‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 3)Chapitre 83 sur 134 · M. le duc d'Orléans · texte numérisé non relu

M. le duc d'Orléans

2. Madame de Miontessoa : Caraccioli disait avec sa bonhomie, qui n^ét&it pas exempte de malice, que Ml. le duc d'Orléans, ne pouvant faire madame de Montesson duchesse d'Orléans, s*était fait M. de Montesson.

marché n'est pas encore fini , parce que je ne trouve pas d'argent , et que je ne veux pas revendre sans avoir préalablement acheté. Vous en savez à présent autant que moi , ma chère petite-fille , sur toute cette affaire ; mais ce que vous ne saurez jamais, c'est à quel point je vous aime.

LETTRE DCCLXI

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Paris , ce 30 jain 1779.

Que vous dirai -je , chère grand'maman, qui puisse justifier ma conduite? j'ai différé jusqu'à aujourd'hui de répondre à votre lettre du 20, que je reçus le 22 ; et quelle lettre ! Jamais, non jamais , il n'y en eut de si charmante, j'en fus dans l'enthousiasme : je ne pouvais le renfermer; il fallait que je la fisse voir; cependant la prudence me le défendait. Heureusement l'abbé arriva. — L'abbé, l'abbé, voyez la lettre que j'ai reçue de la grand'maman. — Il fut enchanté, nous la relûmes plusieurs fois, et nous convînmes qu'il n'y avait personne qui pût vous être comparé. Mais il faut me taire , car vous avez encore le mérite de craindre les louanges; mais plus on renferme en soi ce que l'on pense de vous , plus le sentiment qu'on a pour vous s'augmente.

Je m'aperçois que je ne vous dis aucune raison qui excuse mon silence; je n'en ai point d'autre qu'un engourdissement, une tristesse, un hébétement, enfin des vapeurs effroyables. Si j'avais voulu répondre à tous les articles de votre lettre , j'aurais représenté la fable de l'Ane et le petit Chien. Plus je sentais le tour et la finesse de vos portraits, de vos expressions, plus je sentais l'impossibilité d'y répondre. Ah! qu'il y a loin de vous, chère grand'maman, à tous ceux à qui on accorde quelque esprit et quelque bon sens! que d'agréments perdus ! car qu'est-ce qui peut sentir tout ce que vous valez?

Vous devez vous séparer aujourd'hui de votre gros prince et de sa dame du Toboso , et de Tarchevôque. Le portrait que vous faites de celui-ci est très- fidèle; il a bien des talents, il n*est pas même dénué de ceux de sa place; il est prélat à Toulouse ^ Pour moi , chère grand'maman, je ne suis qu'une béte partout , mais une bête à la manière de Tonton, dont vous êtes autant aimée que je le suis de mon petit chien.

L'abbé doit me venir voir aujourd'hui; il passa avant-hier la soirée chez moi; il était dans une profonde tristesse : c'était, disait-il , des vapeurs. Ah 1 je le plains, c'est l'enfer. Le grandpapa n'en a point et n'en aura jamais. La nature l'a favorisé encore plus que la fortune. Il m'aime, dites- vous : puis-je le croire? Oserais-je y prétendre ? Je n'ai rien de ce qu'il faut pour lui plaii*e, non plus que pour plaire à madame de Grammont , si .ce n'est mon attachement et le désir que j'aurais de leur être agréable.

Vous avez reçu vos crayons. M. Walpole me charge de toutes ses assurances de respect et d'attachement ; il vous prie de lui donner des occasions de vous servir. La correspondance n'est point interrompue, la bonne intelligence subsiste, on va les uns chez les autres. Il vient d'arriver ici un jeune mîlord âgé de quinze ans, et qui, dit-on , y doit rester un an pour y recevoir son éducation.

M. de Beauvau n'est pas content, il préférerait de s'embarquer à aller au Val, où il s'établira demain. Sa santé n'est pas trop bonne , celle de madame de Luxembourg ne l'est pas non plus, elle donne même de l'inquiétude; elle passera tout le mois de juillet à Auteuil , et dans le reste de Tété et une partie de l'automne, elle fera des voyages à Cressy, au haras, à Sainte-Assise, à Villers-Gotterets ; naais Chanteloup n'est point dans l'itinéraire.

Paris dans peu de jours sera bien désert, il n'y aura cepen-

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