LETTRE DLI
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DB GHOISEUL
Paris, ce 18 noTembre 1773.
C'est à vous que je m'adresse, chère grand'maman, pour vous confier mes peines. Il y a près de trois semaines que, sans les soins de M. de l'Isle, à qui je suis très-redevable, je n'aurais point eu de vos nouvelles. L'abbé, à qui M. de Luxembourg avait porté une de mes lettres, n'a pas daigné me faire réponse. Je n'ai eu depuis ce temps que deux lettres de M. de l'Isle, une du A à laquelle j'ai répondu, et une que je reçus hier. Il m'apprend le changement dans l'arrangement de vos repas; il vient de celui qu'il y a dans votre santé, et l'abbé ni vous ne m'en dites rien. M. de l'Isle me parle d'un dérangement d'estomac, de faiblesse, de langueur... Il m'en dit assez pour m'inquiéter, et pour que cette inquiétude l'emporte sur celle que votre silence pourrait me donner de refroidissement de votre amitié. Que vous seriez injuste si vous deveniez indifférente pour votre petite-fille ! Écoutez notre évêque ; il vous dira quels sont mes sentiments. Croyez les témoignages qu'il vous en rendra et sortez d'un silence qui me tue. Je ne puis vous en dire davantage; les reproches et les plaintes fatiguent, et je n'ignore pas leur inutilité. Faudra-t-il que j'attende le
retour de mon évêque pour avoir des nouvelles de votre santé et de vos sentiments? C'est moi qui souffre véritablement tous les maux de l'exil.
Vous n'attendez pas de moi le récit des fêtes S ni que je vous raconte tout ce qu'on dit et tout ce qui se passe. Tant d'autres s'occupent de ce soin que je m'en rapporte à eux. D'ailleurs, je suis toujours très-mal informée; je suis comme cet homme qui disait : Savez-vous que Je ne m'intéresse qu*à ce qui me regarde?... Ce qui me regarde, c'est la santé de ma grand'maman, sa satisfaction, son souvenir, ses bontés, son amitié. Tout le reste m'est indifférent.