‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 7 sur 128 · Lettre du 1" février · texte numérisé non relu

Lettre du 1" février

SUR MADAME DU DEFFAND. xvii

sorier de la Sainte-Chapelle, » lui écrit Voltaire *. Il paraît qu'après s'être séparée de son mari, elle s'établit auprès de ce frère, et tint pendant quelque temps sa maison, avant d'en avoir pris une et ouvert elle-même un salon... « Je vous aime comme à la Sainte-Chapelle, » lui écrit un jour le duc de Choiseul...

Enfin, une sœur fut mariée à Avignon au marquis d'Aulan ; madame du Deffand parle avec affection d'un de ses neveux de ce nom, qu'elle reçut et à qui elle donna, pendant quelque temps, l'hospitalité à Saint-Joseph. Cette famille d'Aulan existe encore, et c'est à son chef que nous devons la communication du manuscrit décrit plus haut.

Orpheline de bonne heure, mademoiselle de Vichy fut élevée, et si on l'en croit, mal élevée, au couvent de la Madeleine de Traisnel, rue de Charonne, à Paris. Elle revient souvent, mais avec plus d'aigreur encore que de tristesse, que de justice surtout, sur les vices de l'éducation qu'elle reçut et qui n'était pas différente de celle que recevaient toutes les jeunes personnes de sa condition ; quelques-unes en profilèrent mieux, d'autres plus mal encore. « On fait quelquefois la question, écrit-elle plus lard2, si on voudrait revenir à tel âge? Ah ! je ne voudrais pas redevenir jeune à la condition d'être élevée comme je l'ai été, de ne vivre qu'avec les gens avec lesquels j'ai vécu, et d'avoir le genre d'esprit et de caractère que j'ai ; j'aurais tous les mêmes malheurs que j'ai eus... » Rien de plus ordinaire à ces esprits moroses, mécontents d'eux-mêmes, que d'accuser leur passé, de rendre les autres responsables de leurs malheurs et de leurs fautes. Rien de plus injuste aussi; c'est presque toujours en soi-même qu'il faut chercher la cause

Page 1