‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 53 sur 131 · I.sr. CORIIESPONDANCE · texte numérisé non relu

I.sr. CORIIESPONDANCE

instruction, et une tête fort logicienne, qnalité rare clans son pays; mais il a un baragouin qui fait beaucoup perdre de ce qu'il dit, et on est fâché d'en perdre.

J'espère que vous serez contente du prince. 11 ne tousse plus, et il me paraît se porter assez bien. 11 a chassé ici, monté à cheval. Tout cela lui est bon ; mais la chasse est vilaine cette année, et cela m'a bien fâchée pour lui.

M. Walpole est-il arrivé? Étes-vous heureuse, ma chère petite-fille? Ne m'oubliez pas auprès de lui. N'oubliez pas le grand-papa qui vous aime tendrement, et qui veut que je vous le dise; mais songez surtout que vous n'êtes aimée de personne autant que de la grand'maman. Vous n'avez point répondu à mes propositions, vous attendrez apparemment M. Walpole pour y répondre. Songez que vous pourriez, si vous le vouliez, me rendre bien heureuse.

LETTRE DCLlll i)i; M M) A mi: du deffand a i. a ni: en F. s se de r. moi sel i.

Ce dimanche, 20 août l'^Jô

Il est vrai, chère grand'maman, j'attendais l'arrivée de M. "Walpole pour pouvoir joindre sa réponse à la mienne. V peine lui ai-je donné le temps de respirer que je lui ai fait lire vos deux dernières lettres. KUes lui ont inspiré tant de reconnaissance, tant d'enthousiasme, que si, sur-le-champ, nous avions pu avoir des chevaux , nous serions partis tout de suite pour aller vous trouver. Pourquoi faut-il passer sa vie en privation et en regrets? Pourquoi faut-il trouver des obstacles invincibles pour parvenir au bonheur? Ah! que de raisons Gros-Jean aurait-il pu dire h. son curé s'il avait été à ma place! Pourquoi faut-il n'obtenir de vivre qu'à la cruelle condition d'éprouver la vieillesse avec toutes ses tenances et dépendances! Mais écartons ces tristes réflexions. J'aurai encore le

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plaisir, au moins je l'espère, de passer l'hiver avec vous et avec le grand-papa. En attendant, je vais employer les cinq semaines que M. AValpole passera ici à parler sans cesse de vous, et nous ferons mention aussi du grand abbé. Pourquoi M. l'ambassadeur, les Beauvau et la poste ne m'ont -ils rien apporté de lui? Est-ce caprice , paresse ou indifférence qui le rendent muet? Eclaircissez cela.

Il faut vous rendre compte de tous vos succès. L'ambassadeur s'écrie sur tous les tons du baragouinage qu'il n'y a rien de si charmant que la dourhcsfte et que M. le donc; mais ce qui met le comble à votre gloire, ce sont les éloges que la princesse fait de vous. Je soiipai avant-hier chez elle, et, jusqu'à trois heures du matin, vous fûtes le sujet de la conversation que nous eûmes tète à tète. Je crois, en vérité, que vous êtes, après elle , celle à qui elle trouve le plus d'esprit et de mérite. C'est être placée bien haut. Gardez que la tête ne vous tourne. Vous louez très-bien l'ambassadeur. Je suis d'accord de tout ce que vous en dites. Que je voudrais causer avec vous, et que, quand M. Walpole sera parti, le temps jusqu'à l'arrivée de décembre me paraîtra long! Quel malheur pour moi que votre bonheur fasse son gîte à Ghanteloup, de préférence à l'hôtel de Choiseul! Mais les murmures sont inutiles; suspendez-les en m'écrivant ou en me faisant écrire par l'abbé.

Je désire une lettre par semaine. Je n'ose proférer que je vous en promets autant. Il me semble que c'est plutôt une menace qu'une promesse. Quand je vous lis, le plaisir que je reçois est subitement suivi du désespoir d'avoir à y répondre. Je me trouve si superficielle, si bornée, que je n'ose l'entreprendre, et c'est avec la plus grande sincérité que je vous avoue qu'il me paraît inconcevable que mes lettres vous semblent supportables. Les vôtres sont d'une énergie et d'un agrément que rien n'égale, et celles de Tabbé d'une gaieté qui en inspirerait à un agonisant. Qu'il m'écrive donc, cet abbé; une de vous, une de lui par semaine, me donneraient le moyen

d'empêcher M. Walpole de s'en tenir à ses cinq semaines. Je connais vos bontés, cette considération vous fera impression. Accordez-moi aussi la grâce d'empêcher le grand-papa de me mettre in globo dans le tas des soi-disant amis. Voilà toutes mes demandes.

Je n'attendais M. Walpole qu'aujourd'hui. Il me surprit en arrivant hier au soir.

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