‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 4)Chapitre 6 sur 33 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

Confiées à un écrivain allemand distingué, M. Wolfgang .Miii/L'l, ces lettres ont été, pour la première fois, publiées à Stuttgard, en 1843 ; elles forment un volume in-8°, imprimé aux frais de la Société littéraire de Stuttgard ', et qui est nécessairement fort rare ; car ces publications, destinées exclusivement aux membres de la Société qui les met au jour, n'entrent pas dans le commerce.

Quelques mots sur la vie de Madame et sur sa famille sont nécessaires pour que l'on connaisse les personnes dont il est question dans cette correspondance.

Née à Heidelberg, le 7 juillet 1652, Elisabeth-Charlotte fut, très-jeune encore, remise à sa tante, électrice de Hanovre, qu'elle ne quitta qu'au moment de se marier.

Le frère de Louis XIV, Monsieur, duc dOrléans, était devenu veuf; le roi de France voulut le remarier à une princesse dont l'union faisait acquérir à la cour de Versailles des droits probables sur le Palatinat, éventuels sur la Bavière. 11 n'y eut jamais de mariage plus exclusivement inspiré par la politique.

Convertie au catholicisme avec trop de précipitation pour que sa foi nouvelle fût bien fervente, la (ille de l'Électeur épousa Monsieur le 16 novembre 1671; elle le perdit en 1701. Elle en eut trois enfants, le fameux régent, né en 1674; une fille, Elisabeth- Charlotte2, qui épousa le duc de Lorraine, et un fils qui mourut à l'âge de trois

1 Fondée en 18 39 sons le patronage du roi de Wurtemberg et sous la présidence du savant bibliothécaire de Tubingue, le docteur Relier, connu par d'importants travaux relatifs à la littérature du moyen âge, la Société littéraire a mis au jour, indépendamment de livres d'un intérêt spécialement germanique, des écrits que tout ami de l'histoire et de la littérature du moyen Age regardera comme fort précieux ; citons entre autres la Chronique catalane de Raymond Muntaner, li Romans d'Alexandre (il en a été rendu compte dans la Nouvelle Revue encyclopédique, 1846 et 1847, t. II et HI)j le Cancionero portugais de Resende.

2 Elle porta ie titre de duchesse de Chartres ; née le î septembre 1676, elle fut mariée le 13 octobre 1698, et elle mourut le 13 novembre 1744. En épousant le duc de Lorraine, elle fut « ravie de se voir délivrée de la rude férule de Madame. » Saint-Simon, qui s'exprime ainsi, raconte (t. IV,

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ans. Kilo fut forcée, bien malgré elle, d'avoir pour bellefille M"e de Blois1, fille naturelle de Louis XIV et de Mme do Montespan.

Nous n'avons pas besoin de reproduire ici des détails qui sont partout, au sujet des intrigues de cour dont la duchesse fut témoin, et auxquelles elle se trouva souvent mêlée. Son animosité violente contre Mme de Maintenon est connue. La seconde épouse de Louis XIV était toute dévouée aux intérêts du duc du Maine, fils naturel du roi ; elle voulait le placer à la tête du gouvernement pendant la régence. Madame, qui avait pour son lils l'affection la plus vive, ne voyait qu'avec horreur les prétentions de ce qu'on appelait alors le parti des bâtards 2.

Madame mourut septuagénaire, le 8 décembre 1722 ; son (ils ne lui survécut que d'un an; elle fut ensevelie à Saint-Denis. Massillon prononça son oraison funèbre.

Divers discours furent prononcés à l'occasion du trépas

de Madame. Nous citerons le Discours prononce dans Vé-

fjlise de Saint-Denis, en présentant le corps de Madame,

avec l'abrégé de sa vie, par M. de Saint-liery de Haynas.

Paris, 172o, in-i°, et l'Oraison funèbre, prononcée dans l'é-

p. u ) les singulières difficultés d'étiquette auxquelles donna lieu ce mariage ; il fut célébré par des abbés déguisés en évéques.

1 Françoise-Marie de Bourbon, légitimée de France en 1681, née le 9 mai 1677, mariée le 18 février 1691, morte le 1er février 1749. Madame s'opposa tant qu'elle put à ce mariage, qui blessait sa fierté, et elle ne céda que devant la volonté expresse de Louis XIV. Elle n'hésita pas à donner à son lils, dans la grande galerie de Versailles, lorsqu'il venait lui baiser la main, le soufllet le plus sonore. Saint-Simon retrace cette scène d'une façon pittoresque ; il montre Madame se promenant à grands pas, parlant sans contrainte (t. I, p. 46).

2 On lira avec profit les observations judicieuses de M. de Noailles à cet égard, dans son Histoire de M de Maintenon. Après avoir expliqué, sans le justifier, bien entendu, comment le scandale des légitimés trouvait grâce dans l'opinion par le préjugé féodal en vertu duquel ni Guillaume le Conquérant, ni Dunois, ne rougissaient de bâtardise, et par l'autorité monarchique investie du droit i\f légitimation, ce qui strictement Conférait à Louis X.IV le pouvoir de s'absoudre de ses fautes; après avoir allégué toutes ces circonstances atténuantes, M. de Noailles n'en prononce pas moins une sentence rigoureuse au nom de la morale et delà religion.

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