M. de Saint-Germain , ministre de la guerre
ft06 CORRESPONDANCB
LETTBE DCLXVIJ
DE LA DUCHESSE DE GHOISBUL A MADAME DU DBPFAND
4 jCbfinteloup, ce 4 QOYepibrt fys.
Il y a des siècles, ma chère petite-fille, que Vabbé et moi n*avons reçu de vos nouvelles. Nous avons commencé par nous en ennuyer, nous finissons par nous en inquiéter. Il y a déjà cinq ou six jours que je veux vous écrire, sans en avoir pu trouver le moment. «Quelles sont donc, me direz-vous , vos grandes occupations?... » Hélas I je n*en ai pas. C'est pour cela que tout mon temps se perd, et c'est peut-être le meilleur moyen de le passer. Vous le savez , ce n'est pas chose si facile de le passer. Mais, quand vous ne savez que faire du vôtre, pourquoi ne nous écrivez-vous pas?... Vous savez que j'ai besoin de vos lettres d'abord pour me mettre l'âme en repos^ ensuite pour savoir que dire. Elles me servent de texte; car, comme le disait tout à Kheure M. de Ghoiseul à propos de sod jardin : « Je suis bien malheureux d'avoir une femme qui n'ait pas d'imagination!... )) Vous êtes bien malheureuse aussi, ma chère petite-fille, d'avoir une grand'mère si bête. Vous êtes bien bonne de vous contenter de sa tendresse , puisqu'elle n'a que cela à vous ofiiir. Mais vous avez raison aussi de vous en contenter, car vous n'en trouverez pas ailleurs de plus véritable.
LETTRE DCLXVlll
DE LA DUCHESSE DE CtlOISEUL A MADAME DU DEFFAND
A Chanteloup, ce 7 novembre 1773.
Voire tuteur et neveu est arrivé, ma chère petite-fille; il avait une lettre à la main. « Est-elle de ma petite-fiUe? — Oui.
— jEb faieol done inte* donner I Commeot se poito-trdld?
— As3ez bieo. r— Dort-nelle? -^ Pas trop inea , mais c'M soq aial ordîoaîra. — Est-elle gaie? -r- Assez. — Enfia eq étesnyouâ coDtfeot? — Mais, oui, il me semble qu elle a*est point mal^. — Mais, monsieur, ce n'est point assez ide n'être point mal, il Iwt être bien; ce n'est point assez d'être assez bien, il faut j^tre très-bien! » Voilà, ma chère petite-fille, comme j'ai reçu M. de Brienne , puîs je me suis mise à lire votre lettre, puis j'ai fait vos compliments ii chacun, puis j'ai donné à l'abbé son paquet; il convient .de ses torts, il est tout honteux, mais il vous aîffle de tout WB cceur; voilà de quoi lui faire tout pardonner, et avec quoi il réparera tout; puis je me suis mise à vous écrire par ie chevalier de Bot^ville qui part demain matin , parce qu'il arrivera plus tôt que la petite sainte qui part aussi demain matin, puis je vais vous donner des noi^velles de cette petite sainte. D'abord elle est têtue comme une mule; j'ai faitl'imrpossible pour qu'elle me donnât seulement un jour de plus, il n'y a pas eu moi^en de lui faire entendre raison, et je ne conç(Hs pas ce qui la presse tant; car, au fait, ii n'y a que dixhuit mois qu'elle n'a vu sa maison, ses petits-enfants, ses amis, ni entendu parler de ses affaires, et vous m'avouerez qu'il n'y a pas là tant de quoi se presser; j'espère qu'on la trouvera mieux que quand elle est partie.
Madame de Grammont a eu encore quelques ressentiments de douleurs; elle est beaucoup mieux aujourd'hui, elle me charge de vous dire une infinité de choses pour elle. Pour le grand-papa, il est toujours bien gai et gaillard, et il me paraît qu'il aime sa petite-fille plus que jamais, car il partageait bien smcërement avec nous l'impatience, l'inquiétude et l'ennui que nous avions de n'avoir pas de ses nouvelles.
Quoi que vous en disiez, votre tuteur ne nous a pas dit la plus petite nouvelle; mais il nous a dit un fait beaucoup plus important que toutes les nouvelles politiques, c'est qu'il n'a plus d'inquiétude pour la santé de M. l'archevêque de Tou-
louse; j*en suis vraiment charmée. A propos d'archevêque, voyez-vous quelquefois celui de Tours? Ne manquez jamais de lui dire, toutes les fois que vous le verrez, combien nous sommes enchantés et reconnaissants de tous ses procédés pour nous. En vérité, nous sommes trop heureux d'avoir cet archevêque. Je ne sais quand il viendra ici, je meurs d'envie de le voir.
Votre citation de madame de Staal me fait horreur. Gomment ! elle trouvait qu'il était impossible qu'elle fit une connaissance pire que toutes celles qu'elle avait I Voilà une opinion qui était bien flatteuse pour ses connaissances; apparemment qu'elle ne comprenait pas ses amis dans le nombre de ses connaissances, sans quoi elle aurait été la plus malheureuse ou la plus monstrueuse de toutes les femmes. Je suis bien éloignée de penser comme elle; il me semble que je ne suis mécontente d'aucune de mes connaissances, je suis enchantée de mes amis, je pense surtout que rien n'égale ma chère petite-fiUe ; aussi je ne cherche rien, je ne désire rien, je ne puis que regretter et je dis que les dieux ne m'ôtentrien. Hélas! ils m'ont ôté ma pauvre petite comtesse de Coîgny.
Vous ne voulez donc pas absolument me dire si Poissonnier vous. a vue, et ce qu'il dit de vous?