U'isenghien
der davantage à vous écrire, car Dieu sait combien de temps je pourrai le faire encore : Je ne vous caclierai pas qu'on me tient ici pour gravement malade ; à la vérité, il ne me semble pas qu'il en soit ainsi, mais tous les médecins disent que moins je me sens malade, plus je le suis. Et pourtant je suis grosse et grasse, je n'ai pas mauvaise mine, j'ai bon appétit : seulement je suis toujours un peu somnolente, je m'endors partout, et c'est ce qu'on tient pour fort grave ici. C'est pourquoi hier on m'a tiré du sang , lundi et mercredi je prendrai médecine pour voir s'il n'y a pas moyen de me débarrasser de cette dangereuse somnolence. Je me résigne à la volonté du Tout-Puissant et suis tout à fait calme, quoi qu'il arrive. Je ne souhaite ni ne redoute la mort. Les deux premières palettes de sang étaient hideuses, la troisième meilleure...
Je vous prie, chère Louise, continuez à me raconter ce qui se passe à Francfort, car voilà ce qui m'amuse bien.
Versailles, le 31 décembre 1711.
... Sans nul doute vous avez vu beaucoup de belles et magnifiques choses à Francfort. Ces marchandiseslà ne sont plus pour ma bourse : il faut que je m'en tienne aux bagatelles. Pour que vous voyiez comme on travaille bien ici l'or et l'argent, je vous envoie pour le nouvel an une petite boîte en argent avec une petite bague.
A LA DUCHESSE DE HANOVRE
Ce dimanche 3 janvier 1712, 6 h. du soir.
Les Catholiques aussi bien que les Réformés disent que Dieu châtie ce pays pour les tourments qu'on a infligés à tant d'honnêtes gens tant réformés que catholiques. Toutes les fois que je demande un passeport pour quelqu'un, on veut savoir si ce n'est pas pour un réformé, auquel cas on me le refuserait. Par là vous voyez qu'il serait absolument inutile de solliciter pour M^'"' de Neuville ^ : ces biens-là, on les confisque immédiatement...
Versailles, le 14 janvier 1*12.
... Mon Dieu I que les enfants opiniâtres sont chose ennuyeuse et désagréable ! Après avoir employé toute la matinée de mardi dernier à faire la leçon à la duchesse de Berry, à lui dire comment elle devait demander pardon au roi, elle finit par me répondre t « Il fauderoit que j'eusse bien peu de mémoire si je ne pouvois retenir ce que vous me dites. Madame. » Mon fils, contre son habitude, l'exhorta aussi en fort bons termes î il y avait donc lieu d'espérer que tout se passerait bien et que le roi serait content d'elle. Lundi déjà, M™'" sa mère avait prié celui-ci de permettre à sa fille de retourner auprès de lui, car il lui avait fait ordonner par moi do ne plus paraître en sa présence jusqu'à nouvel ordre. Mon fils aussi intercéda