‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 1 sur 134 · AVEC ^A DUGHESSK DE CHOISEUL · texte numérisé non relu

AVEC ^A DUGHESSK DE CHOISEUL

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LETTRE DXWI

DE MADA:klE DU D CI-FA NI) A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Te mardi , 7 soptembre 1773.

Madame de Ligne m'a fait dire, chère grancVmaman, qu'elle vous allait trouver demain, et qu'elle voulait bien se charger de mes commissions. Je n'ai pu résister à profiter de cette occasion pour vous dire combien je suis inquiète de vous. Je partage toutes vos situations, et vous n'avez ni peine ni plaisir où je ne prenne part. Je voudrais apprendre à toute heure des nouvelles de madame de Grammont; on me rassure sur son état, mais tant que je ne verrai point l'abbé, je ne serai point tranquille. Quelque plaisir que je me fasse de le voir, je suis fâchée qu'il vous quitte; personne ne sent plus que moi combien il vous est nécessaire; oui, je sens ce que c'est qu'un véritable ami, plus par théorie que par expérience. 11 me mande la perte que vous faites de votre musicien; c'en est une grande, puisqu'il contribuait à vo4re amusement plusieurs heures de la

t CORRESPONDANCE

journée; on m*a dit que Balbâlre partait vendredi pour vous aller trouver. Je voudrais bien en faire autant, mais, ma grand'maman, j'ai bien peur de n'avoir jamais ce bonheur ; il est des obstacles que le désir le plus vif ne peut surmonter ; Tabbé jugera par lui-même de ce que je voudrais faire et des raisons qui s'y opposent; mon cœur et mon esprit sont à Chanteloup, mais ma triste figure ne peut plus se déplacer, et, malgré votre tendresse pour moi, l'amitié du grand-papa et l'indulgence de madame de Grammont, je ne saurais me dissimuler que je serais un personnage très-inutile, si même il n'était pas très-importun. Ne prenez point la peine, je vous prie, de répondre sur cet article, je connais votre cœur, j'entends tout ce qu'il me dit, ne vous fatiguez point à l'écrire ; aimez toujours votre petite-fiUe, voilà tout ce qu'elle veut de vous, et que vous soyez intimement persuadée que vous êtes autant aimée d'elle que du grana-papa et du grand abbé.

LETTRE DXXXU

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce vendredi, 17 septembre 1773.

L'abbé m'apprit hier, chère grand'maman, la mort de madame Corbie, voilà un surcroît de chagrin pour vous (quoiqu'on ne puisse pas regretter cette pauvre femme dans le déplorable état où elle était) ; quand l'âme est dans une situation triste, tout ce qui nous y entretient augmente nos peines; je sais votre inquiétude pour M. Ribot, et je la partage bien sincèrement; pourquoi faut- il, chère grand'maman, que votre sensibilité nuise autant à votre bonheur? pourquoi faut-il que vous soyez séparée de ceux qui vous adorent? Votre bon cœur vous fait partager leurs peines, et cela suffit pour vous en causer, j'en suis sûre. Si l'abbé vous a parlé selon sa conscience, il vous aura dit qu'il m'a trouvée extrêmement vieillie,

I)aissée, alTaiblic, et allant à grands pas à la décrépitude. Cette route ne conduit pas à Chanteloup. Ah! chère grand'maman, ([uelque désir que j'aie de vous voir, je ne me permettrais pas devons exposer à un triste spectacle. Je brise sur cela; aimez voire petite-fille, chère grand'maman; Tabbé vous dira si vous lui devez de la reconnaissance.

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