L'évêque d'Arras
2. Il est curieux que le nom de mademoiselle de Lcspiiiasse, qui (Hait morte l'avant-veille, ne soit pas prononcé dans cette lettre. Madame du Deffand ne lui pardonna jamais.
LETTHE DCLXXVll
ni-: MADAME DU DEFFAND A I, A DUCHESSE DE C II o | S E U L
Ce 2 jui:i 1""6.
Mon intention n'est point de vous louer, mais il m'est impossible de vous cacher ce que je pense. Vous me faites sentir la dignité de la vraie vertu, et la supériorité qu'elle prend sur tout ce qui l'environne; elle a l'air de procurer le bonheur. Le procure-t-elle en eiïet?... En maîtrisant les sentiments, ne les émousse-t-elle pas?... Que devient la sensibilité, cette source de peines et de plaisirs? VoiLà ce que je serais curieuse de savoir. Je m'avise un peu tard de vouloir en être instruite; il vaut mieux vous parler du grand-papa. Vous devez le remercier de ce qu'il a fait pour vous: il a soupe chez moi le lli et le 30 du mois passé. 11 vint hier me dire adieu, tout cela par pure obéissance, et pour vous plaire. Ne croyez pas que cette pensée diminue ma reconnaissance, tout au contraire. Vous êtes pour moi ce que le Verbe était pour le père Malebranche ; il voyait, dit-on, tout en lui.
Madame de Grammont me permet de croire que je suis dans la seconde classe de ses affections; il est certain qu'elle me traite fort bien, que j'en suis très-contente, et que je la trouve infiuiment aimable. Je vous reporte encore ses attentions.
Je ne vois pas souvent notre évèque; il se porte presque tout à fait bien. Il est accablé d'affaires; il partira incessamment pour Arras, où il restera quinze jours, et puis il nous reviendra, et puis il y retournera. Il semble qu'on ne retrouve que pour reperdre.
Il y a bien de l'amitié à vous de vouloir que je vous écrive des lettres tristes; cette permission chasse ma tristesse, et serait toute propre à me donner de la gaieté , si une trèsvieille âme en était susceptible. Si elle ne l'est pas de gaieté,
DE MADAME DU DEFFANP. li:>,
elle l'est des plus tendres sentiments , et ils sont tous pour vous.
Dites, je vous supplie, mille choses de ma part à notre archevêque. Je suis bien persuadée que vous êtes fort contente de l'avoir. On ne peut que dire et penser mille biens de lui.
LKTTRK DCLXXVIII
l) E M A DAME DU D E F F A N D A LA DUCHESSE DE C II 0 I S E U I,
Ce 12 juin 1770.
M. Stanley, chère grand'maman, a l'honnêteté de vouloir bien se charger d'une lettre, ce serait une belle occasion de dire des choses secrètes, mais je n'en sais pas de ce genre; je ne puis parler que de mon amour pour vous, pour le grandpapa. Le ciel, la terre, toutes les postes par où passent mes correspondances en sont instruites. 11 vous dira qu'on ne s'occupe ici que de départ, de séparation, d'adieux. Je suis en mon particulier fort fâchée ; vous savez que mon prince va cà Schelestadt; croyez-vous que la princesse en soit bien aise? Est-ce un théâtre digne d'elle?
Est-il vrai que le grand-papa a fait un gros gravier? Comment s'en porte-t-il? L'abbé me fait finir, il est dans ma chambre, je suis à ma toilette, je prends une sorte de bain en même temps, tout cela me trouble la tète. Je vous embrasse, chère grand'maman, et je vous quitte.
D E l'a It u i; H A R T II i; L E AI Y
Oui, me voilà, et j'ajoute quatre mots pour que vous ne me grondiez pas; mais ces quatre mots ne sont que respect, attachement éternel, impatience de vous revoir, et le quatrième quel est-il? Désir que la médecine ait fait un bon effet.
On dit que le roi a dit à M. de M... ', en parlant de M. de C... -, qu'il croyait qu'ils s'étaient encore trompés.
LETTRE DCLXXIX
DE MADAME DU DEFFA.ND A LA DUCHESSE DE CH 01 SEUL
Ce mercredi, 19 juin 1~~6.
L'abbé devait partir dimanche dernier, je lui avais donné une lettre. 11 est resté, n'a point envoyé ma lettre. 11 doit me la rapporter aujourd'hui parce que je n'en étais point contente et que je voulais vous en écrire une autre; je crains qu'elle ne soit pas meilleure.
Si l'abbé vous dit la vérité, chère grand'maman, vous plaindrez votre petite-fdle; ma santé n'est point bonne, je n'ai plus de mémoire, je deviens incapable d'aucune application ; enfin je devrais, ce me semble, me soustraire aux yeux de tout le monde. C'est la première idée qui se présente à mon réveil, elle ne me quitte que lorsqu'il arrive quelque compagnie qui détruise ou du moins suspende mes projets de retraite. Ah! l'abbé a élé bien mécontent de moi! J'ai été impertinente avec lui, nommément hier, que j'eus l'audace de me rendre protectrice de Gicéron. Si Gicéron m'avait entendu plaider sa cause, il aurait été bien humilié d'avoir un tel avocat.
Je fis hier la division des troupes du grand-papa, l'abbé vous contera cela ; il y en a trois , vous êtes le lieutenantgénéral de la première ; la petite Sainte et moi sommes ses maréchaux-de-camp. L'abbé vous dira le reste.
J'appris hier que vous aurez la duchesse de Villeroy le mois prochain. Vous ne manquerez pas de compagnie dans l'été et dans l'automne; je ne sais si vous aurez madame de Luxembourg, elle revient aujourd'hui de Sainte-Assise.