Mq.ric-Louise d'Orléans, première femme de Charles II
2. Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, première femme de Philippe V, fille d'Anne-Maric d'Orléans, duchesse de Savoie, puis reine de Sicile, et pntinri.'ine de Sardaignc.
Paris, le 21 février 1"'22.
... Les gens gros et grands ne vivent pas plus longtemps que les autres : nous l'avons bien vu par la pauvre princesse Ragozki, mercredi passé. Dimanche, elle était alerte et bien portante; lundi, après qu'elle se fut fait arracher une dent, 11 lui vint un abcès à la bouche et de la fièvre ; on lui a tiré du sang au bras à deux reprises, une fois au pied. Elle semblait aller mieux à la suite de cette dernière saignée, mais un instant après elle dit : « Je me trouve mal », et rend Tâme là-dessus. Hier, on l'a enterrée dans son couvent. vSes gens m'ont raconté une singulière histoire sur son compte. Quand elle derîieurait encore à Varsovie, elle rêva une nuit qu'un étranger entrait chez elle, dans une petite chambre qu'elle n'avait jamais vue; il lui présente une coupe et lui dit de boire. « Je n'ai pas soif, répond-elle. — Buvez, car c'est la dernière fois de votre vie que vous boirez.», dit l'homme; et là-dessus elle se réveille. Ce rêve lui trottait toujours par la tête. Quand elle vint ici, elle alla se loger à l'hôtel : elle ne se sentit pas bien et demanda un médecin. On lui en chercha un qui est médecin du roi par quartier et qui se nomme Helvétius. Son père est Hollandais; ce sont des gens fort savants et très estimés ici. Quand elle aperçoit le docteur, elle est toute surprise et promène ses yeux de tous côtés dans la chambre. Le comte Schlieben lui demande ce. qui lui cause un tel étonnement. « Ce qui m'étonne, répond -elle, c'est qu'Helvétius est
riiomme même que j'ai vu en rêve à Varsovie ; cependant, ajoute-t-elle en riant, je ne mourrai pas de cette maladie-ci, car ce n'est pas là la chambre où je me trouvais en songe r. Mais quand elle arriva dans le couvent de Chasmidij \ où on lui avait loué un appartement sans, qu'elle l'eût vu elle-même, elle dit à ses gens : « D'ici je ne sortirai pas vivante, car c'est là la chambre même que je vis en rêve en Pologne, la chambre où je bus pour la dernière fois. » Et ainsi advint-il. Mais il me semble que ces choses-là arrivent plutôt aux princes et princesses de la maison de Hesse qu'aux autres gens. Dieu sait d'où cela peut bien venir. Nous autres comtes palatins nous sommes tout l'opposé : jamais nous n'entendons ni ne voyons d'esprits, jamais nous ne faisons de rêves...
Paris, le 2G mars 17-22.
... Je ne pense pas qu'il soit possible de trouver au monde une enfant plus gentille et plus intelligente que notre petite Infante -. Elle fait des réflexions comme une personne de trente ans. C'est ainsi qu'elle disait hier : « On dit que quand on meurt à mon âge qu'on est sauvée et va droit en paradis que je serois heureuse donc si le bon Dieu me vouUoit prendre. » Je crains qu'elle n'ait trop d'esprit et qu'elle ne vive pas; on est toute saisie quand on l'entend parler. Elle a les plus gentilles façons du monde. J'ai