‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 13 sur 131 · Madame de Bcauvau · texte numérisé non relu

Madame de Bcauvau

boucher les oreilles! Tous jugements faux et du plus mauvais goût. A qui pouvoir parler? Qui peut-on écouter? Ah! je suis (le bien mauvaise humeur!... Adieu.

DE l'ÉvÈQUE d'à R ras

Au lieu de la lettre que la petite-fille devait vous envoyer, vous recevrez, mon cher abbé, une petite marque de souvenir et d'amitié de votre bon serviteur. J'arrive des environs de Genève où j'ai été marier une nièce. Je me proposais de prendre la route du Bourbonnais, de la quitter à Briare pour aller à Orléans et de là à Chanteloup. Je n'ai pu obtenir des chevaux, ce qui m'a obligé de revenir par la Bourgogne. Les états d'Artois doivent haranguer jeudi prochain monsieur et madame la comtesse d'Artois , cette circonstance ne me permet pas de m' éloigner pendant quelques jours; mais s'il ne survient pas d'obstacles insurmontables à l'exécution de mes projets, je vous embrasserai samedi ou dimanche prochain. Faites ma cour, je vous prie, à monsieur et à madame la duchesse de Choiseul, à qui je désire vivement de pouvoir incessamment oiïrir en personne l'hommage de mon respect et de mon attachement.

LETTUl:: DXLIX

l»i: .MADAME DU D Kl" F AND A M. C R A U F U R T

Ce 17 novembre 1T73.

Oui, faisons la paix, je le veux de tout mon ca-ur; je vous aime toujours, mon cher petit Giaufurt, mais ne le dites point à M. Walpole; sa volonté est que je n'aime personne et lui moins que qui que ce soit; c'est ce qu'il n'obtiendra pas de moi tant que vous m'aimerez et que vous me le direz. Si je me plains de votre oubli, il ne me détache pas de vous; vous me

retenez par deux forts liens, le goût et la reconnaissance. Je n'ai pas besoin de vous dire sur quoi est fondé le goût; vous n'ignorez pas que vous êtes fort aimable et que vos petits défauts sont effacés par un nombre infini d'excellentes qualités. Pour la reconnaissance, je vous dois la connaissance de madame de Roncherolles, de M. Francis, des Hubert (dont j'aime beaucoup la femme). Et puis tout à l'heure le souvenir de M. Hume qui, sans compter la gloire, me fait beaucoup de plaisir: je lui écrirai incessamment.

Vos discussions avec monsieur votre père me font beaucoup de peine; vous êtes malheureux l'un par l'autre; mais de quoi s'agit-il? Je croyais toutes vos aflaires terminées; il faut m'en rendre compte comme à votre meilleure amie, car je la suis, mon cher petit Craufurt, et sans exception aucune; vous n'êtes aimé de personne autant que de moi.

Cette maudite goutte vous persécute donc aussi? Je ne l'entends pas nommer sans un battement de cœur; j'espère que vous en êtes quitte. Si votre santé et vos affaires vous le permettent, venez, venez nous voir; où pouvez-vous être mieux qu'entre madame de Roncherolles, M. Francis et moi? Kous ferons de petits soupers ensemble, nous aurons le cœur sur les lèvres ; nous passerons fort bien le temps, croyez-moi ; nous dirons du bien de nous, du mal des autres; enfin, venez, venez, et tout ira bien.

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