Correspondance complète de Madame duchesse d'Orleans née Princesse Palatine, mère du regent;
M=° du Maine est aussi méchante que la vieille (Maïintenon), mais il ne faut pas s'en étonner. Tous les enfants du roi et de la Montespan (à l'exception du comte de Toulouse) ont été élevés dans de tels sentiments de fierté qu'ils se croient fort supérieurs à nous. Mae d'Orléans croit avoir fait à mon fils une grâce insigne et beaucoup d'honneur en consentant à l'épouser; ses femmes de chambre et'ses domestiques n’en parlent pas différemment, ils regardent tout le bien que mon fils leur a fait comme leur étant dù. M"° du Maine est très-loin de demander grâce. Tout cela
À 3 « La duchesse d'Orléans était charmante; des yeux admi- « rables, de belles dents, la bouche jolie, une chevelure su- « perbe. On retrouvait en elle cette finesse d'esprit particulière « à Mme de Montespan. Elle avait de la vertu et une grande no- « blesse de caractère, mais ces éminentes qualités étaient ob- « scurcies par une flerté excessive. » ( Vatout).
Elle mourut le 1er février 1749. Le Journal de Barbier donne des détails sur la querelle entre ses aumünicrs ct le curé de Saint-Eustache pour savoir qui lui administrerait les sacrements, sur la réconciliation (qui ne fut sinctre de part ni d'autre) entre son f's et son petit-fils, sur ses funérailles qui, d'après scs ordres, curent lieu sans éclat,
m'exaspère, et je crains que la colère ne m'emporte et ne me fasse dire ce qu'il vaut mieux taire. J'ai toujours détesté d’être l'occasion de nouvelles scènes.
26 septembre 1918.
Le duc du Maine et son parti ont fait savoir à sa sœur (la duchesse d'Orléans) que si mon fils venait à mourir, elle serait faite régente; qu’en toutes choses, on agirait d'après ses avis et qu'elle ferait la plus grande figure qu'il y ait au monde; qu'on ne voulait faire aucun mal à mon fils, maïs qu’il ne pouvait vivre longtemps, parce qu'il menait une vie trop désordonnée; qu'il ne pouvait donc manquer de mourir ou de ‘devenir aveugle, et qu’il consentirait à ce qu’elle exerçât la régence. Je tiens tout cela de quelqu'un à qui le duc du Maine lui-même l’a dit, et quand on est au fait; on ne s'étonne pas si Mwe d'Orléans a voulu forcer sa fille à épouser le fils du duc du Maine. Mon fils a faitun grand changement; au lieu des divers conseils, il a placé des secrétaires d’État. M. d’Armenonvillk est secrétaire d'État de la marine, M. Leblanc de la guerre, M. de Vrillière du dedans du royaume, l'abbé Dubois des affaires étrangères, M. de Maurepas de la maison du roi, et un évêque a la feuille des bénéfices.
26 septembre 1718.
Le père Joseph était en grande faveur auprès du
1 François Leclerc du Tremblay, connu sous le nom du Père Joseph, né en 1511, entra à vingt-deux ans dans l'ordre des capucins, 1 se trouva en rapport avce Richelieu, alors évêque de Luçon; devenu tout-puissant, le premier ministre le chargen
cardinal de Richelieu, et on le consultait dans tontes les affaires. Un jour on appela au conseil lo duc Bernard', et le père Joseph, promenant le doigt sur une carte géographique, disait : « Monsieur, vous prendrez cette ville, ensuite vous prendrez celle-ci, puis celle-là. » Le duc l'écouta longtemps et dit enfin : «Monsieur Joseph, on ne prend pas les villes avec le doigt. » Cela faisait rire de bon cœur le feu roi.
27 septembre 1718.
La reine-mère, veuve de Louis XII a fait encore bien pis que d'aimer le cardinal Mazarin; elle l’a épousé; il n’était pas prêtre et n'avait pas les ordres qui pussent l'empêcher de se marier *.
des affaires d'État les plus épineuses, tant au dedans qu'au dehors du royaume, Agent adrolt et sûr, le capucin était consulté par le cardinal dans toutes les diMicuités, et les principaux personnages de la cour s'inclinalent devant l'éminence grise (on l'appelait ainsi). 11 mourut en 1638, et Richelieu s'écrla : « J'ai perdu mon bras droit. » Sa vie, écrite par l'abbé Richard, Paris, 1702, 2 vol. in-12, est un panégyrique continuel, et, circonstance assez curieuse, c'est au méme auteur qu'on attribue le Véritable Père Joseph, 1104 (autre édition, 1150), livre qui rassemble tous les reproches, fondés ou non, adressés à ce personnage.
1 De Saxe-Weimar, l'un des plus grands capitaines du dixseptième siècle ; il prit part aux campagnes de Gustave-Adolphe, et mourut en 1639, âgé de trente-six ans.
2 De tous les libelles publiés à l'époque de la Fronde, je n'extrairai que le passage suivant, qui atrait au marjage de la reine avec le cardinal, opinion établie dès 1647, et dont la princesse palatine s'est faite le complaisant écho ; la pièce est intitulée : Suite du silence au bout du doigt : « Pourquoy tant blasmer la reyne de ce qu'elle ayme le cardinal? n'y est-elle pas obligée
4 CORRESPONDANGE 27 soptembre 1718,
Le portrait de l'abbé Dubois est celui d’un renard qui s’accroupit sur la {erre et qui guette un poule. Malezieux et le cardinal de Polignac ont travaillé autant que la duchesse du Maine à la réponse au livre de Fitz-Moritz ‘… Mon fils est forcé à des ménagements envers ses parents; mais si j'avais autant de cent écus qu’il a de motifs de se repentir de s'être allié à tous ces gens-là, je pourrais demander au roi de me vendre la France, la payer comptant, et acquitter toutes ses dettes.
Paris, 28 septembre 1118.
Le maréchal de Tessé est fort dévoué à l'Espagne ainsi que tous les maréchaux qui sont les créatures de la vieille. Tous les Français préfèrent Paris à tout; j'aime les Parisiens, mais je n'aime pas à résider dans leur ville; c’est un séjour auquel je ne puis m'habituer; tout ce qu'on voit et entend est intolérable; il faut y
s’il est vray qu'ils soient mariés, et que le Père Vincent ait approuvé et ratifié le mariage? »
Voir aussi la Regueste civile contre La conclusion de la paix. Dans une autre pièce, l’Arrestation du duc de Beaufort, on suppose que l'arrestation du duc est due à ce qu'il avait surpris Mazarin dans la ruelle de la reine, lui faisant des protestations d'amour (De Laborde, Palais-Mazarin , p. 158).
1 Lettres de M. Fitz-Moritz sur les affaires du temps (par l'abbé Margon ) ; Amsterdam, 1718 ; ouvrage composé d'après les instructions du régent, et dans lequel l'auteur diseute les droits de la branche d'Orléans à la couronne de France, par préférence à la branche espagnole. La réponse qui y fut faite, ct dont parle Madame, a pour titre : Conférences d'un Anglais et d'un Allemand sur les Lettres de Filz-Moritz. Cambray, 1722, in-12.
faire ce qu'on ne veut pas, et on n’y a de repos ni nuit ni jour. ]1 n’est que trop vrai que des femmes se font peindre des veines bleues afin de faire croire qu’elles ont la peau si fine qu'on distingue leurs veines à travers.
Je suis sûre que lorsque l'électeur se sera accoutumé au bon air d'Heidelberg, il s’en trouvera trèsbien. J'aime ce prince parce qu’il aime le Palatinat; je puis facilement imaginer combien il a été peiné quand il a va qu’à peine restait-il des ruines d'Heidelberg. Quand j'y songe, les larmes me viennent aux yeux et je suis toute triste.
30 septembre 1718.
Monsieur a été lui-même la cause de l'intrigue ‘de Madame avec le comte de Guiche‘, On a dit qu'il a été
* Fils du duc de Grammont et l’un des plus aimables seigneurs de la cour. Nous n’aborderons pas les questions délicates que soulève cette lettre de Madame ; il y a sans doute de l'exagération, mais probablement aussi des vérités dans le pampblet intitulé Histoire galante de M. (Madame) et du comte de G. (Guiche), pamphlet qui se trouve dans le recueil intitulé : Hisfoires galantes, Cologne, Jean Leblanc (Hollande), sans date, p- 424-464"; dans les Dames illustres de notre siècle, Cologne, 1682, p. 135-176; dans diverses éditions de l'Histoire amoureuse des Gaules. L'évêque de Valence, Cosnac, se rendit en Hollande pour acheter en totalité et détruire l'édition de ce Ilbelle ; Saint-Simon raconte (t. V, p. 201) de quelle singulière façon ce prélat, arrété dans son lit, s’y prit pour sauver des papiers qui pouvaient compromettre Madame. On peut consulter, dans les recueils que nous venons d'indiquer, l’Æistoire de l'amour feinte du roi pour Madame, à la suite de l'Histoire du Palais-Royal (1667); La Beaumelie (notes sur les Letires de Madame de Maintenon } dit que le fond de cet ouvrage mal écrit est vrai.
D'après M. Walckenaër, l'article consacré au comte de Guiche
jadis très-joli garçon, et il était un des favoris de feu Monsieur; Monsieur avait vivement recommandé à Madame d’avoir de l'attachement pour le comte et de. trouver bon qu'il pût être à toute heure auprès d'elle. Le comte, qui était fort brutal avec tous les hommes, s'appliqua extrêmement à plaire à Madame; il était plein ‘de vanité; il voulut: se faire aimer d'elle, et cela arriva'. Sa tante, Mme de Saint-Chaumond, qui
dans le Dictionnaire historique de Prosper Marchand est excellent et très-complet, -
4 Les recuells de chansons manuscrites contiennent des vers qui, s'ils étaient authentiques, donneraient une terrible idée des mœurs et du style de la malheureuse Henriette.
C'est d’abord le coînte de Guiche qui adresse à Madame une quéstion passablement hasardée :
+ Pour occuper la place De votre époux, Si l’on avait l'audaos D'entrer cher vous, Yserier-vous, Madame ? y seriez-vous?
La réponse attribuée à la princesse, et faite sur les mêmes rimes, ne peut se transcrire d'aucune façon.
Voici deux couplets que nous prenons dans ces mêmes recueils manuserits, si bien qualifiés de soétisiers; ils portent la date de 1663 ; nous les croyons inédits :
Dans mon amour plus d'une chose blesse Mon bon petit époux ; Je suis pourtant une bonne princesse ; J'ai des attraits si doux Que si j'osais, je n'en serais pas chiche Au comte de Guiche, moi, Au comte de Guiche.
La bergère d'Angleterre Dans Saint-Cloud s'en va chantant:
Hst-ce une grande affaire Que d'avoir fait un amant?
Vous souvient bien, ma mère,
était gouvernante des enfants de Madame, le seconda fidèlement. Une fois; Madame vint chez M"* de Saint- Chaumond sous prétexte de voir ses enfants, mais, au fait, pour s’entretenir avec le comte de Guiche. Elle avait un valet de chambre nommé Launois, que j'ai vu encore auprès de Monsieur; on le plaça sur l'escalier pour avertir au cas que Monsieur survint. Tout d'un coup voilà Launois qui accourt et qui dit : « Voilà Monsieur qui descend le degré. » Ils furent tous épouvantés, le comte de Guiche ne pouvait se sauver dans l'antichambre; les gens de Monsieur y étaient déjà. Launois dit : « Je ne vois qu’un moyen, et je vais y avoir recours ; » il dit au comte : « Tenez-vous ici derrière la porte; » il court au devant de Monsieur et le frappe si fort de la tête au milieu de la figure, que le sang coulait en abondance du nez de Monsieur; il s'écria !
Du comte de Salnt-Alban, Rt vous, à ma belle-mère, De Jule et de Buckingham?
Jules, c'est-h-dire Mazarin.
Parmi les amoureux (platoniques sans doute) de Madame, il faut citer le comte de Tréville, personnage très-spirituel, très. instruit et qui brilla à Ja cour de Louis XIV. Saint-Simon dit qu’il fut « du grand et du meilleur monde, » et « plus que trèsbien » avec des dames du plus haut parage. Témoin de la mort affreuse de Madame, en proie à la plus violente douleur, il fut . ramené de Saint-Cloud par La Fare (voir les Mémoires de ce dernier dans la collection de Petitot, t. LXV, p. 180), et il se deta dans la dévotion.
La petite cour du due d'Orléans était d'ailleurs un foyer d'intrigues honteuses. Le comte de Tonnerre, premier gentilhomme du prince, perdit sa place pour avoir dil un jour que Monsieur était la plus sotte femme du monde, et Madame le plus sot homme qu'il eût jamais vu,
« Monsieur, je vous demande grâce et pardon; je ne vous croyais pas si près; je voulais vite courir pour ouvrir la porte. » Madame et Mw° de Saint-Chaumond vinrent tout épouvantées avec des serviettes qu'elles tinrent si longtemps sur le nez de Monsieur, en l’entourant, que le comte de Guiche eut le temps de s'élancer au dehors et de gagner l'escalier ävant que Monsieur ne pôt l’apercevoir; il crut que c'était Lau nois qui se sauvait de peur, et de sa vie il n’a su la vérité".
Madame était la confidente du roi; on avait toujours voulu animer le roi contre Monsieur; on disait que Monsieur était tellement aimé à la cour et à Paris, que la politique exigeait que Monsieur eût quelque chose qui le préoccupât, afin qu'il ne songeât pas aux affaires d'État; c'est pourquoi le roi a soutenu Madame dans ses galanteries afin de tracasser Monsieur; je le tiens du roi lui-même. Madame était très-bien avec son frère le roi Charles IN, que le roi voulait gagner au moyen de sa sœur; il fallait donc qu’il füt de son parti, aussi a-t-elle été traitée beaucoup mieux que moi.
1 Pareille ruse, dont les récits sont fort nombreux, 8e trouve dansl’Hifopadesa, sixième fable du premier livre ; dans la Disciplina clericalis (p. 48, édit. Schmidt); dans les Fabliaux de Legrand d'Aussy, 1829, t. IV, p. 188 ; dans les Ges{a Romanorum, ch. xx: et cxxnr; dans l'Heptameron, nouv. VI; dans les Cent Nouvelles nouvelles (seizième); dans les Nouvelles de Bandello, part. I, nov. 25; de Malespini, part. I, nov. 44; de Sabadino, nov. 4; dans les Muits de Straparole, 1726, t, 1, p. 400, cinquième nuit, quatrième conte; dans les Contes de d'Ouville, t. I, p. 215, etc.
(Voir Loiselgur des Longehamps, Fables indiennes, p. 16).
DE MADANE LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 9 1er octobre 1718.
‘ Le roi n'avait de superstition que dans les choses religieuses, dans les miracles de la mère de Dieu, et autres objets semblables. On lui a fait croire que c'était un grand trait de politique que d'embrasser son frère, un vrai coup d'État, et que cela pouvait s'appeler gouverner.… De son temps, on avait appris aux dames à ne pas parler des affaires d’État ; ce n'était pas l'usage.
Lorsque le roi apprenait que quelqu'un s'était avisé de mal parler de lui, il lui parlait avec beaucoup de fierté, mais autrement on ne pouvait s'exprimer avec plus de politesse ni être plus civil que Jui.
Paris, 2 oclobre 1118.
Je ne suis pas comme le petit roi, je déteste les cérémonies. Il serait fort gentil s’il voulait parler un peu plus, mais on a de la peine à lui arracher des paroles; il garde volontiers le silence et il semble n'aimer personne, si ce n'est peut-être sa gouvernante, Mn: de Ventadour '.
Mon fils est, grâce à Dieu, en parfaite santé ; il vint hier soir ici, il y a couché et soupé, et retourne ce
* La duchesse de Ventadour était une demoiselle de La Mothe- Houdancourt, et elle joua un grand rôle à la cour. La médisance s'occupa souvent d'elle (voir Saint-Simon, t, VII, p. 36 et 187) : « Son plus que très-intime ami dès leur jeunesse, le due de Villeroi, l'avoit servie auprès de Mme de Maintenon, qui, par raison de ressemblance, almoit bien mieux les repenties que celles qui n’avoient pas fait de quoi se repentir. » Le due de Ventadour, fort laid, fort contrefait, mourut en 1111, séparé d'elle depuis nombre d'années. Avec beaucoup d'esprit, IL mena toujours la vie la plus obseure et la plus débauchée. 11 ne pouvait
matin à Paris; il a été fort gai. Il nous a dit qu'en Espagne il y avait des raisins énormes et qui enivrent, comme du vin, et qu’une fois, après avoir mangé une seule grappe, il s'était senti la tête toute troublée ; il était allé dans un couvent, ne savait plus ce qu'il
être oublié dans les chansons de l'époque; en voici une que nous prenons dans le recueil de Maurepas :
De l'objet le plus bizarre, Du corps le plus contrefait, J'entrepreudrai le portrait, Si mon pinceau ne s'égare; Je n'en dirai pas le nom, Sa bosse nous le déclare 3 de n'en dirai pas le nom.
Or, écouter ma chanson, De la bouche de ce faune, D'un gnome le rejeton, 11 coule sur son menton Une bave épaisse et jaune ; Je n'en dirai pas le nom, Sa maison est à Charonne, de n'en dirai pas le nom.
IL est parent d'un grand princez Son pèré jusqu'à sa fin, Quoique d'un esprit fort mince, Gouverna le Limousin ; Je n'en dirai pas le nom, Son'‘titre est dans la provinoe, Je n'en dirai pas le nom.
Sa femme, par sa prudence, L'a quiité depuis vingt ans, N'a souffert que trop longtera Son importune présence ; de n'en dirai pas le nom, Elle a soin des fls de France, de n'en dirai pas le nom.
Madame de Ventadour était fort belle et fort agréable ; son
mari. très-laid et très-contrefait ; ils étaient fort mal ensemble, et les choses étaient souvent allées fort loin, Sur la démission
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. ai
disait, et avait dit aux religieuses toutes sortes de folies.
4 octobre 1718.
Le duc du Maine sait bien qui a été sa mère; mais il n’a aimé que sa gouvernante, et il ne lui a jamais témoigné de mécontentement pour le mauvais service qu'elle a rendu à sa mère, qu’elle a jetée à bas et dont elle a pris la place ‘.
M'e de Valois est brune, elle a de fort beaux yeux, mais son nez est vilain et trop gros. Selon moi, elle n'est pas belle; il y a pourtant des jours où elle n’est pas laide, car elle a de belles couleurs et une belle peau; lorsqu'elle rit, une grande dent qu’elle a à la mâchoire d'en haut fait un vilain eflet. Sa taille est courte et laide; sa tête enfoncée dans ses épaules; et ce qu’elle a de pire, à mon avis, c’est la mauvaise
4e Mme de Clérambault, Monsieur donna gratis la charge de dame d'honneur de Madame à Mme de Ventadour ; cela parut ai étrange au roi, qu'il demanda à Monsieur sl sa famille y consentait; on se soucla peu du mari, dont la débauche et une absence continuelle de la cour ne lui donnaient pas grande considération » (#ofe de Saint-Simon sur le Journal de Dangeau).
1 La bibliothèque impériale du Louvre renferme (t. LI de la seconde série de la Correspondance des Noailles) vingt-sept let. tres de Mme de Montespan écrites de 1691 à 1107. Quelquesunes sont fort intéressantes, car elles témoignent des efforts Inutes que fit, à diverses reprises, la maitresse délaissée pour entretenir des relations avec celle qui l'avait supplantée dans le cœur da rot. Des lettres et documents relatifs à Mme de Maintenon se’trouvent dans cette bibliothèque et dans celle de la re Richelieu (voir l'Afhenæwm français, 10 décembre 1854, P. 1185).
grâce qu’elle met en tout ce qu'elle fait ; elle va comme une femme de quatre-vingts ans.
8 octobre 1718.
Ma tante Élisabeth, abbesse d'Hervord, avait les cheveux très-noirs. Un jour, sortant dü bain et s’enveloppant d’un peignoir qui avait un grand trou sur le devant, elle se mit à gronder sa femme de chambre : «N'êtes-vous pas les gens les plus négligents et les plus malpropres du monde de me donner un peignoir avec une si horrible tache noire? » La femme de chambre se mit à rire et pria ma tante de mettre la main sur cette tache afin de s'assurer de ce que c'était. Ma tante suivit le conseil de sa femme de chambre, et courut toute honteuse se cacher dans son lit,
9 octobre 1718.
Ce qui a porté la pauvre demoiselle d'Orléans à se faire religieuse, c'est tout simplement le peu d'affection qu’elle a trouvée auprès de sa mère et la peur qu’elle a eue qu'on ne la tourmentät afin de la forcer à épouser le fils ainé du duc du Maine; elle a mieux aimé se retirer du monde que s’exposer à attirer sur elle toute la haine de sa mère‘. C'est une bien mauvaise mère qu’elle a là, et Dieu le sait bien, maisilne faut pas confier des choses de ce genre à la poste.
Mae de Dangeau n’a pas lieu de s'inquiéter que j'aille diner chez elle; en dix ans il ne m'est arrivé qu’une
4 Un passage curieux et touchant des Mémoires de la baronne d'Oberkirch prétend faire connaître la véritable cause do la détermination de Mlle d'Orléans, mais nous avons des doutes sur l'authenticité de ces Mémoires,
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. 13 seule fois de diner chez quelqu'un, et c'était cher Mo de Ventadour. Le fait est que Mme de Dangeau est fort réservée et ne veut pas se répandre beaucoup dans le monde. M"° de Valois n’a pas du tout été de son goût ; elle ne veut plus voir personne de la maison royale, si ce n’est moi; elle évite la duchesse de Berri tout autant que sa sœur. Son seul défaut c’est qu'elle regarde la vieille sorcière (Maintenon) comme une personne respectable et pieuse, tandis que c’est un véritable diable; mais ceci fait l’éloge de ses bons sentiments, puisqu'elle ne peut penser du mal d'une personne qu'elle aime. J'ai regretté souvent qu’elle ne fût pas duchesse, et en voyant tant de duchesses assises, je souffrais de voir debout M°° de Dangeau, qui est d’une si bonne famille de comtes.
Je parlerai à mon fils du colonel Schwartz, mais je crains de ne pas réussir ; l'argent est chose rare à la cour, et il est plus difficile de trouver mille livres que deux fois autant du temps du feu roi. Les finances sont dans un état déplorable, et on peut dire avec raison de notre roi qu’il est un pauvre roi.
11 octobre 1718.
M" du Maine n’est pas plus grande qu'un enfant de dix ans. Quand elle ferme la bouche, elle n’est pas laide. Elle a de vilaines dents mal rangées. Elle n’est pas très-grosse, elle met horriblement de rouge, elle a de jolis yeux, elle est blanche et blonde ; si elle était
3 aussi bonne qu'elle est méchante, il n’y aurait rien à dire contre elle, mais sa méchanceté est intolérable.… Elle est iranquille durant toute la journée, et elle la
14 CORRESPONDANCE passe à jouer aux cartes; mais lorsque le jour est fini, ; alors commencent les colères et les extravagamoes; elle tourmerite son mari, ses enfants, ses domestiques au point qu'ils ne savent que devenir. Ê La Polignac faisait croire à M. le Duc qu’elle l'aimait. Lui, qui sait bien le train qu'elle mène, la fit espionner et apprit qu'elle avait une intrigue cachée avec le chevalier de Bavière. Il lui en fit des reproches; elle nia la chose. M. le Duc l’avertit de ne pas s'imaginer qu’elle pût le tromper; elle jura qu'il était mal informé, et dès qu’il l'eut quittée, elle se rendit chez le chevalier. M. le Duc, qui l'avait fait suivre, lapprit aussitôt. Le lendemain, il lui donna rendezvous chez lui ; elle se rendit dans la chambre à coucher, elle croyait qu’il ne savait rien. Cependant M. le Duc ouvrit grandement la porte, en sorte qu'on pouvait la voir du cabinet qui était tout rempli d'hommes; il appela le chevalier de Bavière, et lui dit : « Monsieur! vener prendre votre compagne, elle n’aura pas besoin d'aller si loin pour vous trouver. » Quoique M. le Duc et le prince de Conti soient doublement beaux-rères, ils n’ont de leur vie pu se soufrir mutuellement.
14 octobre 1718.
Ms la princesse (de Conti) est fort petite et elle est contrefaite, sans être cependant bossue. Elle a de beaux yeux comme en avait son père, mais autrement elle n'est pas du tout belle; mais élle.a beaucoup de vertu et de piété.
Mon fils aime le comte de Toulouse; il le trouve fort raisonnable en toute circonstance ; et si le due du
Maine avait suivi le conseil de son frère, il n'aurait pas ce qui lui est arrivé; malheureusement pour lui, il a mieux aimé agir d'après les avis de sa femme.
Mne du Maine n’est pas une beauté, mais elle a beaucoup d'esprit, elle est fort instruite, elle peut parler de toutes sortes de sujets; cela attire auprès d'elle tous les savants; elle sait flatter tous les mécontents et les animer contre mon fils. Elle est seigneur et maître de son mari. Il a beaucoup de charges et peut donner des places à beaucoup de monde, dans le régiment des gardes, dont il est général; dans l'artillerie, dont il est grand-maitre, dans les carabiniers, où il nomme tous les officiers; il a aussi son régiment ; cela rallie à lui beaucoup de monde.
Quelqu'un m'a raconté qu'il avait surpris Madame et Mme de Monaco se livrant ensemble à la débauche.
15 octobre 1718,
L'affaire du duc du Maine n’est pas de ces choses qu’on puisse oublier, du moins tant que les deux vieilles drôlesses (zoen) seront en vie (Mme de Maintenon et la princesse des Ursins), car elles excitent le duc du Mairie ‘ et sa petite diablesse de femme à mamigancer toutes sortes de choses contre mon fils. Mwe des Ursins a du moins cela de bon qu'elle ne fait pas intervenir le bon Dieu dans ses intrigues ?.
4 « Le duc du Maine, comblé de-dignités, n'avait qu mériter « aucun respect; il était affligé d'une maladie mortelle en « France, même pour les vertus ; il était sans courage. » (Lemontey.)
3 La Revue d'Édimbourg, n° 88, septembre 1826, renferme,
Mon fils n’est pas en sûreté, et cela m'inquiète extrêmement. Je fais de mon mieux pour me résigner à la volonté divine, et pour accepter tout ce qu’elle décidera; mais le cœur d'une mère est trop tendre à l'égard d'un fils unique.
On attendrirait des lions, des tigres et toutes sortes de bêtes féroces plutôt que de méchantes gens, surtout lorsque l'ambition et la cupidité sont la cause de leur inimitié. Tous les raisonneurs ne savent pas dans quel état déplorable mon fils a trouvé le royaume; lorsque survient un changement, chacun s’imagine qu'il va devenir riche, on loue celui qui gouverne et on attend de lui des merveilles; mais comme elles ne se réalisent pas, car elles sont impossibles, alors le blâme se substitue à l'éloge. Il n'y aurait pas de mal si ces plaintes s'exhalaient seulement en paroles, mais les mécontents forment des intrigues et des complots ; les Français ne se génent en rien et ne savent pas ce que c’est que la reconnaissance.
Le roi a oublié La Vallière aussi bien que si de sa vie il ne l'avait ni vue ni connue. Elle avait autant de vertus que la Montespan avait de vices. La seule faiblesse qu'elle ait eue pour le roi était bien excusable; le roi était jeune, galant, beau; elle-même était fort jeune; tout le monde l’a poussée et amenée à sa faute; au fond, elle était modeste et vertueuse, et elle avait un très-bon cœur. Je lui disais quelquefois qu’elle”
au sujet des lettres de Mme de Maintenon à la princesse des Ursins, une appréciation judicieuse de ces deux femmes célèbres.
avait fait une transposition de son amour, et qu’elle avait rapporté à Dieu tout ce qu'elle avait eu dans son cœur pour le roi.
On a fait à La Vallière la plus grande injustice en l’accusant d’aimer quelque autre personne que le roi; mais les mensonges ne donnaient nul souci à la Montespan. Le comte de Vermandois était un très-bon enfant ; le pauvre jeune homme m'a aimée comme si j'avais été sa mère. Lorsque tout fut découvert au sujet de ses débauches, je fus avec raison très-fâchée contre lui, car je l’avais fait avertir sérieusement que s’il se comportait ainsi, je cesserais de l'aimer. Cela lui tint au cœur; il envoya tous les jours chez moi, et me fit prier de lui permettre de me dire seulement un couple de mots. Je tins bon pendant quatre semaines ; à la fin, je le fis venir : il tomba à genoux devant moi, en pleurant beaucoup, et me demanda pardon en me promettant de se corriger, et me suppliant de lui rendre mon amitié, sans laquelle il ne pouvait pas * vivre, disait-il, et de l’assister de nouveau de mes conseils. Il me raconta toute son histoire. Il a été horriblement séduit. Lorsque madame la Dauphine accoucha du duc de Bourgogne, je dis au roi : « Votre Majesté ne me refusera pas à présent, je l'espère, une humble prière que j'ai à lui faire. » Le roi se mit àrire, et dit: «Que demandez-vous donc?» Jerépondis: Monsieur, la grâce du pauvre M. de Vermandois. » Il rit de nouveau, et dit : « Vous êtes bonne amie; mais pour
. de Vermandois, il n'a pas encore été assez puni pour ses crimes. » Je dis : « Le pauvre garçon est si repentant de ses fautes! » Le roi répondit : « Je ne me