‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 67 sur 128 · De Boufflers · texte numérisé non relu

De Boufflers

DE MADAME DU DEPFAND A LA DUCHESSE DE CUOISEUL

Paris, ce 16 mai 1767.

Ne me parlez jamais d'esprit, chère grand'maman ; je n'ea eus jamais; mais pour le présent, je ne sais plus moi-même ce que c'est. Si j'avais la prétention de bien dire ou de bien écrire, je serais dans une honte continuelle. Je ne produis rien ; j'entends et je comprends encore quelquefois ce qu on dit, et je ne trouve pas que ce soit un grand avantage. Il me semble que tout le monde ainsi que moi, est devenu bien bête. Mais malgré cela, je ne me trouve pas à l'unisson, parce que tout le monde veut bien dire. A propos de cela, avez-vous lu le discours de l'abbé Chauvelin? J'en ai lu trois pages. Oh ! c'est bien assez !... Je suis sûre que le grand abbé n'en exige pas davantage de moi. Qu'il y a de différence entre un grand et un petit abbé ! Que le grand abbé est heureux! Il fait une grande partie de votre bonheur, et c'est en quoi je l'envie ; il vous adore, c'est en quoi je lui ressemble; il est aimable, et très-aimable, voilà en quoi je suis bien différente.

J'eus avant-hier, pour la première fois, des nouvelles de Marly. Le prince * m'a appris que madame la maréchale * avait des rougeurs; que ce n'était point la rougeole, mais une ébullition. Il ne savait pas si elle irait à Saint-Hubert. Elle n'y a pas été, à ce que m'a mandé madame de Luxembourg. Mais vous savez les nouvelles de ce pays- là bien mieux que moi.

Je fus hier à la représentation de Bajazet, chez madame de Villeroy. Mademoiselle Clairon joua fort bien, tout le reste

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