La comtesse de Choiseul-Stainville
qu'un autre. Tous ceux qui travaillent sous lui semblent participer à son bonheur. Il leur distribue, de ses propres maiiiSj leur nourriture et leur entretien, sans la moindre préférence de sa part, sans la moindre jalousie de la leur. L'exercice modéré qu'il leur prescrit les rend extrêmement forts, et cependant tout ce qu'ils font est plein de candeur et de douceur. Il passe une partie de la journée dans un laboratoire, où il prépare des remèdes pour ceux qui sont malades et pour ceux qui se portent bien; mais ses préparations, loin d'avoir rien d'amer et de dégoûtant, sont préférables aux meilleurs ragoûts. Cet homme s'appelle Christophe. Il a soin de la laiterie et des vaches de Chanteloup. 11 n'a pas découvert l'Amérique, comme Christophe Colomb; mais il fait la meilleure crème et les meilleurs fromages de France...
DE L'ABBÉ BARTHELEMY A MADAME DU DEFFAND
Chanteloup , ce 7 juin 17Ï0.
Votre dernière lettre m'a tellement saisi de froid que je n'ai pu me réchauffer, surtout le vent de bise étant survenu tout à coup. Vous m'appelez monsieur, et pourquoi, s'il vous plaît? J'ai fait mon examen en commençant par les péchés mortels; je n'en ai commis aucun contre vous. Je ne parle pas des véniels, il y en a tant ! On est si plat quand on veut les éviter, et puis je sais qu'un acte d'amour suffit pour en effacer cent mille. Seriez-vous fâchée de ce que j'ai dit que vos lettres font nos délices? Est-ce ma faute si rien au monde n'est plus vrai? Je l'ai dit, je le dis encore, dussiez-vous m'appeler mouseigneur, et si vous vous en fâchez de nouveau, je vous appellerai madame.
La grand'maman se porte un peu mieux, excepté que depuis trois jours elle se plaint de ne pas trop bien dormir ;
elle a bon visage et est assez gaie. M. de Lauzun est venu pour la voir; il part aujourd'hui et nous le regrettons. On attend incessamment mesdames de Belzunce qui vont aux eaux. La grand'maman leur écrivit sur la route pour les prier de venir se reposer ici; elles ont accepté; elles arriveront peut-être aujourd'hui. Mous attendons aussi monsieur et madame de Thiers.
Le massacre de Paris1 fait horreur, on devrait bien se dégoûter de toutes ces fêtes. La meilleure qu'on pourrait donner au peuple, ce serait de lui ôter quelques petits droits d'entrée, et ensuite de le faire danser dans les jardins publics, sur les boulevards, aux Champs-Elysées. Trois ou quatre cents violons, trois ou quatre cents gardes-françaises, et trois ou quatre cents barriques de vin suffiraient pour exciter la joie publique et coûteraient trois ou quatre cents fois moins que ce qu'on fait. Vous m'avez parlé grec, je vous parle politique.
Hier nous fûmes à la chasse. Rien de si beau que ce spectacle. Nous avions à notre tête M. de Perceval, capitaine des chasses, qui a été longtemps de celles du roi en qualité de garde-du-corps. 11 avait un petit surtout de taffetas, couleur de rose, et un grand cheval qui de temps en temps s'arrêtait et tournait quatre à cinq fois sur lui-même. Après venait le lieutenant des chasses, qui avait la voix et la figure d'un petit docteur que j'ai vu à la Comédie italienne; un premier piqueur avec son cor autour du col, et qui ressemble à M. Western de Tom-Jones; trois ou quatre autres piqueurs, cinq à six gardes et sept à huit chiens superbes et un peu plus grands que la petite chienne de la grand'maman. Nous lançâmes un chevreuil et tuâmes un loup, à peu près comme les généraux gagnent des batailles, c'est-à-dire que nous entendîmes le coup, que nous courûmes au bruit, que nous vîmes l'ennemi étendu sur
1. L'accident arrivé au feu d'artifice tiré par la ville à l'occasion du mariage du dauphin.
le carreau, que nous en eûmes peur, et que nous nous retirâmes en bon ordre. Dans ce moment, la petite sainte, qui était restée dans la calèche, avertit qu'elle avait vu passer le chevreuil dans une petite route. Tous les chasseurs s'assemblèrent auprès d'elle. On vérifia le fait. Ce chevreuil était un lièvre. Le sonneur de cloches d'Amboise, qui se trouvait là par hasard, dit qu'il avait vu un sanglier s'enfoncer dans un taillis voisin; nous l'entourâmes, et sans une grosse pluie qui tombait depuis une heure sur nous, nous l'aurions forcé. Je crois pourtant que ce sanglier était un hanneton. Tout le monde fit des merveilles. La grand'maman, le prince sans pair et M. de Lauzun couraient avec un courage effroyable quand le chemin était beau. Gatti trottait ses deux poings appuyés sur sa selle et le corps tout courbé, à cause de sa scia tique. Après tous ces héros, je n'ose me nommer; mais j'allais assez bien sur un cheval si petit que mes jambes traînaient par terre et se confondaient avec celles du cheval, excepté qu'elles n'étaient pas si jolies.
La grand'maman me charge de vous envoyer les articles de Y Encyclopédie qu'elle a reçus de Genève, et la lettre que vous écrit à ce sujet M. de Voltaire et qu'il avait mise à son adresse.
A Chanteloup, ce 13 juin 1770.
Nous sommes inquiets de vous, ma chère petite-fille. Il y a longtemps que nous n'en avons entendu parler; est-ce que vous êtes malade , que vous nous oubliez ou que vous ne nous aimez plus? Si vous nous oubliez, nous vous ferons ressouvenir de nous à force de persécutions; si vous ne nous aimez plus, nous vous forcerons à nous rendre votre tendresse à force de vous accabler de la nôtre; mais, si vous êtes malade,
nous nous inquiéterons et nous gémirons jusqu'à ce que la santé vous soit rendue.
Voltaire a les meilleurs procédés pour nous ; il nous envoie tous les articles de son Encyclopédie à mesure qu'ils paraissent; c'est à moi qu'il les adresse pour vous, ce qui fait que vous les recevez plus tard, parce que nous leur faisons payer le port en les lisant. L'abbé a dû vous envoyer ce matin ses derniers articles avec sa dernière lettre. 11 me semble par cette lettre qu'il n'est pas trop content que j'aie craint que son nom ne nuisît à l'affaire des habitants de Sainte-Claude. Il veut que nous soyons charmés de l'article : Anciens et modernes. J'en suis fort contente, parce que je le trouve fort raisonnable, que je suis absolument de son avis, et que je suis toujours contente de Voltaire quand je le trouve raisonnable; mais, ce qui me charme le plus de son dernier envoi, c'est que l'article âne suive immédiatement l'article ange; cela est assez gai.
Croiriez-vous que le grand-papa n'a jamais voulu me répondre s'il avait trouvé à employer ses montres, quoique je le lui demande à tout moment? Vous qui le voyez tant que vous le voulez, ma chère enfant, vous qui lui dites tout ce qui vous plaît, vous qui avez enfin l'oreille du ministre, vous qui savez tout ce qu'il fait, mandez-moi ce qu'il a fait des montres de Voltaire.
L'abbé , qui a de l'esprit comme tous les anges du paradis et comme tous les ânes dont Voltaire relève si bien l'éloquence, vous dit les plus belles choses du monde d'ici. Pour moi, qui n'ai pas l'esprit du moindre de ces animaux, je n'ai rien à vous en dire , si ce n'est que je pense à vous, que je parle de vous, et que je vous aime, ma chère enfant, autant que partout, et plus que jamais.
*8i CORRESPONDANCE
DE L'ABBE BARTHELEMY A MADAME DU DEFFAND
Chanteloup, ce 18 juin 1770.
La grand'maman n'a pas été malade depuis qu'elle est ici , et quand je vous ai dit qu'elle se portait mieux, je devais ajouter, qu'elle ne faisait à Paris. Je devais prévoir que cette omission pourrait vous inquiéter, puisqu'elle m'aurait inquiété à votre place; je vous en demande bien des pardons. D'un autre côté, comme je ne vous avais jamais caché son état, mon silence dans mes lettres antérieures pouvait vous rassurer. Je la trouve à présent un peu plus forte qu'elle n'était quand nous sommes arrivés; mais elle n'est point engraissée, et les restes du rhume de Fontainebleau de l'année dernière continuent encore , c'est-à-dire du graillonnage le matin , quelquefois de la douleur dans la poitrine et toujours une disposition prochaine à être enrhumée ou du cerveau ou de la poitrine. C'est cette extrême sensibilité qui m'inquiète et c'est ce qui fait désirer à Gatti qu'elle ait plus de temps pour se rétablir entièrement, mais elle ne l'aura pas ce temps si nécessaire, peut-être le seul qui pût la garantir du danger. Nous ne serons ici qu'une quinzaine de jours encore, et elle reprendra ce train de vie qui l'a épuisée et qu elle n'est plus certainement en état de soutenir.
Elle a eu, pendant trois ou quatre jours, M. et madame de Thiers, qui arriva mourante et qui partit vendredi à peu près dans le même état. Le petit oncle ne se portait pas très-bien non plus. Ce pauvre homme me dit, les larmes aux yeux : « En partant de Paris, j'étais soutenu par l'idée de venir à Chanteloup; mais, à présent , je n'ai devant les yeux que des objets de tristesse. » Il monta tout de suite en voiture, et me laissa le cœur déchiré.
Je vous envoie la gazette anglaise et la traduction ; cela me parait bien plat et bien extravagant.
La petite sainte part demain; c'est encore un sujet de chagrin pour nous. Les yeux, l'esprit, le cœur, se reposent si doucement sur elle ! Elle a promis de revenir avec le grandpapa. Le prince sans pair vous fait mille tendres compliments, mais ne prendra jamais sur lui de vous écrire une seule ligne. Je devrais en vérité l'imiter, car vous me faites rougir quand vous me parlez de mes lettres... Dans celle du baron à la grand'maman , il y avait une expression qui m'a charmée. En parlant de ses regrets de n'être plus à portée de venir ici, il l'appelle Notre-Dame-de-Chanteloup . J'avais envie de composer un petit office à son honneur, mais je n'en ai pas eu le temps. Je finis parce qu'on va dîner. Nous avons fait six lieues ce matin, moitié à cheval, moitié en voiture, avec un temps couvert mais un peu frais. 11 me serait impossible de vous répéter tout ce que la grand'maman, le prince sans pair, la petite sainte, tout le monde me charge de vous dire.
Nous n'avons plus ici que M. l'intendant et madame l'intendante de Tours.
Chanteloup , ce 20 juin 1770.
Ne vous reprochez jamais ce que vous m'écrivez, ma chère petite-fille; ne me privez jamais de ce que vous m'aurez écrit. Je partage tous vos sentiments, j'entre dans toutes vos raisons, je m'approprie tous vos projets, vos intérêts deviennent les miens, vous ne perdrez jamais avec moi que ce que vous voudrez me faire perdre; je n'ai cependant rien perdu cette fois-ci. J'ai lu la lettre que vous écriviez à l'abbé, qui contenait celle du 11, que vous aviez voulu me soustraire; elle est sen-
sible et n'est point triste, elle est raisonnable et n'est point ennuyeuse. Vous avez raison de prévoir le temps où vous aurez besoin de vous assurer une société qui ne vous manquera pas et qui ne vous gênera pas. Vous faites fort bien de calculer vos moyens, et de voir qu'ils ne vous permettront pas d'en attirer une nombreuse et brillante chez vous, et de chercher à vous en procurer une solide. Je suis plus faite pour entendre et pour sentir tout cela que personne, et je voudrais bien pouvoir vous assurer l'abbé Sigorgne, qui remplit toutes ces conditions, et que vous désirez. Mais, malheureusement, j'avais écrit à l'évêque d'Orléans pour lui demander pour un autre le prieuré que vous désirez pour votre abbé, et il me l'a refusé, de sorte que je ne peux plus lui reparler de cette affaire ni aller contre ma première recommandation; mais je vais suivre le conseil de l'abbé que je trouve excellent. Je vais envoyer au grand-papa cette lettre du 11, que vous aviez proscrite ; il en sera touché comme je l'ai été, et je suis persuadée qu'il fera tout ce qu'il pourra afin d'obtenir le prieuré pour M. l'abbé Sigorgne.
Je vous prie de faire mes compliments à madame Cholmondley sur la mort de M. son beau -père. Je crois que, par votre moyen, je puis fort bien me dispenser de lui écrire à cette occasion, du moins je le désire.
Ah ! mon Dieu ! je pense bien comme vous sur l'humeur ; c'est un défaut qui équivaut à tous les vices; il rend injuste, parce qu'on ne peut se justifier ses propres torts que par son injustice; il rend haineux, parce que l'on hait ceux à qui on fait injustice; il rend vindicatif, parce que le propre de la haine est la vengeance; il donne de la férocité au caractère le plus doux, de la dureté au cœur le plus sensible; il rend léger, parce qu'il change l'amour en haine; il rend inconséquent, parce qu'il rend léger ; il donne l'apparence de la fausseté, parce qu'il rend inconséquent. Si j'avais une prière à adresser à Dieu, je lui dirais tous les matins : Mon Dieu !
gardez-moi de l'humeur que je pourrais avoir et de celle que je pourrais donner.
Je n'ai rien à vous dire pour Voltaire, ma chère petitefille; il faut que Ton me donne des idées quand je n'ai pas de sentiments. Je crois que je manque souvent d'idées en vous écrivant, mais je m'en embarrasse peu, parce que je suis bien sûre de ne jamais manquer de sentiments.
DE L'ABBÉ BARTHELEMY A MADAME DU DEFFAND
Chanteloup , ce samedi 21 juin 1770.
Vous reçûtes une de mes lettres le jour que vous vous êtes plainte de mon silence à la grand' maman. Je sens tout ce que vous avez dû souffrir en la croyant malade. J'ai eu tant de ces terreurs dans ma vie, que je devrais les épargner à ses amis; cependant, je n'aurais pu prévoir celle-là, et je croyais vous avoir écrit assez souvent pour vous en garantir. Je serai plus exact pour le peu de temps qui nous reste. Soyez d'abord bien assurée que votre grand'maman n'a pas été malade depuis qu'elle est ici. La seule chose dont nous sommes affligés, c'est qu'elle n'y a pas pris un degré de force et d'embonpoint capable de mettre à l'abri des accidents, et que sa poitrine est plus susceptible d'impressions que les autres années. La petite sainte, que vous aurez vue peut-être , ne vous aura pas dit autre chose. Nous sommes bien fâchés de perdre le prince sans pair ; il part le 26, mardi prochain, pour aller se faire recevoir bailli-greffier, je ne sais quoi, au parlement de Besançon. C'est un voyage de trois semaines environ. C'est son frère qui en est cause. Jamais mort ne nous a causé plus de regrets que la sienne. La grand'maman n'aura donc plus avec elle que Gatti et votre capitaine, et peut-être quelques ennuyeux qui viendront par-ci par-là. Il a fait de si vilains temps ces jours
passés, qu'il nous était impossible de sortir; nous les avons passés à jouer au trente-et-un. C'est à peu près la même chose que le vingt-et-un, excepté qu'on n'est du jeu que quand on veut, et que, lorsque les deux points supérieurs sont égaux, il y a poule, ce qui met beaucoup d'intérêt au jeu.
Nous avons lu les Mémoires de M. d'Aiguillon. M. Linguet a une grande fécondité d'expression. On vient de nous en envoyer un second que nous n'avons pas lu.
Je suis enchanté que le grand-papa ait été souper chez vous; la grand'maman l'est infiniment, et je crois que, si elle n'avait été qu'à trente lieues de Paris, elle aurait été vous surprendre. Elle ne peut pas supporter que vous soyez triste, que vous soyez bête ; vous n'avez pas de raison pour être tout cela, et vos lettres prouvent le contraire. 11 y a plus, nous prétendons que vous ne pouvez pas être l'un et l'autre à la fois, parce que, si vous étiez bête, vous ne penseriez point et vous ne seriez pas triste. A propos de tristesse, vous qui êtes si savante, pou iriez- vous nous dire si les poules du Thibet sont gaies ou tristes. La grand'maman vient d'apprendre, par une lettre de Chandernagor, qu'on lui envoie un coq et une poule du Thibet. Si l'un des deux vient à mourir en chemin, que fera-t-on de son compagnon ? Aura-t-il commerce avec des poules européennes?... Elle a su aussi, par un de ses correspondants établi sur les bords du Gange, qu'elle devait recevoir des cerfs de ce pays-là, pareils à ceux de la ménagerie. Ils sont très -petits et très- jolis; ils sont jolis parce qu'ils sont petits. Vous n'avez jamais voulu résoudre ce problème que je ne vous ai peut-être jamais posé : pourquoi les grands animaux ont tant d'agrément à nos yeux quand ils sont en petits, et les petits en auraient -ils si peu s'ils étaient d'une taille monstrueuse? Une puce qui aurait le volume d'un éléphant ferait peur; un éléphant gros comme une puce serait charmant, n'est -il pas vrai? Je crois qu'il en est de même dans le moral , et qu'on voit souvent dans les premiers rangs des
gens qui, sans ce grand volume de dignité et de vanité, seraient très -aimables ou du moins très -bonnes gens. Je crois aussi que je bavarde; et, puisque j'ai le bonheur de m'en apercevoir, je dois vous épargner le malheur d'en être plus longtemps ennuyée.
DE L'ABBÉ BARTHÉLÉMY A MADAME DU DEFFAND
Chanteloup, 27 juin 1770.
Je ne vous ai pas écrit depuis quelques jours parce que je n'en ai pas eu le temps. Vous en serez surprise ; cependant, rien n'est si vrai; mes matinées sont employées à me lever tard, à me mettre au bain, à monter à cheval, à placer des étiquettes sur six mille volumes : toutes choses fort nécessaires, à ce qu'on dit, pour faire passer un mal que j'ai à la bouche , qu'on appelait dartre à Paris, et qu'ici on nomme feu volage. L' après- dinée, nous tenons compagnie à la grand'maman, qui est à présent bien seule. Le prince sans pair est parti hier matin ; il nous a laissé des regrets qu'il ne partage peut-être pas ; son départ doit vous rassurer sur l'état de la grand'maman, supposé que vous ayez ouï dire qu'elle avait été incommodée. Elle l'a été pendant deux ou trois jours d'un rhume qu'elle avait depuis longtemps dans le cerveau, et qui était tombé sur la poitrine ; mais cela s'est dissipé en deux jours, et nous voilà tranquilles. Je vous prie même de n'en pas parler dans votre lettre, afin qu'il ne paraisse pas que je vous ai instruite de cette misère.
Le grand-papa a été enchanté de votre souper; il l'a mandé à la grand'maman. Il lui marque aussi qu'il s'intéressera avec très-grand plaisir à M. l'abbé Sigorgne.
Voici une suite du Dictionnaire encyclopédique de M. de Voltaire, avec une de ses lettres pour vous, et une autre pour
i9f) CORRESPONDAMIK
la grand' maman. Elle vous prie, si vous voyez M. de Prescronier, de le dissuader de faire le voyage de Chanteloup. 11 lui en demande la permission dans la lettre qu'elle a reçue de lui: elle le prie, dans sa réponse, de ne pas prendre cette peine : el en effet elle serait embarrassée de cette visite.
Avez-vous lu la critique que Fréron a faite du poëme des Saisons? Il y a de l'esprit, et nous qui croyons en avoir, nous pensons que parmi les traits en bien et en mal qu'il rapporte de cet ouvrage, il n'a choisi ni les meilleurs ni les plus mauvais. Nous pensons aussi qu'au lieu de chicaner sur quelques expressions impropres, il fallait montrer le vice essentiel de ce poëme, qui est l'uniformité; vice attaché au plan, et que l'auteur ne pouvait changer. Ce plan amenait nécessairement une multiplicité de tableaux et d'images qu'on ne peut distinguer que par des nuances. Il y à , de la part de l'auteur, bien de l'adresse à marquer ces nuances ; mais elles sont plus pénibles qu'intéressantes pour le lecteur attentif, et échappent totalement au lecteur qui ne l'est pas. D'ailleurs l'ouvrage est bien long pour un ouvrage en vers, et pour une nation qui n'aime qu'à s'instruire et à s'amuser. C'est une chose assez singulière que cette nation soit peut-être celle qui aime le moins la poésie, et qui produise le plus de poëtes ou de versificateurs. Après tout, il n'y a pas grand mal à cela : ils sont heureux, ces auteurs, parce qu'ils ont un petit monde de partisans; les imprimeurs le sont, parce qu'ils ont des acheteurs, et les lecteurs, parce qu'ils ont le plaisir d'admirer ou de censurer. Ainsi tout est bien, comme dit l'autre, et je trouverai qu'il a raison si vous m'aimez un peu et si vous êtes persuadée de mon attachement.
I)K MADAMK DU DKFFAND. *«4
A Chanteloup, ce 9 juillet.
Moi qui vous oublie, ma chère petite-fille?... Moi qui cesse de vous aimer? Comment avez-vous pu le penser? Gomment aves-vous osé le dire? Il n'y a point de jour où je ne pense à vous; il n'y en a pas où je ne parle de vous avec l'abbé. A tout moment c'est : « Âh! l'abbé, il ne faut pas oublier de mander cela à la petite- fille /...» Gomment pouvais-je croire avec cela qu'il fût huit jours sans vous écrire? Aussi a-t-il été bien grondé. Il prétend cependant qu'il Vous a écrit il y a quatre jours. Quant à moi , vous n'en exigez pas une grande exactitude ; vous savez qu'elle me serait impossible.
Mon Dieu, je savais déjà l'état de ce pauvre président, et j'en étais bien affligée pour vous. Je n essaye pas de vous rassurer, parce qu'une erreur ne sert jamais, et je ne cherche point à vous consoler, parce que je sais qu'on ne console point; mais si ce malheur arrive, et qu'il se joigne i un autre, j'ai des projets à vous proposer pour me consoler, moi!...
Adieu ; je fais des vœux pour votre santé dans ce désastre; elle m'inquiète, et je vous prie instamment de m'en faire donner des nouvelles. G'est une attention que vous devez à la tendresse de la grand' maman1.
1. La duchesse de Choiseul revint de Chanteloup le 20 juillet, mais elle ne fit que traverser Paris, et se rendit directement à Compiègne où était la cour.
A Compiègne, ce 16 août 1*770.
Je n'ai pas perdu un moment, ma chère petite-fille, à m' acquitter de la commission de madame la maréchale de Luxembourg. J'espère avoir la grâce de son déserteur, mais il faut qu'il garde soigneusement l'asile qu'il s'est procuré, car la moindre imprudence pourrait lui faire casser la tête avant que les bureaux en fussent informés et pussent l'empêcher.
Oui, ma chère petite-fille, je retourne le 20, l'abbé a dû vous le dire; je l'ai chargé de vous instruire de tous nos arrangements. Je n'ai pas compté sur vous pour le jour de mon arrivée, parce que je sais que vous avez un souper arrangé pour ce jour-là, pour lequel il vous faut même du gibier. M. de Choiseul a ordonné qu'on vous en tue à Gennevilliers, qui vous sera envoyé dimanche. Je lui ai dit ce que vous me mandez du bien que lui font ses ennemis. On le lui dit souvent, et cela fait toujours plaisir à entendre; ainsi il est bien fait de le lui répéter.
Je vous renvoie votre lettre de Voltaire et son pot-pourri. Il y a de très-jolies choses dans ce pot-pourri, mais je n'en aime pas tout également; par exemple, je ne me soucie guère d'être Vénus Uranie, ni que mon mari soit Mars. En tout, j'aime mieux sa lettre, au galimatias philosophique près, et je suis pleinement de son avis sur Rousseau, quoi qu'en dise l'abbé.
Adieu; je vous embrasse de tout mon cœur, et je compte sur vous mardi et tous les jours suivants.
Faites-moi le plaisir d'envoyer prier madame de Beauvau et madame de Poix à souper chez moi pour mardi ; le grand-
papa y sera. L'absence de madame de Grammont me fait un bien infini ; il m'est impossible de ne le pas sentir.
LETTRE CLXXXIl
Co lundi, 26 novembre.
D'abord, je commence par vous dire que le président mourut avant-hier à sept heures du matin. Si vous voulez en savoir quelques détails, je vous renvoie à M. Walpole, à qui je les ai mandés. Parlons de nous. Je suis très-contente de votre dernière lettre, et vous me ferez un plaisir extrême si vous continuez à m' écrire de cette sorte; vous me prouverez votre amitié et vous affermirez la mienne. J'ai un grand désir de savoir comment vous vous portez ; si vos vapeurs sont dissipées, si vous avez été à la campagne , ou bien si , tout le monde étant revenu à Londres, vous y êtes resté, si vous vous amusez, si vous avez repris un peu de gaieté. Je voudrais bien, mon cher petit Crawford, être à portée de vous voir une heure par jour, de causer avec vous. Votre dernier voyage ici m'a laissé un grand regret d'être séparée de vous; si nous évitons cette maudite guerre, promettez-moi de me venir voir, mon exemple vous sera fort utile. Je suis devenue un prodige de raison ; je ne sais pas si je dois m'en glorifier. C'est peut-être parce que je n'ai présentement aucun sujet de mécontentement que je me crois raisonnable ; mais, gare la moindre traverse, je deviendrais peut-être aussi vaporeuse, aussi poule mouillée que j'aie jamais été. Aurons-nous la guerre? dites-le-moi si vous le savez ; pour moi, je le crois, et je crois que c'est vous qui la voudrez et non pas nous. Ce qui me la fait craindre n'est pas, je vous jure, la misère qui s'en ensuivra, mais c'est les absences qu'elle produira. Je chasse cette pensée autant qu'il m'est possible, mais est-on maître de ses sentiments?
tU COHUKSPONDANCK
Ah! mon Dieu! non; si on l'était, les placerait-on par delà les mers, et rendrait-on son bonheur dépendant de la politique, des passions et des intérêts publics?
M. Walpole me mande qu'il se porte à merveille; j'en ai une joie extrême. 11 avait été trois semaines sans recevoir de mes nouvelles ; c'était le départ de sa nièce qui en était cause, je l'avais chargée d'une lettre que je ne voulais pas envoyer par la poste. Croiriez-vous que je n'ai point encore eu de lettres de madame Gholmondley ? elle m'a seulement fait écrire un root par sa fille, mais je compte en recevoir mercredi, si la poste ne retarde pas comme elle a fait depuis quelque temps. Je regrette peu cette dame, elle ne m'était d'aucune ressource, et je ne m'aperçois point du tout de son absence; ce n'est pas qu'elle ne soit aimable, mais elle est folle s elle a un assez bon cœur, de la sensibilité, point d'attachement; elle raisonne bien, et pas un brin de raison dans sa conduite; son âme a beaucoup de mouvement et n'a nulle suite; on ne peut en faire son amie» La grand' maman est bien différente, j'en suis contente au delà de toute expression; elle ne me laisse en vérité rien à désirer dans son amitié. Je voudrais que vous eussiez une amie comme elle ; vous l'avez bien en moi, mais je ne suis pas avec vous, et je voudrais que vous eussiez la ressource de la confiance. C'est le plus grand charme de la vie; vous pouvez l'avoir avec moi par lettres autant que vous voudrez. Soyez sûr que vos lettres seront brûlées toujours sur-le-champ; tout ce que vous me direz m'intéressera beaucoup.
Je vous envoie l'épltre de Voltaire au roi de la Chine ; vous la montrerez à M. Walpole. Celle qu'il m'a écrite n'en vaut pas la peine; elle est jolie, mais pas assez pour être envoyée si loin.
Adieu, mon cher petit Crawford, je suis bien aise que M. votre père se porte bien, mais je ne trouve pas bon qu'il vous donne si souvent de vaines alarmes.
DE MADAME \)V DKPPANI). îîii
Je vous exhorte à ne vous point ruiner au jeu; c'est, de toutes les folies , la plus extravagante et celle qui cause le plus grand malheur. Je vous exhorte aussi à voir souvent M. Walpole; sa conversation et son exemple peuvent vous être fort utiles, et je trouverai du plaisir à savoir que les deux personnes que j'estime et que j'aime le plus sont bien ensemble.
Cv mercredi 27.
Je passe les nuits sans dormir, et je ne comprends pas à quoi cela tient; je n'ai de mal nulle part : mais à quelque chose le malheur est bon. ïax tout le temps de faire des réflexions qui ne me sont pas inutiles. Je m'applique à démêler le vrai du faux, à pénétrer le caractère des gens qu'il m'importe de connaître, à chercher quelle doit être ma conduite, enfin à me prescrire des règles qui tôt ou tard m'amèneront à avoir l'esprit de mon âge, lequel doit être de me détacher de tout. J'y fais plus de progrès que vous ne pouvez croire, et je puis vous en donner la preuve. Je croyais qu'on ne pouvait être heureux quand on n'aimait rien ; aujourd'hui l'indifférence ne me fait plus de peur; c'est ce qu'on trouve dans tout le monde. Pourquoi se distinguer? C'est la monnaie courante; il n'en faut pas donner de meilleure que celle qu'on reçoit. Voilà, mon petit Crawford, quelles sont mes réflexions, et dans lesquelles je m'affermirai, à ce que j'espère, de plus en plus. Je vous exhorte d'en faire autant, mais je désire que nous nous exceptions l'un pour l'autre de cette résolution.
Madame Gholmondley a dit à M. Walpole que madame de La Vallière était fort malade; il n'en est rien. Pour madame de Belzunce, il n'est que trop vrai qu'elle est morte; c'est grand dommage. Songez que je veux vous voir avant que d'en faire autant.
296 correspondancf:
Chanteloup, 26 décembre 1770.
Comment vous portez-vous, ma chère petite-fille? Dans quel état je vous ai laissée! Vous m'affligiez hier, vous m'inquiétez aujourd'hui. Vous m'avez crue insensible jusqu'à la férocité. Ah ! que vous connaissiez mal le cœur que vous déchiriez. La vanité me défendait de me livrer à ma sensibilité, sur l'objet de laquelle on aurait pu se méprendre. La vanité peut donner des armes au courage, mais heureusement elle n'en a pas contre le sentiment, et vous me l'avez bien fait éprouver ! L'abbé a dû vous donner de nos nouvelles. Le grand-papa se porte à merveille. Le voyage, un grand événement, une puissante diversion, m'ont fait du bien. Je venais de perdre un ami, et un ami qui m'aimait tant1! C'est là le vrai malheur. Mais conserver l'honneur, mais gagner la paix et le repos, n'est-ce pas là du bien? Je ne puis m* affliger, même par pudeur. Je suis avec ce que j'aime le mieux, dans le lieu qui me plaît le plus. Vous y serez aussi, ma très-chère petite-fille ; je le désire et je l'espère. Mais attendez la belle saison. En l'attendant, pensez à moi et aimez-moi toujours comme je vous aime.
Le grand-papa vous embrasse. Dites mille choses tendres pour moi au prince *.
i. M. de Thiers, frère de son père, M. du Chàtel ; celui qu'elle appelle le petit oncle.
2. D'après la date de cette lettre et ces mots : u vous m'affligiez hier... » on doit croire que la duchesse de Choiseul partit le 25 pour Chanteloup, qu'elle vit madame du Dcflfand avant de se mettre en route, et qu'elle lui écrivit aussitôt après son arrivée. Ce fut le 24 décembre que le roi signifia au duc de Choiseul sa disgrâce et son exil. Peu de jours auparavant, madame du fiarry lui avait fait dire que, s'il voulait consentir à un rapprochement, elle ferait la moitié du chemin. La personne chargée par la favorite d'assurer le ministre de ces dispositions con-
LETTRE GLXXXIV
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce jeudi , 27 décembre 1T70.
Que vous dirai-je, chère grand'maman? Vous avez vu ma douleur. Je ne cesse de penser à vous. Si je pouvais être consolée, ce serait de voir que tout le monde est consterné, et d'entendre parler de vous et de votre époux dans des termes dont je suis bien contente. Je soupai hier chez la petite sainte1, avec madame d'Enville et le pauvre abbé. Vous saurez par lui où il en est avec madame de La Vallière. J'espère qu'il vous ira bientôt trouver. Mon seul désir présentement, chère grand* maman, est d'avoir de vos nouvelles et de celles du grandpapa. N'oubliez point votre petite-fille.
DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce dimanche, 30 décembre 1770.
Vvez-vous cru, chère grand'maman, sécher mes larmes par votre charmante lettre? Elle m'en a fait répandre avec plus d'abondance; elles n'étaient point amères; elles se ressentaient de la douceur et de la paix de votre âme. Oui, vous êtes heu-
ciliantes, le pressait d'en profiter, ajoutant qu'on avait souvent vu les maîtresses chasser des ministres, mais que les ministres ne faisaient guère renvoyer les maîtresses. Toutes les représentations furent inutiles : M. de Choiscul avait épuisé avec madame de Pompadour toute son indulgence pour les faiblesses de son mal ire.
1. La comtesse de Choiseul-Betz , que l'on avait surnommée ainsi à cause de ses habitudes religieuses, malheureusement trop rares dans sa société. C'était de plus, parait-il, une personne charmante : « Les yeux, l'esprit, se reposent doucement sur elle, » disait d'elle l'abbé Barthélémy.
reuse, je n'en puis douter ; vous êtes avec ce que vous aimez uniquement; vous serez sans cesse occupée de lui, et vous aurez la satisfaction de lui faire trouver un bonheur qu'il ne connaissait pas et préférable à celui qu'on a voulu lui faire perdre !
Si vous 'saviez de quelle façon on parle de vous, malgré toute votre modestie, vous en seriez flattée. Aucun mouvement d'envie n'affaiblit les louanges que l'on vous donne, et je crois que vous êtes la seule personne au monde qui se soit fait admirer au point où vous l'êtes, sans faire naître aucune jalousie ; votre lettre est un chef-d'œuvre ; vous y démêlez et peignez vos sentiments avec une éloquence qui est celle de la vérité. Ah ! ma grand'maman , que je vous aime ! vous me mette? dans l'impossibilité de pouvoir aimer qui que ce soit. Quelle comparaison!... Oui, je vous l'avoue; si je n'avais pas l'espérance de vous revoir, je voudrais mourir. Je n'écoute point ce que me dit la raison , ni la générosité , ni la délicatesse; je ne puis que vous être à charge; je ne puis contribuer au plaisir, à l'amusement; je ne devrai qu'à vos vertus, tranchons le mot, à votre compassion, de me souffrir auprès de vous! Mais je suis faible; je n'ai pas le courage de renoncer à un bien qui peut-être sera un mal pour vous ; cependant, si le grand -papa n'y donnait son consentement que par complaisance pour vous, et qu'il prévît avec raison que je n'apporterai que de l'ennui, je renoncerais à ce projet qui, dans le moment présent, fait toute ma consolation '.
J'appris hier par madame de Beauvau l'ordre qu'elle avait reçu. J'espère que l'abbé aura bientôt sa permission. Je soupai
i. La sincérité de l'affection que portait madame du Deiïand à la duchesse de Choiseul ne peut Être mise en doute. Peu de jours auparavant elle écrivait à Walpole : «Vous avez fait de moi une prosélyte parfaite. J'ai tout votre scepticisme sur l'amitié. Cependant j'ai peine à l'éterdre sur la grand'maman. Il serait difficile do vous faire entendre quels sont ses procédés pour moi , et, quelque disposée que je sois à la méfiance, j'ai peine à la soupçonner d'indifférence. J'aurais bien plus dr peine encore à en avoir pour elle. »
avant-hier avec lui et le prince chez madame d'En ville; c'est une digne femme et qui mérite bien que vous l'aimiez,
Je ne vis point hier le prince; je lui ferai vos complimente aujourd'hui.
Le grand-papa consentira, j'en suis sûre, que vous l'embrassiez pour moi.
DE MADAME DU UEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISKUL
Co dimanche , 30 décembre 1770.
Je vous ai écrit ce matin, je vous ai parlé pour la dernière fois de mes regrets, de mes douleurs. Il n'en sera plus question à l'avenir. Vous n'avez pas besoin d'être attristée. Je vous manderai tout ce que je saurai, tout ce que je croirai pouvoir vous amuser, vous intéresser et vous être utile. Pour ce dernier genre, un chiffre serait nécessaire. Je me souviens de vous l'avoir proposé et que vous n'avez pas voulu y consentir, disant qu'on les devinait tous. 11 est cependant facile de se garantir de cet inconvénient, en appliquant le nom des gens de ma connaissance à ceux que je ne voudrais pas nommer, et en ajustant des petits faits de société qui seront énigmatiques pour vous. Peut-être ne serai-je jamais dans le cas d'en faire usage, mais il est bon de se précautionner. Je vais écrire mon chiffre, j'en aurai le double, afin de ne m'y pas méprendre.
Dois-je être bien fâchée de l'ordre qu'a reçu madame de Beauvau1? Non, en vérité, si ce n'est que cela prouve la colère; mais qui sait s'il n'y a pas eu un peu de vengeance de la part de la maréchale5, et si elle n'a pas eu le désir de vous servir? C'est ce que je saurai quand je la verrai; elle est à Versailles depuis votre départ.