‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 2 sur 128 · A LA LIBRAIRIE NOUVELLE · texte numérisé non relu

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L'accueil fait aux deux volumes de la Correspondance inédite de madame du Deffand par nous publiés en 1859, et dont l'édition est aujourd'hui complètement épuisée, nous encourage à en donner une nouvelle, soigneusement revue, augmentée de beaucoup de lettres de la duchesse de Choiseul à madame du Deffand, et de toute une correspondance encore inédite de madame du Deffand avec un M. Craufurt 4, dont elle parle souvent dans ses lettres à Walpole, qu'elle appelle : « Mon petit Craufurt,» qui était4 le premier en date dans son amitié, et qui, paraît-il, l'avait mise en rapport avec Walpole. « Je vous aime, lui écritelle le 3 juin 1766, parce que vous m'avez induite à aimer M. Walpole !••• » Pour les lettres déjà publiées, nous espérons avoir évité les inadvertances ou les erreurs malheureusement trop nombreuses qu'on a pu signaler dans les deux

1. Nous ayons trouvé ce nom écrit de différentes manières, et dans les premières feuilles de notre premier volume on trouvera plusieurs fois Crawford; mais la véritable orthographe est Craufurt. C'est ainsi que l'écrit le représentant actuel de la famille, et que nous l'avons corrigé sur les feuilles suivant;».

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volumes de 1859. Quant aux lettres nouvelles, nous n'avons pas l'idée qu'elles doivent révéler une madame du Defland jusqu'ici inconnue, ni môme ajouter des traits nouveaux à la physionomie de la spirituelle marquise. Il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, que cette physionomie eût été jusqu'à présent bien mal observée. Nos lettres nouvelles confirmeront au contraire et justifieront l'idée que les publications antérieures ont pu donner d'elle. On la trouvera toujours, comme le lui reproche si souvent et si durement M. Walpole i, « exigeante au delà de toute croyance , voulant qu'on n'existât que pour elle, empoisonnant ses jours par des soupçons et des défiances, s'exposant à rebuter ses amis, à qui elle fait éprouver sans cesse l'impossibilité de la contenter,... » ne les rebutant pas pourtant (Dalembert est le seul avec qui elle se soit jamais brouillée); tant il y avait de sûreté dans son commerce, de charme dans son esprit, de sensibilité vraie, quoique maladive et souffrante, comme celle de Rousseau par exemple, dans cette nature qu'on a crue sèche et qui l'était si peu!... Ce qui rend curieuses et intéressantes ces lettres à M. Craufurt, c'est bien plutôt l'identité de ton avec celles qu'elle adressait à » Walpole. Rien n'aurait été plus propre à rassurer ce dernier sur la crainte qu'il laisse voir si souvent d'avoir inspiré à cette vieille femme un sentiment exclusif, dont l'expression les aurait rendus ridicules l'un et l'autre, que de la voir ainsi prodiguer à un autre les témoignages d'une amitié presque également passionnée.

Nous avons sous les yeux les lettres originales de madame du Deffand à M. Craufurt , que nous avons classées à leur date — précise ou probable, car plusieurs ne sont pas

1. Voyez lettre à Walpole, 21 mars 1770, édition anglaise. Note.

SUR MADAME DU DEFFAND. m

datées, — dans le recueil qu'on va lire. On trouvera plus loin des détails sur celui à qui elles sont adressées; les lettres elles-mêmes nous ont été communiquées par son petit -neveu, le général Craufurt aujourd'hui vivant. On trouvera également quelques lettres à Walpole déjà publiées, mais seulement dans nos deux volumes de 1859, et dont nous possédons les originaux. Nous les tenons de miss Berry elle-même, l'éditeur anglais de 1810, de qui nous avons alors reçu l'assurance que tout le reste avait été détruit après cette publication de 1810.

Quant aux lettres de madame du Deffand à la duchesse de Choiseul et de la duchesse de Choiseul à madame du Deffand, nous en possédons tous les originaux autographes; • celles-ci de la main de la duchesse de Choiseul, d'une petite écriture très-fine et très-serrée, assez difficile à lire, et d'une orthographe très-défectueuse. Celles de madame du Deffand pour la plupart d'une belle et grande écriture, qui est celle de Wiart, et d'une orthographe assez correcte ; quelques-unes dictées à un autre secrétaire qui remplaçait Wiart au besoin. L'écriture de madame du Deffand ellemême est inconnue, et il n'existe, que nous sachions, dans les plus riches collections, aucun autographe de sa main. Nous devons cependant à l'obligeance de M. le marquis d'Aulan la communication d'un manuscrit qui pourrait bien être d'elle. C'est un petit volume bien relié en maroquin rouge, sur la garde le nom de madame du Deffand , et sur la première feuille ces mots : « Théâtre des Porcherons. » Il contient la Petite Maison, pièce en trois actes, du président Hénault, et qui se trouve imprimée dans ses œuvres ; puis un petit divertissement inédit, intitulé : « V Apothéose , de M. de Pont de Veyle, » le tout précédé du nom des acteurs figurant dans cette représentation

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« donnée aux Porcherons, le iw mars 1741, » avec les rôles remplis par chacun :

Julie, Madame de Rochefort.

Ci d alise, Madame de Luxembourg.

Arauintb, Madame du Deffand.

Clitandrb, M. d'Ussé.

Valkre, M. de Forçai quier.

La Montagne, M. de Clermont.

Math ur in, M. de Ponl de Veyle.

A la suite des deux pièces viennent plusieurs couplets intitulés : Prix des Auteurs et Prix des Acteurs, dont chacun était sans doute chanté à la fin de la pièce par un des acteurs, ou à lui adressé. Ainsi à madame du Deffand :

Air : Vivent les Grecs!

Tout s'anime , tout s'éclaire

Par sa gatté ; A tout bien elle préfère

Sa liberté.

Jusqu'au théâtre elle a porté

La vérité.

A M. d'Ussé :

Air : Vous me l'avez dit.

J'ai pensé ne pas venir, Faute de m'en souvenir ; Mes amis en me priant

Me disent souvent :

Souvenez-vous-en !

Pour moi , je n'entends pas bien , Comme on se souvient de rien.

D'Ussé avait en effet la réputation d'être fort distrait. Madame du Deffand était déjà citée pour cette franchise,

SUR MADAME DU DEFFAND. v

cet amour du vrai qui distinguaient son caractère et faisaient l'originalité de son esprit, au milieu d'une société en général assez factice. La plupart de ces couplets, d'ailleurs médiocres, ne sont pas, sous ce rapport, sans un certain intérêt, parce qu'ils font souvent allusion ainsi à quelque trait de caractère, et peuvent servir à faire connaître le personnage. Quant au manuscrit, il aurait une assez grande valeur de curiosité, si l'on avait la certitude qu'il est de l'écriture de madame du Deffand. Quelques lignes tracées à l'aide d'une machine, et dont le fac-similé se trouve reproduit dans toutes les éditions de ses lettres à Walpole, sont tout ce qui reste d'elle-même sous ce rapport. Toutes ses lettres et ses manuscrits sont, comme nous venons de le dire, de la main de Wiart ou du secrétaire qui le remplaçait.

A la fin de Tannée 1774, les lettres que madame du Deffand avait reçues jusqu'alorsdeWalpole furent, sur lademande de ce dernier, remises au général Conway, et rapportées à Strawberry-hill. Le 6 septembre 1778, elle dit avoir brûlé celles qu'elle avait reçues de lui depuis cette date de 1774. Quant à sa correspondance avec la duchesse de Choiseul, la seule dont nous ayons à nous occuper désormais, elle ne fut pas comprise apparemment dans le legs universel de ses papiers fait à Walpole, mais sans doute remise à la duchesse par le prince de Beauvau, exécuteur testamentaire de madame du Deffand. La lettre suivante, donnée en partie dans notre édition de 1859, mérite d'être reproduite tout entière et suffirait au besoin pour constater l'authenticité de celles qui vont suivre.

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