Voir la fable de La Fontaine : le Singe et h: Dauphin
lettres de l'alphabet : par F, parce qu'il est fou ; par S, parce qu'il est sage ; je lui écrirai ces jours-ci , sans l'espérance et encore moins sans la prétention de lui rendre jamais le plaisir qu'il me donne. Je le prie de faire mes compliments à Cathédrale *, j'aime son affabilité et son usage du monde; il ne s'étourdit de rien, rien ne lui en impose. Ah! je me trompe, les petits chiens lui font faire la culbute. Ce n'est peut-être pas par peur, mais pour être plaisant.
A Chanteloup, te 28 mai 1770.
Soyez moins aimable quand je vous vois, ma chère petitefille, et écrivez-moi de moins jolies lettres, si vous voulez me persuader que vous vieillissez; tout ce que je vois de vous a les grâces et la gaieté de la jeunesse; vous êtes une véritable petite-fille, et un enfant charmant, non un enfant qui promet, mais un enfant qui produit ; on serait bien fâché que celui-là cessât d'être enfant.
Vous croyez bien que j'ai été ravie de voir notre prince, mais j'ai été attendrie du sacrifice que vous m'en avez fait, tout vous manque à la fois ; voilà le baron parti , le pauvre prince qui n'y est plus; je crains que vous ne vous ennuyiez, et c'est l'ennui que vous prenez pour la vieillesse.
Je ne vous pardonne pas de ne m'avoir point envoyé la lettre que vous avez écrite à Voltaire ; le prince dit que vous n'avez point de goût si vous la condamnez, il prétend qu'elle est charmante ; vous ne réservez donc votre goût que pour juger des productions des autres; il n'y a alors que votre indulgence qui puisse y porter atteinte.
1. On avait donné ce nom à un beau bélier du troupeau de Chanteloup.
Je n'ai point vu cette lettre que l'abbé vous a écrite et qui vous a fait tant de plaisir; il est insupportable, il ne me montre rien.
J'ai écrit, comme vous savez, à M. de Choiseul pour les Richemond, c'est-à-dire pour M. de Walpole, j'attends sa réponse, et jusque-là je ne peux vous parler que de ma bonne volonté et non du fond de l'affaire.
J'ai oublié de répondre à l'article de votre précédente lettre concernant le petit Dumont, je n'ai pas ouï parler de lui, et je parierais qu'il n'est pas vrai qu'il soit page de la petite écurie ; cela me semble impossible parce qu'il faut des titres, et qu'il me semble que vous m'avez dit qu'il n'en avait pas.
11 m'est arrivé ici deux boîtes de thé pour vous, je vous les renvoie par madame d'Acby qui sera dans quelques jours à Paris.
Adieu, adieu, ma chère petite-fille, je vous ferai écrire par l'abbé; il a de bien plus belles choses à vous dire que moi, mais il n'a pas plus d'amour à vous donner.
OR L1ABni: BARTI1KLEMV A MADAME DU DEPFAND
Chanteloup, 10 l«r juin 1770.
Je me suis reproché tous les soirs de ne pas vous avoir écrit de la journée et le matin je n'en ai pas le temps, je vous avouerai même que je ne savais que vous dire, et je ne le sais pas mieux aujourd'hui. Je ne suis pas assez gai pour vous dire des folies, ni assez triste pour vous parler avec sagesse. Je laisserai donc aller ma plume, qui vous dira toul ce qui lui viendra à l'esprit. L'esprit d'une plume?... Pourquoi pas?... Je crois qu'on a dit quelquefois l'esprit de Dacier, l'esprit de l'abbé Trublet, et qu'il doit y avoir des rapports entre une
plume et un commentateur. Je ne sais pas pourquoi vous dites du bien de mes lettres; mais je sais bien pourquoi on n'en saurait trop dire des vôtres, qui font nos délices.
La petite sainte * est arrivée, le prince sans pair est arrivé ; nous sommes cinq en tout, si je sais bien compter. Ce n'est pas la cour de Caussin, mais c'est une cour douce et généreuse, et si éloignée de l'intrigue, que je n'y ai jamais vu la moindre dispute sur le rang. Pour toutes nouveautés, nous sommes parvenus à n'avoir qu'un service, soit à dîner, soit à souper. On a tout ce dont on a besoin, et on n'a pas au delà du besoin. Le prince s'abreuve de lait et de crème; il vous écrira un de ces jours, s'il peut cependant triompher de la paresse. Nous avons, depuis cinq à six jours, un très-vilain temps, et nous ne sommes pas montés à cheval. Nous avons remplacé le cheval par madame de Nemours, dont nous avons lu les Mémoires sur la Ligue. Ils sont amusants, quoique abrégés dans les détails, et quelquefois prolixes dans le style; mais ils sont écrits simplement , et ils font assez bien connaître quelques-uns des principaux personnages.
Savez-vous que la pieuse fille que nous devions marier Tannée dernière, et qui , depuis un an, cherche un mari , ne l'a pas trouvé encore? Elle est venue demander encore une année. Je la plains ; car rien ne doit être si ennuyeux que de penser si longtemps à faire un choix.
Il y a, aux environs de Chanteloup, un homme vertueux, plein de mérite, peu connu, et qui ne désire pas de l'être. Il est chargé d'une assez grande administration, dont il s'occupe depuis cinq heures du matin jusqu'à dix heures du soir, sans se distraire par aucun amusement, aucun désir étranger à ses devoirs. Il ne connaît d'autre besoin que de satisfaire ses maîtres ; et, comme ils sont toujours contents de lui , il l'est aussi de lui-même, et ne croit pas, pour cela, valoir mieux