‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 49 sur 131 · LETTRE DCXLVI · texte numérisé non relu

LETTRE DCXLVI

DE MADAMi: nu DEFIANI) A LA DUClIF.SSi: DE ClIOISELL

Ce 8 juillet l'i:,.

Ma politique est à bout. Je ne puis la pousser plus loin. J'ai rempli mon objet, llne lettre qui serait arrivée en même temps que le grand-papa aurait tout au plus été mise dans la poche, et on aurait peut-être oublié de la lire le lendemain. Ce moment-ci doit être plus favorable, et puis je n'ai pas la possibilité de diflerer plus longtemps à dire à la plus aimée des grand'mamans que sa petite-fille ne cesse de se désoler de passer sa vie éloignée d'elle.

Croiriez-vous, chère grand'maman, que je n"ai pas même la satisfaction de parler de vous autant que je le voudrais? Soit que le grand abbé ait plus d'aiïaires qu'il n'en avait, soit qu'il se soit refroidi pour moi, ses visites sont plus rares et plus courtes. Peut-être veut-il me préparer à son absence. Il vous racontera ce qui en est. Je serai fort fâchée de le voir partir, mais je désire son bonheur et votre contentement.

Donnez-moi de vos nouvelles et de celles du giand-papa. Voilà de quoi je suis curieuse et non j)as de celles de la chose publique. Souvent elles me surpriMiiitMit, mais jamais elles ne

m'intéressent. Je conviens qu'on peut être curieux du règne des Platon % des Socrate ou des Socrife, ainsi que M. le comte de Parre les appelle et dont il déplore le sort d'avoir été empoisonnés par des cigales.

Vous aurez à la fin du mois les Beauvau. Quand je veux écarter tous les nuages qui m'environnent, je me persuade que j'irai à Ghanteloup, que j'y serai reçue à bras ouverts, que j'y jouirai de la présence du grand-papa, de la grand' maman et de la parfaite certitude de leur amitié.

LETTRE DCXLVII

UE LV DUCHESSE DE CHOISEUL A MADAME DU DEFFAND

Chanteloup, ce 16 juillet 1175.

J'ai attendu l'abbé, ma chère petite-fille, pour vous donner de ses nouvelles et lui demander encore des vôtres. Je l'ai trouvé mieux qu'à son départ. Il est au moins guéri de la crainte de sa maladie, et c'est le meilleur moyen de se guérir de la maladie même. Il m'a dit beaucoup de bien de votre santé; mais quand je lui ai dit que vous vous plaigniez de l'avoir fort peu vu, et que je lui ai fait des reproches de vous avoir négligée, il s'est emporté contre vous et m'a dit les dernières horreurs de votre caractère. Il prétend que vous êtes la plus ingrate de toutes les femmes et aussi la plus coureuse, que vous ne posez pas pied h terre, que ce sont tous les jours nouvelles parties de campagne, et qu'il ne pouvait pas s'établir sur les grands chemins pour vous y attendre, que d'ailleurs il n'a pas passé trois jours sans vous voir pendant son séjour à Paris. Le grand-papa, qui a toujours du faible pour vous, quoiqu'il prétende que vous lui avez refusé à souper à son retour de Reims, a pris votre parti en disant qu'il n'y avait que

\ . M. de Malesherbcs venait do remplacer M. de La Vrillière.

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