‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 37 sur 131 · LETTRE DCIX · texte numérisé non relu

LETTRE DCIX

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce dimanche, 12 juin n~4.

Ce n'est point encore aujourd'hui que vous recevrez la grande lettre que je vous ai annoncée. L'excessive joie* fait tout abréger et précipiter. D'ailleurs, chère grand'maman, je n'ai point encore de nouvelles du grand-papa; je passai hier à huit heures du soir à sa porte. Fribourg me dit qu'on ne l'attendait que ce matin. Je prévois que je ne le verrai point, à moins qu'en allant chez M. de Praslin et chez madame deChau-

1. Leduc de Choisciil avait obtenu la permission de venir faire sa cour. « Il arriva à Paris dimanche, et fut fort bien reçu à la cour, où il fut le lundi à neuf heures du matin. Il dîna chez madame du Chàtelet, soupa chez madame de Brionne, et repartit le mardi pour Clianteloup. Il n'a pas eu le temps de me voir ; son projet est de ne revenir ici qu'au mois de dOcombrc. » (Lettre à Walpole, 19 juin 1774.)

velin, il ne m'embrasse en passant. Je vous manderai demain ce qui en sera. Est-il bien sûr qu'il repartira lundi? L'inoculation du roi ne changera-t-elle point ses projets? C'est ce que nous verrons.

Vous devez aimer la reine à la folie. J'ai une impatience extrême qu'elle vous connaisse. Si j'en crois l'opinion que j'ai de son goût, vous lui plairez plus que personne, et tout ce que je désire , c'est que l'on vous préfère à tout.

LETTRE DCXI

DE M A D A il E DU D E F F A N D A LA DUCHESSE DE C H 0 1 S E U L

Ce mardi, 14 juin 1774.

Je ne l'ai point vu, chère grand'maman. Au lieu d'une minute qu'il aurait pu m'accorder, il m'a laissé l'espérance pendant sept à huit heures de le voir arriver. Cela vaut bien mieux, demandez-le à M. de Boufïlers : il prétend qu'on ne peut donner une plus grande marque d'amitié et de confiance. Les raisons qu'il en apporte sont trop subtiles pour qae je les puisse rendre. Je lui crois un grand talent pour les ambassades. Vous en conclurez qu'il m'a persuadée. Eh! pourrais-je ne pas l'être ?

Vous serez bien contente des récits du voyage. Tout ce qu'on m'en a raconté me fait un plaisir extrême, mais j'ai un mortel chagrin de vos projets. Vous ne voulez, dit-on, revenir que le quinze de décembre. Quelle triste résolution! La reine est charmante. J'ai d'elle la meilleure opinion. Elle sera touchée de votre mérite ; elle vous distinguera de tout ce qui l'environne. Vous jouirez de ce qui flatte le plus, c'est-à-dire de la préférence. Pourquoi négliger vos avantages? Jamais ils ne vous seront refusés par ceux qui ont véritablement du goût, de l'esprit et des sentiments. Je suis si pénétrée de ce que je vous dis que je ne puis vous parler d'autre chose. Je n'ai point

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