AU ROI D'ESPAGNE PHILIPPE V
Versailles, 5 février 1702.
« Corne Vostre Majesté m'a fait l'honneur de m'escrire un billet, je me suis flattée que vous ne trouveriez pas mauvais, monsieur, que je vous escrive sans cérimonie, et je ne puis laisser partir monsieur de Louville sans faire ressouvenir Vostre Majesté qu'elle a ici une servante qui, en vérité, vous respecte bien plus que personne, je me suis retenue bien à propo, car j'ay pensé dire à Vostre Majesté et qui vous aime de tout son cœur, mais cette vérité n'oroit pas este assez respectueuse, songez donc que je ne l'ay que pensé. Come Vostre Majesté aime les comédies je ne puis m'empêche de lui dire que madame la duchesse de Bourgogne en a jouée une avec la comtesse d'Ayen, madame de Melun, son fds, le comte d'Ayen, deux home à M. de Xoaille, Duché, Rousseau et Baron le père. Je vous assure, monsieur, qu'il ont fait des merveilles. Cela se joue tout à fait en particulier chez madame de Maintenon, ainsi leroy m'a permis de la voir, j'ay estes surprise de voir come ils
' Nous empruntons cette lettre aux Mémoires secrets sur l'établissement de la maison de Bourbon en Espagne, extraits de la correspondance du marquis de Louville (publiés par le comte S. du Roure). Paris, 181 8, 2 vol. in-8.
jouoit tous bien, ce traistre de Baron Joue mieux que jamais. Je suis sûr que Vostre Majesté seroil estonnée de voir comme mon lils joue el les comte d'Ayen, el (juc celte comédie vous omit ooustée de larmes '. J'y aypleurée comeune folle el le royn'estoil pas loin de quelques larmes aussi. Le sujet de la comédie c'esl la mort d'Absalon, mais «ai v a changé quelque chose pour la rendre plus touchante, Ou feint qu'Absalon vient blesses et meurt devant le roy son père, devant sa lame et sa fille. C'est mon lils qui est David, le comte d'Ayen Absalon, la comtesse d'Aveu Tharis, fàme d' Ahsalon, qui a le plus beau rôle de toute et elle le joue à merveille; après la grande pièce ils ont joué une petite, où .M. due de 15en y estoit un amant, <'i 1'' petil comte de Noailles un austre5. Pour ces deux ils jouent à l'aire mourir de rire, mon fils «-li.it un lburbe, un vallet (pii soi t des Lralleivsjes niaistresses estoit madame la duchesse de Pourgogne qui juuo mieux le sérieux que le comique, niais la comtesse
d'Estrée joue l'oit bien; la petite pièce 11.' walll pus
grand chose, maison ne laisse pas que d'y rire; il est enfin temps que je finisse cette lettre, j<' crains que Vostre Majesté ue la trouve déjà trop longue et qnece récit ne vous ennuy, il faut pourtant, grand roy, vous dire encore que je supplie 1res instamment Yoslre Majesté de me continuer l'honneur de >es bonnes grâces, et d'être persuadée que je les mérite par les
1 Cette comédie était la tragédie A' Absalon, de Duché.
- Probablement la Ceinture magique il'1 Rousseau. L'auteur parle à mots couverts de cette représentation dans la préface de sa pièce.
sentiments respectueux que j'ay pour Vostre Majesté, et que je conserveres toutte ma vie. »