‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 2 sur 164 · Oudenardc · texte numérisé non relu

Oudenardc

Fontainoblcau, lo 11 août 1708.

... .Tavoiie que la reddition de Tortose m'a réjouie au fond de l'âme, et cela d'autant plus que les princes ici, tels que M. le Duc, le prince de Gonti, M du Maine et le comte de Toulouse avaient tenu la chose pour impossible. M. le Duc, devant le roi, disait d'un air moqueur à M"" d'Orléans que mon fils avait mal entamé le siège et qu'il ne prendrait pas la ville. Mais le plus plaisant de l'affaire, c'est que pour se moquer de moi ils m'envoyèrent un matin M. Dangeau pour me complimenter de ce que Tortose s'était rendue et de ce que j'avais reçu un courrier spécial, et le soir du même jour le marquis de Lambert arriva porteur de la nouvelle qu'effectivement la ville avait capitulé. J'aurais voulu que vous vissiez l'air fâché de M. le Duc et du prince de Conti. Ils n'auraient pu faire une pire figure si on leur avait annoncé qu'ils allaient mourir. Cela, je l'avoue, a encore accru ma joie. J'étais heureuse aussi de ce que le roi parût également en avoir du contentement, que cette fois-ci il ne partageât pas le chagrin que causait aux autres le bonheur de mon fils, mais qu'il se montrât tendre pour son neveu...

Fontainebleau, lo 18 août 1708.

J'avoue que. Dieu merci ! mon fils ne manque pas d'esprit. Il n'a pas mal étudié non plus et sait un peu plus de choses que les autres princes de la famille royale. Les difficultés l'attirent, c'est pourquoi il né- "•11 '^e un peu trop les choses faciles. Il n'est parvenu

à s'emparer de Lérida et de Tortose que grâce à sa propre opiniâtreté : tout le conseil de guerre y était opposé. Puis aussi on le laissait manquer de tout : il a dû, à force d'industrie, faire subsister son armée ; sans cela, lui et elle seraient morts de faim...

A LA RAUGHAVE AMÉLIE -ÉLIS ABL'TH .

Meudon, le 3 septembre 1708.

... Vous croyez donc, chère Amélie, qu'à l'armée il n'y a pas un grand nombre de mauvais garnements qui ont la même inclination que les Français! Si vous croyez cela, vous vous trompez fort. Les Anglais sont tout aussi acharnés et ne se conduisent pas mieux. Vous me faites rire aussi de vous imaginer que ce péché ne se commet pas en Allemagne. Croyez-moi, les Allemands s'entendent bien aussi à cet art-là. Si Charles-Louis n'avait pas été présent, le prince d'Eisenach, qui est tombé en Hongrie, aurait tué le prince de Wolfenbuttel. Celui-ci voulait lui faire violence, et l'autre n'entendait pas de cette oreille-là. Charles- Louis m'a raconté aussi que toute l'Autriche était infestée de semblables vices...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Versailles, le 28 octobre 1708.

... A l'exception des maltôtiers et des gens d'affaire, il y a peu de personnes ici qui puissent se targuer de grande richesse. Villars seul s'est enrichi dans le

Palatinat. Le maréchal de Marsin lui a dit un jour en face que ses richesses n'étaient que du bien mal acquis. « Ce n'est pas du bien mal acquis, répondit Yillars, puisque le roy me l'a donné! » — « Le roy ne sauroit vous donner ce qui n'est pas a Luy, répondit Marsin, et je ne vouderois pas avoir autant à me reprocher... «

Marly, le 4 novembre 1708.

... Mon fils m'écrit une chose qui me fait bien rire. Voici ses propres paroles : « J'ay receue vne lettre de la reine douariere d'Espagne qui me charge comme son cousin et comme cauallero d'entreprendre sa deffence, je ne say s'il faudera jetter le gand contre la Duchesse de Gramont, en tout cas je prie qu'on m'excuse de la jouste... »

A LA UAUGRAVE AMÉLIE -EL ISABE TH .

Versailles, lo 17 novembre 170S.

... Vous avez bien raison d'aimer le séjour du Palatinat. Tout y est bon : l'air, l'eau, le boire et le manger. Je jure que je préférerais bien y demeurer avec Louise et vous et que nous passions notre vie ensemble plutôt que de vivre à cette cour-ci, à condition de voir tous les ans ma tante pendant quelques mois et mes enfants aussi quelquefois dans le courant de l'année...

Versailles, le l'^"' décembre IIOS.

... Nous sommes au l^"^ décembre aujourd'hui... C'est le jour où se présentent les créanciers et où il faut payer : j'ai déjà donné cent cinquante pistoles...

M. le Dauphin a fait la remarque que s'il gèle fort avant la Saint-Martin, l'hiver n'est ni rude ni dur...

... Je me souviens fort bien du nom de M. Linenschloss. Le fils est donc devenu professeur comme le père l'était de mon temps ? Mieg est sans doute le fils de celui que j'ai connu ; mais alors il est le frère de la belle Amélie! Le père était vice-chancelier. Je connais Lintz et je me souviens parfaitement de ce chenapan de Seyller. Il était ici l'année de la paix de Ryswick, mais il n'a pas voulu me faire visite, quoiqu'il fût venu comme envoyé de l'empereur. Je le rencontrai par hasard à la promenade, au canal. Il devint si pale qu'il fallut l'emmener. Il avait fait cent mensonges ici, disant qu'il av*ait été élevé avec moi, qu'il était mon frère de la main gauche. Il n'est pas changé, je l'ai immédiatement reconnu. 11 n'avait jamais joué dans la comédie de Séjan, mais bien dans le Pastor fido ^ : il y faisait Ergaste, le confident de Myrtile. Le bibliothécaire Fuchs donnait Séjan, Schutz Tibère, mon frère Macron et Drusus, Clos Agrippine, le comte de Witgenstein Néron, le comte de Bentheim Drusus ; mais je ne sais plus qui faisait Caligula...

Ne soyez donc pas simple au point de croire que

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