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Que vous dirai-je, mon cher Léandre? c'est peut-être ce bizarre assemblage qui fait le charme qui m'arrête; je passe sans intervalle de la plus parfaite confiance à la plus extrême inquiétude; mon âme est toujours dans une activité si prodigieuse que le calme et la tranquilité me paraîtraient aujourd'hui le néant. Mais je vais vous surprendre bien davantage par un aveu que je ne ferais à nul autre qu'à vous : vous me croyez fort occupé de Julie, vous vous imaginez que j'ai pour elle beaucoup de tendresse; je sais que tout le monde croit que c'est ma véritable passion; apprenez qu'elle n'a peut-être plus d'existence dans mon àme que celle que Cidalise lui donne. Si Cidalise cessait de m'aimer et de me voir, cette Julie ne paraîtrait plus à mes yeux qu'une statue animée; tout ce qu'elle aurait de moi ne serait plus que des soins que l'habitude me fait regarder comme des devoirs, et toute la fermeté que vous me voyez aujourd'hui à résister au sacrifice que €idalise exige de moi, se tournerait dans une indolence qui me ferait presque ignorer que Julie existe. Le mal que Cidalise dit de sa rivale, me la rend plus considérable, l'indifférence que l'on veut que j'aie pour elle me rappelle les raisons que j'ai de l'aimer et la reconnaissance (jue je lui dois; enfin la chahnir que Cidalise excite dans mon àme ne se borne i)oint à elle, et Julie en profite. L'examen que Cidalise me fait faire de ses sentiments, et la comparaison que j'en fais à ceux de Julie, m'irrite contre Cidalise ; je la quitte persuadé que je dois tout à Julie, et qu'elle seule peut faire mon bonheur. Plein de cette idée, je vais la chercher, je lui fais mille sermtMits de fidélité et de constance; sa douceur, sa tranquillité, son uniformité, qui d'abord m'enchantent, amortissent peu à peu mon ai"deur; je me calme, je m'éteins, je m'anéantis, et je sens renaître en moi un besoin de Cidalise, qui m'entraîne auprès d'elle plus empressé que jamais.