‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 17 sur 134 · LETTRE DXLVIII · texte numérisé non relu

LETTRE DXLVIII

DE MADAME DU DEFFAND A L*ABBÉ BARTHELEMY

Paris, ce 14 noYembre 1773.

Par quelle fatalité y a-t-il plus de quinze jours que personne n'est revenu ni n'est allé à Chanteloup? Depuis une lettre du A de M. de Tlsle que j'ai reçue par la poste, qui m'annonçait que vous m'écririez incessamment , je n'ai entendu parler de personne, pourquoi cela? Je vous ai envoyé les lettres de madame de Sévigné. On s'attendait à quelque chose de mieux. Pour celles de madame de Simiane, il est bien étonnant qu'elles aient été conservées et plus encore qu'on les ait imprimées; mais les lettres à monsieur de Pomponne font grand plaisir ; peu de personnes les avaient et on ne pouvait les trouver.

Je vous envoie une lettre de M. de Saint-Omer pour l' évoque d'Arras; il y a six ou sept jours que je l'ai, et j'attendais une occasion pour l'envQyer. S'il n'est point à Chanteloup et que le 20 il n*y soit point arrivé, vous me renverrez cette lettre par la première occasion; il ne faut pas la renvoyer par la poste. On vous aura sans doute envoyé celle de madame de Forcalquier au roi, mais comme vous ne craignez point les répétitions, je vais vous la redire.

« Sire, le premier effet qu'a produit en moi madame la « comtesse d'Artois a été de me plaire; le second, de m'inlé-

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o resser. Ces deux motifs réunis font que je la conduis à Votre tt Majesté avec joie. »

N'êtes-vous pas bien charmé du choix des dames?

Nous allons être excédés des récits des fêtes et des tracasseries qu'elles produiront. Je ne saurais prendre part à rien de tout cela; mon unique plaisir, c'est mon eflilage; c'est ma seule occupation et rien ne m'intéresse davantage.

Je fis l'autre jour un souper chez lesNecker, je me trouvais comme Lacouture, je n'entendais pas le raisonné, et le braillé m'était insupportable; notre cher ambassadeur ^ y tenait cette seconde partie; quelquefois il amuse, mais souvent il excède; il se plaint de ne plus trouver dé petites cerises sur ma cheminée, et il me prie de vous le dire. J'admire comment on passe la vie et je ne cesse de m'étonner qu'on en puisse craindre la fin. Mais je ne veux point me laisser aller à la tristesse; ce n'est point un sentiment qu'on doive faire partager à ses amis. Communiquez-moi votre gaieté, si vous en avez ; parlezmoi de vous et de la grand'maman, et tirez-moi du néant.

Madame de Jonsac est de retour; j'ai été fort aise de la revoir. J'ai quelquefois des moments agréables, mais ils sont rares, tout décousus; on n'est heureux que pai* des habitudes, et ce n'est pas à mon âge qu'on en forme.

Notre ambassadeur* soupa hier chez moi avec Sa Divinité ' ; il avait passé son après-dîner chez la demoiselle Lespinasse ; il était enivré de tous les beaux ouvrages dont il avait entendu a lecture ; c'était un éloge d'un nommé Fontaine , par monsieur de Gondorcet. C'étaient des traductions de Théocrite, par monsieur de Chabanon. Des contes, des fables, par je ne sais qui; tout cela était plus beau que tout ce qui a été jamais écrit. Et puis des éloges d'Helvétius, une admiration extrême de l'esprit et des talents de ce siècle; enfin, l'abbé, de quoi se

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