ÉLISABETH-CHARLOTTE
Fontainebleau, 10 août 1712,
.… Je suis très-aise que Mme de Maintenon soit contente de moi, ainsi que le roi; mes intentions sont bonnes; vous savez quels sentiments j'ai eu toute na vie pour le roi; mais si je suis timide, vous en savez
graphes faites à Paris, l'indication de diverses letttes de Ma: dame dont nous n'avons point de copie, Voici la note de quelques-unes : autographes réunis par l'Alliance des Arts, 14 avril 1844,n° 199, lettre adressée à la belle Dondon, ainsi qu'une autre portée an catalogue Lalande, 8 avril 1844, n° 422; catalogue Laroche-Lacarelte, 4 février 1847, n° 498. Cabinet d'un amateur, 22 mars 1841. Idem, 10 mal 1847, n° 181.
! Cette lettre figure sur vn catalogue d'autographes; 7 décembre 1854 (Chassiron ), n° 686.
la raisori. Aussi, hélas ! puis-je me flatter qu'étant en tout devenue plus désagréable que jamais , que je ne soye pas de trop, partout où je me trouve; surtout ayant déplu si longtemps... -
Nous avons hésité à reproduire les deux lettres suivantes, qui se trouvent en français dans le volume allemand publié en 4789, et qui sont sans doute le résultat de quelque gageure entre Madame et l’électrice de Hanovre. Celte étrange plaisanterie ne trouvera pas en nous des apologistes, mais elle pourra s'expliquer si on ne perd point de vue des circon- Stances bien connues de toutes les personnes qui ont étudié la vie intime à des époques dont la nôtre diffère grandement sous le rapport des bienséances.
Au commencement du dix-septième siècle, les expressions les plus ordurières, les images les plus triviales, et parfois les plus indécentes, se produisaient dans la chaire; elles n’échappaient point à la chaleur de l'improvisation; elles étaient recueillies et imprimées dans des volumes qui paraissaient avec approbation et privilége des hauts fonction naires ecclésiastiques. Nous pourrions citer de nombreux ‘exemples, nous nous bornerons à un seul. Que l'on ouvre les Sermons du Père Philippe Bosquier sur la parabole du prodigue apostolique, réimprimés au moins trois fois, et toujours avec de nouveaux développements, à Arras, à Douai et à Paris; les mots tels que put... , maq.….… yreviennent sans cesse, ainsi que ceux que s’amusa à tracer la plume de Madame. Nous permetträ-t-on d’en transcrire un bien petit nombre de lignes? Dans son courroux contre un bérésiarque, le bon Père n’hésitait point à 8'écrier :
« 4biït Luther comme le vautour de charoïigne en cha- « roïgne, abiit comme l'escarbot de merde en merde (avec « congé de vos révérences, le puis-je dire)... »
1 Cette lettre provient de la vente Villenave, n° 660 ; elle a passé dans la belle collection de‘ M. Feuillet de Conches.
Et plus loin : :
« Le bec, la bouche et la plume de Luther sont toujours « en privés, en merde et en fiente. »
A la cour de Louis XHIE, on représentait devant toutes les dames des ballets dont les rôles étaient remplis par les plus brillants seigneurs, et qui n’offraient que des plaisanteries d’une licence extrême et des équivoques grossières. Avec le règne de Louis XIV, ces incroyables représentations s’épurèrent; il resta toutefois dans les pièces eomposées pour faire briller les talents chorégraphiques du jeune monarque bien des hardiesses qui seraient intolérables aujourd’hui. Parcourez les œuvres de Scarron, le premier époux de la femme à laquelle Louis XIV-unit sa destinée; voyez les Stances pour Maé de Hautefort, et l'Épithalame pour le comte de Tessé et Mile de Laverdin , quel ton incroyable, quelles sales images dans des vers adressés, en manière de compliments, à des femmes de haut paragel Ajoutons que le poëte ne se gêne nullement pour employer à diverses reprises * les mots grossiers que Madame , dans un acoès de folle gaieté, s'amuse à répéler.
LA DUCHESSE D'ORLÉANS À L'ÉLECTRICE DU HANOVRE. Fontainebleau, le 9 oelobre 1604.
Vous êtes bien heureuse d’aller chier quand vous voulez; chiez donc tout votre cHien de soûl. Nous n’en sommes pas de même ici, où je suis obligée de garder mon étron pour le soir ; il n'y a point de frotoir aux maisons du côté de la forèt. J'ai le malheur d'en habiter une, et par conséquent le chagrin d'aller chier dehors, ce qui me fàche, parce que j'aime à cher à mon aise, et je ne chie pas à mon aise quand mon cul
1 Édit d'Amsterdam, 1695, t. 1, p. 113 et 182; de Paris, 183, t. VII, p. 206 et 257.
+ Épigramme contre une chicaneuse, t. 1, p. 62, édit, d'Amgterdam ; de Paris, 1783, t. VII, p. 340.
né porte sur rien. J{em, tout le monde noës voit chier; il y passe des hommes, des femmes, des filles, des garçons, des abbés et des suisses ; vous voyez par là que nul plaisir sans peine, et que si on ne chiait point, je serais à Fontainebleau comme ke poisson dans Veau. 1! est très-chagrinant que mes plaisirs soient traversés par des étrons ; je voudrais que celui qui a le premier inventé de chier, ne püt chier, lui et tonte sa race, qu’à coups de bâton. Comment, mordi ! qu'il faille qu'on ne puisse vivre sans chier? Soÿez à table avec la meilleure compagnie du monde, qu'il vous prenne envie de chier, il vous faut aller chier. Soyez avec une jolie fille, une femme qui vous plaise ; qu'il yous prenne envie de chier, il faut aller chier ou crever. Ah! maudit chier, je ne sache point de plus vilaine chose que de chier, Voyez passer une joe personne, bien mignonne, bien propre, vous vous réeriez : ah ! que cela serait joli si cela ne chiait pas! Je le-pardonne à des crocheteurs, à des soldats aux gardes, à des porteurs de chaises et à des gens de ce calibre-là. Mais les empereurs chient, les impératrices chient, le pape chie, les cardinaux chient, les princes chient, les archevèques et les évêques chient, les généraux d'ordres chient, les curés et les vicaires chient. Avouez donc que le monde est rempli de vilaipes gens, car enfin, on chie en l'air, on chie sur la terre, on chie dans la mer, tout l'univers est rempli de chieurs et les rues de Fontainebleau de merde, car ils font des étrons gros comme vous, madame. Si vous croyez baiser une belle petite bouche avec des dents bien blanches, vous baisez un moulin à merde; tous
DE MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS. se
les mets les plus délicats, les biscuits, les pâtés, les tourtes, les perdrix, les jambons, les faisans, tout n'est que pour faire de la merde mâchée, etc.