III
porté sa maussaderie, mais beaucoup de fatigue. Elle a eu de la fièvre et des tranchées ; mais elle commence à se reposer, et elle a déjà repris son bon visage et sa santé.
Il est vrai que je ne garderai pas encore longtemps la petite comtesse et j'en suis bien fâchée; elle ne repassera pas par Paris et vous êtes un des principaux objets du regret qu'elle a de n'y pas passer; elle m'a bien recommandé de vous le dire ; elle est bien sensible au désir que vous avez de la connaître .
Nous avons ici l'archevêque de Toulouse et M. de Brienne. Je suis charmée de les avoir et de leur parler de vous. Je n'at pas grand' chose à vous dire, mais quand je pense à vous, j'ai toujours beaucoup de sentiments à exprimer.
LETTRE DLXXXVIII
DE MADAME OU DEPPAND A L*ABBÉ BARTHELEMY
Ce samedi matin , 26 mars 1774.
Enfin, enfin, ce billet vous sera rendu par l'incomparable; que votre premier soin soit de me raccommoder avec lui. J'y suis fort mal, mon dernier crime est d'avoir douté de son départ, l'autre est d'avoir cessé de lui plau-e; vous me direz qu'à ce dernier il n'y a point de remède , je ne le pense que trop ; mais si la grand'maman vous seconde , je n'en désespérerai pas, j'ai foi en elle.
L'abbé, pourquoi tout le monde a-t-il des nouvelles de Chauteloup, et que ce soit par le tiers et le quart que j'apprenne que madame de Grammont a eu de la fièvre et de la colique? Que faut-il donc faire pour mériter des attentions? Me soupçonne-t-on d'indifférence, (ou bien ce qui est plus vraisemblable) en a-t-on pour moi? Répondez, répondez.
Je vous aurais voulu avant-hier avec moi pour entendre une chose ineffable, la lecture d'une comédie par M. Texier.
C'était t Indigent^ \ demandez à madame de Grammont ce qu'elle en pense. Tout ce qu'elle vous en dira et tout ce que vous en diront ceux qui l'ont entendu sera encore au-dessous de ce que l'on trouve quand on l'entend soi-même.
Adieu, l'abbé, tout Paris part ces jours-ci pour Chanteloup^ J'écrirai demain à la grand'maman. Je compte que votre première lettre m'apprendra le jour de votre arrivée.
LETTRE DLXXXIX
DE IIADAMË DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE GHOISEUL
, Ce dimanche, 27 mars 1774.
Voilà bien du monde qui va vous trouver, chère grand'maman; je prétends qu'ils me seront utiles et agréables, mille fois plus que ne me le serait leur présence. Ils vous forceront à penser à moi et vous vous croirez peut-être obligée de me le dire. Il y aura dema'm huit jours que madame de Grammont vous a remis et à l'abbé des lettres auxquelles ni vous ni lui n'avez daigné répondre. D'où vient cela, chère grand'maman? les occasions n'ont point manqué. Tout le monde a reçu des nouvelles. M. de Slainville est un charmant homme, il est parti sans me voir, après m'avoir promis le contraire. Grondezle, chère grand'maman.
Je suis coupable envers vous, il faut que je vous le confesse; j'attends l'abbé avec une impatience qui me tourmente. Ma tendresse pour vous devrait m'inspirer plus de générosité, m'interdire de désirer ce qui vous est contraire; mais, ma grand'maman, c'est pour parler de vous que je veux jouir de quelques moments de cet abbé; vous serez l'unique objet de nos conversations, et en lui disant tout ce que je pense et tout ce
1. Un drarae de Mercier. Le talent de M. Tt'xier fut longtemps admiré à Lou- <ires, il le conserva jusque daos un âge avancé.
que je sens, il se trouvera que je lui parlerai toujours de vous. Qu'est-ce que me fait tout le reste ?
Je me flatte que vous n*ôtes pas de ces gens qui abhorrent qu'on leur parle amitié. Oh non I la grand' maman n'a pas de tels travers; aussi l'aimé- je mille fois plus qu'eux et plus que le monde entier.
P. S, A peine ma lettre est-elle cachetée, que je reçois la vôtre du 24. Je vois par cette date que vous n'avez point de tort , mais que ceux qui en ont été les porteurs font de petites journées.
Il est vrai que madame de GrjEimmont a été accablée, mais qu'elle en soit devenue maussade , sauf le respect que je lui dois, rien n'est si faux. Elle a été aimable et charmante jusqu'au dernier moment, mais elle est devepue bien peu clairvoyante et bien injuste si elle pense que mes sentiments pour elle sont refroidis; ne la croyez pas et qu'elle ne me donne point ce démérite auprès de vous.
Vous ne me dites pas un mot de l'abbé. Est-ce que le jour de son départ n'est pas déterminé? Pourquoi ne m'a-t-il pas écrit?
Avez-vous reçu avec votre indulgence ordinaire notre incomparable? Je crois entendre ses excuses. Sa tranquillité les rend vraisemblables ; elle a tout l'air de la paix de la bonne conscience. Cette tranquillité, qui tient de fort près à l'indiffér^nce, est en lui la source de beaucoup de bonnes qualités, du désintéressement, de l'égalité, de la constance, etc., etc.
Je vous quitte, chère grand'maman, pour dormir. C'est ce que je fais rarement, je ne devrais pas y avoir de regrets; c'est le seul temps où je ne pense pas à vous. Je suis fâchée que madame de Coigny ait changé de projets. Et votre petit Louis? vous ne m'en dites rien.
Vous savez que M. de Saint- Foix va aux Deux -Ponts et M. d'Adhémar à Bruxelles, à la place de M. Le Bon. On
prétendait, ces jours-ci, qu'il était à la Bastille; mais quelqu'un dit l'avoir vu hier dans Paris.
LETTRE DXC
DE l'abbé BARTHELEMY A MADAME DU DEFFAND
1" avril 177 J.
La grand'maman ne vous écrit point par madame de Poyane ; elle me charge de vous dire quatre ou cinq mots de tendresse, bien vifs, bien chauds, bien brûlants; les voilà. Elle passe la journée avec madame la comtesse de Coigny, qui a encore de la fièvre; cette fièvre était inflammatoire; si on n'en avait prévenu les suites par des saignées faites à propos, elle eût été Irès-dangereuse. Elle a un redoublement tous les jours à sept heures du soir; mais il est tous les jours moins fort, et nous espérons qu'après deux ou trois accès encore, la maladie sera terminée: nous en avons été inquiets au commencement.
Je compte partir jeudi prochain, j'ai besoin de vous voir, de causer avec vous, de vous, de ce que vous aimez, de ceux qui vous aiment. Ahl mon Dieu, pourquoi Saint-Joseph n'est-il pas à Amboisel Je finis, on est à table depuis longtemps et je veux prendre des forces pour pouvoir soutenir le voyage ; cela signifie seulement que je meurs de faim.
LETTRE DXCI
DE LA DUCHESSE DE CnOISEt'L A MADAMK DU DEFFAND
A Chanteloup, 6 avril 1771.
Le voilà, chère petite-fille, cet abbé que vous avez la cruauté de désirer. Eh bien 1 je ne suis pas plus généreuse que vous, car ce n'est pas sans regret que je vous l'envoie. Je serai bien aise que vous l'ayez, mais je suis bien fâchée de le
perdre; il faut bien s'avouer réciproquement ses fsdblesses, et c'est un assez joli rôle à jouer pour l'abbé d'être l'objet de nos faiblesses. Vous verrez cependant qu'il ne nous fera pas l'bonneur*d'en être plus fat. Il vous dira que je vous aime et n'aura que cela à vous dire de moi. Il me semble que je ne désirerais pas non plus qu'il pût vous en dire autre chose; mais il vous en fera souvenir toutes les fois que vous le verrez et c'est beaucoup pour moi, surtout si le souvenir vient de vous, s'il ne l'appelle pas. Je voudrais qu'il vous déterminât à nous venir voir cette année. J'ai de fort bonnes raisons pour cela, car, malgi'é vos inspirations et votre lettre prophétique , que je garde, je ne compte pas retourner de sitôt à Paris.
La comtesse de Coigny suivra l'abbé de près à Paris; mais c'est un secret, il ne faut pas que vous le sachiez; elle ne pourrait pas vous voir, ni en vous recevant ni en vous allant chercher; elle n'y passera que vingt-quatre heures pour consulter Petit sur sa santé; elle vient d'avoir une maladie assez grave ici; en tout, elle est dans un état bien inquiétant pour ses amis.
Je ne puis vous rien dire de tous les gens qui sont ici, excepté des du Châtelet, que je vais perdre aussi ei à mon grand regret.
Je dis tous les jours les plus jolies choses du monde pour vous à madame de Grammont, qui m'en répond de mille fois plus jolies encore. L'abbé vous contera tout cela.
Je vous prie, ma chère petite-fille, de vous ressouvenir des reproches que vous me faites dans votre dernière lettre et des réparations qui se trouvent à la fin. Rappelez- vous que ce n'est pas la première fois que vous êtes tombée dans cette méprise et souvenez -vous à l'avenir que mon sentiment ne peut jamais avoir de torts avec vous et que je ne peux jamais vous négliger, parce que je ne peux pas vous oublier.
Le grand-papa vous embrasse. Le grand abbé vous porte
un fromage; mais ne lui faites pas l'honneur de croire que ce soit lui qui y ait pensé.
A propos, j'avais grand tort d'oublier de vous parler de notre incomparable; assurément je l'ai bien reçu comme une des personnes du monde dont la présence peut m'être le plus agréable; mais je tâcherai de n'être pas la dupe de son absence.
LETTRE DXCIl
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce dimanche , 10 avril 1774.
Oui, chère grand'maman, je suis charmée d'avoir mon grand abbé ; et, en vérité, l'usage que j'en fais répare bien le petit manque de sentiments qu'il y a à me réjouir de ce qui vous afflige. Nous ne cessons de parler de vous. Il me dit tant de choses que j'aime à entendre, que je voudrais qu'il ne cessât pas de me parler. Mon esprit prophétique m'a abandonnée. Je commence à craindre qu'il ne m'ait abusée. Mes raisonnements politiques ne sont plus les mêmes. Je n'ai plus d'espoir que dans quelque Dieu dans la machine. J'ai fait tous mes raisonnements avec l'abbé. Je voudrais bien qu'il m'emmenât avec lui; mais je crois qu'il m'aura trouvée bien vieillie, et d'autant plus que j'ai une fluxion dans la tête qui , de mes cinq sens, ne m'en laisse plus qu'un, celui du toucher. L'usage que j'en fais est d'effiler mes chifibns et de caresser Tonton. Ce Tonton est un jeune chien que, par flatterie, on me dit être très-joli, mais que je soupçonne ne l'être pas. Il est long d'une aune et n'a que huit mois. A un an, ce sera un serpent. Qu'estce que cela me fait? Il m'aime. En aimez-vous moins Tabbé de ce qu'il est long? Ne convenez-vous pas que, sur tout le mérite qu'on peut avoir, un grain d'amitié l'emporte? Que nous font toutes les belles qualités de ceux qui ne se soucient pas de
nous? Je parie que vous, le grand-papa et madame de Graramont pensez comme moi. Vous êtes tous trois très-sensibles à Tamitié , et tous trois avez le tact très-fin pour démêler la vérité de l'apparence, et c'est ce qui me fait plaisir. Gela m'assure que vous savez tous trois ce que je pense, et cela me dispense de vous le rebattre.
L'abbé vous dira qu'il m'a trouvée dans le plus grand engouement de M. Texier. Oh! il faut qu'il aille à Chanteloup; il faut que vous entendiez l Indigent. Le marquis, à qui je l'ai fait entendre, en a été charmé. Ma grand'maman, je suis tout au travers du bel esprit. On lira jeudi, chez moi, le Célibataire. Je ne croyais pas que je connaîtrais jamais mesdames Necker et Marchais. Je les vois souvent, et je m'en trouve bien. Ges femmes sont aimables, elles ne sont point sottes ni insipides. Elles sont plus faites pour la société que la plupart des dames du grand monde. Je préfère ce qui écarte l'ennui à ce qui est du bel air. Mais ne haïssez-vous pas le bel air? Il m'est plus insupportable que jamais; il domine partout, et partout je voudrais le renverser. Ge n'est pas qu'il ne fasse faire quelquefois des choses que je ferais bien volontiers, mais ce serait par un autre motif. A propos, la maréchale est désolée de ce que son départ pour Ghanteloup est retardé de huit ou dix jours. II faut que sa petite-fille soit purgée et médicamentée auparavant; vous savez qu'elle a eu un clou. Je vous félicite de ce que vous aurez les comtesses. Vous les connaissez peu ou point.
Madame de Grammont compte-t-elle toujours aller à Baréges? Ge sera une longue absence. Je vous en plains, rien ne pourra la remplacer. D'où vient est-ce que je suis si vieille, et pourquoi ai-je passé si inutilement tant d'années? Le sort ne savait ce qu'il faisait quand il m'a fait naître sitôt. Si j'avais trente ans de moins et deux yeux de plus, je serais avec vous, je ne vous quitterais pas, parce que je serais bonne à quelque chose et que, sans valoir autant que votre petite comtesse de Goigny, je pourrais vous amuser et vous plaire, non pas au-
tant qu'elle, mais à peu près. Tout le monde va partir pour la campagne. Je serai tout isolée dans mon tonneau et livrée aux regrets et àj'cnnui. Je ne veux point enfiler ce chapitre, je ne le traite que trop souvent.
Adieu. Ne rappelez pas sitôt le grand abbé. Fiez-vous à son impatience de vous aller retrouver. Je soupe ce soir avec lui chez madame d'Enville et avec le marquis, avec qui je ne suis pas mal. Si celui de Boufflers n'est pas encore parti, dites-lui que je le prie à souper jeudi.
Voilà une chanson que l'abbé dit que vous n'avez pas. J'en suis surprise ; car on la dit de M. de Tlsle ou de madame de Brionne.
LETTRE DXCIII
DE MADAMK DU DEFFAND A LA DUCHESSE DR CIIOISEUL
Paris, ce lundi 18 avril 1774.
Vous nous enlevez madame la maréchale, chère grand'maman, il faut vous aimer autant que je fais pour que ce sacrifice se fasse de bon cœur ; mais son plaisir et le vôtre doivent étouffer mes regrets. Elle vous dira l'inquiétude que j'ai de mon pauvre ami Pont-de-Veyle; je crains bien d'être àla veille de le perdre. Un aussi ancien ami ne peut jamais se remplacer, mais voilà ce que c'est que de vieillir. Je ne veux pas vous attrister en vous communiquant mes réflexions. C'est une grande consolation pour moi d'avoir ici le grand abbé. Je le vois presque tous les jours. Je passe souvent des soirées avec lui. Nous souperons jeudi ou vendredi chez moi, les marquis de Boufflers et de Gastellane , le président de Cotte et le cher abbé, et nous ferons chorus de regrets. J'y tiendrai la principale partie ; tous ces gens-là vous reverront, chère grand'maman, et moi, que puis-je espérer? Je me persuade que l'abbé vous informe de tout ce qu'il sait; ce que je pourrais vous dire
ne serait que des répétitions. La comtesse de Broglie, qui est à Versailles depuis vendredi, n'avait pas. à ce qu'on m'a dit, pu obtenir une audience. C'est une femme bien à plaindre et que sa douceur et son mérite rendent fort intéressante.
Je ne sais si votre petite comtesse est encore à Paris. Je n'en ai point entendu parler, et comme vous m'aviez mandé qu'elle n'y voulait recevoir personne, je ne l'ai point été chercher. J'aurais pourtant été bien aise de voir quelqu'un que vous aimez et qui vous aime.
Vous ai-je mandé que nous avons ici depuis un mois le comte de Schouwalow? Je ne sais si nous le garderons longtemps, il serait bien aise de vous aller voir.
Il y a longtemps que je n'ai entendu parler de notre baron, ainsi je ne sais rien de ses projets.
L'abbé d'Aydîe doit venir incessamment. Je n'ai pas l'espérance que M. Walpole en fasse autant; je pense même qu'il n'y viendra jamais. J'ai souvent de ses nouvelles et il me demande continuellement des vôtres.
Vous garderez la maréchale pour le moins un mois. Elle a pris des arrangements avec le marquis pour leur visite à Tours. Je suis fort contente de ce marquis, et son départ d'ici me fera de la peine ; mais j'en ai une si grande d'être séparée de vous qu'elle absorbe toutes les autres.
La maréchale s'est chargée de tous mes compliments pour le grand-papa et madame de Grammont.
LETTRE DXCIV
DE MADAME DU DEFPAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce 23 avril 1T74.
Vous voilà donc séparée de votre petit amant, chère grand'maman ; vous auriez bien du lui ordonner de me faire la confidence de ses regrets, il m'y trouverait très-sensible; je compte
bien le voir. L'abbé me lut hier le récit que vous lui faites de votre séparation , tous les détails en sont charmants ; je suis persuadée que ce pauvre enfant vous manquera, j'ai actuellement un attachement qui, pour n*être pas absolument du même genre, y a bien quelque ressemblance : c'est de mon petit chien, de mon petit Tonton y qui a tout plein d'esprit, tout plein d'âme, de la gaieté, de la grâce; il est couleur de capucin, il n'a presque pas de queue. Sa figure n'est pas parfaitement belle ; mais qu'est-ce que cela me fait? Il m'aime à la folie.
Je soupai hier avec des gens bien d'accord avec moi sur ce qu'ils pensent pour vous; le marquis de Castellane, de Boufflers, le président de Cotte, le grand abbé et M. Francis. Nous répéterons le même souper la semaine prochaine. Il serait bien doux de se rassembler tous à Chanteloup, dans le temps où vous n'aurez point de cour. Que sait-on? si je me trouvais bien vigoureuse, si j'oubliais mon baptistaire!... Enfin, enfin, je ne perds pas l'espérance. x
Je me suis crue à la veille de perdre mon plus ancien ami, le pauvre Pont-de-Veyle. Je le crois hors d'affaire. Il est infiniment mieux. Voulez-vous bien le dire à madame la maréchale. J'aurai l'honneur de lui écrire incessamment.
M. de risle vous a sans doute envoyé le Dialogue de Pégase et du Vieillard, Il n'y a rien ici de nouveau que la suite de la Rivalité, en quatre volumes. Vous n'avez pas , ce me semble, été trop contente des trois premiers qui parurent il y a deux ans. II y a aussi une Vie de Marie de Médicisy en trois gros volumes. Mais quand on a lu Le Vassor, on n'a plus rien à apprendre de cette sotte et infortunée reine. Je ne sais plus quel livre lire. C'est un de mes malheurs. Je sens la vérité de ces vers de Voltaire :
L'àme est un feu qu'il faut nourrir, Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.
Les conversations sont de l'eau qu'on jette dessus et qui achèvent de l'éteindre. Que faut-il donc faire? Aller à Chanteloup.
Le 24.
Le mieux de Pont-de-Veyle continue. Il a cependant toujours un peu de fièvre. On traite sa maladie de fièvre humorale. On pourrait peut-être dire putride; mais Poissonnier prétend qu'il a empêché qu'elle ne le devînt.
Ce pauvre Poissonnier est le meilleur homme du monde ; mais il n'y a jamais eu de vanité semblable à la sienne. Elle est sans orgueil, sans fierté, sans art; elle est tout platement à découvert; mais c'est un bon homme.
LETTRE DXCV
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL
Ce 30 avril 1774.
J'ai su presque tous les jours de vos nouvelles, chère grand'maman, par le grand abbé, et c'est ce qui m'a empêchée de me plaindre de votre silence. La lettre que je reçus hier m'a fait plaisir, mais pas autant que plusieurs autres; il me semble qu'elle est plus froide et que le désir de me voir est bien diminué. Peut-être ai-je tort? Ne répondez pas à ce reproche; s'il est injuste, j'en suis indigne, et s'il est juste, il n'y a point de réponse.
Vous savez notre situation présente* ; vous devez juger de tout ce qui passe par les têtes. La mienne n'est remplie que d'idées qui vous regardent. Tous les événements ne m'intéressent que par rapport à vous. L'abbé vous dira des nouvelles plus fraîches que celles que je pourrais vous mander.
Celles que vous m'apprenez de la maréchale m'inquiètent.