme s'il n'était pas dans son bon sens ; lorsqu'on s'y attend le moins, il tombe sur sa canne comme une grenouille. On y était si habitué chez le feu roi que lorsqu'on l'entendait tomber, on disait : « Ce n'est rien, c'est le prince de Coati qui tombe. » Sa femme n'est pas aussi

* Le grand Dauphin, fila de Louis XIV.

HB CORRESPONDANCE

éprise de lui qu'il l'est d'elle, et c'est en effet chose impossible; mais elle est adroite et elle est bien avec lui; elle le gouverne absolument, et elle a si bien capté tous ses favoris qu'elle les a pour, créatures. Elle est seigneur et maître de toute, la maison. C'est une personne fort agréable, grande, bien faite, de bonne mine; elle a de beaux yeux et elle est toujours gaie. Son mari en est fort épris, ce qui est d'autant plus étonnant que les dames ne sont pas son faible, et, quand il va dans de mauvaises maisons, ce n'est que pour tourmenter les pauvres créatures qu'il y trouve. Avant son mariage, il n'avait eu d'attachement pour aucune femme, si ce n'est pour sa mère qui l'aimait beaucoup; quelque étrange qu'il soit, il a de l'esprit et il est à même de bien parler. Sa mère est jalouse de n'avoir plus de crédit sur son fils et de ce qu'il n'a plus d'affection que pour sa femme; cela occasionne beaucoup de querelles. La mère veut se séparer d'eui et prendre un hôtel à Paris, afin de ne plus être dans leur compagnie. Elle voudrait prendre son petil-fils avec elle et bien l'élever; la belle-ulle ne le veut pas et elle entend garder son enfant, aussi sont-ils tous ensemble comme chiens et chats.

S* avril 1710.

L'ancien margrave d'Anspach était épris de M'" d'Armagnac, mais il ne voulait pas en convenir; il disait qu'il n'avait jamais songé à l'épouser, car la familiarité qu'il y avait entre elle et le marquis de "Villequier (aujourd'hui duc d'Auroont) l'uvait choqué. La mère de cette demoiselle aurait voulu surprendre le mar-

bE KA1UHÉ LA DUCHESSE d'oRLÉàNS. 829

grave couché avec sa fille, et on lui donnait beau jeu; mais il remarqua ta chose et mil tant de modestie dans ses visites qu'on ne put le surprendre. A dire vrai, je l'avais prévenu d'être sur ses gardes, car je connaissais la mère pour une méchante femme.

3S avril m*.

Le grand -père du duc de Noailles était un des hommes les plus polis du monde. Il avait tin nez comme celui d'un hibou, une grande bouche, de vilaines dents noires et gâtées , une petite tète , un tout petit visage et un très-long corps maigre et tout voûté ; il était toujours de mauvaise humeur et acariâtre. Son grand - père s'appelait Chimel. M"* de Cornue! , lisant un jour sa généalogie , B'écria : i Je m'étais toujours bien doutée, en voyant le duc de Noailles, qu'il fallait qu'il sortit des lamentations de

Quand le roi d'Angleterre, Jacques H, vint en France, MK* de Cornuel alla à Saint-Germain pour le voir. On dit peu de temps après, que notre roi travaillait à remettre ce prince sur le trône; M™ de Cornuel branla la tète et dit : c J'ai vu ce roi Jacques ; notre roi a beau faire, il n'en fera jamais que de la sauce au pauvre homme. >

1 Une de» lettres de l'alphabet, hébraïque, appelée ghlmel, eit la première lettre du mot par lequel commencent les lamental ions du prophète dont il «'agit.

Urne de Cornuel est souvent citée, pour ses boni mot», dans les écrit* du lempf ..M=« de Sévigné en parle il diverses reprises (lit-lires du 7 octobre i(i*C, 3 novembre 1017, etc.). On trouve «ne Dotiee sur cette dame a la suite de V Histoire de Ninon de l'Endos, par M. Quaurmcre de Roibsy. Pari*, 1834. I. 20

■ Elle alla à Versailles voir la cour ; c'était a l'époque où MM. de Torcy et de Seignelay étaient ministres ; tous deux étaient fort jeunes ; elle les vit, ainsi que la dame de Maintenon , et lorsqu'elle fut de retour, comme on lui demandait si elle était contente de son voyage, elle dit : c J'ai vu à la cour ce que je n'aurais jamais cru y voir, l'amour au tombeau et le ministère au berceau, > car la bonne Maintenon était déjà joliment vieille.

final nie.

Si mon père avait eu pour moi autant d'attachement que j'en avais pour lui, il ne m'aurait pas envoyée dans un pays aussi dangereux que celui-ci ; je n'y suis venue que par obéissance et contre mon gré.

La première Dauphine est morte tranquille et résignée. On l'a envoyée en l'autre monde tout comme si on lui avait tiré un coup de pistolet dans la tète.

S mai 1716,

La vieille était implacable, et, lorsqu'elle avait une fois pris quelqu'un en haine , c'était pour la vie , et il était en butte à une persécution secrète qui ne cessait pas. Je l'ai éprouvé, et elle m'a tendu beaucoup d'embûches, auxquelles j'ai échappé avec le secours de Dieu. Cette femme était cruellement lasse de son vieux mari, qui la retenait dans sa chambre. Beaucoup de gens prétendent qu'elle a fait empoisonner le pauvre Hansard. On dit qu'elle avait découvert que Hansard voulait le même jour montrer au roi des papiers qui auraient prouvé combien cette femme s'était procuré d'argent sur les postes sans que le roi en eût connais-

nnoe. Le roi n'a de sa vie rien su de cette aventure, ai de celle de Louvois , car personne n'avait envie d'être empoisonné ; cela tenait les langues en respect. 6 nul 1716.

A. vaut que la vieille guenipe ne régnât ici, la religion était en France fort raisonnable; mais elle a tout gâté et introduit toutes sortes de sottes dévotions, comme les rosaires, etc. , etc. ; et lorsque des gens voulaient se montrer raisonnables, la vieille et le confesseur les faisaient jeter en prison ou exiler. Ils sont tous deux cause de toutes les persécutions qu'on a dirigées en France contre les pauvres réformés et les luthériens. Ce jésuite aux longues oreilles, le père La Chaise, a commencé cette oeuvre d'accord avec la vieille guenipe, et le père Le Tellier l'a menée à fin; c'est par là que la France a été entièrement ruinée.

6 nwi me.

Le Dauphin n'avait pas un assez bon caractère pour savoir ce que c'est que la véritable amitié ; il n'a aimé que les gens qui lui procuraient du divertissement ; il a haï tous les autres. Il aimait volontiers qu'on l'entretint sur la chaise percée, mais cela se passait d'une façon tout à fait modeste, car on lui tournait le dos. en causant avec lui. Je me suis souvent entretenue de la sorte avec lui dans le cabinet de sa femme, qui en riait de tout son coeur1.

H"* la Duchesse ( de Bourbon ) est fort divertis-

1 Citons à ce sujet les observation» de H. de Laborde { P aiait Mazarin, note, p. 30S) : * Le rôle presque politique qu'a Joué lactatM perde dans toute cette époque permet d'en parler auu

$32 C0RHESP0NI1ANCE -

sanle et fille a des saillies fort' agréables ' ; elle aime ta table; tout cela faisait l'affaire du Dauphin; il trouvait tous les matins un bon déjeuner chez elle, et

fausse honte et noua autorise à dire qu'on en était réduit a ce meuble et ao passerei provençal. Une des maîtresse» d'Henri IV, Ha» (|e Yerneull, voulait avoir son pot dans sa chambre (Tallemant, t. I, p. 83 ). Un mot de Marais, bouffon de Louis XIII, rapporté chts le même écrivain (t. 111, p. 03 ), montre quel était l'ut âge suivi par le monarque. Tout te monde a lu les Mémoires de Sajnt-SImpn ; ils tout remplis de cet singuliers détails j nous indiquerons un seol passage de ce glorieux écrivain; la liberté avec laquelle il traite la question prouve a elle tente ce qu'elle avait de simple et d'ordinaire; Il s'agit des habitudes du duc de Vendôme (t. V, p. 39). Quant a la malpropreté du dix-septième siècle, les gravures de Lagniet peuvent édifier le plus incrédule; la boutique de cet éditeur- graveur devait sa réputation à la large concession qu'il faisait au gotlt du public en publiant les sujets les plus ordurlett. ■ Ajoutons que le comte de B rien ne rapporté que louletlesentrées de la chambre de Sa Majesté (de Louis XIV) lui étaient permises et qu'il y entrait à tonte heure, même dans la garde-robe quand S. M. était sur la chaise percée {Mémoires, t. Il, p. 37!). Ces étranges usages étalent aussi en vigueur û la cour d'Angleterre, comme le montre un passage des Mémoires de Brlenne le père.

1 On trouvera dans les Mémoires de Maurepas, t. I, p. 113, de longs détails sur la duchesse et snr son mari. Elle ne l'épargnait nullement, et, dans la manie qu'elle avait de lancer des couplets malins , elle fit sur son compte cette chanson qu'elle. chanta plusieurs fols:

Prin» grtec à Pïtit-Rh d'uni goargindiac, B'«i tha-a tut de BerWI Stnil-H de U bonne mine?

Le prince de Cent! éUlt ce grand capitaine ; M»» de Hontespan la Samaritaine, et on sait que le duc était contrefait. Quant à la Faculté , U faut te souvenir que la trisaïeule do

le soir une collation. Ses Tilles ont les mêmes goûts , de sorte que le Dauphin passait )a journée entière dans «ne société amusante. 11 avait d'abord eu beaucoup d'attachement pour sa belle-fille (la duchesse de Bourgogne); mais, après qu'elle se fut brouillée avec M"* U Duchesse, il a complètement changé, et ce qui l'irrita encore, ce fut que la duchesse de Bourgogne fit décider le mariage de son fils, le duc de Berry, mariage qu'il ne voulait pas. En celte circonstance, il n'avait pas tort, et on n'a pas bien agi à son égard; j'en conviens, quoique ce mariage fut à notre avantage.

& mil 1116.

La reine d'Espagne est restée plus longtemps chez madame sa mère que notre Dauphine ' ; aussi a-t-elle été beaucoup mieux élevée. La Maintenon ne s'entendait guère à l'éducation ; pour gagner l'affection de la jeune Dauphine et pour en être aimée toute seule, elle

dur accoucha trelie mois après la mort de ion mari. I.a Faculté décida que le chagrin et la douleur avalent pu retarder l'aceoaehement du flli qu'elle avait mil au inonde.

1 Adélaïde de Savoie, femme du duc de Bourgogne. On trouve à ion égard une courte et Judicieuse notice dans les Mélanges de littérature et d'histoire publiés par ta Société des bibliophile!, 1BS0; elle précède diverses lettres de cette prln cesse adressées au duc de Noaillea et à Hn* de Maintenon; nous en citerons seulement quelques lignes :

* Saint-Simon, il amer quand 11 blâme, trouve, pour la louer,

• des grâces qui lembleol inspirées par elle; Dsngeau la (ait

* aimer par le simple récit de seBmoindrïB actions... «Cette Jeune princesse commit des imprudences; elle eut aulour d'elle des observateurs mallcleui et des fols jalons de la coin promet Ire, ■nais I) n'y a nulle preuve qu'elle ait été coupable.

lui laissa faire toutes ses volontés. Cette jeune personne avait été bien élevée par sa vertueuse mère; elle était gentille et drôle, et la plaisanterie lui allait bien; elle n'était pas laide quand elle avait de belles couleurs. On ne saurait dire quelles folles tètes, brûlées entouraient cette princesse; par exemple la maréchale d'Estrées. La Maintenon a été mal payée de lui avoir donné ces animaux insensés, car il en est résulté que madame la Dauphine n'a plus aimé sa société. Cependant la Maintenon, voulant en connaître ta cause, tourmenta la princesse pour qu'elle le lui avouât. A la (in, la Dauphine lui dit que la maréchale d'Estrées lui répétait journellement : a Que voulez-vous faire auprès de cette vieille? ne soyez qu'avec des gens qui vous divertissent mieux que cette vieille carcasse ; » et qu'elle y disait d'elle beaucoup de mal. La Maintenon m'a raconté cela elle-même depuis la mort de la Dauphine, pour prouver que c'était uniquement la faute de cette drôlesse si la Dauphine avait si mal vécu avec moi. Cela, peut être vrai à moitié, mais il n'en est pas moins certain que la vieille vilaine l'avait excitée contre moi. Presque tontes les jeunes folles qui entouraient la Dauphine étaient des parentes ou alliées de la vieille; c'est par l'ordre de celle-ci qu'elles cherchaient à divertir et à amuser la princesse, pour qu'elle n'eût pas d'autre société que la leur et qu'elle s'ennuyât partout ailleurs.

6 mal 1716.

La reine d'Espagne ( femme de Philippe V) est restée plus longtemps auprès de madame sa mère que notre Dauphine (la duchesse de Bourgogne); aussi

DE MADAME LA UtlOMESSE D'ORLÉANS. 4M

a-t-elle été bien mieux élevée. La Maintenon n'était pas du tout propre à faire une éducation. Hais quand la Dauphine est arrivée à l'âge de raison, elle s'est corrigée d'une façon étonnante et elle s'est bien repentie de ses enfantillages, ce qui montre qu'elle avait du jugement. Elle était agréable et enjouée; la plaisanterie lai convenait... Elle avait reçu de sa vertueuse mère de bons principes ; lorsqu'elle arriva en France, elle était fort bien élevée ; mais la vieille guenipe, voulant gagner son amitié el être seule à avoir ses affections, lui a laissé faire toutes ses volontés et ne l'a contrariée en aucun de ses caprices. Cela a duré jusqu'à l'année qui précéda le mariage du due de Berry; elle désirait ce mariage par affection pour M»* d'Orléans , et elle conçut le désir d'obtenir de la part de tout le monde ane estime supérieure i celle qu'on accordait à sa parente. Elle changea donc tout son genre de vie, devint réservée el raisonnable, enfin elle se souvint de sa première éducation, et, comme elle avait beaucoup de jugement, elle s'aperçut parfaitement de ses défauts ; elle prit la résolution de s'en corriger et de se rendre agréable, et, en un mois, elle sut amener de son côté tous ceux dont elle s'était fait haïr. Elle a continué ainsi jusqu'à sa mort. Elle disait franchement combien elle regrettait d'avoir été si étourdie, mais elle s'excusait en disant que c'était chez elle le résultat de sa très-grande jeunesse, et qu'elle savait fort mauvais gré aux jeunes dames qui lui avaient donné de si mauvais exemples et de si mauvais conseils. Elle leur donna publiquement des marques de son déplaisir, et elle fit que le roi ne les

mena plus à Marly ; de cette façon, elle ramena tout

le monde de son côté.

S mal 1716.

Longtemps avant sa mort, le roi s'était entièrement converti et n'avait plus couru après les femmes ; il avait même exilé la duchesse de La Ferlé , qui se posait comme éprise de lui. Quand elle ne pouvait le voir, elle avait son portrait dans son carrosse pour le regarder sans cesse. Le roi dît qu'elle le rendait ridicule, et il lui envoya l'ordre de rester dans ses terres. On a soupçonné aussi la duchesse de Roquelaure, de la maison de Laval, d'avoir fait la conquête du roi ; mais Sa Majesté ne s'est pas fâchée comme à l'égard de la duchesse de La Ferlé. La médisance a beaucoup parlé de cette intrigue, mais je n'y ai pas mis le nez '.

1 M»* de Cajlus l'exprime ainsi dans ses souvenir* i • M»e de Laval avait an grand air, une belle taille, un visage agréable et dansait parfaitement bien. On prétend qu'elle plut au rot. 11 la maria a H. de Roquelaure. » Saint-Simon en parle aussi sans la nommer, mais II mentionne son bouffon de mari. On fit sur celle duchesse de nombreux couplete dissémines dans les chansonniers manuscrits ; nous nous bornerons à en dler deux :

Bt «ail qu'on «oui a fait

Flon, Son, larindondaiiw, Pion, flou, lariridondan.

<::>.. GoOgk'

DE MADAME LA DUCHESSE It'oALÉANS.

Le roi de Sicile est toujours de mauvaise humeur, et il a constamment été disposé a se quereller avec ses maltresses. Je suis étonnée de ce que la reine ait toujours eu pour lui un attachement sincère; c'est une femme d'un grand mérite ; elle est encore mieux avec lui depuis qu'il est devenu dévot.

Personne n'a approuvé la grande-duchesse ' de quitter son mari , et cela d'autant plus qu'elle dit de lui toute sorte de bien , et qu'elle décrit la vie qu'elle menait à Florence comme un paradis terrestre. Lille na regarde point comme un malheur d'avoir changé sa position, et toutes les grandeurs dont elle jouissait à Florence ne lui paraissent pas a comparer avec la liberté qu'elle a maintenant. Elle est amusante lorsqu'elle raconte son histoire. Je lui dis souvent ; i Savez-vous bien, ma cousine, que vous parle* contre vous-même ï — Ah! répond-elle, je m'en soucie fort peu, pourvu que je ne voie point ce grand-duc. »

Mon fils n'est pas prodigue d'éloges; lorsqu'il donne des louanges, il faut que la vérité l'y contraigne. Je n'ai jamais été brouillée avec lui; il le fut grandement avec moi , il y a vingt-quatre ans, lorsqu'il se maria contre ma volonté; mais comme je l'aime , je lui ai pardonné. Je ne crois pas qu'à l'avenir nous

1 Femme de Coame 111, grand-duc de Toscane; c'était une ptinceiMde la maison d'Orléans ; Il en aéra question plua loin.

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