‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 4)Chapitre 24 sur 33 · G4 CORRESPONDANTE · texte numérisé non relu

G4 CORRESPONDANTE

13 août 1716.

M. le Dauphin ressemblait beaucoup à la reine. 11 a eu de la comédienne Raisin une fille qu'il n'a jamais voulu reconnaître. La princesse de Conti qui, depuis la mort de Monseigneur, a pris soin de cette enfant, Ta mariée à un gentilhomme nommé d'Avaujour. Le Dauphin était tellement fatigué du duc du Maine qu'il avait juré que, de sa vie, il ne reconnaîtrait aucun de ses bâtards.

13 août 171G.

La vieille guenipe n'a pas eu beaucoup de temps pour lire, car elle avait fort à faire à lire toutes les dépêches qu'on lui adressait pour lui rendre compte de tout ce qui se passait à Paris et à la cour. Il y avait parfois des paquets de vingt à trente feuillets; elle les montrait au roi selon sa convenance et suivant qu'elle aimait ou haïssait les gens.

14 août 1716.

Henri IV fut averti une fois qu'une de ses maîtresses lui était infidèle. Elle avait donné rendez-vous au duc de Bellegarde ' , lorsqu'elle pensait que le roi ne viendrait pas chez elle. Le roi fit épier le moment où son rival serait auprès de la belle, et, lorsqu'il le sut, il alla la trouver. Elle était au lit et se plaignait d'un grand mal de tête. Le roi lui dit qu'il fallait qu'elle lui donnât à souper, car il avait grand'faim. Elle répondit

1 Roger de Termes, duc de Bellegarde, né en 1563, mort en 1636. Il passe pour avoir été l'amant de Gabrielle d'Estrées, dont il eut la maladresse de faire à Henri IV un portrait séduisant. Le roi lui enleva la belle, et le favori fut exilé.

qu'elle n'avait pas songé à souper et qu'on o'avail gardé pour elle qu'une paire de perdrix. Le roi répliqua que c'était bien et qu'on apportai 1rs perdrix. On apporta encore bien autre chose, car un souper avait été préparé pour le duc de Bellcgarde. Quand les perdrix arrivèrent, le roi en prit une, la mit sur un inorceau île pain et jeta le tout sous le lit. La dame fut effrayée et dit : «Sire, que faites-vous!'» Le roi répondit en riant : « Madame , ne faut-il pas que tout le monde vive?» Il se leva ensuite et se contenta de lui avoir fait peur '.

15 aoùl 17IC.

J'ai vu M. de La Mothe (le Vayer); avec tout son talent, il allait vite comme un fou. 11 portait des bottes fourrées, un bonnet doublé aussi de fourrures qu'il ne quittait jamais, un grand rabat et un habit de velours noir2.

17 août 171G.

La vieille guenipe ne manque pas de capacité; elle parle fort bien quand elle veut. Kilo n'aimait pas qu'on

1 Tallemant [Historiettes, t. \, p. 73) raconte un trait semblable de François Ier et de Bri-sac, amant de la duchesse d'Êtampes, mais avec quelques différences : le duc, sur le point d'être surpris, se jeta dans un cabinet dont la clef fut retirée; le roi demanda des confitures qui étaient dans le cabinet, et Brissac sauta par la fenêtre ( voir Dreux du Badier, Anecdotes des reines et régentes de France, 1808, t. VI, p. 21). Les deux anecdotes sont peut-être apocryphes.

- La Mothe le Vayer, écrivain paradoxal et hardi. Il a joui d'une grande réputation qu'il méritait à certains égards. Il est l'objet d'un Essai de M. Etienne, 1849. Voir aussi le Dictionnaire des sciences philosophiques, t. III, p. 4!)(i , et VAnalecta- Biblion, t. Il, p. 312.

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