III
cela peut n'être que des semblants , mais ce qui pourrait fain douter que ces bruits soient mal fondés, c'est la situation det deux nations, dont les finances sont également en mauvaif état; enfin, quoi qu'il en soit , je n'en aurai pas moins de joû de votre retour. Réellement, chère grand'maman, j'en suiî ravie.
Vous savez l'histoire des courses, elles commencent à ètn ennuyeuses. Tout le monde arrive de toute part; la petite sainte est cependant encore à Petit-Bourg, mais elle ne tardera pas à revenir. Vous devriez bien amener M. de Castellane, il tiendrait bien sa place dans les petits comités des vendredis et samedis.
Savez-vous, chère grand'maman , que si en effet vous êtes ici le 3 , je vous reverrai dans dix-huit jours? Dieu le veuille! Dieu le veuille !
LETTRE DCCII
DE MADAME DU DBFFAND A M. CRAUFURT
Ce 86 novembre 1776.
Rien n'est plus comique que les dates de votre lettre ; mm mon petit Craufurt ne ressemble à personne; on ne peut avec lui compter sur rien; quand on le croit tenir, il est bien loin; et quand on le croit perdu, on le retrouve sous la main. Je ne sais donc pas ce que je dois attendre de l'espérance qu'il me donne d'être ici dans trois semaines. Est-ce tout de bon que vous avez formé ce projet? Vous ne pouviez mieux perdre votre temps; vous vous trouveriez avec votre bon ami, M. Fox; je serais rassurée sur la crainte de votre ennui; j'ai été charmée de le revoir ; je fis répéter quatre ou cinq fois son nom quand on me l'annonça, ne pouvant me persuader que ce fût lui; je le croyais en plein Parlement à la tête des Américains ; M. de Beauvau entra chez moi un moment après qu'il y fut arrivé; je
lui demandai s* il le connaissait, il me dit que non. « Eh bien! devinez qui c'est? C'est l'homme du monde, lui dis- je, qui a le plus d'esprit et qui a fait le plus de folies. — Serait-ce M. Fox? — Eh ! oui, lui-même. » Je souperai ce soir avec lui chez les Necker, avec votre ambassadeur et ambassadrice; demain, il soupera chez moi avec mesdames de Luxembourg , de Gambis et Boisgelin , et le chevalier de Boufilers.
Depuis plus de deux mois, madame de RoncheroUes ne sort point; son mari a été malade, elle ne le quitte point. Cependant, si vous venez ici, je compte que nous ferons de petits soupers ensemble. Je remets à ce temps à causer avec vous. Si vous ne devez point venir, si vous ne devez point me répondre^ ce serait une folie à moi de bavarder aujourd'hui avec vous. Je vous attends le mois prochain; venez ou m'écrivez pourquoi vous ne viendrez pas. Si dans quatre ou cinq semaines d'ici je n*ai point de vos nouvelles, adieu pour jamais.
Est-il vrai que monsieur votre frère ait gagné 600, 000 livres? 11 y a deux ou trois mois qu'on me dit cette nouvelle.
Mademoiselle Sanadon est très-sensible à votre souvenir, et me charge de vous dire mille choses.
LETTRE DCCIII
DE !tfADAllE DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce 19 avril ITH.
Quand vos lettres , chère grand'maman , ne contiendraient que ces cinq mots : T aimerai toujours ma petite - fille ^ c'est tout ce que je pourrais lire de plus charmant, de plus agréable, de plus satisfaisant. Si vous y ajoutez : Le grand-papa ne vous oubliera jamais, que puis-je désirer de plus? C'est à moi à tâcher de remplir mes lettres de ce qui pourrait vous les rendre supportables, ce n'est pas chose aisée ; la parfaite indifférence que j'ai pour tout ce que je fais, ce que je dis et ce que
j'entends, doit nécessairement rendre mes récits bien froids et bien fastidieux. Cela dit , je vais pourtant vous raconter mon souper d'hier. Mesdames deGraramont, de Beauvau, de Luxembourg, de Lauzun, de Gambis; MM. de Stainville, de Beauvau, de Saint-Priest, de Saint-Lambert, de Naples, de Broglie et le grand abbé, que je garde pour le dernier; premièrement, parce qu'il arriva en effet le dernier; il ne se mit point à table, ayant eu l'attention de diner à six heures. Ah ! ma grand'maman ! je me repens du bien que j'ai dit de lui, j'en suis trèsmécontente, il ne m'aime plus. S'il ne m'oubliait que pour vous, je ne m'en plaindrais pas ; mais quand vous êtes à Chanteloup, que pourrait-il faire de mieux que de me venir parler de vous? Comme, malgré ma colère, je ne puis m'empêcherde convenir qu'il y pense toujours, il faut qu'il ait une vraie antipathie pour moi pour ne me pas venir chercher, sachant trèsbien qu'il ne peut voir personne qui vous aime plus tendrement. Mais laissons là cet abbé, et disons un mot du chevalier de Beauteville : vous devez être bien aise de l'avoir; quand vous en aurez pris votre suffisance, renvoyez-le-moi, je lui promets de bons œufs frais.
L'empereur* arriva hier entre cinq et six heures, il descendit chez M. de Mercy ; mais c'est au grand abbé à vous mander tout cela, et c'est à moi à ne vous parler que de bagatelles. Je lui laisse le soin de vous mander des nouvelles de la petite sainte et de sa belle-fille ; elle n'est point parfaitement guérie, je compte la voir demain.
Vous a-t-on envoyé la Vie de M, Hume? N'ôtes-vous pas contente de sa simplicité, de son courage à envisager sa mort, de sa douceur, de sa gaieté ? J'aurais fait bien plus de cas de lui si j'avais su comme il savait mourir.
J'ai lu ces jours-ci les comédies de madame de Genlis, infiniment longues, ennuyeuses et communes, mais où il y a un