GG CORRESPONDANCE
lui donnât le titre de marquise ; elle voulait qu'on l'appelât M'ue de Maintcnon tout court.
Elle a montré de toutes les façons la haine qu'elle avait contre moi; par exemple, quand la reine d'Angleterre allait à Marly et qu'elle faisait des promenades à pied ou en voiture avec le roi, lorsqu'on revenait, la reine et la princesse d'Angleterre, Mme la Dauphine et les princesses allaient avec le roi , et j'étais la seule qu'on renvoyât.
18 août 17 î6.
La seconde Dauphine était délicate et môme malingre; le docteur Chirac assura jusqu'à la fin qu'elle guérirait, et, en effet, si on ne l'avait laissée se lever pendant qu'elle avait la rougeole et qu'elle était en sueur, et si on ne l'avait saignée du pied, elle vivrait encore. Immédiatement après la saignée, au lieu de rouge comme du feu, elle devint pâle comme une morte et se trouva extrêmement mal. Quand on la fit sortir du lit, je m'écriai qu'il fallait au moins attendre que la sueur fût passée pour la faire saigner. Chirac et Fagon s'obstinèrent et se moquèrent de moi. La vieille guenipe vint à moi et me dit : « Voulez-vous être plus, habile que tous ces docteurs qui sont là? » Je répondis : « Non, madame, mais il ne faut pas être fort habile pour savoir qu'il faut suivre la nature, et puisqu'elle incline à la sueur, il serait bien mieux de suivre cette voie que de faire lever une malade en transpiration pour la faire saigner. » Elle haussa les épaules et sourit ironiquement; j'allai de l'autre côté et je ne dis plus un seul mot ' .
1 « Le public voulut que la duchesse de Bourgogne fût morte
24 aoûl 1716.
Mme de Montespan était très-amusante el on ne s'ennuyail jamais avec elle. Elle aimait extrêmement le jeu1.
1er septembre 1716.
Mon docteur n'est pas un charlatan et n'aime pas les remèdes; mais mes gens, qui sont très-intéressés, craignent que ma mort ne leur fasse perdre leurs charges, de sorte qu'ils le tourmentent afin qu'il nie donne des drogues, t. a peur qu'a eu la princesse de Galles au sujet de l'accidenl arrivée lacomtessede Buckeburg, donl ellecroyail la jambe cassée, est bien naturelle, mais je crains qu'il n'en résulte quelque chose de fâcheux pour reniant dont elle est enceinte. .Nous avons eu ici, ces jours-ci, un exemple terrible
pour avoir pris du tabac dans une tabatière qu'elle avoit perdue pendant trois semaines, et qu'elle retrouva sur sa toilette » (Mémoires de Maurepas, t. I, p. 5i.) « On la crut empoisonnée; il est aujourd'hui démontré qu'ils furent tué- par l<
véritables assassins de oe temps où l'art de guérir était resté en arrière de tous les autres; les saignées arrêtèrent L'éruption de la rougeole. Les détails de leur lin ne laissent point de doute à cet égard. » [Notice déjà citée, insérée dan- les Mélanges de la Société des bibliophiles. )
1 On lit dans les Lettres nu dites de Feuquières, Paris, Lclen\, 1S4<;, t. IV, p. 221 : « Le jeu de Mme ,1^ Montespan est monté à un tel excès, que les pertes de cent mille escus sont communes. Le jour de Noël elle perdoit sept cent mille escus ; elle joua sur trois cartes cent cinquante mille pistotes et les gagna, et, à ce jeu-là, on peut perdre ou gagner cinquante ou soixante fois en un quart d'iieure. » Nous voyons dans le Supplément aux Mémoires de Itussy, 17 34, p. 70, qu'eu une nuit Mme de Monte pan perdit quatre cent mille pistules contre ta banque, et les regagna à la fin.
de ce genre : la jeune marquise de Béthune, sœur du duc de Gèvres, est heureusement accouchée d'un beau garçon ; mais comme elle avait été fort effrayée en voyant dans une église un mendiant auquel un cancer avait rongé toute la chair de la poitrine, il s'est trouvé que l'enfant avait sur la poitrine et sur la figure un mal comme une toile d'araignée. Il est mort après avoir été baptisé. On a cent exemples de ce genre, de sorte que je m'inquiète à l'égard de la
princesse de Galles.
4 septembre 1716.
La guenipe n'a jamais pu pardonner au roi de ne l'avoir pas déclarée reine. Elle s'est donnée devant le roi d'Angleterre pour tellement pieuse et humble que la reine la prenait pour une sainte. La vieille guenipe sait bien que je suis une Allemande qui n'a pu, de sa vie, souffrir une mésalliance, et elle s'est figurée que c'était à cause de moi que le roi ne voulait pas déclarer son mariage : de là vient la haine qu'elle me porte. Tant que la reine a vécu, elle ne m'a point haïe; depuis la mort du roi et depuis que nous avons quitté Versailles, mon fils n'a pas vu la guenipe un seul instant.
5 septembre 1716.
La vieille guenipe n'a jamais permis que je me mêlasse de quoi que ce fût, car elle ne voulait pas que j'eusse des motifs de causer avec le roi. Ce n'était pas une jalousie due à de l'amour, mais elle savait que je parle toujours avec sincérité, et que ne sais pas mettre un lien à ma bouche; elle craignait que je ne voulusse ouvrir les yeux du roi et lui montrer la conduite désordonnée de la dame : ce n'était pas mon intention.
Los maîtresses du feu roi n'uni pas terni sa gloire autant que sa vieille guenipe qu'il avait épousée; elle a attiré sur tonte la France les pins grands malheurs. Elle a occasionné la persécution des réformés; elle a l'ait renchérir les grains et elleacausé la famine; elle a aidé les ministres à voler le roi; elle est coupable de la mort du roi, à cause de tous les tracas qu'elle lui adonnés avec la Constitution ; elle a fait le mariage de mon fils et voulu mettre les bâtards sur le trône; en somme elle a tout ruiné et mis en confusion. Le roi aussi a souvent été mal servi par ses ministres1.
16 seplembre I7IG.
J'ai vu la première femme de chambre de la reine, la Beau vais; elle (Mail borgne. Elle a vécu encore quelques années après mon arrivée en France. Elle est la première qui ait appris au roi comment il faut agir avec les dames; elle était bien an l'ail de la chose, car elle a mené une vie déréglée 2.
1 On ne les épargna pas daris les couplets alors à la mode. Une citation sudira ( 1G9C).
Le babillard chancelier, Et le fade Pelletier, Croissy, le triste Pomponne, Sont l'appui de la couronne ; Lampons, lampons, camarades, tampons.
Après quoi vient Barbezieux, Qui ne vaudra jamais mieux ; De tous ces choix l'on peut dire, Que qui choisit prend le pire ; Lampons, lampons, camarades, lampons.
* Tous les mémoires du temps, dit M. de Lahorde, toute- les