L'AMANT INDÉCIS
ou FACILE
COMBDIB EN UN ACTB
Lu petite comédie suivante a été inspirée à madame Du Defland , comme prouve Tavertissement , par le caractère irrésolu et mobile d^un de ses plus intin iimis y et par la susceptibilité inquiète et Jalouse qui faisait le fond de son car tère à elle. C^est une querelle de ménage entre amoureux , mise en action. L térét serait plus grand, si le nom de celui auquel est adressée Tépître dédicau n'avait été laissé en blanc. Peut-être est^e D'Alembert, avant la rupture; peut-t le président Hénault... Quoi qu*il en soit, nous croyons pouvoir la donner ici. manuscrit est de la main de Wiart.
AVKRTISSEMENT.
On a eu dessein , dans cette comédie , de rendre le caractère d'un homme dans lequel il se trouve beaucoup de contrariété. Sa conduite et ses discours sont pour l'ordinaire si peu d'accord, que l'on se méprend presque à chaque instant dans les jugements que l'on porte de lui ; son âme n'est pas deux heures de suite dans la même assiette, H emploie toute la finesse et la subtilité de son esprit à expliquer et justifier des variations qui n'ont d'autres principes que sa faiblesse. Les sophismes auxquels il a recours donnent souvent un air de fausseté à ce qu'il dit; il n'y a que ceux qui ont une connaissance bien particulière de lui, qui puissent lui croire de la vérité.
On a choisi, pour le sujet de cette comédie, les circonstances de la vie qui peuvent le mieux faire juger de son caractère; il n'y a pas un root qui ne soit d'après lui.
La scène de Cidalise et d'Octave est un composé fidèle de ce qui se passe journellement entre lui et madame***; les reproches qu'il fait à Cidalise sur Clitandre rendent une jalousie qu'il a eue, sur laquelle madame de ** lui donna toute la satisfaction qu'il pouvait désirer, mais il ne laisse pas de lui en parler sans cesse, moins par les traces qu'elle a pu laisser dans son ûme que pour faire diversion aux inquiétudes de madame de**, sur ses liaisons avec madame de ***.
La scène de Julie, quelque outrée qu'elle paraisse, n'est point exagérée; la crédulité de madame de ** n'a point d'exemple; ce qu'elle dit à Octave, que cela lui rappelle des souvenirs bien doux, est mot pour mot uuî phrase d'une de s^s lettres à madame de**.
Le portrait qu'Octave fait à Léandr^ do Cidai^e n'est point Tidéo
que Ton doit ayoir de madame de ^**. Ce ne sont *que des raisons que n^onsieur se donne à lui-même de son goût pour elle ; et quoiquMl prétende n'être amoureux que d'elle , 11 la sacrifie souvent à madame de**, et les raisons qui Ty déterminent sont rendues trèsexactement dans sa lettre à Léandre. Enfin le contraste continuel qu'il y a de ses prétendus sentiments à sa conduite, ont paru un sujet assez comique par lui-même pour n'avoir pas besoin d'y ajouter des fictions ni des intrigues, ni des plaisanteries; on a préféré d'être véridique et littéral, à être plus plaisant.
ÉPITRE DÉDIGATOIRE
G*est à vous que je dédie cette comédie, c^est vous qui me l'avez inspirée, c'est vous qui me l*avez dictée; sans vous, saurals-je qu'on peut aimer deux objets à la fois? Sans vous, aurais-je pu croire qu'on sacrifiait l'objet qu'on aime le plus à celui qu'on n'aime point 7
Il n'y a pas un trait, pas un mot qui ne soit d'après vous; vous y verrez ma franchise et ma crédulité dans le rôle de Gidalise : que ce tableau fidèle vous fasse rougir de l'abus que vous faites de votre esprit et de ma faiblesse; ayez quelque honte du rôle que j'y joue, et que la toile baissée soit la fin de toutes les comédies qui se passent entre nous depuis si longtemps et qui font le malheur de notre vie.