‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 101 sur 131 · LK A.\ DRE · texte numérisé non relu

LK A.\ DRE

Mais enfin, si elles vous amenaient au lîoint de vous décider, quel parti prepdriez-vous ?

OCTAVE

Je rignore ! Cependant je crois que Julie serait préférée; mais vous, quel parti prendriez-vous en pareil cas? Je vous ai fait une sincère exposition de la situation de mon âme.

LÉ ANDRE

Je croirais n'aimer ni Tune ni l'autre, et je n'abuserais pas plus longtemps de la ci'édulité de Julie et du goût de Cidalise; je me rendrais compte à moi-même de mes sentiments , et je démêlerais bien vite que mon amour-propre sont les seuls lie^s qui m'attachent à elles. Kn effet, si c'était d'autres sentiments, ils ne vous laisseraient pas dans cette incertitude; l'amour ne peut se diviser, il décide en maître; mais on prend souvent la galanterie pour lui ; voilà l'abus dans lequel vous êtes, il vous faut deux engagements pour occuper votre âme, et encore avez-vous du temps de reste; si vous aimiez, Octave, on n'aurait rien à exiger de vous, et vous seriez bien affligé des soins que la bienséance vous forcerait de rendre ailleurs ; mais peu de gens ont la capacité d'aimer, et il y en a beaucoup moins encore qui puissent se passer de la galanterie; elle exerce l'esprit, flatte la vanité, amuse le cœur: j'avoue même qu'elle a des plaisirs assez vifs, elle peut être un passetemps de la jeunesse; mais il faut bien se garder d'en faire une habitude, et encore moins une occui)ation assez sérieuse pour (|u"il nous en coûte notre repos ni qu'elle puisse jamais causer le malheur d'une femme qui nous ainu^rait de bonne foi.

OCTAVE

Cette morale est sévère; mais vous vous trompez, je crois, sur l'idée que vous avez de l'amour; pour moi, je pense que Je cœur peut se partager ; je le prouve, et je me livre à tous les inconvénients et à tous les plaisirs de ma situation. Mais allons voir Cidalise, elle vous aime; aidez-moi à lui faire trouver Ijou que je pa>se la soirée avec Julie; je crains les emportements; quand vous m'approuverez, elle n'osera me condamner. Mais la voici (pii arrive.

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