‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 54 sur 164 · Poppca Sabina, la femme de Néron · texte numérisé non relu

Poppca Sabina, la femme de Néron

•2. Lo Comte do Charolais (?)

rais bien avoir aussi copie de la recette pour la choucroûte...

Versailles, le 8 février 1714.

... Hélas! les négociations sont totalement rompues. Villars revient ici. Le comte de Broglio m'a communiqué votre lettre et la réponse qu'il vous a faite. C'est un homme bien élevé et honnête, s'il peut vous rendre service, il le fera bien volontiers : il n'est pas intéressé comme le maréchal de Villars...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Versailles, le 11 février 1714,

... Du moment que les rois de la chrétienté veulent aussi avoir des sérails, ils devraient posséder des palais îi part pour les sultanes tombées en digrûce ; de cette façon ils ne seraient pas dans l'embarras. La comtesse Cossel ^ ayant vendu son honneur, par intérêt, il n'est que juste qu'elle se pousse et qu'elle arrive le plus haut qu'elle peut...

C'est une étrange chose que les femmes galantes s'imaginent avoir l'honneur sauf, quand on leur donne un contrat de mariage. M. le Dauphin en donna un à la comtesse du Roure, alors que M"'^ la Dauphine et le comte du Roure étaient tous deux encore en vie, s'engageant h l'épouser au cas où sa femme à lui et son mari à elle mourraient. Le roi apprit la chose, je ne sais par qui. La dame fut exilée et M. de Sei-

1. Maîtresse d'Auguste II, .roi de Pologne et électeur de Saxo. Elle était en disgrâce depuis 1712, ce que Madame semble ignorer.

DE MADAME, DUCHESSE D'ORLÉANS. lU

gnelay alla chercher le contrat qui fut brûlé devant le roi...

A LA RAUGRAVE LOUISE

Versailles, le 15 février 1114.

... Dans ne demi-heure nous allons à la Comédie. On joue le Malade imaginaire : de toutes les pièces que Molière a faites, c'est celle que j'aime le moins ; mais il faut bien se montrer quelquefois aussi aux endroits où vient toute la cour...

Versailles, le 18 février 1711, 8 h. et demie du soir. .

... Les jeunes femmes de Paris sont pour la plupart comme de vraies folles...

La foule et la presse, voilà ce qui ne m'a jamais embarrassée. J'étais vaillante à m'en tirer au temps où j'avais de bonnes jambes et les cuisses solides. Je me souviens encore de la bonne duchesse de Guise, quand elle voyait une presse et une foule qu'il fallait traverser, elle s'accrochait à moi comme un chat, pour que je lui aide à passer. Au mariage de Monseigneur on me porta dans la salle à travers la foule, sans que mon pied touchât terre...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE

Versailles, le 18 février 1"! 1.

... Je ne sais rien de neuf que le discours qu'on fait tenir à Paris, à Pasquin et à Morphorio, sur la réunion des évoques, après qu'on les a tous chansonnés.

« Dis moy Pasquin, demende Morpliorio, pourquoy ces Évesques sont ils assambles en France. Te voilà bien ambarasses Morpliorio, répond Pasquin, ne say tu pas que ce sont des Escollier des jésuistesqui compossent pour avoir des bonnes places. » Vous savez, je crois, que les élèves des jésuites font leurs thèmes pour obtenir charges des dignités : l'un est empereur, l'autre consul, le troisième préteur, et c'est là-dessus qu'on a fait ce dialogue...

Versailles, le 11 mars 1714.

... La bonne reine d'Espagne a payé pour les trois K C'est dommage, car on ne saurait avoir plus d'esprit et de vertu qu'elle n'avait. Mais il y a une chose qui m'étonne, c'est que la princesse des Ursins a persuadé au roi, à ce qu'on prétend, d'aller au tiré immédiatement après que la reine eut rendu l'ùme ; une heure après elle jouait au papillon, et quand le roi revint de la chasse, elle fit une partie d'échecs avec lui. Les gens qui, comme cette princesse, sont tellement bourrés de politique, n'aiment rien au monde qu'euxmêmes. Malgré cela j'ai eu de la peine à croire la chose, car je n'y comprends rien. Mais M"' de Charolais, qui me l'a racontée, dit la tenir de bonne source. Seulement, ceux qui prétendent que la pauvre reine estmorte de jalousie, ceux-là, je peux vous l'assurer, ne connaissent pas la cour d'Espagne ; car d'abord le roi était trop pieux pour avoir des maîtresses, et

1. La reine Anne était moribonde, et le 10 février la reine d'Angleterre, « qui est à Saint-Germain », la veuve de Jacques II, avait reçu les sacrements, tellement elle était malade de la lîè\Te.

DE MADAME, DUCHESSE D'ORLÉANS. iW

secondement la reine dominait le roi d'une façon absolue, il ne faisait pas un pas sans la consulter et l'aimait en outre tellement qu'elle n'avait rien à redouter. La reine a été atteinte de consomption parce qu'on a voulu la guérir d'une maladie qu'elle n'avait pas...

Versailles, Ig lô mars 1714,

... Ce soir ou demain arrivera le héros de la paix, le maréchal de Villars. On la dit fort avantageuse pour le roi et les électeurs bavaroise Celui de Bavière recouvre, dit-on, le Haut-Palatinat et redevient premier Électeur. Mais depuis quand l'empereur peut-il traiter au nom des électeurs et sans leur concours et au nom de l'Empire aussi ? Cela m'étonne grandement, il faut qu'en Allemagne tout soit horriblement changé depuis mon départ!..

Versailles, le 29 mars 1714.

... Comme je les connais, j'estime qu'on ne peut faire grand fond sur l'amitié des Anglais, qu'ils soient Toris ou Wighs...

Le roi ne parle plus du tout ; c'est que de jour en jour on le rend plus soupçonneux...

A LA RAUGRAVE LOUISE

Marly, le 1-3 avril 1714.

... Ma sciatique a disparu, mais mes pauvres genotix sont faibles encore et me font toujours mal... On m'a

1. C'est-à-dire pour l'électeur de Bavière et pour son frère, l'élcct»ur de Cologne.

Ui CORRESPONDANCE

purgée une fois, les douleurs n'ont pas cessé ; peu après le maréchal de Tessé m'a donné une bague dans laquelle est enchâssé un ongle de lièvre, de telle façon que le doigt est en contact avec l'ongle. Depuis que je porte cette bague je n'ai plus rien senti, je ne l'ùte que quand je me lave les mains. . .

Marly, le 29 avril 1711.

... Ce matin j'ai eu la joie de recevoir en même temps deux paquets de ma tante... Ce qui m'étonna c'est que le premier ait été ouvert à Hanovre même, on m'a fait de plus une vraie polissonnerie de page, car pour bien me prouver que les deux lettres ont été lues, on en a entremêlé les feuillets de l'une avec ceux de l'autre. 11 n'y a qu'un ivrogne qui ait pu faire cela, je m'imagine donc que c'est le comte Platen ; il n'a qu'à lire la lettre que j'écris aujourd'hui même à ma tante ; il y trouvera son compte. . .

A LA DUCUESSE UE HANOVRE

Marly, le S mai 1*1 1.

... Nous avons ;iotre duc de Berry fort dangereusement malade ici : dans la nuit de dimanche, ou plutôt lundi matin, avant quatre heures, il fut pris de fièvre et de frissons, mais il cela la chose, se leva et s'habilla; il voulait se rendre à la médecine du roi. Les frissons le reprirent, il ne put pas s'en cacher davantage, les maux de tête étaient trop forts, il dut se coucher. La fièvre allait toujours en augmentant, accompagnée de forts vomissements. D'abord il rendit des matières

vertes, puis tout à fait noires... Quand hier on examina ces dernières, on vit que c'était uniquement du sang caillé qu'il rendait par le haut et le bas. Les docteurs en furent tout réjouis, car ils s'imaginaient qu'il était hors de danger et qu'ils pourraient arrêter le sang, et nous nous rendîmes tous à Versailles pour participer à la joie de M""= de Berryde voir le duc sauvé.

Mais la nuit dernière il a été pris de tels vomissements qu'il rend tout ce qu'il a dans le corps; il est donc bien dangereusement malade, quoiqu'il n'ait plus de fièvre et que les redoublements aient cessé. A l'instant même on lui tire du sang pour la cinquième fois. Je suis persuadée que c'est la forte dose d'émétique qu'on lui a donnée qui est cause de tout, car il en a pris neuf grains, cela a bien pu faire éclater une veine. D'autres disent qu'il y a huit jours, à lâchasse, son cheval ayant butté'trèsfort, il a fait un effort pour le retenir, et de cette façon s'est ouvert une veine, mais qu'il a tenu la chose secrète...

A l'instant même je sors de sa chambre, on lui a fait sa huitième saignée... Il a mangé une assiettée de gelée qu'il n'a pas rendue...

Mari)', le 6 mai 1711.

Hélas! je ne disais que trop vrai, en vous écrivant jeudi dernier que le pauvre duc de Berry n'en réchapperait pas, car le pauvre prince est mort vendredi à quatre heures du matin. Trois quarts d'heure avant de mourir il parlait encore. Il est mort avec une grande fermeté, se repentant d'être lui-même la cause de son trépas et regrettant de ne pas pouvoir II. 9

encore une fois voir sa femme. Jusqu'à sa fin il a montré une grande considération pour le roi son grand-père, car quand, d'une façon indirecte, on lui demanda s'il ne voulait pas recevoir le viatique et l'extrême-onction, il répondit : « Ouy, très volontier, mais que ce ne soit qu'après le couché du Roy, pour luy espargner ce triste spectacle qui pouroit Le trop .toucher. » Mais il se trouva mal : « Non, ne reculions rien, dit-il alors, je vois que cela presse, » — Le roi lui-même est allé chercher le saint sacrement ; nous avons tous assisté à cette triste cérémonie, qui a duré trois quarts d'heure. — On ne peut rien se figurer de plus lugubre, cela vous brise le cœur.

Une heure et demie avant, M""^ d'Orléans et moi nous avions été chez lui. Le pauvre prince se figurait être tout à fait hors de danger : « Pour acteur ', Madame, me dit-il en riant, je croi vous pouvoir dire que je suis sauves, je n'ay plus de fièvre et ne sens plus de mal. Donnes une chaisse à Madame, s'écria-t-il, et un siège à madame d'Orléans. Gaussons la. — Non de parler, répondis -je, pourrait vous ramener la fièvre, ne parles pas haut. » Pendant qu'il causait, il fut pris d'un violent hoquet, et il avait de la peine à parler, vu qu'il respirait difficilement. M™« d'Orléans crut que vraiment il était hors de danger. Ella fut tout étonnée de voir qu'en sortant j'avais les yeux remplis de larmes. Elle me demanda pourquoi je pleurais : « Eh ! mon Dieu, madame, répliquai-je, ne voyezvous pas à la respiration, à la parole et à ce hoquet

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