Cherche-Midi
2. Maric-Anne-Victoire qui devait épouser Louis XY et que M^'c de Prie fît renv03-cr par M. le Duc. •
gagné ses bonnes grâces : elle court au-devant de moi, les bras ouverts, jusque dans son antichaml)re et m'embrasse de tout cœur.
Je ne suis pas mal non plus avec le roi. Hier, j'ai joué un tour à ses gouverneurs qui m'a bien divertie. Ils sont tellement jaloux du roi qu'ils s'imaginent toujours qu'on lui dit quelque chose contre eux; je les ai bien attrapés. Avant-hier, le roi avait eu une colique venteuse, et hier j'allai vers lui avec l'air le plus sérieux et lui glissai un billet dans la main. Le maréchal de Villeroy était tout embarrassé et me demanda fort sérieusement : « Quel billiet donnez-vous là au Roy »? Moi je lui réponds avec le même sérieux : i< C'est vn remède contre la colique des vents. — Le maréchal : « Il n'y a que le premier médecin du Roy qui luy propose des remèdes ». A quoi je réponds : « Pour cekiy-cy je suis sur que mons Dodart Laprouvera, jl est mesrae Escrit en vers et en chanson. » Le roi, tout embarrassé aussi, se met à le lire et immédiatement éclate de rire. Le maréchal dit: « Peut-on le voir? — 0 ouy, répondis-je; jl n'y a point de secret «. Voici ce qu'il y trouva :
« Vous qui dans le Mczantairc
Avez vents impétueux
Jl son dangereux
Et pour vous en défaire
P. . . Z, etc. il
... Il se passe d'étranges histoires ici. Lue dame, non mariée, a tenu une conduite bien intrépide et a tué un homme. Cet homme avait mis à mal sa sœur et ne la voulait pas épouser. Il avait tué un de ses
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frères en le tirant par une fenêtre, et balafré le visage au plus jeune, et, pour déshonorer toute la famille, il prélendait qu'ayant été l'amant de la mère, il ne pouvait épouser la fille. M""^ de Saint-Étienne, voyant que celui de ses frères qui vivait encore n'avait pas assez de cœur pour venger la honte de la famille, est allée trouver M. des Escarts. « Vous avez deshonoré ma famille tout entière, lui dit-elle, vous pouvez le reparer en Espoussant ma sœur; prenez garde à ce que vous me respondrez. Car si vous ne me Respondez pas bien, pourez vous en respentir. Reguardezmoy bien, me recognoissez vous? — Ouy, je vous Cognois bien, répondit-il; vous estes M^'"" de Saint- Étienne mais je n'espouss;erez pas vostre sœur quoy qu'elle soit grosse de raoy ». Alors M"*^ de Saint- Étienne saisit un pistolet chargé qu'elle avait dans sa poche et lui loge une balle dans la tête. 11 a vécu quelques heures encore; il donnait à entendre, par signes, qu'il lui pardonnait sa mort. On sollicite pour elle; je trouve que cette honnête fille mérite bien sa grâce. Autre étrange histoire que nous avons. C'est celle d'un jeune prêtre de vingt et un ans. Il avait fait de fort bonnes études, c'est pourquoi on l'avait mis auprès de M"" de Vermandois pour lui montrer le latin. Il en est tombé amoureux et cela lui a dérangé la cervelle. Il a écrit à M'"*" la duchesse qu'il voulait épouser sa fille, et à celle-ci il a écrit lettres d'amour sur lettres d'amour. L'abbesse n'a pas remis les lettres à la princesse; elle a envoyé le confesseur du couvent à l'abbé pour qu'il lui rendît ses lettres et lui fît défense expresse de jamais approcher du couvent.
« Je vois bien, lui répondit le jeune abbé, que c'est toi mon rival et que tu veux m'enlever la princesse, il est permis de tuer un rival » et ce disant il prend un pistolet qu'il avait en poche et brûle la cervelle au pauvre confesseur qui tombe raide mort. On l'a condamné à être roué, mais M""' la princesse sollicite bien fort la grâce du pauvre fou...
Il arrive des choses ici si monstrueuses que jamais Salomon, à ce que je crois, n'en a vu de pareilles. C'est ainsi par exemple que la Solignac a dit à son mari : « Je suis grosse, vous savez bien que 'ce n'est pas de vous, je vous conseil de n'en pas fairede bruit car si on mest cela en procès vous perdrez parceque vous savez qu'il est dans les lois de ce pais cy que tout enfant né dans le mariage appartient au mary, ainsi il sera à vous de plus je vous le donne»...
Paris, ce jeudi 10 avril 1723.
... Hier j'ai vu des gens bien tristes, j'en ai le cœur tout gros, savoir Madame la princesse et sa petite fille la jeune princesse de Conti. Celle-ci est obligée de faire un procès à son mari. Il la veut ravoir à toute force et pourtant il lui a fait subir de tels traitements qu'elle veut être, à tout prix, séparée de lui. Cette histoire fait un bruit affreux...
Saint-Cloud, le 14 mai 11-2-2.
... Je ne sais si je vous ai déjà mandé le beau dialogue que les marquises de Polignac et de Sabrau ont eu il y a quelques mois avec deux duchesses qui ne sont
pas d'aussi bonne maison qu'elles. Au bal de Lautel de ville ces dames ne voulurent pas permettre que les deux duchesses se missent au dessus d'elles. Elles leur dirent : « vous vouliez vous mettre au-dessus de nous pour montrer vos beaux habits qui sont de la bouttique de vostre père. » Les duchesses, piquées de ce discours répondent : « Si nous ne sommes pas d'aussi bonne maison que vous, au moins nous ne sommes pas des p. ... s comme vous. — Ouy nous sommes des- p. ... s, répondirent les Dames, et nous le voulions bien être, car cela nous divertit. «...
Saint-Cloud, le 16 mai 1722.
... Je vous remercie bien chaudement, chère Louise, de prier si assidûment pour moi. J'en ai grand besoin. Non pour mon bonheur en ce monde, cela est bien fini, pourvu que le Dieu tout-puissant me conserve mes enfants, et je suis contente. Mais j'en ai grand besoin pour le bonheur éternel et pour mon fils aussi. Dieu veuille le convertir, c'est la seule joie que je lui demande pour moi. Je ne crois pas que dans tout Paris on trouve tant parmi les ecclésiastiques que parmi les gens du monde, cent personnes qui aient la vraie foi chrétienne et même qui croient en notre Sauveur; cela me fait frémir...
Saint-Cloud, le 6 août r.-22.
Je viens de causer avec un homme qui me fait tellement pitié que les larmes m'en sont venues aux yeux... Il y a quatre ans, il a marié l'aîné de ses
petits-fils, le duc de Rais^ fils du duc de Villeroy, à la fille du duc de Luxembourg. Celle-ci s'est jetée de suite tête baissée dans toute sorte de débauches, si bien que pour faire plaisir au duc de Richelieu, elle a soupe avec lui et ses amis dans le plus simple appareil. Quelques mois après elle s'est mise avec ce vilain Rion- qui a l'air d'un ondin. Mais elle ne s'est pas contentée de lui, elle a pris aussi son frère, son beaufrère plutôt, le chevalier Dédie '.Rioms lui en ayant fait des reproches, elle lui dit : « Vous vous figuriez donc que vous me suffiriez; avec le tempérament que j'ai vous devriez me savoir gré de vous ménager et d'avoir d'autres amantsàcôté de vous.. .Tout d'un coup l'en-vie lui prit de se remettre avec le duc de Richelieu. Mais celui-ci ayant pris la ferme résolution d'avoir toutes les jeunes dames, il a déclaré à son amie que si elle voulait redevenir sa maîtresse, il faudrait d'abord qu'elle lui livrât sa belle-soeur la marquise de Dalincourt^. Elle le lui promit. Mardi dernier donc la duchesse de Rais invita sa belle-sœur à venir faire un tour dans les jardins, à Versailles; l'autre accepta, mais à peine étaient-elles dans le petit bois que Rioms et le duc de Richelieu survinrent; la vilaine duchesse se saisit des mains de sa belle-sœur, mais celle-ci se mit à crier au secours avec une telle forée que des gens qui se promenaient dans le jardin purent arriver à temps encore...