‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 4)Chapitre 31 sur 33 · G8 CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

G8 CORRESPONDANCE

projet de mariage avait été arrêté entre le prince de Piémont et Mile de Valois ; il est encore très-douteux que la chose se fasse '. M. le Duc demande M1Ie de Valois pour son second fds, le comte de Charolais. Ce mariage-là pourrait avoir lieu plutôt que l'autre; la veuve du duc de Berri a six ans de plus que le prince de Piémont. Quant à la seconde des filles de mon fds, c'est celle qui s'est faite religieuse contre mon gré; on lui a donné un emploi dans le couvent, elle est

repas un petit conte, dont nous ne citerons que les deux premiers vers et le dernier :

Maître Godard voyoit de sa boutique Maints noir-\êtus s'assembler au Sénat... Bouclez la fille et châtrez-moi le père.

Un autre poëte lançait des épigramraes qui ne manquaient pas d'àcreté.

Que la peste soit en Provence, Ce n'est pas notre plus grand mal ; Ce serait un bien pour la France Qu'elle fût au Palais-Royal.

Le Régent fuira la crapule, Les chimistes et les devins, De sa fille aura des scrupules, Quand je cesserai d'aimer le vin.

A ses appétits la princesse Mettra sagement quelque fin, Elle aura de la délicatesse, Quand je cesserai d'aimer le vin,

1 II y eut au sujet de ce projet d'union une intrigue que raconte Saint-Simon (t. XXXIII, p. 121). Dubois avait laissé transpirer et revenir la négociation à Madame, dans l'espérance de quelque trait de férocité allemande; Madame donna dans le piège et empêcha le mariage, en écrivant à la reine de Sicile qu'elle était trop son amie pour lui faire un aussi mauvais présent que M"e &e Valois. Le régent, selon l'expression de Ducios, ne fit que rire de l'incartade germanique de sa mère.

sacristine. Je suis bien aise qu'on lui ail donné quelque chose à faire, cela chasse la mélancolie et éloigne l'ennui. Mlle de Valois n'a encore que neuf n\+ : tous voyez donc que, lors même que le mariage avec le. prince de Piémont serait décidé, il serait forcément retardé de quelques années. Ce mariage ne me ferai! d'ailleurs nul plaisir, il aurait lieu contre la volonté de la reine de Sicile, que j'aime mieux que toutes mes petites-filles; car j'aime cette vertueuse reine tout comme si elle était ma propre fille, et je lui ai servi de mère (car elle n'avait que six mois lorsque la sienne est morte). Aussi me regarde-t-elle comme sa mère; elle a en moi une confiance sans bornes. Je lui souhaite donc toute sorte de bonheur et l'exemption de tout chagrin ; or, le plus grand de tous, c'est de voir un fils unique se marier contre votre volonté; toute la vie se trouve par là empoisonnée, je ne le sais que trop. Alberoni a certainement trompé le roi de Sicile d'une façon indigne; c'est un des plus mauvais coquins qu'il y ait au monde et un des ennemis les plus acharnés de mon fils; un Italien perdu de débauche, un scélérat comme on n'en voit pas; il n'a ni loi ni loi. Beaucoup de gens croient qu'il a empoisonné son bienfaiteur, le pauvre duc de Vendôme ' , afin de plaire à Mme des Ursins, qu'il a ensuite fait chasser pour bien se mettre avec la reine d'Espagne. Maintenant il a fait rentrer cette méchante vieille sorcière en grâce auprès de la cour d'Espagne; tout cela vous démontre

1 Assertion des plus hasardées; il parait certain que le duc de Vendôme, au milieu de ses victoire» <lans la Péninsule, mourut d'une indigestion de poisson»

quel homme c'est; il mérite bien d'être humilié. Il faut que je vous rende compte d'un dialogue divertissant entre lord Stairs et l'ambassadeur d'Espagne, le prince de Cellamare. Celui-ci avait répandu dans tout Paris qu'il était complètement faux que la flotte anglaise eût battu la flotte espagnole; et les partisans de l'Espagne ici avaient si bien fait qu'on ne croyait plus à cette nouvelle, lorsque le fils de l'amiral Bing est arrivé avec la relation officielle et la liste des navires qui avaient été capturés, brûlés ou coulés. Lord Stairs ayant reçu ces pièces, dit au prince : « Eh bien ! monsieur, que dites-vous maintenant de votre flotte ? — Je dis, répliqua l'ambassadeur, que la flotte est heureusement entrée à Cadix. — Je ne vous parle pas de celle de Cadix, repartit le lord, je vous parle de celle de Messine. — Celle de Cadix et tous les galions richement chargés sont entrés, » repartit le prince. Jamais on ne put tirer de lui autre chose.

20 septembre 1718.

La petite naine a dit qu'elle avait plus de cœur que son mari, ses fils et son beau-frère, et que, comme une autre Jat-1 , elle tuerait mon fils de sa main en lui enfonçant un clou dans la tête. Mon fils ne se tracasse en rien de ses menaces. Quand je lui dis qu'il doit se tenir sur ses gardes, il se met à rire et il secoue la tête comme si je lui racontais des contes... Il n'a pas encore relâché les trois drôles du parlement, quoique le parlement lui en ait deux fois adressé la demande.

DE MADAME i \ Dl CHÈSSB D'ORI I UfS. 171

A M. DE HARLING.

21 septembre i; îs.

Quant à ce (|ui regardé M. él M""' du Maine) on découvre ehaquejduf de nouveaux complots de leur part

contre mon til<; cela lait dresser 1rs cheveux sur la tête, .le ne crois pas que lé grand diable d'enfer puisse être pire que. la vieille Maintenon, que son duc du Maine et que la duchesse; celle-ci a dit tout liant. ipic son mari, sou beau-frère et ses fils, n'étaient que des laquais, tant ils étaient dépourvus de cœur; elle n'était qu'une femme, mais elle voulait demander une audience au régent dans le luit de lui enfoncer un stylel dans le cœur; vous voyez quelle est la bénignité de l'humeur de cette dame; il est clair que, de la part de telles gens, tout est à craindre, d'autant plus qu'ils ont pour eux un parti nombreux, puissant; tous les plus grands seigneurs de la cour et les plus riches sont pour eux et sont liés avec le parti espagnol ; ils veulent avoir ici le roi d'Espagne. Ils trouvent que mon fils est trop habile, et ils voudraient avoir un souverain qu'ils pussent gouverner à leur gré; c'est à quoi le roi d'Espagne serait très-bon; ils n'auront donc ni repos, ni cesse jusqu'à ce qu'ils l'aient ici, et la vie de mon fils court les plus grands dangers.

A LA COMTESSE LôtJlSE.

22 septembre 1718.

11 n'est jusqu'ici, grâce à Dieu, arrivé aucun malheur, mais je n'ai nulle assurance qu'il n'en arrive pas.

L'individu contre lequel mon fils ne prend pas de précautions, le duc du Maine, est né et a été élevé dans la méchanceté ; sa mère était la plus méchante femme du monde. Je connais trois "personnes qu'elle a empoisonnées : Mlle de Fontange', son petit garçon, et une demoiselle qui était auprès de la Fontange, sans parler de celles que je ne connais pas 2. Lui a été élevé par la vieille sorcière de Maintenon, qui est un diable incarné, et qui n'a songé toute sa vie qu'à placer un bâtard sur le trône, afin de régner de concert avec lui. Elle l'a fait déclarer prince du sang et elle voudrait aujourd'hui le mettre à la tête du gouvernement, en privant mon fils de la liberté et de la vie. Elle a attiré

1 Madame a répété plusieurs fois cette accusation que l'histoire n'a point adoptée. Personne ne songe aujourd'hui à reconnaître dans Mme de Maintenon une émule des Locuste et des Brinvillier.

2 Ces accusations sont des calomnies qui ne méritent pas d'être réfutées ; mais si Madame a tort de les admettre aussi légèrement, il faut reconnaître qu'à cette époque (et ces lettres en fournissent d'autres exemples) pareilles inculpations étaient chose fréquente : le maréchal de Luxembourg fut accusé d'avoir fait empoisonner à l'armée un intendant des contributions de Flandre, duquel il avait tiré l'argent du roi. A l'égard de la célèbre affaire des poisons, où furent impliqués de hauts personnages, on peut recourir à la Bastille dévoilée, 17 88, première livraison ( mais un grand nombre des pièces contenues dans ce livre sont assurément apocryphes), et à Peuchet, Mémoires tirés des papiers de la police, 1838, t. I , ch. x et xi. Mme de Motteville rapporte que Je bruit courut qu'on avait trouvé du poison chez le surintendant Fouquet, et qu'il fut soupçonné d'avoir empoisonné le cardinal Mazarin. Le lieutenant général espagnol Salazar était très - soupçonné d'avoir empoisonné sa femme, ce qui ne l'empêcha point d'être nommé gouverneur d'un infant (Saint-Simon, t. XXXVI, p. ?30).

DE MADAME LA DUCHESSE D'dRLÉANS. 473

dans son parti les ducs les plus puissants, et ils se disent soutenus par le roi d'Espagne. Les périls que i oint L'existence de mon lils nie l'ont passer bien des nuits sans sommeil, et certes sa régence n'a pas été pour moi un motif de satisfaction. Je ne connais que trop la malice de cette cour et de la vieille {Maintenon), « t vous pouvez croire si je suis inquiète et tracassée. Le premier président est amoureux de la duchesse du Maine et tout à fait à sa disposition. Elle est encore plus ambitieuse et plus méchante que son mari. Les ennemis du feu roi ont eu beau jeu pour lui reprocher L'empire qu'il avait laissé la vieille prendre sur lui '.

1 Citons encore, d'après les recueils manuscrits , quelquesunes des pièces de vers qui circulaient dans les dernières années du règne de Louis XIV :

Il faut être ignorant parfait Pour régler maintenant la France ; Soyez cruche, soyez baudet, Vous réglerez guerre et finance; La Maintenon vous chérira, Le reste ira comme il pourra.

Pour expliquer tout en deux mots, Ce qui se passe en France, Désordres, abus, édits, ini|>ùl>, Les circonstances et dépendances, Louis ne prête que son nom, Tout se fait à la Maintenon.

Ah ! Scarron, qui l'eut jamais dit Que, de Villarceaux pensionnaire, On eut dû te voir en crédit, Et prendre part au ministère ?

D'autres couplets accusent Mme de Maintenon d'avoir eu des faiblesses pour Carillon ; voici un passage extrait d'un noèl :

Le grand Louis s'avance Avec la Maintenon ;

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