‹ Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle (volume 5)Chapitre 55 sur 164 · A cette )ieui'e · texte numérisé non relu

A cette )ieui'e

que ce prince se meurt? » Elle ne voulut pas me croire, mais après elle apprit bien que je n'avais dit que trop vrai. Peu avant sa mort, le pauvre duc de Berry a avoué qu'il en était la cause lui-même, car jeudi, il y a huit jours, il chassait dans la forêt, le sol était glissant, car il avait plu un peu, son cheval glissa avec les pieds de devant, il le retint vigoureusement, si bien que le cheval se releva avec tant de force, que le pommeau de la selle alla frapper le duc entre la poitrine et l'estomac. Il ressentit immédiatement une vive douleur, mais il n'en dit rien. La nuit il perdit du sang en quantité, mais il défendit à son valet de chambre d'en parler ; il croyait qu'il avait la dyssenterie. 11 ne voulait pas le dire, de peur qu'on ne lui fît prendre beaucoup de drogues, croyant que cela passerait de soi-même.

Vendredi il commença à être très mal, il disait que cela ne provenait que de la diarrhée, et samedi il alla à la chasse. Ce jour-là, un paysan ayant vu comme il s'était heurté au pommeau de la selle, demand(i à un des gens du roi : « Comment se porte Monseigneur le duc de Berry? — Fort bien, répondit l'autre, car il court le loup aujou:-dhuy.— Si cela est qu'il se porte bien, fit-il, il faut que les princes aient les os plus dur que nous autres paissants. Car je luy vit recevoir vn coup jeudy à la chasse en Relevant sont cheval dont 3 paissant en scroit crevé. »

Si le duc avait dit un r.iot, on ne lui aurait pas donné d'émétique; mais il en a pris, sachant qu'il rendait des caillots de sang ! On voit bien par là que quand un malheur doit arriver il faut que tout y concoure.

C'avait l'air d'une fièvre maligne, toutes les apparences y étaient : saignements du nez, somnolence, vomissements et une fièvre atroce qui l'a pris le lundi à quatre heures du matin. Il voulut aller à la chasse ce jour-là. M. Fagon, qui était chez moi tout à l'heure, dit qu'à partir du moment où il y eut chez le duc de Berry évacuation des caillots de sang noir, il n'y avait plus d'espoir, il avait le sphacèle...

A LA RAUGRAVE LOUISE.

Versailles, le 27 mai 1714.

... C'a été un grand bonheur pour moi que le duc de Berry ait cessé depuis de si longues années déjà de m'aimer, sans cela j'aurais été inconsolable... Vous devinerez aisément combien cette mort a provoqué de lamentations. Il y a bien des gens, petits et grands officiers, qui avaient acheté leurs charges et qui les perdent maintenant : ils pleurent leur argent...

Marly, ce dimanche 3 juin (1714), 8 h. moins un quart.

... 11 n'est pas possible d'être plus irrité que ne l'est le roi contre M"^ de Rathsamhausen. En se sauvant et en changeant de religion, elle a tant fait qu'il ne s'en est fallu que de la largeur d'un cheveu qu'elle ne précipitât tous les siens dans la plus grande infor- ,tune du monde. Elle m'a écrit à plusieurs reprises, mais il ne m'est pas permis de lui répondre, je ris^ querais de tomber fort en disgrâce auprès du roi. Ici les religions ne sont pas libres comme en Allemagne. Celui qui change de religion devient criminel...

A LA DUCHESSE DE HANOVRE^

RambouiUot, le 15 juin 1714.

... Il est bien certain que la princesse des Ursins a plus d'autorité en Espagne que le roi, et il pourrait bien arriver à celui-ci la même aventure qu'à son grand-père Louis XIII, qui demandait à l'un de ses courtisans : « Est il vray que tu est chasses de la Cour ? )) L'autre répondit fort bien : o Sire, j'espère que non, puisque vous n'en savez rien. »

Ainsi vont aussi les choses là-bas. Je me trompe : Louis XIII n'était pas le grand-père du roi d'Espagne, mais bien son arrière-grand-père.

Je vous remercie humblement de la relation moscovite. Je la trouve bien gentille et écrite en bon français. Je vous prie de vouloir bien m'envoyer toutes celles que vous recevrez, car je divertis fort mon fils avec ces rapports- : le résident écrit très bien...

A LA RAUGRAVE LOUISE.

Mari}', ce dimanche "2 1 juin 1~14.

... Bien aimée Louise, je vois par une lettre de Hanovre qui m'annonce notre malheur, hélas! trop grand'', qu'on vous y a rappelée... C'est pourquoi je

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