‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 57 sur 128 · Le duc de Choiseul · texte numérisé non relu

Le duc de Choiseul

sentiments que j'ai pour vous; il a été saigné hier de précaution; il prend des eaux de Vichy, il sera purgé après.

Mars 1764.

Je n'ai pas pu vous répondre plus tôt, ma chère enfant, parce que je ne savais rien de rien. Madame de Pompadour a été saignée trois fois depuis hier. Elle est infiniment mieux aujourd'hui. Je pars pour Ghoisy ; je ne sais quand j'en reviendrai. Je ne puis ni profiter de vos arrangements , ni y nuire ; mais à mon premier voyage à Paris, non pas celui-ci, je voudrais que le président me donnât à souper avec vous et madame d'Usson. Ce choix peut vous paraître bizarre. Mais j'ai de petites raisons pour cela. J'embrasse ma chère enfant, et la reverrai le plus tôt que je le pourrai.

LETTRE XVIII r

Mars 1764.

Madame de Pompadour a eu beaucoup de toux et assez de fièvre cette nuit, ma chère enfant. Cependant on assure qu'il n'y a aucun danger à son état; mais je suis inquiète parce que je l'aime *; et comment ne l'aimerais-je pas? Vous savez ce que je vous en ai dit hier. Je joins pour elle l'estime à la reconnaissance. Croyez-vous, d'après cela, qu'elle ait à la cour une meilleure amie que moi?... Je voulais aller à Choisy pour la

1. Dévouée comme Tétait madame de Choiseul à son mari, elle en partageait tous les sentiments, même pour madame de Pompadour, dont il n'aurait tenu qu'à elle d'être jalouse. Mais que dire de son estime?

voir; le temps, ma santé et mon mari m'en ont empêchée. Il y est allé avec M. de Gontaut, et comme elle n'est pas en état d'être transportée à Versailles, le roi reste jusqu'à samedi à Choisy, et moi je reste à Paris jusqu'à ce jour. Mais je n'ai pu me défendre de souper aujourd'hui chez madame de Stahrenberg et demain chez madame Rouillé. Je suis morte de fatigue du bal ; mais la fatigue et l'inquiétude ne m'empêchent pas de m' occuper de ma chère enfant et de l'aimer toujours; il n'y a pas de distraction pour ce sentiment.

A Choisy, ce 22 mars 1764.

M. de Saint-Florentin est d'hier au soir à Versailles; mais comme je reviens demain, j'ai cru mieux faire de garder votre lettre pour la lui donner moi-même. J'ai oublié de vous mander que je lui avais parlé, et qu'il m'avait dit que votre pension était assurée par une lettre qu'il a écrite à M. Boulongue; qu'il devait vous être plus commode de l'avoir en cette forme, parce qu'elle vous serait payée exactement , et que tous ceux qui ont des pensions ne peuvent pas l'être ; que , quoique la vôtre fût bien assurée et à l'abri de tout événement, cependant si vous aviez envie d'avoir une sûreté de plus, il vous écrirait encore une lettre comme vous la voudriez ; à quoi j'ai répondu que je vous en parlerais.

Vous ne m'effrayez pas par vos noirs pressentiments, parce que les médecins et mes yeux me rassurent plus que vous ne m' alarmez. Madame de Pompadour a dormi cinq heures cette nuit (dans un fauteuil, il est vrai, parce que le lit l'étouffé), mais elle se trouve * bien qu'elle essayera le lit ce soir ; elle ne tousse presque plus, la respiration est libre. Depuis qu'elle est dans un fauteuil, il n'y a plus de redoublement, et la fièvre

est si légère que les médecins disent qu'ils ne seraient pas étonnés qu'il n'y en eût plus demain ou après -demain et qu'elle retournât mercredi à Versailles. Il n'y en a plus que ce qu'il faut pour achever de cracher ses tubercules qui sont à leur fin, mais il est certain qu'elle aura besoin pendant longtemps de beaucoup de ménagements '.

Je vous remercie de m' aimer; il n'y a que le plaisir d'aimer qui l'emporte dans mon cœur sur le plaisir de l'être, et vous me les procurez tous deux.

J'ai fait votre commission à M. de Saint-Florentin, ma chère enfant, qui m'a promis de parler à Boulongne, et de s'arranger avec lui pour vous faire payer votre pension; ainsi, j'espère que dans peu de jours vous verrez l'effet de leur sublime conférence.

J'ai gardé votre lettre parce que je ne pouvais pas mieux dire que tout ce que vous dites sur mademoiselle Sanadon ; je ne pourrais pas donner une plus grande envie de faire ce que vous désirez, que celle qui naît à la lecture de cette lettre; je l'ai éprouvé sur moi, et je la garde pour une bonne occasion;.mais je ne les trouve, ces bonnes occasions, qu'en voyageant avec M. de Choiseul, et y voyageant seule ; mon carrosse était plein quand je suis venue à Fontainebleau; s'il peut être vide quand j'en retournerai, vous saurez ce que vous avez à espérer. Je ne vois guère M. Hume *, quoique j'aie grande envie de le voir ; il se perd dans la foule de Fontainebleau , et moi

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