‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 51 sur 164 · Dans la doublure du chapeau · texte numérisé non relu

Dans la doublure du chapeau

Marly, ce dimanche 13 août, 9 li. et demie du matin.

... Le bon abbé Reigné S qui fait de si jolis vers — je les envoie d'ordinaire à ma tante — a failli mourir ces jours-ci. 11 est encore bien malade. — Il s'est donné une indigestion en mangeant trop de melon...

Dimanche après midi.

A table on m'a remis votre lettre du Zi... Je suis bien aise qu'on ait rendu Coubert à votre beau-frère...

Marly, la 19 août 1713.

... Je sais des gens qui parieraient leur tête qu'il y a une galanterie entre le prince électoral- et M"'" Bennigsen. Mais du moment que vous m'assurez si formellement qu'il n'en est rien, je vous crois...

Je me suis opposée de toutes mes forces à tout ce qui, selon moi, aurait pu être préjudiciable à votre beau-frère dans l'affaire de Coubert, et j'ai sollicité tant que j'ai pu, cela est très vrai ; mais je n'ai aucune part à ce qui a été fait en dernier lieu; je crois que c'est à l'équité seule du roi qu'il est redevable de cette restitution...

Fontainebleau, le 30 septembre 1"13.

... Les Anglais m'ont donné à entendre que votre

1. Labbé Ri'gnicr, secrétaire perpétuel de l'Académie française.

2. Le prince électoral de Hanovre, plus tard Georges II d'Angleterre.

neveu ^ a le mal français. Ne laissez pas cette maladie s'invétérer et envoyez-le à Paris. On l'y guérit mieux qu'en aucun autre lieu du monde. Miiord Oglitliorpe m'a promis de lui obtenir un congé du duc d'Ormond, afin qu'il puisse rester à Paris jusqu'à ce qu'il soit guéri. Pensez-y sérieusement, avec cette maladie-là il ne faut pas perdre de temps...

Versailles, le 2G octobre 1713.

... Si votre neveu n'a que lapctile fjalanlerie, cela vaut mieu.x que s'il avait mal à la poitrine ; mais s'il a la grande, cela est bien dangereux pour la poitrine même et cela met sa vie en péril. 11 n'y a donc pas de temps à perdre ; il faut qu'il se fasse guérir bien vite...

Mari}-, le 3 novembre 1713.

... La perte de votre pauvre neveu, miiord Harvvicii, m'a causé une telle frayeur qu'en l'apprenant j'ai sursauté, mes yeux se sont remplis de larmes et j'ai incontinent supplié le Tout-Puissant de vous venir en aide. . .

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Le S novembre.

. . . Notre roi aime beaucoup la cannelle, mais S. M. ne peut souffrir l'ambre. Dès qu'il sent un parfum, il

1. Miiord Ilarwich, le fils du duc de Scliomberg, Je môme dont il est question dans la lettre du 3 juin 1713.

entre en transpiration et a des points à la tête : il faut immédiatement brûler du papier...

Marly, le 19 novembre 171.?.

... On a raconté à ma table comme quoi deux hommes d'esprit ont été chez M"" de Détar K Ils ont affirmé que jamais ils n'avaient cru aux esprits, mais que maintenant ils y croyaient. L'un est l'abbé Dubois, l'ancien précepteur de mon fils ; l'autre, Fontenelle, de l'Académie, celui qui a fait le livre : DeJa Pluralité da monde. On a raconté aussi tout ce qu'ils avaient vu et entendu et j'ai dit à Leplat de bien faire attention, afin que je puisse tout vous rapporter. Mais mon fils pense que Fontenelle ne s'est montré croyant à ce point que parce qu'il est mal avec les jésuites. Ils l'ont accusé de ne croire à rien et il a profité de cette occasion pour faire montre de sa foi. Quant à l'abbé Dubois, c'est le plus grand fourbe, le plus grand hypocrite de Paris : il se garde donc bien de dévoiler les fourberies des autres ; c'est déjà beaucoup de sa part de n'y rien ajouter de son cru...

Marly, le 24 noveinbro Ill3.

... Mon fils et sa fille qui, comme vous savez, avaient tant d'affection l'un pour l'autre qu'on en a, hélas! tenu de méchants propos, se mettent à cette heure à se haïr comme le diable, se querellent journellement et, ce qu'il y a de pis, la fille brouille son père avec

1. M'ii^ Testard. Voir Journal de Dangcau, dimanche 12 novembra 1713 et l'addition de Saint-Simon.

DE MADAME, DUCHESSE D'OR LÉANS. 13d

son mari. Mon fils est parti pour Paris désespéré... 11 me cèle tout, mais je l'apprends quand même : sa femme me raconte toutes ces choses, mais je fais semblant de ne rien savoir...

A LA RAUGRAVE LOUISE.

Versailles, le 7 décembre 1713.

... Ëschechen ^ n'est-ce pas ce fameux village où tous les habitants, ainsi que ceux des environs, sont tenus de savoir jouer aux échecs?...

Versailles, le 17 décembre 1713.

... Je voudrais bien vous écrire plus longuement, mais, par mesure de précaution, on m'a tiré du sang hier. J'en suis si épuisée que je m'imagine qu'au lieu de me donner la santé, on m'a rendue malade...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Versailles, le 17 octobre 171.3,

... Ni l'abbé Dubois ni Fontenelle ne croient aux esprits, Fontenelle feint d'y croire afin que les jésuites ne puissent lui faire un reproche de son incrédulité, comme vous l'avez déjà vu. En effet, quand il m'a raconté ce qui s'est passé, il s'est tordu de rire. Il me

1. Madame se trompe. Le village en question a nom Stroopke ou Strocbcck (régence de Magdebourg). A cette heure encore tout habitant sait jouer aux échecs; les enfants l'apprennent à l'école et chaque année il y a un concours d'échecs. (Note de M. Holland.)

i:{() CORRESPONDANCE

contait ces choses de telle façon que j'ai bien vu que ce n'était qu'une feinte. L'abbé Dubois est tellement fourbe que son plus grand plaisir est de raconter des choses aux gens où il n'y a pas un mot de vrai. 11 n'a pas son pareil en fourberie. Mon fils le sait bien; il le garde quand même et croit tout ce qu'il lui dit...

Versailles, le 27 décembre 1713,

... La constitution du pape contre le père Quenel * fait un bruit affreux ici. Tous lesévêques sont réunis à ce propos. Je ne sais rien de toute cette histoire, car j'ai le temps long quand j'en entends parler et ce qu'on en décidera ne m'empêchera pas de bien dormir. Quelqu'un l'autre jour me trouva lisant la bible de Lunebourg et me reprocha — en riant, le contrevenir aux ordres du pape,. — « Je ne fais rien contre l'institution du pape, répondis-je ; il a interdit la bible du père Guenel et a défendu de lire les Saintes Écritures en français. La bible que je lis n'est pas celle du père Quenel ; elle n'est pas davantage en français et, par conséquent, nullement interdite... »

Versailles, lo 7 janvier 1714. '

... On prétend que l'électeur de Bavière, en apprenant qu'il n'était plus question pour lui du royaume deSardaigne, en a été tellement dépité qu'il est tombé malade. Il doit recouvrer le Haut-Palatinat et la Bavière, mais il ne veut pas admettre qu'on inscrive

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