‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 19 sur 134 · LETTRE DXLIX · texte numérisé non relu

LETTRE DXLIX

Ce 17 noTembre 1773.

Oui, faisons la paix, je le veux de tout mon cœur; je vous aime toujours, mon cher petit Graufurt, mais ne le dites point à M. Walpole ; sa volonté est que je n'aime personne et lui moins que qui que ce soit; c'est ce qu'il n'obtiendra pas de moi tant que vous m'aimerez et que vous me le direz. Si je me plains de votre oubli, il ne me détache pas de vous ; vous me

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retenez par deux forts liens, le goût et la reconnaissance. Je n'ai pas besoin de vous dire sur quoi est fondé le goût; vous n'ignorez pas que vous êtes fort aimable et que vos petits défauts sont effacés par un nombre infini d'excellentes qualités. Pour la reconnaissance, je vous dois la connaissance de madame de RoncheroUes, de M. Francis, des Hubert (dont j'aime beaucoup la femme). Et puis tout à l'heure le souvenir de M. Hume qui , sans compter la gloire, me fait beaucoup de plaisir ; je lui écrirai incessamment.

Vos discussions avec monsieur votre père me font beaucoup de peine; vous êtes malheureux l'un par l'autre ; mais de quoi s'agit-il? Je croyais toutes vos affaires terminées; il faut m'en rendre compte comme à votre meilleure amie, car je la suis, mon cher petit Graufurt, et sans exception aucune ; vous n'êtes aimé de personne autant que de moi.

Cette maudite goutte vous persécute donc aussi? Je ne l'entends pas nommer sans un battement de cœur; j'espère que vous en êtes quitte. Si votre santé et vos affaires vous le permettent, venez, venez nous voir; où pouvez-vous être mieux qu'entre madame de RoncheroUes, M. Francis et moi? Nous ferons de petits soupers ensemble, nous aurons le cœur sur les lèvres; nous' passerons fort bien le temps, croyez-moi; nous dirons du bien de nous, du mal des autres; enfin, venez, venez, et tout ira bien.

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