‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 41 sur 164 · A Marly · texte numérisé non relu

A Marly

lOG CORP.ESPONDANCE

d'entre les domestiques de mon fils étaient jaloux de Homberg, parce qu'il en fait grand cas.... Ces domestiques ont cru nuire uniquement à Homberg en répandant le bruit qu'il manie des poisons, mais les politiques qui craignent que mon fils ne soit appelé au Conseil, qu'il n'y déploie, si j'ose le dire, plus d'esprit et de savoir que d'autres, tous ces gens-là ont monté le coup contre lui. J'ai tout examiné fort minutieusement : le roi n'y croit pas, aussi peu que les gens qui ont répandu le | bruit; seulement on le propage quand même dans le peuple, afin de lui rendre mon pauvre fils odieux. Mais j'espère qu'on va être plus prudent, maintenant qu'on voit commentle roi a pris la chose.

C'est la faute de mon fils que son enfant soit si gâtée et si volontaire, il l'a mal élevée. Je ne crois pas que la cour imitera les manières de la duchesse de Berry, car elle n'est en faveur nulle part...

Ce n'est pas là le genre du roi de causer avec les courtisans, à l'exception de ceux qui ont été auprès de Sa Majesté dès sa jeunesse, comme M. le Grand, le maréchal de Yilleroy et autres....

Quand le roi ne va pas au tiré où à Marly, il passe toute l'après-dînée auprès de M'"<^ de Maintenon. Il travaille chez elle avec les ministres. Tous les soirs je fais de mon mieux pour l'égayer par mon bavardage. Quelquefois je parviens à le faire sourire.

Ce n'est pas ici comme en Hollande. H n'est permis à personne, si ce n'est aux ministres, do parler des affaires de l'État. D'autres le font aussi, mais on le leur prend en mauvaise part...

.DE MADAME, DUCHESSE D'OULÉAiNS. 107

Versailles, ce jeudi saint -24 mars Hl^.

Dans le Sanctuaire, on parle beaucoup du passé, mais on ne dit mot du présent, ni de la guerre, ni de la paix; on ne parle pas davantage des trois Daupliins et de la Dauphine, pour n'y pas faire penser le roi. Dès qu'il se met à en parler, vite je cause d'autre chose en feignant de n'avoir pas entendu. Plût au Ciel qu'il n'y eût pas de plus grosses difli cultes dans la paix que de reconnaître la reine Anne comme reine légitime d'Angleterre et d'agréer les princes qu'elle désignera pour ses héritiers... Je crois que quand bien même la reine Anne n'aurait pas demandé qu'on reconnût l'électeur de Brunswick en cette qualité, on ne l'eût pas moins fait...

Versailles, ce dimauclio de Pâques i~l2, 10 h. du malin.

... Les médecins avouent bien qu'ils ont mal traité M. le Dauphin et M""' la Dauphine en reconnaissant qu'ils n'ont pas deviné la maladie qu'ils avaient...

Précédemment mou fils était aimé de tout le monde, mais depuis l'affaire d'Espagne tout Paris le déteste... On affiche au Palais-Royal des placards portant : « voicy ou se font Des lotteries et ou on trouve le plus fin poison. » Ces lotteries, c'est pour dire que mon fils vit avec sa fille comme Lot. On ne demande pas qu'il soitbigot, mais on trouve mal qu'il blasphème et nie l'existence de Dieu, et en ceci on n'a pas tort. Je le lui ai dit cent fois, mais il ne me croit pas

Marly, lo 8 avril 171-2.

... M. Hasscnberg vous remettant ceci en mains propres, je vais vous dire d'où vient le mallieur de mon fils. M. du Maine, M'^'^ la Duchesse et M. le duc d'Antin sont les créatures les plus ambitieuses que porte la terre. Voyant que le roi a de l'inclination pour mon fils, ils ne cherchent tous qu'à le déshonorer. Du vivant de Monseigneur, ils n'ont travaillé contre lui qu'auprès de celui-ci et du duc de Bourgogne. Auprès du père ils ont réussi, mais non auprès du fils, qui était plus juste; mais depuis un an, depuis la mort 'de Monseigneur, ils ont commencé par faire entrer la vieille Maintenon dans leur cabale. Celle-ci a représenté au roi que mon fils a empoisonné le dernier Dauphin et la Dauphine. Ils s'imaginaient que cela effrayerait tellement le roi qu'incontinent il renverrait mon fils de la cour, sans examiner la chose. Et j'ai acquis cette certitude par le fait suivant : quand les médecins vinrent annoncer au roi qu'ils avaient tout examiné scrupuleusement et que bien certainemeut nul poison n'avait été administré à ces deux personnes, le roi se tourna vers M""' de Maintenon et lui dit : « Eh bien, Madame, eh bien, ne vous avais-je pas dit que ce que vous m'avez dit de mon neveu était faux ? » On a vu à Paris des gens du duc d'Antin qui répandaient ces bruits parmi le peuple. Par là vous voyez que nous ne nous sommes pas trompés : la vieille femme voudrait bien voir ses élèves sur le trôn(î, elle nous hait tous, mais moi je ne fais pas scm- ))lant de savoir la chose.

Marly, le 11 avril 1712.

... Le roi de Danemark a bien mauvaise grâce à faire le galant. Il n'est pas taillé pour cela, il ne sait pas s'y prendre. Je n'y peux penser sans rire : je le vois d'ici qui fait ses grimaces ; il est pâle comme la mort, il ressemble bien plus à un homme qui va tomber en syncope et être pris de convulsions qu'à un amoureux. On peut bien lui appliquer le proverbe français : « La Mort n'a pas faim. «

Le roi traite bien mon fils. Cela me fait espérer que ces mensonges, Dieu merci, n'ont pas fait d'impression sur Sa Majesté.

Mon fils n'est pas de sa nature porté à l'ivrognerie, mais il hante souvent fort mauvaise compagnie et il s'imagine que c'est une gentillesse de faire le bon drolle avec eux; il s'enivre totalement et une fois pris de vin, il ne sait plus ce qu'il dit ni ce qu'il fait...

A LA RAUGRAVE LOtlSE.

Marlj', le 21 avril 1~12.

...'J'ai reçu... les deux médailles que vous m'avez envoyées, chère Louise, elles me complètent ma suite, dans l'histoire de notre temps. Je vous en remercie de tout cœur : vous me rendez un grand service en me les envoyant... J'en ai de toute sorte, des romaines, des grecques, en or, en argent. Celles en or, je les ai achetées ici, ma tante m'a fait cadeau de celles en argent. J'en ai beaucoup de modernes comme ces

deux-là, et c'est vous qui m'en avez envoyé un grand nombre; j'ai donc de curieux recueils en la matière. J'espère qu'avec le temps mon fils aussi y prendra goût et que la peine que j'ai eue de les collectionner n'aura pas été vaine. Je commence à me connaître un peu en médailles; si donc vous deviez ne pas savoir que faire de votre livre de médailles d'Auguste, envoyez-le-moi toujours...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Versailles, le l"^'' mai 1712.

>.. Antoine Ilamilton ne dit pas pour quel motif le comte de Gramont a été exilé. Le voici : Notre roi en ce temps-là était très galant, il s'était épris d'une des demoiselles de la reine appelée M"-^ de La Motlie, sœur du comte de La Mothe, et nièce par alliance de la maréchale de La Mothe. Le comte de Gramont était également amoureux d'elle, mais voyant qu'elle le dédaignait, il en chercha la cause et trouvant qu'on lui préférait le roi, il les épia un jour. Il apprit que le roi avait un rendez-vous avec elle. Pour être bien seule, la demoiselle avait feint une migraine. Le comte de Gramont, de son pied léger, va à sa chambre ; la clef était à la serrure, il ferme la porte à double tour et s'en retourne. Quand le roi vint, il ne put entrer et la demoiselle ne put pas davantage lui ouvrir. Il s'informa des personnes qui avaient passé par là, à ce moment de la journée. On sut que c'avait été le comte de Gramont et aussitôt le roi l'exila...

Il alla en Angleterre. C'est à cette époque qu'il y

eut toutes les aventures que vous trouverez dans le deuxième livre. Dans le premier se trouve relatée sa galanterie à la cour de Savoie. Dès que je pourrai avoir le tome troisième, je vous le ferai copier et vous l'enverrai...

Versailles, le 5 mai 1~12.

... Je vous remercie bien de la part que vous avez prise... à ma douleur, au sujet de l'affreuse calomnie qu'on a répandue sur le compte de mon fils innocent. Dieu merci, tout est fini ! Même ceux qui ont clabaudc le plus nient tout à présent et font implorer leur pardon auprès de nous ; mais ceux qui inventent et répandent de telles choses ne s'en vantent pas ; tout cela se fait sous main. Je vous sais grand gré d'avoir pris ainsi parti pour mon fils...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Versailles, le 8 mai 171'2.

... Ce m'est une grande joie que le manuscrit d'Antoine Hamilton vous divertisse autant. Je le pensais bien, c'est pourquoi je vous l'ai offert. Mais si vous aviez connu comme nous le comte et la comtesse de Gramont, le livre vous eût amusée davantage 'encore. Le caractère des deux époux y est parfaitement bien rendu. Matta, je l'ai connu aussi, et le petit Germain. Le bon roi Jacques n'est pas mal dépeint non plus, mais à mon sens il maltraite trop mon oncle Robert...

Versailles, le 12 de mai 1712,

... Mon fils reçoit comme une grâce tout ce que vous faites pour lui, et lui dites. Mais il a un vilain défaut: il sait fort bien qu'il a tort, il l'avoue lui-même, il donne raison à ceux qui le blâment, mais ne s'amende pas pour cela. Quelquefois cela me met hors des gonds!...

Versailles, le 21 mai 1712.

... Quoique la vieille femme soit notre pire ennemie, je ne lui en souhaite pas moins de vivre longtemps et cela à cause du roi, car tout irait dix fois plus mal s'il venait à mourir maintenant, et il aime tellement cette femme que bien certainement il la suivrait de près dans la tombe. — Ne répondez pas à ce que je vous dis dans cette lettre, je vous prie. — Quant au duc de Berry, il ne serait pas si sot si on ne l'avait pas élevé de façon à en faire un ignorant. Il ne sait rien, absolument rien; à peine s'il sait qui .11 est lui-même. Et avec cela il est très opiniâtre, mais fort épris aussi de sa femme. Hélas! elle ne l'est pas du tout de lui, et quoiqu'elle se tienne mieux à cette heure qu'elle ne se tenait précédemment, je crains qu'elle ne devienne coquette. Elle a trop de pente à cela et « bon chien chasse de race ». Madame sa mère, malgré toute sa gravité, n'est jamais sans affaires, mais il faut avouer que sous ce rapport elle se gouverne bien : elle ne fera jamais d'éclat. Tout Paris la tient pour une vestale; mais moi, qui vois les choses de près, je sais bien ce qui en est.

Elle est bien avec moi ; je me garde aussi de lui faire le moindre chagrin, et toujours je conseille à mon fils de rester sur un bon pied avec elle, car à quoi cela lui servirait-il de faire un éclat? Le roi prendrait le parti de sa fille et mon fils serait obligé de la garder malgré l'éclat. Il vaut donc mieux ne rien laisser paraître et bien vivre avec elle, cela l'obligera à rendre de bons offices à mon fils auprès du roi et à parler en sa faveur. En ceci, mon fils suit mon conseil çt il s'en trouve bien.

Au demeurant, M. le duc du Maine et M'"'' la Duchesse sont les créatures les plus ambitieuses du monde; ils font tout leur possible pour tirer à eux toute la faveur du roi, et comme le duc d'Antin est très en crédit, ces deux-là n'ont rien de plus pressé à faire que de s'arracher leur demi-frère ^ : ils ne s'aiment donc pas du tout. W^' d'Orléans et M'"'' la Duchesse se haïssent aussi comme deux beaux diables, car M""' la Duchesse voulait que le duc de Berry épousât l'une de ses filles; elle ne peut pardonner à sa sœur que sa fille ait eu la préférence, et à cette heure jyjme d'Orléans cherche à détourner de l'autre son plus cher frère-, ce qui occasionne une nouvelle jalousie. Voilà l'état de la cour intime ..

A LA RAUGRAVE LOUISE.

]M;irly, co samedi 18 juin 171-2.

... Ce que M. Hassenberg a apporté à ma tante... est

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