‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 2)Chapitre 61 sur 131 · Qui fut la mère du comte di- M-insfield · texte numérisé non relu

Qui fut la mère du comte di- M-insfield

que moi qui sois dans rimpossibilité de vous y aller trouver. Mais à quoi bon se plaindre des malheurs où il n'y a point de remède? il faut travailler de bonne foi à ne se rendre rien nécessaire, c'est la vraie philosophie; surtout il ne faut pas se permettre de confier ses peines; rien n'est si faux que cette maxime :

A confier ses maux souvent on les soulage,*.

Cela n'est pas vrai, chère grand'maman, j'ai passé ma vie à en faire l'épreuve. Quelle folie de chercher de la sensibilité dans les autres! Pourquoi la désirer? Quel bien nous pourraitelle faire? Oh ! non ; ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de parvenir, si l'on peut, à n'en avoir pas pour soi-même, à ne pas s'écouter, à se moquer de soi quand on se surprend à faire dépendre son bonheur de la conduite et des sentiments des autres; il ne faut pas non plus se livrer trop à la joie, quand on a sujet d'être content. Enfin, moi qui n'aime pas saint Paul, je trouve pourtant qu'il a raison quand il dit : « Vivez dans le monde comme n'y étant point. »

Si l'on avait la certitude de ne vivre qu'un mois, un an, dix ans môme, s'iutéresserait-on à beaucoup de choses? Je suis bien sûre que non. Quelle rétlexion pour moi! Mais, ma grand'maman, je ne sais pourquoi je me suis permis ce verbiage, et comment je me suis laissée aller à l'enfiler. C'est M. du Bucq qui en est peut-être cause ; une lettre qui passe par ses mains doit se ressentir — je ne sais pas de quoi; — trouvez, chère grand'maman, le terme qui convient.

Ah! mon Dieu, que je suis honteuse de tout ce que je viens d'écrire! il vaudrait bien mieux vous parler de nouvelles, de remue-ménage qu'on nous annonce ; mais M. du Bucq vous dir;i

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