‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 124 sur 128 · La maréchale de Mirepoix · texte numérisé non relu

La maréchale de Mirepoix

sailles. Je vis une ou deux personnes qui en avaient vu et auxquelles on avait dit que la Provençale était laide. Mais malgré votre défense, je vous dirai encore ce que vous m'interdisez de vous dire, vous apprendrez mieux par d'autres tous ces détails que par moi.

Je soupai avant-hier à Ruel. J'avais porté X Observation sur la protestation. C'est un bel ouvrage. S'il était moins fleuri, moins rempli de métaphores et de poésie, je croirais qu'il nous arrive de Constantinople. C'est de là que l'auteur a pris ses idées sur l'autorité royale. Il est fait pour révolter les esprits, les plus soumis. Ce fut le soir, en rentrant chez moi, que je trouvai votre dernière lettre. J'ai été bien tentée de l'envoyer à mon ami Horace. Je l'aurais peut-être pu sans danger, en la faisant mettre dans le paquet de l'ambassadeur ; mais j'ai tant de peur de commettre la plus petite imprudence sur ce qui a rapport à vous et au grand-papa, que je me suis contentée de faire l'extrait de ce qui le regarde. Rien n'est plus obligeant; il me prend envie de vous dire que vous êtes véritablement une trèsbonne femme , que vous avez le cœur de la plus vieille des grand'mères; vous êtes très-bien nommée grand'maman; vous n'êtes point de ce siècle. Il faut que je sois née pour être bien malheureuse, de me trouver séparée de vous, peut-être, hélas ! pour le peu de temps qu'il me reste à vivre.

On vient de refuser la permission à madame de Chabannes par un non très-sec , qu'on a dit à elle-même. J'ai été si frappée de ce dernier refus, que j'ai écrit sur-le-champ à M. de Beauvau que je le priais de dire au comte de Noailles de ne point parler de moi. J'imagine que je pourrai obtenir ma permission par l'évêque d'Arras. Vous jugerez par sa lettre que je vous envoie , si cette idée est absurde. Sa besogne l'a rendu certainement très-agréable à la cour, et je suis parfaitement convaincue qu'il ne doit pas pour cela être désagréable à Chanteloup ; il est très-attaché au grand-papa, et vous est parfaitement dévoué.

Madame d'Aiguillon ne me paraît pas douter que son fils n'ait les affaires étrangères, malgrétous les accrocs du chancelier qui voudrait les avoir pour lui. Elle n'est pas dans l'intime confidence de son fils , mais quand elle ne jugerait de ce qui le regarde que par les mouvements de chagrin ou de contentement qu'on ne saurait dissimuler aux gens qui nous connaissent, je m'en rapporterais à elle qui a toute l'impartialité qu'il faut pour rendre les jugements moins suspects. Je crois donc qu'il est toujours question de son fils, mais que le chancelier en retardera la nomination encore quelque temps ; elle me paraît persuadée qu'on ôtera les commandements à MM. de Duras et de Beauvau. J'avoue que j'en ai grand' peur pour ce dernier, quoiqu'on le traite bien et avec la familiarité accoutumée. Pour le duc de Noailles, on ne lui parle point. La comtesse de (Jrammont1, qui va à Baréges, doit demander la permission de vous faire une visite. Je doute qu'elle l'obtienne. Madame d'Achy vient d'être refusée de nouveau. Mais pour elle, cela ne prouve rien : c'est un nouveau trait du petit La Vrillière. Elle l'avait cependant fait solliciter par madame de Maurepas.

Mais, ma grand'maman, pourquoi me reprochez-vous toujours de ne pas vous répondre sur M. de Greùtz? Je vous ai dit deux ou trois fois que je lui avais remis en mains propres votre lettre. Je l'ai pressé de vous répondre ; il m'a dit à chaque fois qu'il vous écrirait , et qu'il me remettrait sa lettre. Je parierais qu'il a fait plusieurs brouillons dont il n'aura pas été content; vous savez que vous êtes un anche /... 11 ne sait apparemment quelle est la langue dont il faut vous parler. Je le forcerai à vous écrire chez moi. Je vous réponds qu'il vous aime à la folie.

Pour votre petit dévot *, je ne doute pas qu'il ne devienne

1. Voir la lettre de madame du Deffand à M. Walpole, G août 1770. La comtesse de Grammont , belle-sœur de la duchesse et veuve du comte , frère cadet du duc de Grammont, était une demoiselle de Faux, de Normandie, fort riche. C'est par ses descendants qu'est porté aujourd'hui le titre de duc de Grammont.

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