‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 70 sur 134 · LETTRE DCC · texte numérisé non relu

LETTRE DCC

DE MADAltfE DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce dimanche, 10 novembre ITiô.

M. le vicomte de Noailles vient de me mander qu'il partira demain pour Chanteloup. Je ne saurais passer une occasion de vous faire souvenir de moi, chère grand'maman, et quoique je n'aie rien qui puisse rendre cette lettre intéressante, je me flatte que vous la recevrez avec plaisir. Voilà le temps qui s' approche où je jouirai de vous. Je crains que M. Boutin n'ait apporté quelque changement à vos projets ; rassurez-moi, chère Srand'maman. Votre retour est ma pensée dominante, et s'il était en mon pouvoir, je retrancherais de ma vie tous les jours ^^e je suis condamnée à passer sans vous voir.

D'où vient l'abbé ne m'écrit-il plus? Sont-ce ses vapeurs l^i en sont cause? — D'où vient madame la duchesse de Gram- ^ont n'a-t-elle pas la bonté de continuer à m'envoyer le jour- ^^1 anglais? Cette marque d'attention de sa part m'était infini- ^^ot agréable, elle m'assurait de son souvenir, et puis ce jour- ^^\ est amusant. Est-ce la faute de l'abbé? M'a-t-il oubliée, ^mme il a déjà fait?

Avez-vous la Bibliothèque des romans? J'en suis extréme- '^ent dégoûtée , les trois dernières feuilles m'ont paru très- ^ïînuyeuses, l'auteur se panade o\x pavane (je ne sais lequel ^^deux) à faire un étalage d'érudition très-fastidieuse. 11 y

a bien des sots dans le monde, chère grand'maman , et je remarque 'que c'est la vanité qui décèle leur sottise.

On m*a dit hier que madame de Grammont avait difTéré son retour de quelques jours , qu'elle n'arriverait que le 20. Ce sera un mercredi , dont le lendemain sera un jeudi. Ce jeudi ne sera-t-il de rien pour elle ? J'en serais bien fâchée. Je voudrais qu'elle me fît savoir ce qui en sera, pour m'assurer d'avoir chez moi les personnes que je croirais lui être agréables. M. et madame de Beauvau seront alors de retour.

Vous apprendrez des nouvelles, s'il y en a, par M. le vicomte de Noailles. Pour moi, chère grand'maman, je ne sais rien .

J*ai été sur le point de vous demander des nouvelles de Tévêque d'Arras; je le vis avant-hier, mais il y avait plus de trois semaines que je n'en avais entendu parler; il prétend avoir été plus de quinze jours à Fontainebleau. Votre archevêque a plus de suite, et je suis persuadée que vous ne le troqueriez pas actuellement contre qui que ce soit.

Ce lundi, 11.

Hier je fus interrompue : je reprends ce matin ; il faut que cette lettre soit portée au vicomte de Noailles avant midi. Je n'appris rien hier au soir; je soupai avec dix ou douze personnes par préférence au tête-à-tête de ma compagne ; je crus avoir mal fait; on n'aurait pu tirer d'elle, dans tous les alambics possibles, la plus petite fiole de bon sens , et je suis persuadée qu'il n'y en avait pas davantage dans la lune qu'elle pût revendiquer. Mais je prends patience, je n'ai plus que trois semaines à souffrir. Dites, chère grand'maman, serezvous réellement bien aise de me revoir ? Ce grand-papa m'embrassera-1- il de bon cœur? Croyez -vous tout de bon qu'il aime un peu la petite-fille ; et madame de Grammont, comment me traitera-t-elle ? Sera-ce avec la même indulgence? Quel sera le jour qu'elle voudra bien passer la soirée chez moi? Et

c grand abbé, prépare-t-il toutes les mauvaises raisons qu'il donnera pour servir d'excuse à son oubli , ou du moins à paresse?

Bonjour et bonsoir, chère grand'maman ; je vais tâcher de onnir.

LETTRt: DCCI

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce 16 novembre 1776.

Vous êtes charmante, chère grand'maman, vous confirmez mes espérances. Je ne vous attendais pas plus tôt que le 3 de décembre ; vous faites encore mieux , vous me laissez entrevoir cjue ce pourrait être un peu plus tôt. Le ciel en soit béni ! Mais madame de Grammont manque tout net à ses engagements; «lie me promet des jeudis; comme il n'y en aura qu'un entre son arrivée et votre retour, ce sera apparemment la semaine des trois jeudis qu'elle me destine. Mais pourquoi faut-il se fixer aux jeudis? Il n'y a point de jour dans la semaine qui ne 1)uisse le devenir, c'est-à-dire où elle ne me trouve empressée À la recevoir et à passer des soirées avec elle. Je vois avec ^and plaisir la fin de mes ennuis, j'en respire plus librement.

Je suis contente de l'abbé. Enfin tout va bien, et je suis dans la meilleure disposition du monde pour goûter beaucoup de plaisir. Il n'y a que les alarmes que nous donnent ces bruits de guerre qui troublent mon bonheur; j'en suis fâchée par rapport à M*. Necker, mais il se retirera s'il n'est pas en son pouvoir de faire de bonne besogne ; il se retrouvera comme il était auparavant, et il ne sera pas tombé de bien haut. Il ne lire aucune conjecture de ce que dit l'ambassadeur d'Angleterre, ni des arrangements qu'il fait dans sa maison , ni de ce lue son beau -frère vient d'être secrétaire d'ambassade; tout

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