‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 1 sur 131 · Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt · texte numérisé non relu

Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt

Madame de Ligne ina fait dire, chère grand'maman, qu'elle vous allait trouver demain, et qu'elle voulait bien se charger de mes commissions. Je n'ai pu résister à profiter de cette occasion pour vous dire combien je suis inquiète de vous. Je partage toutes vos situations, et vous n'avez ni peine ni plaisir où je ne prenne part. Je voudrais apprendre à toute heure des nouvelles de madame de Grammont; on me rassure sur son état, mais tant que je ne verrai point l'abbé, je ne serai point tranquille. Quelque plaisir que je me fasse de le voir, je suis fâchée qu'il vous quitte; personne ne sent plus que moi combien il vous est nécessaire; oui, je sens ce que c'est qu'un véritable ami, plus par théorie que par expérience. 11 me mande la perte que vous faites de votre musicien; c'en est une grande, puisqu'il contribuait h votre amusement plusieurs heures de la

journée: on m'a dit que Balbàtre partait vendredi pour vous aller trouver. Je voudrais bien en faire autant, mais, ma grand'maman, j'ai bien peur de n'avoir jamais ce bonheur; il est des obstacles que le désir le plus vif ne peut surmonter; l'abbé jugera par lui-même de ce que je voudrais faire et des raisons qui s'y opposent; mon cœur et mon esprit sont à Chanteloup, mais ma triste figure ne peut plus se déplacer, et, malgré votre tendresse pour moi, l'amitié du grand-pajia et l'indulgence de madame de Grammont, je ne saurais me dissimuler que je serais un personnage très-inutile, si même il n'était pas très-importun. Ne prenez point la peine, je vous prie, de répondre sur cet article, je connais votre cœur, j'entends tout ce qu'il me dit, ne vous fatiguez point à l'écrire; aimez toujours votre petite-fille, voilà tout ce qu'elle veut de vous, et que vous soyez intimement persuadée que vous êtes autant aimée d'elle que du grand-papa et du grand abbé.

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