Notice de M. de Lescure
SUR MADAME DU DEFFAND. xv
raconte dans une lettre à Walpole 4, en parlant de Bussy- Rabutin, qu'il était amoureux de sa fille... « C'est ce que j'ai su, dit-elle, par ma véritable grand'mère, qui avait beaucoup vécu avec lui... »
Une autre fille de Nicolas Brulard et de Marie de Chavigny fut mariée d'abord au marquis de Charost, tué à la bataille de Malplaquet (1709), et en secondes noces, en 1732, au duc de Luynes 2. Madame du Deffand témoigna toujours beaucoup de déférence et de respect pour cette tante. On voit par sa correspondance qu'elle prenait l'avis de la duchesse de Luynes dans toutes les circonstances importantes, qu'elle attachait du prix à en être approuvée, et qu'elle craignait ses reproches : « Ne dites pas à madame de Luynes que madame de Pecquigny me déplaît , écritelle de Forges au président Hénault. 11 est dangereux de lui dire ce qu'on pense, ce sont des armes qu'on lui donne contre soi... » De la part d'une personne indépendante de caractère comme madame du Deffand, qui craignait si peu de se compromettre avec Voltaire et les philosophes, à qui elle tenait si hardiment tête, cette déférence un peu timorée paraît assez singulière. Elle tenait en grande partie, sans doute, à l'esprit de famille mieux accepté et discipliné qu'aujourd'hui ; un peu aussi peut-être à un calcul de prudence et de savoir-vivre. La duchesse de Luynes était une de ces personnes graves, dont la considération, fondée sur une conduite de tout temps irréprochable, couvre et protège tous ceux qui savent se ménager un abri sous son ombre.