M™'-' tle Maintenon
sa sœur bâtarde, ^1"^"= la Duchesse. La princesse de Conti est devenue l'alliée de celle-ci afin de ne pas perdre tout pouvoir sur lui. Tous sont opposés à mon fils : ils ont peur que le roi ne le voie d'un bon œil et qu'il ne fasse le mariage de sa fille aînée avec le duc de Berry. La Duchesse en voudrait bien pour sa propre fille, c'est pourquoi elle accapare le duc de Berry. Mais la duchesse de Bourgogne qui voudrait, elle aussi, gouverner le Dauphin aussi bien que le roi, est jalouse de M"^ la Duchesse. Elle a donc fait un pacte d'amitié avec notre M"'^ d'Orléans, pour contrecarrer l'autre : c'est une plaisante comédie d'intrigues enchevêtrées et je pourrais dire avec la chanson : « Si on ne mouroît pas de faim, il en fauderoit mourir de rire... » La vieille lance ce monde-là les uns contre les autres, pour gouverner d'autant mieux...
Marly, 29 septembre 1709.
... Des quatre chirurgiens qui soignent Yillars, il n'y en a pas deux qui soient du môme avis. Aussi le roi a-t-il envoyé en Flandre, Maréchal, son chirurgien, pour voir ce qu'il y aurait à faire. Villars est fort soucieux, car il y a plus de cinq ans on lui a prédit tout ce qui lui est arrivé, à savoir qu'il deviendrait très riche, qu'il parviendrait aux plus hautes dignités, serait fait maréchal de France, duc et pair, mais aussi que cette année-ci il perdrait une bataille, serait blessé et mourrait. Voilà ce qu'il a en tète et ce qui le tracasse énormément : ce serait dommage qu'un si brave homme mourût !
Versailles, le 15 octobre 1709.
Bérénice est l'une des comédies de Racine qui me plaisent le moins : car je ne peux souffrir que la reine aime encore Titus quand elle voit qu'il est las d'elle et qu'il la renvoie avec son rival. Toutes ses pleurnicheries à ce propos m'impatientent. Elle aurait dû bonnement épouser le roi de Comagène et dédaigner Titus. J'ai souvent vu cette comédie, mais je ne savais pas que le roi et M""= Colone ' en eussent fourni le sujet, car elle n'a été faite que longtemps après...
Versailles, le 17 octobre 1709.
... Le maréchal de Boufflers n'inventera pas la poudre ni ne sera un fauteur d'hérésies : il est des gens plus fins que lui. Mais il a bon cœur, c'est réellement un honnête homme et véridique, on peut croire ce qu'il dit; il fait tout le bien qui est en son pouvoir... Il est sans peur à la cour, dit la vérité au roi et n'est pas un flatteur, c'est pourquoi je l'estime grandement.
Les Français sont de vrais agneaux, ils se laissent mener comme on veut, dès qu'ils ont confiance en leurs généraux; les officiers pour la plupart sont de braves gens...
Le czar- a de grandes et belles qualités, il a agi de telle sorte qu'il faut beaucoup l'estimer. Il serait